‹ Sur la SerbieChapitre 10 sur 10 · REMUEE EN SERBIE DE MM. VODCHIÇ ET PETRONIEVIÇ · texte numérisé non relu

REMUEE EN SERBIE DE MM. VODCHIÇ ET PETRONIEVIÇ

Les faits qui se sont [)assés depuis l'appel au trône de Serbie du prince Alexandre, n'étant qu'une conséquence de ce qui précède et pouvant servir à éclairer l'avenir, nous les rapporterons en peu de mots.

Tout semblait présager que l'inauguration du nouveau gouvernement ne rencontrerait aucune difficulté. Le commissaire turc Schekib-effendi, ayant leconnu le prince Alexandre , il fut bientôt confirmé par le sultan. Les consuls étrangers qui s'étaient laissés aller à des conseils insidieux et avaient quitté Belgrade y étaient rentrés. L'Autriclie elle-même s'empressa de reconnaître le nouvel état de clioses : la correspondance diplomatique du cabinet de Vienne le prouve sulfisani-

i6!i SLi\ i.A i>i-,i'>i!ij:.

ment. La Russie seule garda le silence, observant si l'événement auquel elle n avait pas été étrangère (par 1 entremise même du général autrichien commandant àSsmlin, et récompensé par ellejjlus tard] : tournerait à son profit en fomentant en Serbie l'anarchie. Ce n'est qu'après avoir reconnu que son espoir était frustré que le cabinet de Saint-Pétersbourg prit une attitude menaçante. Tout le monde se rappelle probablement la lettre autographe de l'empereur de Russie au sultan , dans laquelle il lui demandaitla déposition du prince Alexandre. Si c'était une lettre de particulier et qu'on la jugeât d'après son style, on y trouverait de l'insolence; bornons-nous à la taxer d'inconvenance. Le Divan répondit noblement à cette insulte par un relus péremjitoire. Le ministre de Russie, effrayé de V (ludace du Divan , qui osait résister à son souverain , refusa de lui transmettre la réponse du sultan. Il faut avouer qu'il régnait un digne accord entre le souverain russe et son ministre dans cette comédie diplomatique. Au surplus, dans ce genre de jonglerie , les Russes sont vraiment les Chinois de l'Europe : l'empereur représente toujours, ily.'o.ve.-sessujetsn'exercent leur libre arbitre que pour exécuter sa volonté, ne se permettant pas même d'en pénétrer le but.

Dès que l'empereur de Russie eut reconnu que sa menace n'avait pas produit sur l'esprit du sultan l'effet qu'il en attendait, il eut recours à un autre expédient. Il fit écrire en termes sévères au cabinet de Vienne, et le piince de Metternichen fut réellement effraye, dit-on. Alors l'Autriche s'adressa aux cabinets de Londres et des Tuileries. 11 est curieux de voir comment le prince do Metternich, pour cou\rir le changement subit de sa

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politique, recoiirail à de inos(]iilus sophismes , l'-lablissant une différence entre ce qu'il appelait 5e,s- i>œiix pour le prince Alexandre et son jugement sur la question serbe.

L'Angleterre, comme toujours , marchant dans les questions continentales, lorsqu'elles ne la touchent pas directement, à la remorque de l'Autriche, suivit aussi dans celte occasion la voie qu'on lui indiquait. Lord Aberdcen persista dans cette déplorable politique , malgré les représentations de la France, malgré les avis de son ambassadeur à Constantinople , malgré les renseignements que lui fournissaient les amis des Serbes. Il repondait obstinément à toutes ces raisons: «Le » prince de Metlernich n'est pas un eni'ant, il ne peut » pas soutenir la j)olitique russe contrairement aux » intérêts de l'Autriche. » C'est avec cette mémo candeur que le noble lord se [)révalut depuis, auprès tie la France , d'avoir bien jugé la question, lorsque ])li:s tard la Turquie , cédant aux désirs de rEuro[)e entière, revint sur sa première décision.

La France, lidèle aux devoirs que lui impose son principe, la nationalité, appuja d'abord la Scrhie, puis le Divan, combattit l'Autriche et conjura l'Angleterre de ne pas déserter une cause faible, mais juste; une cause qu'une saine politique commandait de soutenir. Mais comme elle ne pouvait pas retenir l'Autriche , qu'elle ne pouvait pas éclairer l'Angleterre, et vovait se former de nouveau le traité du 15 juillet, la France lit ses réserves , repoussa toute solidarité dans la marche de l'Angleterre et fmil par céder.

La Turquie, de son côté, se sentait menacée directement par la Russie et par l'Autriclie et abandonnée par l'Angleterre!; elh; ne pouvait pas être soutenue |);ir 1^

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Fiance isolée ; elle se rendit donc aux exigences de la Russie. Les Serbes cependant, d'un coté, ne voulant pas se séparer de leur prince, de l'autre comprenant admirablement que se mettre en hostilité avec le sultan , c'était jouer le jeu de leur ennemie , la Russie , résolurent de suivre le conseil de leur amie naturelle , de la France. On convint d'exécuter la volonté du sultan , en sanctionnant le choix du prince x\lexandre par un nouvel appel au trône : la Russie acquiesça à cette transaction. Mais en consentant à la réélection du prince Alexandre, elle demanda que MM. Vouchiç et Petronieviç fussent éloignés de la Serbie.

En enlevant à leur patrie les deux hommes en qui la nation serbe avait une foi aveugle , c'était exposer aux dangers de l'anarchie cette nationalité nouvellement émancipée. C'était précisément ce que le czar espérait; mais les Serbes reconnurent le piège, et surent y échapper. Une députation déclara au pacha de Belgrade, Hussein, que les Serbes étaient prêts à se soumettre à la volonté du sultan leur suzerain et à consentir au départ de MM. Vouchiç et Petronieviç, mais qu'ils désiraient savoir ce qui avait motivé la disgrâce de ces hommes , que le sultan naguère honorait de sa haute faveur. Hussein -pacha, pour toute réponse, dit aux Serbes qu'ils pouvaient s'adresser à M. le général Lieven et à M. le consul russe pour connaître le motif de cette exigence. Les Serbes alors, en foule et armés, se portèrent chez les représentants de la Russie. Hs leur déclarèrent qu'ils avaient été prêts à obéir à la volonté du sultan et à laisser partir MM. Vouchiç et Petronieviç; mais apprenant que l'éloignement de leurs compatriotes n'était que l'effet de la volonté du czar, eux députés serbes, venaient avertir MM. Lieven

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el Vaslchenko que lo départ exigé produirait une explosion terrible parmi le peuple, dont les représentants de la Russie seraient seuls responsables , s'ils persistaient dans leurs funestes exigences. Cette ferme déclaration et l'attitude menaçante du peuple firent reculer les agents russes. M. de Lieven consentit à ce que la réélection du jnince Alexandre se fît sous les auspices de MM. \ ouchiç et Petronicviç. Les Serbes, de leur côté, certains du succès de la bonne cause, dès que les bommes investis de la confiance nationale restaient parmi eux, ayant stipulé nominativement que les membres de la famille Obrenoviç , seuls concurrents sérieux, seraient exclus de la. liste des candidats, consentirent à renouveler l'appel fait au trône de Serbie, du prince Alexandre. A cet effet , l'assemblée nationale (skouplcbina), se conformant à la volonté do son suzerain , renomma à l'unanimité, et au milieu de la joie la plus vive , Alexandre Georgeviç prince de Serbie, le 27juinl8/i3.

Il est possible qu'à celte époque le cabinet de Saint- Pétersbourg, voyant l'Angleterre cbancelante dans la fausse direction qu'elle avait prise, crut devoir modifier ses exigences. En effet, c'était alors qui; lord Aberdeen, mieux renseigné, reconnaissait dans la cbambre des lords qu'il s'était trompé, que les rapports de son agent à iielgrade axaient été inexacts, et quant au droit de protection rpic la liussie s'arroge sur la Serbie, il le niait et renvovail aux traités de celte puissance avec la l^orte, où évidenniicnt rv r//Y)/V nest pas .seulement mciitiouiic. On savait même cpie le gouvernement anglais était décidé à rappeler son consul de Belgrade, fortement soupçonne d*^ suixrc les inspirations étrangères el bostilcs à la Serbie.

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Mais aussUùl que la Ilussie, axant sondé Jes dispositions des cabinets de l'Europe, se fut convaincue de leur apathie, et surtout dès que Sir Robert Peel eut détruit dans la chambre des communes l'effet du disàours de son collègue prononcé dans la chambre des lords, la Russie reprit son atlitude menaçante. M. de T.ieven fut désavoué, arrêté dans son retour et renvoyé à Relgrade, pour y déclarer que l'empereur de Russie ne reconnaîtrait le prince Alexandre qu'après l'expulsion de MM. Vouchiç et Petronieviç. Pour donner une signification plus positive à son retour, M. de Lieven monta un coup de théâtre', il visita à Vienne officiellement le prince Milosch, et fit publier cette nouvelle dans tous les journaux. Arrivé à Belgrade, M. de Lieven, manquant à tous les égards envers la Porte, au lieu de s'adresser au pacha , représentant du sultan , se rendit au milieu du sénat serbe en grande tenue militaire (nouveau coup de thédtrt)^ et y déclara l'impérieuse volonté de son maître. Il crut même devoir appuver cette déclaration par la menace, qu'un corps de 25,000 Russes (encore un coup de théâtre) était prêt à soutenir ces paroles. Le sénat serbe répondit avec beaucoup de noblesse et de mesure : il déclara ne pouvoir pas acquiescer aux demandes d'un souverain dont la Serbie n'était pas la vassale : d'ailleurs, que la constitution de 1839, octroyée par le sultan, assurait à la Serbie que nul pouvoir étranger ne pouvait se mêler de ses affaires intérieures, et que tout Serbe devait être jugé d'après les lois du pavs; mais que, pour trancher toutes ces difficultés, le sénat allait en référer à une assemblée nationale.

La Russie, voyant que ses menaces ne produiraient pas l'effet qu'elle en attendait, changea de ton et de

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manière d'agir. Tandis qu'à Belgrade M. do Liovon cajolait MM. \ oucliic et Petronievir , les engageait à quitter volontaircnienl le pays, les assurant des hautes faveurs lie r auguste protecteur, à Constanlinople M. Titow désavouail les menaces belliqueuses de M. de Lieven , et demandait dans ses notes à la Porte , de suspendre l'envoi du bérat au prince Alexandre, jusqu'à ce qu'on eût obtempéré en Serbie aux désirs du sultan lui-nicine. Pour obtenir un efl'et plus certain de toute cette prestidigitation, sur la Porte, sur les Serbes et sur l'Europe, au moment où le langage de la Puissic devenait moins aigre, le prince de Melternicb déclarait à la Porte (ju'il était temps d^eii finir avec une affaire qui inquiétait la tranquillité de ses voisins. Toutes ces mesiues étaient si bien prises, que des ministres dirigeants de certains cabinets y croyaient aveuglément et avouaient candidement la crainte que leur inspirait l'entrée des 25,000 Russes, dont M. de Lieven avait menacé la Serbie (1).

Au moment où une fermentation générale s'emparait des (•s])rils, où le prince Alexandre avec tout le j)euple déclarait ne pouvoir pas se séparer de ceux qu'ils nommaient les pères de la patrie, MM. Voucliiç et Petronieviç se décidèrent à quitter le pays. Ils prirent celte résolution, d'une part, pour éviter à la Serbie les

0 Sans s'occuper à prouver la puérilité, sous le rapport militaire, d'une iiienacc que 2:.,(i()<) l'.ussfs iraient envahir la Serbie, il sullira de dire que eéographiciucrncnl c'clail une impossibilité. I.a Serbie, non seulement ne touche pas à la Hussie, mais elle est distante de la frontière de 150 lieues. Pour arriver en Serbie, les FUisses auraient dû franchir la frontière turque, traverser loule la Mr.ldavie, puis toute la Viilachie, et alors, a|)rès avoir mis cinquanle jours de marche pour passer Ci-s i^ays, listeraient arrives <\\\ le Danube, qui sert de < e nMé, avec les montau'nes de la r.uit;arie, de frontière à la Serbie

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chances de dangers difficiles à prévoir ; de l'autre, ils la prirent par condescendance pour les conseils de l'agent d'une puissance amie. Ce fut vraiment un spectacle touchant que le départ de MM. Vouchiç et Petronieviç : tout le monde fondait en larmes : prince et peuple, tout le monde les accompagna ; on lira le canon jusqu'au moment de leur départ. Le 14 août, ces deux hommes distingués étaient arrivés à Viddin, lieu de leur exil, et cependant le bérat ne fut expédié au prince Alexandre que dans le courant du mois de septembre; car la Russie avait apporté de nouvelles chicanes dans sa rédaction.

Il semblait que la Serbie allait jouir de repos du côté des étrangers , puisqu'elle avait consenti à exécuter leur volonté. Le contraire arriva; car c'est alors que la Russie et l'Autriche, les deux ennemies de la Serbie, se mirent à ourdir des intrigues contre le gouvernement national serbe, aie tracasser par de continuelles exigences. La Russie chercha à se créer un parti dans le gouvernement et dans le sénat : elle y a même réussi jusqu'à un certain point; nous nous abstenons pour le moment de publier les noms de ces i-ussophiles. On vit alors à Belgrade jusqu'à trois agents de la Russie : MM. de Lieven et \astchenko ne quittèrent la Serbie qu'après avoir bien mis au courant des affaires M. le colonel DanileAYsky, nouveau consul russe. L'Autriche aussi, ne voulant pas rester en retard, et surtout pour surveiller l'action de ses émissaires et de ceux de la Russie en Bosnie, envoya en Serbie le colonel Filipoviç, agent diplomatique, quoique sans caractère officiel.

Le gouvernement serbe ne tardant pas à s'apercevoir combien le retour de MM. \ ouchiç et Petronieviç était indispensable pour la Serbie, fit de fréquentes dé-

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marches auprès de la Porte pour l'oblonir. Apprenant que la question ne devait être décidée qu'à Saint-Pétersbourg, le prince Alexandre s'adressa directement au czar.On luiréponditpar un refusgrossier ; une seconde démarche n'obtint qu'un conseil de ne pas la réitérer, si le prince ne voulait pas mécontenter l'autocrate.

Cependant les vœux des Serbes pour le retour de leurs compatriotes éclairés pénétrèrent en Europe. On y apprécia les demandes des Serbes, et la chambre des députés, en France, prit noblement l'initiative dans celte question. Cet a])pui moral releva le courage et l'espoir des Serbes: ils virent bien qu'il ne fallait pas compter sur le secours étranger, mais que la meilleure manière de le provoquer, c'était de montrer de la résolution, de l'énergie et de la persévérance.

Cet exemple , la Russie elle-même le donne à ses ennemis; si elle change do moyens, ce n'est que pour en prendre de mieux adaptés aux circonstances; mais jamais elle ne perd de vue le but de son action. Pendant que le cabinet de Saint-Pétersbourg repoussait brutalement la demande faite par le prince Alexandre en faveur du retour de ses deux ministres, il cherchait d'un côté à le captiver, de l'autre, à l'aigrir contre ses deux meilleurs amis. Ainsi, tandis qu'on envoyait de Saint-Pétersbourg le titre de se/r/iissirne au prince Alexandre, le consul russe cherchait à soulever des susceptibilités et des jalousies parmi les membres de la famille même du prince , en leur prouvant qu'eux et le jjrince resteraient dans I ombre des que l^'ouchiç et Petronieviç seraient rentrés.

L'Autriche, moins forte, moins influente, marchant à la suite de la Russie , n'en prenait pas moins l'initiative jxtiir tracasser le gouvernement serbe. C'est

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ainsi qu'elle tlomanda que ses sujets, qui avaient été employés sous le prince Miloscli, fussent réintégrés clans leurs emplois, et qu'on leur pa\àt une indemnité pour le temps qu'ils étaient restés sans place. Après, l'Autriche s'opposa à une amélioration que la Serbie introduisait dans les droits de ses douanes, portant par là atteinte à son indépendance. Enfin, elle s'oj)posa autant qu'elle put à ce que le nouveau code, résultat d'un travail long et éclairé de M. llatcliiç, un des jurisconsultes les plus protonds, fut sanctionné.

Mais toutes ces dén:iarches occultes, tant de la Russie que de l'Autriche, ne donnant pas de résultats immédiats, c'est-à-dire, ne soulevant ])as l'anarchie en Serbie, ces puissances recoururent à des moyens plus efficaces. Elles encouragèrent les partisans de la famille déchue des Obrenoviç à conspirer contre le gouvernement. Le général autrichien M. Lngerhofer, commandant à Semlin et presque autant au service de laRussie qu'à celui de l'Autriche, permit aux conspirateurs de se réunir et d'habiter Semlin, malgré les ])rotestations du gouvernement serbe. Mais la vigilance de celui-ci ne fut pas en défaut; car au moment où le complot devait éclater, tous les conspirateurs, qui se trouvaient déjà en Serbie, furent arrêtés. L'é\èque de Schabaç, échappant à la poursuite, se préci])ita par une fenêtre, et se tua. Au moment où l'on arrêtait le chef de la conspiration Raïevic, ex-ministre du prince Michel, on vit sortir de chez lui le consul russe M. Danilewsky.

Tant que les conspirateurs gardèrent le silence , M. Danilewsky menaça du courroux de son maître le gouvernement serbe pour les mesures violentes qu'il employait. Mais dès qu'on sut que le gouvernement possédait des révélations importantes , on organisa

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mie petite émeute pour délivrer les conspirateurs. Le gouvernement serbe j>révint le mouvement , fit arrêter et juger quelques coupables, dont trois , condamnés, furent exécutés.

Alors , à mesure que le procès de la conspiration aj>procliait de son dénoûment , les démarches et les paroles de M. Danilevvsky devenaient Iplus gracieuses. Il finit enfin par proposer ce marché honteux, que le cabinet de Saint-Pétersbourg consentirait au retour de MM. Youchiç et Petronievir , si le gouvernem(;nt serbe graciait les condamnés.

L'action juridique continuait cependant : enfin le tribunal de première instance, sur 09 prévenus, en condanma à mort 65. Le tribunal d'appel réduisit ce nombre à 35.

M. Danilevvsky n'hésita plus il offrit ouvertement le retour de \ ouchiret de Petronieviç pour les tètes de ses amis. Afin d'arriver plus facilement à son but , il osa compromettre le prince Alexandre en déclarant au pacha de Belgrade que le ])rince n'était pas désireux de recevoir ses anciens ministres. Mais fjuand cette dernière intrigue se trouva déjouée, M. Danilevvsky prit devant les ministres serbes l'engagement du retour de MM. \ouchiç et Petronievir. Le prince Alexandre, suivant plutôt l'impulsion de son caractère que les conseils de la ])rudence, amnistia les coupables, sans attendre même le retour des illustres (;xilés.

Le gouvernement annonça à la Serbie par des ciiculaires le pr<)mj)l retour ôos /ji-ivs de la iinlion. (ne joi(^ générale t'-clata dans toutlepavs; des fèlcs , des démonstrations si)onlanées, des décharges «le fusils danstouleslescommunes, prouvèrent mieux que toutes

l(;s notes diplomaliques combien \ oiicliir et Petronieviç sont indispensables à la Serbie.

Tandis que le bonheur occupe les cœurs de tous les Serbes attendant le retour des^é-wx mifu'stre.<f,\es conspirateurs graciés quittent le pays natal qu'ils avaient voulu bouleverser. Où vont-ils? Protiç et Piaïeviç, exministres du prince l\Iichel , chefs de la conspiration contre le prince Alexandre, vont chez le czar de Russie. Aux frais de qui ? du czar de Russie, qui paie à chacun d'eux 100 ducats (1,200 fr.). De quoi y vivront-ils ? de la pension viagère de 300 ducats (3,600 fr. ) accordée à chacun d'eux par le czar de Russie.

Après de tels faits, ayant cessé de persécuter des hommes justes et vertueux, pour protéger, pour pouvoir sauver du gibet des criminels soupçonnés , peutêtre même convaincus d'avoir été les instruments de sa politique, le czar de Russie ose se poser comme le représentant de la légitimité, comme le défenseur du droit divin. C'est alors, lorsque cette nouvelle tache flétrit sa fatale politique, que le czar ose se présenter en Angleterre. Il veut, par une apparition aussi soudaine qu'inattendue , surprendre l'Occident et terrifier l'Orient.

Il serait superflu de rendre compte de ce voyage de l'empereur Nicolas et d'examiner s'il a eu plus de portée que de durée. Il suffira de constater l'extrême indifférence , on pourrait dire la froideur avec laquelle le peuple anglais se comporta vis-à-vis de son illustre visiteur. Il est certain que, dans les conversations politiques, lord Aberdeen, cédant aux demandes de la France , exprima à l'autocrate le désir de voir terminer les différends serbes, par la rentrée de MM. Vouchiç et Petronievir. L'empereur de Fiussie

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témoigna sa surprise de ce qu'on pût s'adresser à lui pour cette alFaire , affirmant qu'elle était beaucoup trop infime pour qu'il s'en occupât.

Mais, tandis que iNicolas, dans sa réponse à lord Aberdeen, niait que la question des Serbes l'occupât, le consul général de Russie à Belgrade et son ambassadeur à Constantinople affirmaient ne rien savoir sur le retour des deux exilés serbes, sous prétexte que l'empereur s'était réservé la solution de cette affaire. C'est ainsi que la Russie voulait échapper à l'accomplissement de ses engagements par des tergiversations, dès qu'elle eut atteint son but, c'est-à-dire , dès que les conjurés serbes eurent été graciés par le prince Alexandre. M. Danilevsskv, à qui son cabinet venait de témoigner sa satisfaction pour avoir fait échapper à la peine capitale les conjurés, était vivement pressé par le gouvernement serbe pour l'accomplissement de l'engagement qu'il as ait pris de faire rentrer MM. \ ouchiç et Petronieviç. Alors M. Tilovv, venant en aide à son collègue, déclara à la j'orte que cette a/faire serait terminée dans le conrant de Fann.ee.

La Turquie était alors dans la bonne voie ; elle cherchait son appui auprès de la France, et celle-ci était noblement représentée par M. le baron de Bourqueney, La phrase de M. Titow ne satisfit pas le Divan, qui exigea énergiquement une explication plus catégorique. — C'est alors que la Russie, poussée dans les derniers retranchements de la duplicité, fit intervenir l'Autriche, son alliée naturelle dans les œuvres ténébreuses. Effccti\ement , le cabinet de \ ienne fit remettre au Divan une note où il disait que le retour de MM. \ ouchiç et l'elronie\i(,- était dangereux non seulement à cause de leurs relations avec la propagande

l7o sur, i,\ .si.i'.iiiK.

révolutionnaire , mais encore parce que ce sont eux qui avaient grandement contribué à faire donnera la Serl^ie une. constitution , au moyen de laquelle ils avaient éloigné du trône le j:)rince Miloscli, le prince Michel, et que probablement elle leur servirait encore de prétexte à renverser le prince Alexandre. Alors le cabinet de Saint-Pétersbourg fit aussi remettre sa note (du 28 mai iSlih) à Belgrade, par laquelle il disait avoir voulu consentir au retour de MM. ^ oucliiç et Petronievir, mais que les graves accusations de l'Autriche s'y opposaient.

Le prince Alexandre et son gouvernement, encouragés par les avis de la France , qui leur avait fait dire que tout pouvoir (jiii s'tippnîe sur F étranger abdique, adressèrent le 23 juin des notes aux cabinets de Vienne et de Saint-Pétersbourg ainsi qu'au Divan, en demandant le retour des deux exilés ou la production des ])reuves qui les accusaient. MM. A ouchic et Petronieviç eux-mêmes, pour se laver des soupçons qu'on voulait é\eiller sur leur conduite , se rendirent à Constantinople , prêts à répondre à toutes ces accusations, (iomme l'Autriche réellement ne pouvait pas avoir de preuves , elle fit communiquer officieusement des rapports sur la Serbie qui disaient que Vesprit y était révolutionnaire ; qu'une révolution ne tarderait pas ii y éclater. Mais, comme ces i-apports provenaient d'un homme qui avait exercé, à diverses reprises, le rôle peu honorable d'oZ'5é'/-(Y//<'7^/f;rr/;/^^, ils ne produisirent pas d'effet sur le corps diplomatique.

Cependant l'affah'c commençait à traîner en longueur : Taïtl et le Maroc absorbaient l'attention. LaTur- (juie ne pouvant vaincre la résistance de l'Autriche et de la Russie , la Serbie élait menacée ou de tomber

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dans l'anarchie, ou de subir l'influence russe. En effet, M. Danilewsky à Belgrade, et M. Titow ù Constantinople affectaient le meilleur vouloir pour la Serbie, et disaient conabien leur cabinet souffrait d'avoir dû céder aux exigences de l'Autriche, et de s'opposer au retour de Mx\I. \ ouchiç et Pelronieviç. Par ce langage , et en tenant éloignés ces deux patriotes serbes aussi longtemps qu'il lui était possible, le cabinet de Saint-Pétersbourg avait deux buts. En Serbie, on tâchait de jeter de nouveaux ferments de discorde, et de s'y créer des partisans ; au-dehors on voulait gagner MM. Vouchiç et Petronieviç , ou au moins on voulait le faire croire à l'Europe. En effet, l'Occident, qui grossit outre mesure l'influence de la Russie en Orient, était très disposé à accepter cette version. On peut même prévoir facilement que, si jamais MM. Vouchiç et Petronieviç étaient forcés à faire de l'opposition à leur gouvernement, cette opposition ferait le plus grand tort à leur patrie ; car l'Europe y verrait la preuve de leur alliance avec la Russie, et ne considérerait la Serbie que comme un fo}er d'anarchie aux ordres de l'autocrate.

Ces belles espérances du cabinet de Saint-Pétersbourg furent déjouées par l'énergie et le talent de M. de Bourqueney. Les Serbes, assurés que les conseils de la France ne manqueront pas à leur gouvernement ; la Porte, certaine de l'af/pui du cabinet desTuileries, revinrent avec plus de force sur leurs demandes. Pour gagner du temps, M. Titow s'excusait par le manque de réponse de son cabinet, et demandait un nouveau délai. Alors M. de Bourqueney, connaissant la politique fallacieuse à laquelle il avait affaire et aj)précianl justement le devoir que lui imposait sa position de

représentant de la France, fit connaître qu'il était las d'attendre et décidé à engager la Porte, dans son intérêt comme dans celai de la Serbie, à ne pas mettre d'obstacle au retour de MM. Vouchiç et Petronieviç. A peine la décision de M. de Bourqueney lut-elle connue , que M. ïitoNv lit remettre la réponse de son cabinet, consentant au retour en Serbie des deux exilés. De son côté, l'internonce de l'Autriche présenta au Divan une note par laquelle le cabinet de Vienne (weriissait la Porte que le retour de MM. Petronieviç et Vouchiç était dangereux , non seulement à cause de leurs relations révolutionnaires , mais encore parce qu'ils cherchaient à grouper les Slaves autour de la Serbie, intention aussi menaçante pour la Turquie que pour l'Autriche ; cependant que le cabinet de Vienne ne possédait pas de preia'es,

Lne fois que ces deux notes eurent été remises à la Porte, elle s'empressa de la manière la plus affectueuse de faire connaître à MM. Vouchiç et Petronieviç que rien ne s'opposait plus à leur retour en Serbie. Sans le mauvais vouloir de M. Tilow, la Porte eût délivré un firman solennel pour le retour des deux illustres exilés. Ils s'empressèrent de profiter de l'autorisation de la Porte , et le 28 août ils rentrèrent en Serbie.

La joie avec laquelle tout le pays accueillit MM. Petronieviç et Vouchiç est difficile à rendre : ceux qui y assistèrent reconnurent facilement combien la présence de ces deux hommes était indispensable pour la Serbie. Les événements mêmes vinrent bientôt le prouver. Lne quarantaine de partisans du prince Milosch, réunis par son argent (A, 000 ducats) sur le territoire autrichien , en uniformes de hussards au"

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tricliiens (dopuis l'assassinat des représentants de la France àRasladt, cet uniforme n'availpasété eniplové de la sorte), surprirent la ville de Schabaç, commirent quelques meurtres, s'emparèrent de la caisse publique et crurent pouvoir insurger le pays. Mais la rentrée aux affaires de MM. Vouchiç et Petronieviç (le premier nommé généralissime (voïevoda) avec un pouvoir discrétionnaire , et le second, ministre des affaires étrangères), avait rendu le pays calme, le gouvernement ferme. Les insurgés, abandonnés à leur propre force, furent tués en combattant ou arrêtés, et subissent leur procès.

Maintenant on peut dire que l'affaire de la Serbie, acte palpitant du drame de la question d'Orient, est terminée par la rentrée de MM. \ oucliiç el Petronieviç. Cette affaire laisse des enseignements pour l'avenir aussi graves qu'utiles. La Serbie, comme la Turquie elle-même, a pu voir jusqu'à l'évidence que la Russie et l'Autriche sont leurs véritables ennemies, n'importe la forme, n'importe dans quelle circonstance. En outre, la Serbie a vu qu'avec une conduite énergique et digne, les conseils, l'appui même de la France ne lui manqueront jamais. Pour prendre un rang en Europe , être respectée par elle, il faut que la Serbie marche dans la \ole dans laquelle elle est entrée; i faut qu'elle s'attache, qu'elle s'identifie avec sa dynastie; il faut qu'elle s'organise à l'intérieur, qu'elle développe ses forces nationales, ([u'elle étouffe les intrigues, et surtout qu'elle ferme l'oreillo aux influences de l'étranger.

Mais l'Europe elle-même peut puiser dans l'affaire de la Serbie de grandes lumières pour sa politique générale. En effet, en suivant les différentes phases de

180 srn i.a si-ubik.

la question serbe , on voit que la Russie n cédé sur le résultat de la révolution serbe de 1842 , qu'elle repoussait et qu'elle a été forcée d'accepter ; elle a reconnu rélection du prince Alexandre, contre laquelle elle protestait; enfin elle a subi le retour de MM. ^ ouchiç etPetronieviç , auquel elle s'opposait. On peut donc dire avec justice que la Russie a été complètement battue dans cette campagne diplomatique. Mais en examinant les raisons qui permirent à l'Europe de remporter ce triomphe, on verra qu'on le doit à l'énergie et à l'union des Serbes , qui finirent par inspirer de la confiance à la Porte, et que celte confiance, comme aussi toute la situation politique , a été appréciée avec vigueur et habileté par l'ambassadeur de la France. Outre cet enseignement, qui devrait faire voir à l'Europe que la puissance et l'influence russes ne pèsent tant en Orient que parce qu'elle s'efface, l'Europe a vu, et ne doit pas l'oublier, que l'Autriche a marché servilement tout le temps aux ordres de la Russie; qu'enfin l'Angleterre, indolente ou myope, peut-être même jalouse de la France, s'eftaçait ou se laissait remorquer par l'Autriche.

Nous concluons en exprimant l'opinion que, si ces divers enseignements ne sont pas perdus, toutes les parties peuvent en profiter, et l'émancipation des nationalités opprimées sera moins laborieuse et moins sanglante.

TABLK DES MATIÈRES.

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(} I. Aperçu «ur le passé des Serbes, 5 § II. La Serl)ie soumise aux Turcs. 15 § III. La Serbie indépendante sous Georges Tcherny. 27 § IV. La Serbie 5ous Milosch Obrenoviç. 55 Coup d'œil sur la situation de l'Europe. IIS État présent de l'Europe. 132 Conséquences de la difTérence de base dans la puissance des États. l52 Rentrée en Serbie de MM. Vouchiç et Petronieviç. I(i3

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