‹ Sur la route, chansons et monologuesChapitre 36 sur 40 · SAGESSE · texte numérisé non relu

SAGESSE

Mon frère, en réponse à ta lettre

Du mois dernier, où tu m'écris

Qu'il est temps de songer à mettre

Mon fils au collège, à Paris,

Je regrette de te le dire,

Mais, chez nous, il suffit, pour soi,

Qu'on sache compter, lire, écrire,

Comme moi.

lyS Sur la Route

Tu dis que dans la grande ville,

Pour faire sa position,

Aujourd'hui, c'est très difficile

Quand on n'a pas d'instruction.

Quand on en a, c'est même chose,

Nous le voyons dans le journal :

Cent avocats pour une cause!

Cent docteurs pour soigner un mal!

On voit des bacheliers minables,

Se louer pour un examen

Comme un valet!... Les pauvres diables

Mangent aujourd'hui... mais, demain,

Ils iront crier dans la rue :

La Carmagnole!... A bas la loi !

Non, mon fils aura sa charrue...

Comme moi.

Et, comme moi, d'un geste large

Il fécondera les sillons...

Puis, quand on sonnera la charge

Pour entraîner nos bataillons,

Il ira défendre sa terre,

Son foyer, son drapeau, sa foi...

Puis il mourra propriétaire...

Comme moi.

Novembre, 1896.

CONTRE UHIVER

Pour Séverine.

Hélas I oui, chère Séverine, Voici l'hiver et son ciel gris Et son froid noir. Ça vous chagrine, Ça vous fait penser qu'à Paris On va geler à la barrière.

Lorsque des snobs indifférents S'en vont payer un bock de bière

Cinq francs!

i82 Sur la Route

Votre chronique me rappelle

Quand j'étais au chemin de fer.

Sur l'omnibus de la Chapelle

Je fus glacé, tout un hiver

Par la bise et par la froidure,

Certes, j'eusse été mieux dessous,

Mais pour entrer dans la voiture

Il fallait dépenser six sous!

Plus tard je fis la chansonnette.

Après, je fus cabaretier :

Je chantai Pantin, la Villette,

A Saint-Lazare. — Un dur métier!

Brailler, pendant la nuit entière,

Devant des snobs indifférents,

Pour leur vendre des bocks de bière

Cinq francs!

Or j'ai chaud... mais je me rappelle Combien de fois je fus gelé Sur l'omnibus de la Chapelle.

Je ne puis donner un mille ; Mais je puis donner — avec joie — Vingt bocks de snobs indifférents.

Séverine, je vous envoie

Cent francs.

Novembre, 1896.

VENTRILOGIE

VENTRILOGIE

Ben, quéqu' t'en dis, mon vieux Justin,

Les méd'cins, crois-tu qu' c'est des types!

Ts vont nous sonder l'intestin

Et nousexaminer les tripes.

L'docteur Toulouse a trouvé ça :

F vient..! i' sonne... on ouvre... il entre,

El puis i' vous r'garde c'qu'on a

Dans l'ventre.

i86 Sur la Route

C'est par l'auteur de V Assommoir

Qu'il a commencé sa tournée.

11 l'a sondé, sans l'émouvoir,

Pendant plus d'un' demi-Journée.

Il l'a palpé du haut en bas,

Il a distillé son urée,

Il a médité sur son cas,

Analysé sa diarrhée ;

Car Emir Zola l'a itou!

r n'a pus qu' la cervell' qu'est bonne;

r fait des livr'. .. et pis v'ià tout,

Mais i' n'a pas fait la colonne.

Ses Rougon-Macquart... oh la! la!

C'est pas un' raison pour qu'il entre

A l'Académi' s'i' n'a qu'ça

Dans l'ventre.

D'ailleurs c'est un dégénéré,

Un louf... un maboul de génie,

Et l'docteur nous a démontré

Qu'c'est un Mossieu qu'a la manie

D'écrir' sous l'nom d'Emil' Zola

Des volum's qui s'vend'nt bien, mais entre

Nous, i' paraît qu'c'est tout c'qu'il a

Dans l'ventre.

Novembre, iSori.

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