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Sur la scène et dans la salle;

Il y a longtemps que l'on a perdu l'habitude d'écrire des préfaces et Ton a bien fait, pour deux raisons :

La première, c'est qu'on lisait rarement ces espèces de réclames d'un livre.

Et la seconde, c'est que s'il se rencontrait un lecteur assez acharné pour se permettre cette infraction à la règle, il s'en trouvait si mal, si mal, qu'il

ne lui prenait plus la fantaisie de recommencer.

Les préfaces ont donc élé jugées inutiles^ et on a pensé qu'il n'était pas besoin de se creuser la têle à inventer le mensonge qui devait avoir donné le jour à tel ou tel livre, puisque l'on en restait pour ses frais de péché.

Les avant-propos ont remplacé les préfaces; ils semblent, il faut Favouer, tout aussi ennuyeux, mais ils ont cela de bon, qu'ils sont moins longs, et qu'ils disent en peu de mots, ce que les préfaces ne disaient pas en beaucoup de phrases.

Je me risque donc à écrire cet avantpropos, que j'intitulerai : Marquise!

MAROriSE, 7

Pourquoi ce nom, me dira-t-on? Je vais en donner Texplication.

Une marquise est un auvent. — L'auvent servait jadis à abriter les nombreux piétons que leur maigre fortune engageait à ne pas avoir de parapluies.

L'auvent était grossier !

La marquise est élégante.

L'auvent était plébéien !

La marquise est aristocrate.

Dans ce siècle , où tout tend à une régénération de la noblesse, l'auvent devait inévitablement être détrôné par la marquise.

Aujourd'hui les marquises sont devenues tout à fait à la mode, et la perfection en a été poussée à un tel point,

qu'en les éclairant^ on en fait renseigne et la réclame des magasins les plus en renom. — J'ai donc voulu abriter mon livre sous une marquise, me servant de mon peu d'esprit comme éclairage, et espérant que renseigne parlerait en faveur delà marchandise, et lui servirait de parapluie contre les intempéries de la médisance et les grêlons de la critique.

Si on j ette les yeux sur ce Ite marquise , on saura pourquoi elle a été faite ; si on ne la lit pas, j'espère qu'on n'en comprendra pas moins bien ce qui suit, je reste donc parfaitement rassuré sur le sort de ma tentative, et d'après ce qui précède, je crois que ce qui peut m'arriver de plus heureux, est que le lecteur

tourne deux pages au lieu d'une^etne s'aperçoive pas que j'ai griffonné ces quelques lignes.

On a beaucoup parlé du théâtre, et Ton en a bien parlé.

M. J. Janin , tout dernièrement encore, a publié un livre des plus remarquables sur la littérature dramatique, mais comme je n'ai pas la hardiesse de vouloir, ni les moyens de pouvoir lutter contre de tels adversaireS;, je tiens à bien poser que ce petit livre n'est conçu que dans le but d'amuser, si c'est possible; d'instruire, il n'en est pas question.

Si j'avais voulu enfanter une œuvre sérieuse touchant l'art dramatique .

j'aurais passé mes jours et mes nuits,

laborieusement couché sur de \ieux bouquins à la perruque poudreuse, et peut-être serais-je parvenu à faire quelque chose d'un peu moins informe, mais de beaucoup plus prétentieux.

J'ai désiré tout simplement raconter un monde que tousne connaissent pas; un monde brillant et misérable, un monde qui porte, habit pailleté d'or d'un côté , et raccommodé de fil blanc de l'autre -, un monde enfin qui , né dans la bohème, a toujours la chanson à la bouche^ lors même qu'il a un crêpe sur le cœur.

Le comédien peut être chanté sur tous les airs ; c'est une romance sentimentale et une chansonnetle comique.

11 a ses jours de pluie et de beau

MARQUISE. i 1

temps, ses nuits de joie et d'insomnie.

Acceptons-le donc, comme nous acceptons le ciel quand il est nuageux ou étoile, chantons avec lui^ s'il chante; pleurons un peu s'il pleure, c'est là le refrain de la vraie Bohême, et n'est pas bohémien qui veut, à ce qu'il paraît.

Si mon hvre ne vous amuse pas, ami lecteur, essayez de vous persuader que c'est une œuvre philosophique; s'il vous fait sourire, dites-vous.. Ma foi , ne vous dites rien ! quand on a ri, on est désarmé, et si vous laissez tomber dans un éclat de rire l'aiguillon de votre critique, je n'aurai plus rien à craindre pour mon enfant.

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