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CONSEQUENCES DE LA DIFFÉRENCE DE BASE DANS 1-A PUISSANCE DES ÉTATS

On conçoit facilement, d'après ce qui précède, que la France est la seule nationalité libre où la population et le pouvoir sont homogènes , ont des tendances communes, et sont également assurés contre l'anarchie comme contre l'absolutisme. C'est la raison de l'isolement de la France vis-à-\is des autres gouvernements, mais aussi c'est la raison de la sympathie qu'ont pour elle tous les peuples opprimés par la conquête. L'une comme l'autre est réelle, constante , absolue , car ces deux raisons sont chacune la conséquence du principe dont elles dérivent.

La France ne peut éviter aucune de ces deux positions : pour cela , il lui faudrait sacrifier le principe qui lui sert de base. La France peut donc, pour sortir de l'isolement où elle se trouve, accepter des alliances , mais ne pouvant pas compter sur leur sincérité, elle ne doit pas les rechercher. Ce serait sacrifier la réalité à l'apparence.

En agissaint ainsi , le gouvernement français se

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metlrait en opposition avec la nation et provoquerait lui-même ces tiraillements intérieurs, qui neutraliseraient les forces nationales.

La seule , la véritable politique de la France est donc celle que lui traçaient les augustes paroles du prince qu'elle a perdu: « Dans son isolement, la France » doit compter seulement sur une dignité nationale d'ai- » rain et sitr les synipalhies de toutes les nationalités, a On trouvera, qu'en dehors de cette politique, l'alliance anglaise est impossible , l'alliance russe daiigereuse , l'alliance autrichienne nuisible.

L'Angleterre étant une nationalité conquérante et cela par la force des choses, car de là dépend l'existence matérielle de sa population, elle doit donc absolument tout sacrifier à celte loi impérieuse, rechercher la domination des mers et le monopole du commerce sur le continent. Cette seule raison suffit: il est superflu de prou\er qu'elle influe sur le caractère du ])euple anglais, le rend oigueilleux et avide de domination : comme il est aussi superflu défaire voir que l'exemple et la puissance tacitement envahissante de la démocratie française peuvent devenir dangereux à la féodalité anglaise. Dans des questions de n)ince intérêt, l'Angleterre appuyait la France; mais il ne s'est pas rencontré une seule circonstance grave , depuis la révolution de juillet, où l'Angleterre, non seulement ne l'ait abandonnée, mais, où réunissant autour d'elle toute la sainte-alliance , elle n'ait marché sous les vvhigs, comme sous les torjs, contre la France.

L'alliance russe est dangereuse , car pour le moment elle présente à la France toute sorte d'avantages matériels , et elle flatte son désir de vengeance contre l'Angleterre j)Our sa conduite fallacieuse. En revanche.

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le danger est éloigné, par conséquent il n'est pas à la portée de toutes les intelligences. En effet , dans le premier moment, en s'alliant à la Russie, la France sacrifie une chose de peu de valeur: la nationalité polonaise ; et elle se venge de l'Angleterre ; elle obtient des avantages de commerce : plus tard même la France peut rêver que, pour l'occupation de Constantinople, elle ne voit peut-être pas qu'elle sacrifie les nationalités slaves et surtout celles des Serbes, et que l'Angleterre au même moment saisirait l'Egypte : elle aurait la rive du Rhin et peut-être quelque île de l'Archipel. Mais, par une telle conduite, la France se ferait à ellemême deux torts immenses : d'abord, elle renierait son ancien drapeau et sa base nouvelle, la nationalité, et ne serait alors qu'une puissance, composée il est vrai d'une population brave , mais ne comptant que trente-cinq millions contre toute l'Europe. En second lieu , cette conduite de la France accélérerait l'entier développement de la Russie , par la destruction de la nationalité polonaise du Dnieper à laAVarta, et la destruction de la nationalité slave sur le Danube et la mer Noire.

La conséquence de la destruction de la nationalité polonaise serait : l'occupation par la Russie des bouches du Niémen, de la Vislule, de l'Oder et de son cours, en se bornant pour le moment à la chaîne des montagnes Géantes (Riesengebirge) et des Carpathes : la destruction de la nationalité slave , au midi, serait suivie de la prise de Constantinople. Dans cet état de choses, personne n'oserait plus parler de l'équilibre européen , et la France regretterait alors amèrement, mais trop tard, d'avoir sacrifié son principe, la nationalité.

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L'alliance avec l'Autriche serait nuisible à la France, car elle n'obtiendrait en échange qu'un secours passager de force matérielle. L'Autriche, comme la Turquie, est menacée par les eiïorts de la nationalité et de la conquête , mais elle craint moins la guerre que l'esprit de révolution : par conséquent , elle obéit à la Russie , et se méfie de la France.

11 est à la connaissance de tout diplomate français qu'il n'y a pas eu une seule circonstance, depuis la révolution de juillet, où l'Autriche ait appuyé la France. Dans une question qui intéresse l'Autriche au plus haut degré, l'occupation de Constantinople par la Russie, l'Autriche, en 1833, refusa à la France son concours: en I8/1O, le prince de Metternich, de peur de troubler le statu qtio, refusa d'abord d'accéder au traité de Londres ; mais sur une lettre menaçante de l'empereur Nicolas, il abandonna soudainement la France: aujourd'hui même (18Z|2) , l'Autriche , désirant voir terminer en Serbie les troubles qui l'effrayaient , reconnut le prince Alexandre, mais voyant qu'à Pétersbourg on s'était prononcé contre lui , l'Autriche changea d'avis, et, pour colorer sa conduite, recourut à de tristes sophismes.

Mais s'il est vrai qu'en France, une politique qui aurait pour but les alliances étrangères, serait fausse et contraire aux vœux et à l'intérêt de la nation, qu'elle ne serait qu'une politique de cabinet , de coterie, de privilège : autant, il faut le reconnaître, une politique envahissante, une propagande armée, serait une politique inconsidérée. Cette politique serait absurde et dangereuse, car elle forc(3raitla France de renier aussi son principe, le droit et la nationalité. La France, en

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foulant le droit , en s'appuyant sur la conquête , se mettrait vis-à-vis les puissances, ses ennemies, de nouveau dans les proportions d'une population de trentecinq millions contre cent cinquante: en outre, la France se faisant envahissante , provoquerait contre elle les efforts de la nationalité qu'elle voudrait opprimer. Lne propagande armée de la part de la France serait une politique absurde, car elle l'exposerait seule à une guerre contre tous, et à une guerre offensive. La propagande armée ressemble tellement à un envahissement, qu'il est rare que celui qu'on vient rendre de force à la liberté, ne voie dans son libérateur un conquérant étranger.

Il faut même avouer qu'une population qui attend que l'étranger vienne briser le joug, sous lequel elle gémit, ne doit pas inspirer de confiance; car, ou bien cette population est tellement faible qu'elle n'exercera aucune influence sur la politique générale , ou bien le sentiment de sa nationalité est tellement énervé, que le libérateur étranger sera forcé de devenir conquérant. Les premières raisons convaincront probablement tout homme impartial , que tendre vers la possession des bords du Rhin, serait pour la France suivre une politique dangereuse : il est beaucoup plus profitable, d'après les sages paroles d'un roi profond : iV avoir contre soi dans un état limitrophe une population bienveillante de deux ou de trois millions d' hommes , que de posséder quelques centaines de milliers de sujets turbulents, de plus. Dans la seconde supposition, on a vu que, sous l'empire, la propagande armée n'a pas réussi à la France, ni en Allemagne, ni en Espagne, ni même en Italie, et en Pologne , car la France, prenant les allures de la conquête, et provoquant par là les efforts

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des nationalités , soi-disant délivrées , finit par succomber sous leurs coups.

Le principe de la France, de même que sa politique naturelle , la mène vers une alliance avec l'Espagne et la Prusse , et à un appui sérieux , mais fondé sur le droit , prèle aux nationalités européennes.

La conquête ne pouvant jamais servir de guide à la politique de la France, ses intérêts matériels et ceux de l'Espagne étant tout-à-fait séparés et distincts , l'alliance entre ces deux pays est toute naturelle. Les dissensions du moment (18/i2) qui les séparent doivent être considérées comme passagères , comme des fautes personnelles , appartenant uniquement aux individus, subissant peut-être l'influence d'un liera, qui profile de la mésintoUigcnce des deux peuples voisins, à leur grand détriment.

L'alliance de la Prusse semble pcut-èlre moins naturelle, à cause de certains intérêts matériels qui se croisent; mr.ls, en revanche, la raison politique qui pousse la Prusse et la France ve'rs une alliance solide, n'en est que plus impérieuse. Aujourd'hui la Prusse forme l'avant-garde des ennemis de la France ; mais, du moment que la Prusse a presque cessé d'avoir une armée permanente, dès ce moment elle a renoncé aux conquêtes et s'appuyant sur la nationalité, essayant de la créer, la Prusse ne menace plus la France ; mais, d'après les lois d(; la j)olitiquc naturelle, elle cherche en elle un allié. C'est la Piussie qui menace maintenant la Prusse ; c'est ])our cela qu'elle cesse d'exlirper la nationalité polonaise , cette alliée de la France. La Prusse, menacée par la con(|uêt(' , ti'availle à former une nationalité alleniande ; mais la France pourrait l'en empêcher en s'allianl à la Russie : la Prusse, par

conséquent, a un besoin réel de s'allier à la France. En comparant les énormes préjugés qui séparaient ces deux états, avec leurs relations actuelles, on peut dire que, départ et d'autre, on a fait des pas immenses vers cette alliance. Il est donc permis de croire qu'elle s'établira; car la politique naturelle l'exige, et les vieux préjugés qui s'y opposent encore, s'affaiblissent et disparaissent tous les jours. Sous ce point de vue, la mort du duc d'Orléans est une perte très grande : la haute position qui peut revenir à son auguste frère n'est pas la moins difficile , ni la moins importante dans cette grave question.

Il est plus difficile de déterminer l'appui sérieux, fondé sur le droit, que la France doit donner aux nationalités opprimées.

Cette protection doit être proportionnée, non seulement à la mesure d'action que les traités existants accordent'à ces nationalités ; non seulement au degré de développement des forces de la nationalité, objet de cette protection; de son affinité avec la France, et du profit qu'elle lui rapporterait; mais encore à la nature et au degré de résistance que la nationalité opprimée oppose à son oppresseur étranger.

Le premier devoir de la France envers elle-même , comme envers les nationalités , c'est de les bien connaître, de bien apprécier leurs besoins. La nationalité italienne comme la nationalité polonaise sont assez bien connues : cependant, j^ar un penchant pour simplifier les choses, on regarde ordinairement en France la nationalité italienne comme menaçant l'Autriche, et la nationalité polonaise comme menaçant uniquement la Russie. Mois de cette façon on oublie que la

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Galicie, province autrichienne, est peuplée uniquement de cinq millions de Polonais , et que, militairement, c'est la partie la plus forte de la Pologne ; on oublie également que la Prusse possède près de deux millions de la population la plus éclairée de la Pologne. Hors de la nationalité italienne et de la nationalité pclonaise, on ignore | communément en France qu'il \ ait encore des nationalités subissant le joug de l'étranger en Europe. On connaît l'Autriche, on connaît la Turquie, mais on n'apprécie pas leur valeur, on ne sent pas la portée des mouvements qui ont lieu dans leur sein. En effet, la France ne 2:)cut comprendre l'action des nationalités qui vivent, qui fermentent au cœur de ces deux puissances conquérantes , ])uisqu'elle ne les connaît pas. C'est à l'ignoiance de l'existence de ces nationalités qu'il faut attribuer la politique souvent erronée de la France. Dès qu'elle se sera appliquée à bien connaître ces deux états, basés sur la conquête, et destinés à tomber dans un len)ps plus ou moins rapproché , alors la France connaîtra aussi les tendances et les besoins d'une4)art, des Polonais , des Bohèmes, des Moravcs, des Silésicns, des lllyriens, des Serbes, desDalmatos, des Croates, des Slavaques, des Transylvaniens et des Madjars; de l'aulre, des Serbes, des Bosniaques, des Bulgares , des Albanais slaves et grecs , des Yalaques et des Moldaves ; alors aussi , la France appréciera à leur juste valeur la Turquie et l'Autriche. Mais, pour bien connaître ces deux étals, pour bien comprendre les nationalités qui y existent, la France doit être représentée dans ces pa)s, non par des hommes qui aj)partiennent à telle ou telle autre nuance politique de ses chambres, mais par des liom-

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mes convaincus de la sainteté du principe de la France protection aux oppiiiiiés, (dlùuicc aux national itcs, convaincus de sa nécessité absolue, de son immutabilité. De tels hommes apprécieront facilement les vues, les besoins et la valeur de ces nationalités et, proportionnellement au degré de leurs forces vitales, leur accorderont l'appui de la grande nation , digne alors, par l'usage de ses moyens , de l'honneur do ce nom. Les conseils, l'appui sérieux, la protection active de la France, accordés par ses représentants , nourriront et développeront les forces des nationalités opprimées. Car celte noble influence de la France, en contact uniquement avec les chefs des nationalités opprimées , n'agira pas comme le poison que jette en ])àture aux populations entières la licence de la presse; cette influence y fera germer le sentiment du pouvoir, de la force et de l'ordre.

En effet , le plus grand obstacle à vaincre pour un peuple qui désire recouvrer son indépendance , est de créer, en lui-même, des idées saines de politique, tant intérieure qu'extérieure, des idées d'ordre, de force et de pouvoir, en un mot de créer l'esprit politique. Dès qu'une fois cet esprit éclaire le sentiment de la nationalité, qui désire son indépendance , il faut que son joug se brise , il faut que l'étranger cède. S'il domine une population asservie, mais qui n'est pas dénationalisée, c'est uniquement parce que c'est l'esprit politique qui lui manque et non les forces physiques.

Puisque la nationalité est le principe fondamental de la France, puisque le cachet de sa politique naturelle est protection aux opprimés et alliance aux nationalités, par conséquent lutte avec la conquête , le but

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définitif des efforts et des tendances de la France, doit donc être rémancipation des nationalités opprimées. La voie légitime pour \ arriver, c'est d'accorder une protection sérieuse, une direction morale ; c'est de réveiller le sentiment de la dignité nationale, de créer l'esprit politique dans toutes ces poj)ulations , qui instinctivement déjà , malgré de nombreuses et d'amères déce])tions, se tournent vers la France, cette protectrice naturelle des nationalités.

Par une telle conduite, la France répondra à sa haute et noble mission ; elle préservera le monde de l'anarchie et de la conquête. L'oppression pro\oque toujours un sanglant retour et enfante l'anarchie. La France, en travaillant à l'émancipation des nationalités, sous la direction de l'ordre et du pouvoir, en donnera l'exemple en se mettant en contact avec le représentant de cette nationalité, et non avec toute la j)opulation : émancipée de cette manière , l'anarchie ne pourra s'y développer. C'est la France seule qui j:)eut éle\er une digue à la conquête, en développant le principe contraire, en émancipant les nationalités. Lne fois le j)rincipc de la conquête vaincu, il ne pourrait j)lus se relever , et les différentes nationalités assisi;s sur une base commune, des intérêts communs, ne fonderaient plus leur prospérité sur l'oppression et l'enNaliisscmenl de telle province ou de telle contrée.

(l'est alors seulement qu'on pourrait conce\oir la possibilité de celte profonde pensée jiolili(iuc : /.n fjtii.r /ffirtotif, la j)(ti.i (oiijoitrx. Alors cette terrible prophétie que VJLiirofje sera rcpublicdiin' <iii russe , cesserait de la menacer.

F>a dernière partie de cette prévision se laisse concc-

voir, si la Russie parvient à absorber les nationalités qui jusqu'à présent lui résistent. Trois races principales habitent l'Europe : elle a subi déjà la conquête l'oraaine et la conquête germanique ; la Providence lui destinerait-elle encore la conquête slave?

Sin LA SLKBit. J63

Cet écrit était terminé avant la première élection du prince Alexandre de Serbie : des circonstances imprévues en ont retardé la publication. En l'effectuant aujourd'hui, nous ne nousdissimulons pas que, la question serbe avant perdu de son importance, notre travail n'a plus le même degré d'intérêt. iVIais comme le temps, ce maître à tous, a confirmé nos asserlions et réalisé beaucoup de nos prévisions, nous les livrons au public dans leur état primitif.

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