ET D’UN PERSONNAGE ROMAIN EN MERCURE
Je profiterai de cette occasion-ci pour appeler l'attention des antiquaires sur une statue célèbre qui , par la justesse de ses proportions, la vérité de l'imitation, par son travail et par sa conservation, mérite d'être regardée comme un des plus beaux ouvrages non seulement du Musée royal, mais même de tous ceux que le temps nous a conservés de l’antiquité. Ce chef-d’œuvre est un des modèles les plus parfaits et les plus près de la nature que l’on puisse offrir, aux études des artistes; mais ce n’est pas sous le rapport de l’art que je compte le considérer aujourd’hui, et c’est moins aux artistes que je m’adresse, qu’aux savants qui , par une critique judicieuse des auteurs anciens, s’efforcent'de retrouver les sujets des productions de la sculpture antique, et de leur assigner leurs véritables dénominations. La statue dont nous allons nous occuper, a long-temps exercé la sagacité des antiquaires depuis l’époque où elle faisoit partie de la collection Montalto à Rome, jusqu’à celle où elle passa dans la galerie de Versailles, et vint accroître le nombre des chefs-d’œuvre antiques que la France possède depuis plusieurs siècles, et qu’elle
doit en partie aux acquisitions que François I" en fit faire exi Italie par le Primatice. Connue d’abord sous le nom de Germanicus, fils de Drusus, cette statue reçut, on ne sait trop pourquoi, cette dénomination, car ses traits n’ont aucun rapport avec les tètes qu’offrent les médailles de cet illustre général. Son attitude pensive et réfléchie, le geste du bras droit, donnèrent ensuite l’idée que ce pourroit être un orateur; et enfin M. Visconti, avec cette sagacité qu’il mettoit dans toutes ses observations, et qui répandoit une si vive lumière sur les objets qu’il soumettoit à ses recherches, reconnut dans cette figure un personnage romain du dernier siècle avant l’ère vulgaire, représenté avec la pose et les attributs que l’on donnoit ordinairement à Mercure, le caducée qu’il tenoit à la main gauche et qui retenoitsa draperie, et la tortue que l’on voit à ses pieds. Une inscription gravée en très petits caractères sur l’écaille de eet animal, et qu’011 peut croire de la fin de la république, nous apprend que ce chef-d’œuvre est de la main de Cléomène d’Athènes, fils de Cléomène. Ce sculpteur pourroit être fils du Cléomène dont PlinecélèbrelesThespiades^uisefaisoientremarquerdansla belle collection d’Asinius Pollion, et auquel nous croyons devoir la Vénus de Médicis. Visconti pense aussi que ce personnage peut être un des généraux romains tels que Flaminius, Paul- Emile, Glabrion, ou Métellus qui, ayant mérité la reconuoissance des Grecs, en a reçu dans ce monument la récompense de ses bienfaits. On objectera peut-être que du temps de la république romaine les statues qu’on élevoit aux grands hommes n’étoient pas nues, et qu’on les représentoit en toge, dans le costume militaire ou avec celui de leur dignité; mais la république s’étoit à cette époque bien relâchée de son ancienne sévérité, les lois avoient perdu leur autorité et les mœurs leur
austérité. Après la ruine de Corinthe par Mummius (146 avant Jésus - Christ), et lorsque Sylla eut pris et dévasté Athènes, et porté le ravage à Delphes, à Elis, à Epidaure et dans toute la Grèce (86 avant Jésus- Christ), la grande quantité de sculpteui's grecs qui se réfugièrent à Rome durent produire d'importants changements dans la manière d’y envisager les arts. Familiarisés avec la nudité de celte foule de statues qu’ils avoient enlevées à la Grèce, et qu’ils regard oient comme sesplus précieuses dépouilles, les Romains s'habituèrent facilement à la voir introduire dans les statues de leurs grands hommes. Et ne voit-on pas à Rome, au palais Spada, la statue du grand Pompée, et dans le Musée royal, n° i 5 o, celle de Sextus Pompée, nues, suivant le costume adopté par les Grecs pour leurs héros? et si elles représentent, ainsi qu’on le pense assez généralement, ces deux personnages, elles sont à-peu-près de l’époque à laquelle on peut placer la statue qui fait l’objet de cette notice.
Loin de contredire l’opinion de M. Visconti dans l’ensemble de ses idées ingénieuses sur notre statue, je crois pouvoir leur donner plus de force en les appuyant de deux passages de Pline l'ancien , et en offrant quelques observations que m’a suggérées l’examen de cette belle figure, et qui indiqueront peut-être quel est le Romain qui mérita qu’on lui consacrât cette statue. En nommant plusieurs hommes célèbres auxquels on a pu rendre cet ho^nneur, l’auteur du musée pio-clémentin n’a pas entendu en fixer le nombre aux quatre qu’il a désignés j'd’autres peuvent prétendre à y être admis; la même époque en fournit plusieurs, et il ne s'agit que de faire un bon choix.
L’an 667 de Rome, 87 avant Jésus - Christ , un préteur de Rome, d’une tête très vive, et très ambitieux, nommé M. MariusGratidianus, aspiroit au consulat : fils de Gratidius,et origi-
naire d’Arpino, patrie de C. Marius et de Cicéron , il étoit neveu du premier, dont le frère aîné l’avoit fait entrer dans sa famille en l’adoptant, et Gratidia, sœur de son père, avoit épousé le grand-père de Cicéron M. Marius Gratidianus clierchoit tous les moyens de plaire au peuple et de parvenir au consulat en obtenant ses suffrages. A cette époque, et même depuis long-temps-, il s’étoit introduit un tel désordre dans les monnoies par leur altération , qu’il ne pouvoit plus exister de confiance dans le 'commerce et dans les transactions entré les particuliers ; personne ne savoit plus la valeur de ce qu’il possédoit; et la fraude des faussaires étoit assez «^droite pour qu’il fût difficile de la découvrir. Soit que Gratidianus eût trouvé un moyen de distinguer les deniers de bon aloi d’avec ceux qui étoient altérés, soit qu’il profitât de la découverte d’un autre, de concert avec les préteurs ses collègues , il résolut d’établir des vérificateurs des monnoies, et de faire porter à ce sujet une loi qui réprimât les faussaires. Pour avoir une part égale dans l'honneur que cette loi devoit leur faire, les préteurs convinrent, avant de se séparer, de l’heure à laquelle ils se rendroient aux rostres pour la publier; mais Gratidianus devança le moment fixe, promulgua seul la loi , et en retira seul aussi tous les avantages qu’avoient espérés ses collègues, et dont Cicéron le blâme ouvertement de les avoir frustrés’.
(i) Et avus quidem noster siiqjulari virtutc in hoc municipio , quoad vixi», res ti lit M. Gratidio, cujus in inatriinouio sororein , aviam nostram, habebat, ferenti legem tabellariam. Excitabat eniui fluctus in simpulo, ut dicitur, Gratidius, quos post films ejus Marins in Æf»eo excitavit mari. CicER., de Legib., I. III, c. xvi.
(a) Ne noster quidem Gratidianus oflicio boni viri functus est tum, cutn prætor esset, rolieçiumquc poctorum tribuni plebis adhibuissent , ut res numaria de cotntnuni sententia ronsticueretur; jactabatur enim teinporibus illis immus, sic, ut nemo posset scire, quid haberet. Couscripserunt cotnuiuniter edictum cuin puma, atque judicio, constitucrwntque ut omnes simul in rostra post meridiem escendereut. Et cetori quidem alius alio : Marius
Jamais la reconnoissance du peuple romain n’éclata avec plus de vivacité, qu’envers Gratidianus; les tribus de Rome lui élevèrent des statues dans tous les carrefours de la ville ( vicatim , in omnibus vicis). Le nombre devoit en être considérable, quoiqu il le fût moins sans doute que quelques siècles plus tard, lorsque l’on CQmptoit à Rome deux cent vingt carrefours, ainsi que le rapporte Publius Victor dans sa topographie de la capitale du monde. Mais la manière dont Pline parle de la quantité de statues élevées à Gratidianus, immédiatement après avoir dit que les Athéniens dans moins d’un an en avoient érigé trois cent soixante à Démétrius de Phalère, prouve que celles qu’on avoit consacrées à Gradianus dévoient être en très grand nombre ; et cette multitude de statues, qui durent être exécutées en peu de temps pour satisfaire l’impatiente et fougueuse reconnoissance du peuple, se conçoit aisément quand on songe à la toule de .sculpteurs qui, fuyant la Grèce désolée, affluoient à Rome depuis plusieurs années. Pline au reste ne dit pas de quelle matière étoient ces statues, et il est probable qu’il y en eut plus en terre et en bois qu’en marbre et en bronze, et que plus dune tribu
préféra la manière la plus prompte de les exécuter et de prouver son zèle. Par les expressions de statuas tolas , Pline entend sans
doute des statues entières, en pied, ce qui étoit plus honorable que de simples bustes ou des têtes placées sur des hermès.
Les honneurs rendus à Gratidianus et à ses images, étoient au-
a subsclliis in rostra recta, idque qood conimunitcr coniposituni fuerat, solus edixit. fci cas res (si quseris) ci maguo honore fuit, Omnibus vicis statua: ad eus tus, et ceret- Quid muita ? A'emo unt/uam mullitudmi fuit carier. CiCKlt. , de Offi c. ,1, III, C. * v * , **■
I(;itur ars facta denarios probarc, tamjucunda lega plcbi, ut Mario Gratidiano vicatim totas statuas dicaverit. Pi.i N. , 1. XXXIII, c. xvu.
Statueront Rouiæ etiam in omnibus vicis ( U paroil que ce doit être M. Mario) G. Mario Gratidiano tribus, ut diximus, easdemque subvertere Sjllse iutroitu. Jd., I. XXXIV, c. XII.
( te )
dessus de tout ce qu’on avoit vu jusqu’alors; c’étoit une véritable consécration, et les dieux ne recevoient pas plus d’hommages. Jamais personne n’ avoit été plus cher à la multitude que ce préteur, et il en étoit devenu l’idôle; des torches de cire briiloient en son honneur; on faisoit fumer l’encens aux pieds de ses statues, et le vin couloit en libation comme pour les divinités. Seroit-il donc étonnant alors qu’on lui en eût donné les attributs, et que l’imagination d'un sculpteur grec chargé d’exécuter une de ces statues; car il n’est pas probable qu’elles aient été toutes d’après le même modèle, quoique peut-être il y en ait eu plusieurs faites ensemble, dans le même atelier, d’après une seule esquisse ; seroit-il , dis-je , étonnant qu’un Grec ait représenté avec les attributs de Mercure, dii dieu du commerce, Gratidianus, qui venoit de lui rendre un service si important par la loi sur les monnoics? Et c’eût été un hommage de plus adressé à ce préteur, offert à la vénération du peuple comme le dieu du commerce , ou bien une manière de tempérer ce que cet hommage, cette espèce de culte, avoient de trop exagéré et presque d’impie, en les lui faisant partager avec Mercure.
Jusqu’à présent je n’ai eu recours qu’aux auteurs classiques pour appuyer mes conjectures sur la statue objet de mes recherches, et pour prouver qu’il est aussi probable qu’elle représente Gratidianus, que tout autre llomain célèbre de cette époque; mais ce n’est pas cependant aux passages de ces auteurs que je dois cette idée. C’est l’examen de la statue ou plutôt le hasard qui me l’a suggérée; et ce ne scroit pas la première fois qu’il auroit mis sur le chemin de quelques découvertes beaucoup plus importantes que celle-ci. En regardant attentivement et en étudiant le bras droit et la main de cette belle figure, je fus frappé de la forme d’un objet qu’elle tient entre le pouee et le premier
doigt, et que , n’y ayant pas fait une attention particulière , j’avois toujours pris pour un de ces petits tenons que les sculpteurs réservent souvent pour donner plus de force aux parties détachées, qüi par leur délicatesse courroient le risque d’être brisées par le moindre choc. Mais après avoir considéré avec soin et sous toutes les faces ce qui m’avoit d’abord paru un tenon , je fus persuadé que ce n’eu étoit pas un, et que ce n’étoit pas sans intention qu’on lui avoit donné cette forme. Cet objet d’environ sept à huit lignes de diamètre , est rond dans son contour, aplati d’un côté, et bombé de l’autre , à-peu-près comme le sont de petits cailloux calculi, ou ces morceaux de verre de différentes couleurs , que l’on trouve fréquemment dans les fouilles des monuments antique*, et qui servaient ou de jetons ou pour compter, pour calculer. Un culot de métal resté au fond d'un creuset, et les flans de certaines pièces de monnoies romaines très épaisses, offrent aussi à-peuprès la même forme. Cette forme me frappa; je crus y trouver quelque rapport avec le personnage représenté en Mercure; et je me rappelai ce que Pline rapporte de Gratidianus et de sa loi sur les monnoies. Ne se pourroit-il pas qu’en l’offrant avec les attributs de Mercure, on eût voulu , pour mieux le caractériser, lui faire tenir à la main un accessoire que nous ne pouvons pas aujourd’hui reconnoitre d’une manière positive, mais qui suffisoit alors pour rappeler et le bienfait dont on étoit redevable à Gratidianus, et le sujet de sa loi. Nous ignorons les moyens que l’on employa pour apprendre à distinguer les monnoies fausses d’avec les vraies ; et sans chercher à déterminer ce qu’il tient à la main , on peut supposer que c’est ou un flan de métal , ou peut-être une de c es petites coupelles dont on se sert pour éprouver les métaux, du moins l'argent. La sculpture ne peut pas tout
dire, et souvent elle ne se sert que d’emblèmes très simples pour exprimer sa pensée. Quand bien même Gratidianus n’axtroit pas été l’inventeur des procédés qui servoient à faire distinguer l’altération des monnoies , il suffit qu’il ait contribué à l’établissement de vérificateurs ou d’essayeurs des pièces , et qu’il ait promulgué à ce sujet une loi dont on lui attribuoit tout l'houneur, pour qu’en lui consacrant des statues sous la figure de Mcrcuro, on ait voulu les distinguer par une particularité qui nous échappe à présent, mais qu’alors on comprenoit facilement.
On m’objectera peut-être, d’après Pline, que la fortune de Gratidiauus lut de peu de durée, et que sa famille ayant été exterminée par Sylla , il fut massacré par Catilina, et que c es mêmes tribus romaines qui en avoient fait un dieu, renversèrent ses statues avec autant de fureur qu’elles avoient.montré d’enthousiasme en les lui élevant’. Il pourroit donc paroitre extraor-
{1} Lor.-quC Sy lin s'empara do Home, l'an Si avant Jésus-Christ, il ulwndonnn Gratidianns à la cruauté de Catilina, qui, après l'avoir l’ait battre de verges dans tonte la ville devant les mêmes Romains qui lui avoient décerné des lionncurs divins, lui Fit souffrir, de? tourments affreux; il lui fracassa les membres, lui arracha les yeux, In langue : il sembloit, dit Sénèque, qu'il vouloil multiplier la mort, en le coupant par morceaux, et en lui faisant éprouver toutes les tortures que sa rage pouvait inventer; enfin il le saisit par les cheveux, et lui trancha la tête devant le tombeau de Catulus. <.j. Cicéron, frère de l'orateur, Sénèque, Morus, et sur-tout l.ucain, donnent des détails horribles du supplice de Gro- (idiunus.
Quid ego mine dicain, petere eum ( Calilinam ) constilatum qui hoininem carissimum populo roinano M. Marini» ( Gratidianwn ), inspectante populo romano vitibtis per toiani urbem, ceciderit? Ad bustuin egerit ? Ibi omtii cruciatn vivum lacernrit? Stami collum gladio sua dextera secuerit, cum sinistra capillum ejus a verlice tencret? Caput sua manu tulerit, cum inter digitot ejus rivi sanguinis Uucrent. Q. Cicf.bo, de petit, consul, ad M. Tullium frntrem.
M. Mario cui vicatim populus statuas posuerat , cui tluire et vino romanus populos supplicabat, L. Sylla perfringi crura, orui oculos, amputari manus jussit , quasi totiens occi-
dinaire qu’une des statues antiques les mieux conservées fut celle d’un homme dont on renversa toutes les images ; mais il n’est pas dit quelles furent toutes détruites. Ne seroit-il pas permis de penser que quelques unes ont pu échapper à la proscription générale? Si l’on a consacré à Gratidianus des statues dans tous les carrefours de Rome , ou peut lui avoir rendu le même hommage dans d'autres endroits, pendant les six ans qui s'écoulèrent entre la loi Maria et le retour de Sylla à Rome. N’est-il même pas naturel de croire que quelques particuliers ont eu de ces statues dans leurs maisons , et quelles y ont été moins exposées à l’effervescence du peuple que celles qui étoient dans les carrefours; il se pourroit même que la beauté de celle-ci l’eût sauvée, et qu’ayant servi de modèle à plusieurs autres , elle fût restée dans l’atelier du sculpteur grec qui l'avoit exécutée. Ne sait-on
dcrel, quotiens vulnerabat, paulatim et per singulos artus laceravit. Quis erat hujus imperii minister? Quis , nisi Catilina, jam in omoe facinus inanus exercens? Hic ilium ante bustum Q. Catuli carpebat, gravissimus initissimi viri cineribns; super quos vir mali exempti, popolaris tamen et non tara immerito quam nimis amatus per stillicidia sangninem dabat : dignus erat Marius qui ilia pateretur, Sylla qui juberet, Catilina qui faceret. Seneca, de irâ, 1. III, c. xviii.
Piget post h*c referre.... Marium ducis ipsius fratrem apud Catuli sepulchrura, oculis, manibus, cruribusque dcfossis scrvatum aliquamdiu ut per siDgula membre reoreretur. Flous, 1 . III, c. xxi, $. 26.
Qnid sanguine mânes
Placatos Catuli rcfcram ? Cui victima triste* Inferias Marius, fo nsa n nolrntibus umbris Pendit , inexpleto non fonda piacula husto :
Cum laceros artus, æquataqne vulnera membris Vidinius, et toto quamvis in corpore cscso Nil aniuiae létale datum , morcmque nef and a? Diruni saîvili*, percuntis pnrccrc morti.
Avulsœ cecidere manus, cxsectaque lingua Palpitai, et muto vacuum ferit aéra motu.
pas d’ailleurs qu’après la mort de Domitien un décret du sénat ordonna d’effacer son nom de tous les monuments et de briser toutes ses statues? Ce décret dut être reçu avec joie, et sans doute l’on mit tout le zèle de la vengeance «à détruire tout ce qui pouvoit retracer un tel monstre de cruauté : aussi les statues et les monuments de Domitien sont-ils très rares. Cependant il en existe, même au Musée royal, et on ne les avoit pas fait tous disparoitre. 11 ne pouvoit pas en être ainsi de Gratidianus ; n’ayant pas excité contre lui la haine générale , il n’étoit la victime que de celle de Sylla pour tout ce qui portoit le nom de Marius, et l’on n’aura pas recherche ses statues avec autant d’acharnement que celles de Domitien; s’il s’en est conservé de ce tyran, on peut croii'e que celles de Gratidianus n’ont pas été plus maltraitées. Si les conjectures que je viens de développer méritent d’être adoptées, ce seroit un nouveau personnage à ajouter à la nombreuse suite de l’iconographie romaine; marchant dans la carrière que M. Visconti a parcourue avec tant d’éclat, je m'estimerois heureux de pouvoir ajouter une petite pierre au mo-
llir sures, alius spiramina naris admira 1 Amputât : ille ravis evolvit sedibus orbes,
Ultimaquc cffodil spectatis luiiiiua membris.
Vix erit ulla fuies, lam s.l'vi criininis unum Tôt pâmas cepisse caput. Sic mole ruinte Frac la sub ingrat! miscenttir pondère membra :
Ncc magis informes veniunt ad Iittora trunci,
Qui medio pcricrc freto. Quid perdere fructum Jurit, et, ut vilem, Marii confundere vultum ?
Uc scelus lioc Sylla;, rtedesque ostensa placeret,
Agtioscendus crat.
Lccat.v, Pluirs., I. II, v. 17.V193.
Il est encore question du supplice de Gratidianus dans plusieurs autres auteurs que je crois inutile de citer, et qui rapportent (es mêmes atrocités.