CHAPITRE IT
Anatomie et physio-pathologie
Il est indispensable, afia de comprendre la gravité que présente l’état de rétention chronique avec distension chez le prostatique, de rappeler ici les lésions que cette distension provoque dans tout l'arbre urinaire.
Celles-ci sont très profondes, et leur intensité s’explique précisément par la chronicité du syndrome, les divers organes s’accoutumant peu à peu aux nouvelles conditions mécaniques. Rien de comparable, par conséquent, avec la rétention aiguë, où tout se résume en une congestion extrêmement marquée, il est vrai, de la muqueuse, les signes fonctionnels et subjectifs, étant 1c1 de première importance, et donnant pour ainsi dire, l’alarme.
Vessie. — Les modifications consistent tout d’abord en une hypertrophie de la musculature de la vessie, afin de contenir en permanence le résidu de chaque miction. Ce résidu augmentant progressivement, la vessie s’épuise, et n'offre bien-
tôt plus aucune résistance à la distension. C’est
l’«asystolie vésicale». Alors, la paroi vésicale s’amincit, en même temps qu’elle se sclérose, et les tractus musculaires se dissocient : la vessie à cellules est constituée. Enfin, l’épithélium s’aplatit et desquame, ce qui permet labsorption et la transsudation sanguine.
URETÈRES ET BASSINETS. — Secondairement à la distension de la vessie se distendent à leur tour les uretères et les bassinets. Ces lésions sont donc tardives. Les uretères ne se laissent distendre que lorsque la quantité d’urine résidant dans la vessie a atteint un degré tel, que les urines venant des reins ne s’écoulent que très difficilement. D’où stase uretérale et pyélique. L’ampliation progressive des uretères se fait de haut en bas. Elle ne résulte pas d’un reflux vésical, mais bien d’urine de provenance rénale.
Reixs. — L’obstacle à l’écoulement de l’urine retentit jusque dans le rein lui-même, dont les tubes excréteurs, secréteurs, et les glomérules se dilatent. Les canalicules subissent à leur tour une rétro-dilatation progressive, et leurs parois sont refoulées excentriquement. Les effets de la distension se font alors sentir immédiatement sur le parenchyme rénal, sur ses épithéliums sécréteurs, et sur la capsule de Bowmann qui se dilate. Il va s’ensuivre un atrophie du rein par néphrite scléreuse.
Comme conséquence de la distension de l’arbre
M. Benveniste 2
ATOS
urinaire, la congestion apparaît en premier lieu. Elle est d’abord légère pour ne devenir très importante qu'à parür du moment où les uretères commencent à céder. Toutefois, elle n’atteint pas le: degré de congestion qu'on voit dans les distensions aiguës. La congestion s’étend alors aux reins qui ne sont plus protégés par des uretères normaux.
L’énorme augmentation de la vessie fait, en outre, comprimer contre le pubis et les parois pelviennes, les veines péri-vésicales, mettant ainsi obstacle à la circulation en retour. Celle-ci se traduit, soit par la rupture de capillaires dans la cavité vésicale, colorant plus ou moins l’urine, soit par des ruptures interstitielles qui dessinent sous la muqueuse un piqueté hémorragique, des arborisations ou des plaques ecchymotiques. Cette forte congestion, la distension de tous ces vaisseaux expliquent le danger qu'il y aurait à évacuer brusquement le contenu de la vessie. L’urine ne contrebalançant plus par sa pression permanente la pression existant dans les vaisseaux dilatés, il en résulterait des hémorragies graves dont nous aurons à nous occuper plus loin à propos du traitement.
Une autre conséquence de la distension vésicale, plus directement de la distension des canalicules, c’est la néphrite scléreuse atrophique qui, lorsqu'on ne remédie pas assez tôt à l’obstacle vésical, devient fatalement définitive. Tout d’abord, on observe de la polyurie, par suite de la congestion rénale qui marque le début. Mais, cette suractivité appa-
rente du rein ne s'exerce que sur la filtration de l’eau, tandis que l’urée et les autres substances extractives de l’urine y sont plutôt en diminution. Dans la rétention chronique avec distension, le taux de l’urée urinaire, descend, en effet, à des chiffres minimes, 8 gr., 6 gr., voire même 2 gr. par litre. La polyurie ne compense que partiellement cette déficience de l’élimination uréique, de sorte, qu’il est classique d’affirmer que tout rétentionniste chronique est un-azotémique.
Enfin, l'infection se greffe très facilement sur le vaste réservoir que constituent les uretères et les bassinets communiquant largement avec la vessie. Dans cette cavité, en effet, l’urine stagne, et forme un milieu « mort », où les microbes éventuellement introduits de l’extérieur, trouvent les conditions les plus favorables à leur pullulation et leur dissémination. Guyon, en expérimentant sur des animaux dont la vessie était distendue artificiellement, démontrait, en leur injectant des poudres inertes colorées, la rapidité avec laquelle celles-ci remontaient jusqu’au bassinet. D’après lui, l’ascension des microbes serait encore plus rapide.
Il découle de l’étude qui vient d’être faite des lésions chez le rétentionniste chronique distendu, que celui-ci devient peu à peu un terrain d’une extrême fragilité, et par conséquent, très peu chirurgical. Il diffère beaucoup de ce qu’il était dans la première phase de sa maladie, dans sa phase de
tolérance.
Que doit-on faire désormais pour ces malades qui, à juste titre, épouvantaient les meilleurs praticiens du temps de Guyon ? Nous entrons ici, dans la partie essentielle de ce travail : le traitement des prostatiques distendus chroniques à
urines claires.