‹ Sur la statue antique de Vénus VictrixChapitre 2 sur 3 · A FAIT · texte numérisé non relu

A FAIT

Le reste de la barre inférieure que l’on voit avant la termi-

qui est ronnii sous In nom dVi/fiVyiie ou de pélasgù/ue , puisque l’on sait par lline (1. VI I * V. i/Vn et i.viii), et par Tacite (Annales, I. XI, c. x«v), qu’il avoit le plus grand rapport avec les lettres latines de leur temps; et en effet plus les caractères grées sont anciens, plus on leur trouve de ressemblance avec les lettres romaines.

Si fou ne s’en rapportoit, pour déterminer l'époque d'un monument, qu’à lu forme tins lettres, sans avoir recours aux antres ressources qu’offre la critique, ou pourroit fréquemment se tromper. On sait par l’ausanias (et les monuments en font foi) qu'à certaines époques il régna un goût A'arçhàisme ou d'antiquité qui fit que souvent on employa pour des inscriptions des caractères très anciens, et sur-tout les lettres attiques dns premiers temps: r’étoit une espèce de pédanterie monumentale, et pour faire montre d'érudition. On en trouve, dans le Musée de Naples, une preuve sur les colonnes découvertes dans le Triopium, et consacrées par Hérode Atticus, qui vivoit du temps de Marc-Aurèle. Les caractères et l'orthographe des inscriptions sont de la plus haute antiquité; et si on ne conuoissoit pas précisément le temps où elles ont été faites, on ne pourroit pas les attribuer au second siècle de notre ère.

Les caractères varioient aussi selon les pays, et il y en avoit où probablement on conserva plus long-temps que dans d’autres l’orthographe et les lettres anciennes : on le voit par une inscription de Thèbes en fiéotie, rapportée par M. Dodwell dans son Voyage en Créer, et qui nous fait connaître, par les monument*, deux sculpteurs, Aristogiton et f’ythodore, dont il est fitit mention duns -Pline et dans Pafsanias. La statue qu'ils avoienl élevée ne peut pas remonter au-delà -do la cent-quatrième olympiade, trois cent einquante-

ans avant Jésus-Christ ; et cependant l’orthographe et le caractère des lettres sont d’une bien plus haute antiquité, et en annoncent même une plus reculée que celle des marbres de Noiutel ( voyez In Description tics ligue s du Musée royal , n° aaa) , qui sont de l’an 4 S 7

naisou ANAP02 ne Convient qu’à cinq lettres de l’alpliabet grec, A, K, Z, S, S; et mèfne un petit - point qui la termine à droite montre que ce ne peut être le reste d’un A. Quant au Z, il n’y a pas de nom grec dont la terminaison en ANAP02 soit immédiatement précédée de cette lettre. Ainsi l’on doit exclure tous les noms terminés en andros dont l’A ne seroit pas précédé d’une de ces trois lettres K, S, 2. 11 n’y a qu'une douzaine de noms qui pussent nous servir à restituer celui que nous regrettons et regretterons probablement toujours; et de ces noms quelques uns sont peut-être un peu courts. Quant à ceux qui convicndroient, il n’en est que deux de sculpteurs cités par les auteurs

avant Jésus-Christ. Los inscriptions du marbre de Cboiseul, qui datent de quatre cent dix ans avant Jésus-Christ, ont l'air moins ancien que celle de Thébes, citée par M. Dodsvell. On peut aussi remarquer qu'entre les inscriptions de ChoisenI et celles de Xointel, qui ne sont qua quarante-sept ans l'une de l’autre, il y a plus de différence dans la forme des lettres que’Ton'n’en trouve entre celles de Cboiseul et d'autres gravées plus de deux siècles plus tard. Dans les monuments du I" et du 11 ' siècles de notre ère, et même dans ceux de 1a fin de la république romaine, les inscriptions offrent souvent, et même dans un seul mot, de grandes variétés de forme, et l'on y voit souvent 1K et l’Ç, le 2 et le C.

Notre inscription potirroit avoir appartenu à un ouvrage du commencement du quatrième siècle avant Jésus-Cbrist : ses lettres ressemblent parfaitement à celles d'une des trois inscriptions du marbre de Cboiseul , que son orthographe peut faire croire de quelques années plus récente que les deux autres ( voyez la Description des antiques du Musée royal, p. a 38 ); et d’un autre côté les lettres de notre marbre conviennent aussi à une époqu* beaucoup moins ancienne.

Ainsi, quelques données que les caractères d'une inscription puissent offrir pour fixer, même d'une manière approximative, son époque, il faut être sur scs gardes pour ne pas se laisser induire en erreur; et quoique riiez les anciens , ainsi que chez les modernes, l'écriture de chaque siècle ait pour ainsi dire une physionomie particulière, cependant, comme on la vu plus haut, il y eut des époques où, pendant une longue suite d’années, il survint peu de changements dans l’écriture, du moins dans celle des inscriptions; et de légères différences ne suffisent pas pour en faire reconnoftre le temps. (V<rvez , outre les lettres de M. Raoul Rochelle à lord Aberdeen, une petite dissertation de M. Ruttmann, en tête du Programme des cours qui doivent avoir liep en 1821 à I académie de Berlin.)

aucieus, et l'on verra qu’ils ne peuvent être admis. Ainsi, sans craindre de faire tort à personne, ou est libre de choisir et d’appeler cet habile sculpteur Alexandre, Anaxandre, Stésandre, Thersandre, etc., etc. J’avoue que j’ai cru un moment qu’Agésandre et Tisandre viendroieut à mon secours: mais Agésandre, du moins l'auteur du Laocoon, étoit de Rhodes; quant à Tisaudre, on voit dans Pausanias qu'il travailla beaucoup pour Lysandre, qui rétablit la colonie de Sparte à Mélos, quelques années après qu’elle eût été dévastée par les Athéniens. Les généraux dont il lit les statues étoieut presque tous de Carie ou des des qui en étoient près; je pouvois le croire de cette contrée : malheureusement Antioche de Carie, près du Méandre, n’étoit pas fondée à l’époque de Lysandre et de Tisandre, et toutes mes espérances s’évanouirent.

Antioche de Carie fut fondée par Antiochus Soter, Ou peutêtre même, comme lepeuse M. Yisconti dans son Iconographie grecque , le fut-elle par lui du vivant de son père .Séieucus Nicanor, qui l’associa au trône, et dont- le règne s’étend de l'an 3 12 avant Jésus -Christ à l’an 280. Si Antioche fut fondée entre ces deux époques, il est facile d’admettre que vers 260 elle ait eu de grands artistes; et comme l’on pense que Praxitèle a prolongé sa carrière jusqu’à Pan 286 avant Jésus-Christ, son école étoit alors à son plus haut point de splendeur, et sa gloire brilloit dans toute la Grèce. On peut ainsi supposer qu’un artiste d’Antioche, près du Méandre, ait reproduit la Vénus de Côs, île de Carie. Ce chef-d’œuvre devoit jouir alors de toute sa célébrité ; et dans l’hypothèse que notre statue eut etc faite pour Mélos, ce dont je ne suis pas convaincu, on conçoit que ses habitants «lient désiré de posséder cette belle répétition.

On ne nPobjectera pas, je pense, qu’un tel chef-d’œuvre

ne peut pas être l'ouvrage d’uu sculpteur dont, le nom est resté inconnu , lorsqu’on se rappellera que ceux d'Apollonius d’Athènes, fils de Nestor, d'Agaslas d’Ephèse, fils de Dosithée, étoient ignores avant la découverte du torse du Belvédère, ce chef-d’œuvre que Michel -Ange ne se lassoit pas d’admirer, et du héros combattant, l'une des plus belles statues antiques. Cette dernière seule proirveroit que l’école de Cai’ie, ou de ces contrées, qui faisoit partie de celle d’Ionie, avoit produit des artistes du plus grand talent. Si notre inscription n’cùt pas été mutilée, elle nous auroit fait connoître un grand sculpteur de la même école, et dont l’époque peut être rapprochée de celle d’Agasias. Enfin si le mot EÜOIHSEN, il a fait, que les artistes grecs, au rapport de Pline, employoient rarement, iudiquoit positivement et toujours uu ouvrage original, ce sculpteur auroit conçu le premier la pensée de notre chef-d'œuvre. Mais si au contraire ce mot a servi, aussi bien que celui d’EITOIEI, il faisoit, tantôt pour des originaux, tantôt pour des répétitions, on lui devroit l’admirable copie du chef-d’œuvre d’un autre grand maître, de Praxitèle. Quede peintres et de sculpteurs du premier j*ang se sont honorés de copier Raphaël et Michel-Ange! Dans tous les cas, l’auteur de la Vénus de Milo est celui dont le nom est perdu, et qu’on peut appeler Alexandre; et aucun autre, ce me semble, ne peut lui disputer cet honneur. Et soit qu’on adopte, sur la composition primitive de cette statue, l’opinion de M. Qüatremère de Quincy ou la mienne, la Vénus de Milo n’en sera pas moins une des plus belles*conquètes que la France ait pu faire, un sujet inépuisable d’admiration et d'étude de ce que l’art peut offrir de plus grand, de plus noble sous tous les rapports. Si, dans la crainte de nuire à sa beauté ou de se méprendre sur la sublime conception de son auteur, on la cou-

serve avec respect dans l’état où la terre nous l’a rendue, elle partagera le sort et la gloire de la Yéuus Anadjomène d’Apelle, et de celle qu’il avoit commencée pour les habitants de Côs'. La mort ne lui permit pas d’achever celle-ci; l’autre tableau, placé par Auguste dans le temple de César, avoit été endommagé par le temps, et aucun peintre ne se crut digne de mettre la dernière main aux chefs-d’œuvre d’Apelle.

(i) Voyez Pi. ink, i. XXXV, §. xv. .

On finissait d'imprimer cette notice lorsqu'un parcourant l'ouvrage sur la galerie de Dresde publié en 17a- par Le Plat, j'ai trouvé, dans le vol. Il, pi. 124, une statue drapée d’environ 4 pieds 10 pouces de liant, provenant de la collection Chigi , et dont lu pose et l'ajustement des draperies ont de grands rapports avec ceux de notre Vénus, quoique le pied gauche soit plus élevé, et que le corps .plus tourné vers la gauche, ait moins de mouvement. En res* tauranl cette statue , dont il ne restoit que le rorps(ei l’on ne sait , d'après l'estampe , s'il existoit entièrement ou en partie), on lui a donné lu caractère et les attributs de Vénus Victrix, cl elle lient une pomme à la main gauche. Mais ce qu’on lit dans la savante Description de la galerie de Dresde, par M. Lipsius, donne lieu de penser que les restaurations ne sont pas bien motivées; et un reste de colonne, qui n'a pas été rendu dans la gravure, lui fait croire que cette figure étoit appuyée contre cette colonne, et qu'elle représentoit une muse, qui tenoit peut-être à la main un masque. Le haut du corps 11'cst pas nu, comme celui de notre Vénus; il est vêtu d'une tunique d'une étoffe line et légère, qui tombe jusqu'aux pieds, costume qui conviendrait aussi à une Vénus drapée. Mais ni le texte ni la gravure, n’indiquant avec détail ce qui est antique , ne nous apprennent pas si les feins le sont , et s’il V en avoit un découvert lorsque la statue étoit dans sou intégrité , ainsi qu 011 le voit aux figures de Vénus vêtue. Cette statue, malgré mie certaine analogie avec notre Vénus, ne peu; doue pus servir à l'expliquer, à établir des rapprochements, vu qu’elle est en grande partie restaurée, et que les bras sont entièrement modernes, l.es draperies qui enveloppent la partie inférieure du corps présentent à-peu-près les mêmes masses, ce qu'on trouverait dans d’autres statues de Vénus et de plusieurs déesses; cependant elles diffèrent par les détails, et ne sont pas traitées d'une manière aussi savante, et avec autant de simplicité et de grandeur de style. Si ces draperies.de même que celles d'autres statues, ont été ajustées, dans leur ensemble, d'après un type adopté, elles ont reçu, selon le génie des artistes, et selon les figures auxquelles ils adapioient ce costume, un grand nombre de modifications qui les éloignoicnt ou les rapprochoicnt plus ou moins du premier original qui les avoit inspirées

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