‹ Sur la théorie de la population: ou Observations sur le système professł parChapitre 1 sur 2 · THEORIE · texte numérisé non relu

THEORIE

DS

LA POPULATIOIV.

oc OBSERVATIONS

SOR LB STSTIMK PROFESSE PAt M. MALTHUS BT SKS DISCIPLES.

dDbiet ie cet (Eorit.

Quelques disciples de M. Malthus, sans penser au peu d'application que son système pourrait avoir hors des Iles Britanniques , sans égard pour les modifications que lui-même lui a fait subir, en ont extrait quelques principes généraux et absolus , sur lesquels ils se fondent pour en tirer des conséquences qui me paraissent aussi déraisonnables que fatales. Je vais combattre ce système, non sans quelque défiance de mes forces, mais avec l'espoir d'en faire sentir les erreurs et les dangers.

Je sais que ce système a , pour ainsi dire , fait une secte , et a donné à M. Malthus , son auteur, une immense renommée; mais je sais aussi que ses nombreux disciples , en t'exagérant et le dénaturant, Vont rendu véritablement funeste, et , au risque de passer pour téméraire , je vais essayer

i". De prouver la Ëiusseté du principe;

3". D'exposer les fàcheusesconséqucnces qu'on en a tirées ;

Et, 3". , d'expliquer les causes des erreurs dans lesquelles M. Maltbus et ses disciples sont tombés.

|)ro)iiM(ition tpu t'ai à tovùaUxt.

M. Malthus, en examiuant ce que l'on a nommé ie paupérisme dans les Iles Britanniques, c'est à dire l'intmense quantité de prolétaires qui s'y trouvent, leur misère, et les secours qu'on est obligé de leur donner, a avancé que la principale cause de ce fléau était l'excès de la population résultant des mariages imprévoyata. Il annciu ainsi ['uniDn Contractée par deiuc êtres ns pour s'exposer à faire outre des

en£ans sans être assurés d'avatice d'avoir les moyens de les nourrir et de les élever. Les dis- €iples de M. Malthus en concluent que la société a droit d'opposer à ces maux,

1^. Des moyens préventifs, en mettant des entraves à ces mariages imprévoyans ;

Et, 2®., des moyens répressifs, en diminuant ( autant que possible sans crime) l'excès de la population.

Je crois avoir fidèlement exposé cette proposition« Examinons-la maintenant en elle-même.

Traitons d'abord la question du droit qu'à cet égard mes adversaires supposent à la société sur chacun de ses membres.

S'il est une vérité triviale et universellenoent reconnue, c'est que les hommes, en se réunis* sant en société y ont &it abandon d'une partie de leur volonté et de leur liberté, en^ échange de la sécurité qu'ils voulaient obtenir dans la jouissance du reste de leurs droits. Or, certaine^ meiit , le premier des droits dont le citoyen a dà vouloir s'assurer la pleine et libre jouissance

a été celui de satisfaire autant qu'il lui convehait aux besoins physiques que la nature lui a imposés , qui sont de l'essence de l'homme , ou plutôt qui sont l'homme lui-même. Ces besoins sont hors des atteintes des lois sociales : ces lois peuvent bien en régler l'usage sous le rapport moral ; mais jamais > dans aucun cas, elles ne peuvent restreindre cet usage et encore moins en imposer la privation. La société n aurait pu se former et ne pourrait se conserver si elle n'était pas organisée de manière à ce que chacun de ses membres pût, dans tous les temps, satisfaire à ces besoins physiques , autant qu'il peut lui être nécessaire. Elle a pu déterminer sous quelles conditions il y satisferait; mais jamais elle n'a pu avoir le droit de lui dire : Fous n'y satisferez pas.

Ces besoins par lesquels l'homme nait^ se conserve et propage son espèce, sont tellement inhérens à son être, que la société ne poprrait avoir le droit d'y attenter que si l'homme cessait d'être lui-même et devenait autre que la nature l'a fait.

Pour mieux faire sentir la fausseté de la proposition que je combats , étendons-la aux autres besoins physiques et supposons un économiste qui dirait aux habitans d'un pays civilisé : Mes

kl

«mis 4 la société souffre , parce qu'il ne se Êiit pas assez de travail; je présume que la raison de cette insuffisance est que vous dormez trop ; il fout donc qu'un grand nombre d'entre vous se prive de sommeil pour assurer le repos des autres * ou bien supposons encore un autre

publiciste qui , faisant abstraction de tous les vices d'organisation de l'état social pour lequel il écrirait , dirait à ses concitoyens : Mes frères , la société souffre par un déficit de subsistances ; je soupçonne que cela vient de ce que vous

voulez tous manger ; je vais écrire un gros

livre pour vous prouver qu'il faut qu'un grand nombre de citoyens se résigne à ne plus manger , afin d'assurer la subsistance des autres :

certes , je n'ai pas besoin de dire comment on qualifierait de telles propositions, et si l'on croirait que la société a le droit d'en ordonner l'exécution. Eh bien! ce que prétendent les disciples de M. Malthus est aussi insensé; car de tous les besoins physiques qui constituent l'homme , celui de la propagation de l'espèce n'est pas le moins impérieux. La société est donc aussi sans droit pour en restreindre l'usage légitimé par les lois.

Mais pourquoi m'étendrais-je davantage sur la question du droit de la société à cet ég*rd?

L'exwçaeD d'pP droit devient superilu lorsque r^ercice de ce prétendu droit peut être démontré impossible. Or^ jl m'est fecile de prouver que non seuLenient la sodété n'a pas le droit d'empçcher de satisfaire aux besoins physiques, mais encore qu'elle n'en a pas même la possibilité-

SNt {louDinr it UBacUU sam ces mrnue toffom.

Examinons ce que la société pourrait faire pour empêcher ou au moins restreindre les prétendus mariages imprévoyans ; j'avoue de bonne foi que je ne le sais pas , et que je n'en conçois même pas le moyen-

En effet, personne ne pense sans doute qu'on puisse arrêter l'essor du besoin le plus irrésistible que nous ait donné le Créateur, celui de reproduire et conserver l'espèce. Jamais ni lois, ni châtimens , ni grilles , ni verrous n'ont pu contrebalancer cet ordre de la nature ; en vain a-t-on osé, au nom de la Divinité, ccHumander cette désobéissance à . ses éternelles volcHités ; vœux de chasteté , les jeûnes s poisons même y ont édwué :

qu'aurait donc fait la société en défendant comme' imprévc^antes un grand nombre d'unions lé^ gales? Ce qu'elle aurait fait? Elle aurait créé des liaisons impudiques et substitué des bâtards à des ènfans légitimes ; elle aurait dépravé les mœurs , augmfenté la corruption des basses clas* ses et porté le trouble dans toutes les autres 2 voilà jusqu'où se serait étendu tout le pouvoir de la société ; et ces désordres seraient l'unique et inévitable résultat des restrictions conseillées par M. Malthus et ses disciples.

I '\ Leur système détruit la .première condition de l'existence de la classe qui vit uniquement du travail de ses mains.

En effet, s'il est une classe d'hommes pour qui le mariage soit indispensable, c'est celle de ces mêmes prolétaires que Ton veut condamner au célibat. Ces prolétaires n'ont pour vivre que leurs bras, employés tout le jour au service d'autrui. Or , il est de ,notoriété universelle que rhomme qui donne tout son temps au travail ne

peut s'occuper de ses besoins domestiques. Sa □ourritare, ses vêtemens, propreté , ménage , toute son existence intérieure enfin , exigent une femme. Vous ne voulez pas, sans doute, lui donner une concubine, dont la fécondité serait d'ailleurs tout aussi contraire à votre système ; il n'a pas le moyen de payer une domestique , donc il lui faut une épouse. Cette épouse est la serrante indispensable de l'ouvrier, la seule qu'il puisse ne pas payer, et qui non seulement ne lui coûte pas , mais encore produise à la maison au moins autant qu'elle y consomme. Cette épouse légitime est une condition sine quâ non de l'existence du prolétaire , et je défie M. Malthus et tous ses adhérent de nier cette vérité.

2°. Mais ce n'est pas tout encore, je vais demander ce que deviendrait la moitié du genre humain, je veux dire les, femmes, si mes adversaires pouvaient réussir dans leur philantropique projet d'empêcher les nombreuses unions légitimes qu'ils se permettent de proscrire sous le nom de mariages imprévojans.

Supposons pour un instant que, par des mesures quelconques , on pût empêcher les mariages des hommes qui n'ont point de moyens assurés de nourrir et d'élever leur famille; supposons encore que ces hommes restass^it fidèles

à la chasteté que sans doute on aura aussi espérée d'eux , tous ces célibataires forcés laisseront un nombre égal de femmes sans maris et sans eiûstence ( car on sait que, dans nos sociétés, les travaux laissés aux femmes sont aussi rares qu'insuffisans) , je demande à mes adversaires ce qu'ils feront de ces femmes sans époux et ce qu'elles deviendront..... Je présume que c'est encore une donnée négligée par eux, une considération à

laquelle ils n'auront pas pensé , car certaine*

ment leur intention, n'aurait pu être de les condamner à être étouffées au berceau , ou à mourir de feim si on veut bien les élever.

tt 0i)0thne îr^ mtô 1Xi^i^txmvt9^ tA inapplirabU.

Sous quelque rapport que l'on examine le système que je combats , il n'offre dans toutes ses parties qu'une suite constante d'impossibilités; je vais encore en signaler une bien remarquable ^ et qui présente, ce me semble, une objection sans réplique.

Pour qu'une société bien ordonnée , disent mes adversaires , permette à chacun de ses membres le mariage légitime, il faut qu'il prouve qu'il possède les moyens suffîsans pour nourrir

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et élever Ja ÊiiniUe qu'il va faire naître. Que veut-on dire par ces mots moyens suffisans?

Qu'entendent cea messieurs par cette condition? Sur quelle base et dans qndOie proportion établiront-ils cette suffisance de moyens ? Regarderont-ils comme doué de ces moyens l'ouvrier laborieux et robuste qui n'a que son travail , ou bien, comme le travail peut lui manquer par diverses causes , exigeront-ils qu'il y joigne une portion de propriété , soit territoriale , soit mobilière , et 9 dans ee dernier cas , sur quelle échelle évalueront- ils cette fraction de propriété ? Dans l'incertitude où ils seront du nombre d'enfans dont il sera père, à quelle quotité , à quelle nature de richesses poseront-ils la limite de l'interdiction du mariage , et attacheront-ils le nom de moyens suffisans? En vérité, avant de poser eo principe général et absolu une telle conditû» , il fallait au moins se donner la peine d'examiner s'il était possible de la rendre positive , ou même exprimable. 11 fallait donner des évaluations y préciser des quotités , faire enfin comprendre en quoi pouvaient consister ces moyens exigés pour se marier; mais on a trouvé plus court et plus commode de ne point définir ce qu'on entendait par mariages imprévoyans ^ et cependant de rejeter tous les

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mai» du paupénso:^ sur ces même» ai^riages saos $e rendre coi^àp^e si la qualification qu'où leur prétait pouvait être appliquée , ou même expliquée.

:2liNisrtai0«$ rémltunt^ pour la 9^t\kii^ ^^ ^ariag^ pritenî)fU6 impruîi^ns»

Non seulement le mariage du prolétaire, si impolitiquement qualifié de mariage. imprudent^ e6t une . nécessité indispensable et démontrée telle par les paragraphes precëdens; mais encore il est , jexîrois, facile de prouver que ces mêmes mariages sont utiles à la société et doivent être encouragés dans son intérêt.

Cet intérêt est certainement que la société obtienne de ses membres la plus grande somme possible de travail; or, il faut bien reconnaître que , pour cette immense classe de dtoyens à laquelle M. Malthus ne veut accorder le mariage que cônditionnellement, l'unique stimulant du travail est la crainte de mourir de faim; sans cette crainte toute*puissante et premier mobile de toutes ses actions, Tbomme qui, de sa nature, est avant tout et essentiellement pares-^ seux, croupirait oisif-, sans produire, pour lui-

même, son nécessaire de chaque jour, ni, pour la société, son superflu de prévoyance. CiCtte vérité est démontrée par l'état d'inertie et de misère où restent les sociétés dans les pays où la nature prodigue satisfait seule à tous les besoins de l'homme et lui fournit presque spontanément ses moyens de subsistance ; mais dans les climats où elle se montre plus avare , plus vous rendreiz énergique cette crainte de mourir de faim, plus vous augmenterez l'ardeur pour le travail, et plus par suite vous obtiendrez de produits. Or, combien cette crainte salutaire ne croîtra-t-elle pas, si le prolétaire l'éprouve, non seulement pour lui , mais encore pour sa femme^ mais encore pour ses enfans? Stimulé par les sentimens naturels les plus actifs, voyez à combien d'efforts nouveaux il devra se livrer, et quel accroissement de travail il en résultera au profit de la société. C'est donc une inconcevable et funeste erreur que d'avoir prétendu qu'il fallait renfermer dans un seul individu cette crainte de mourir de faim, au lieu de la laisser s'étendre à une famille , et c'est avoir mal compris l'intérêt de la société que d'avoir cru la servir en proposant d'affaiblir ainsi un mobile aussi puissant.

C'est cette même considération ( et je le dis

ici occasioneliemeht et sans vouloir traiter cette question , qui sort de mon sujet), c*est, dis-je; cette considération qui reîid la distribution des secours publics si difficile à bien régler dans nos sociétés civilisées. On s'y trouve sans cesse placé entre la crainte de laisser périr l'indigent inmlontaire, et le danger d'atténuer le seul stimulant qui force l'homme au travail, la crainte de mourir de faim.

Le peu qu'on vient de lire dans ce paragraphe suffit pour prouver , je crois, sans réplique, que ces mariages prétendus imprudens, si légè-^ rement et si injustement proscrits par mes adversaires y sont au contraire un grand bien social, et un des moyens les plus puissans de stimuler la paresse humaine , et d'accroître la somme générale du travail.

Unique &Mt îru JSqôlhtie îr^ M. ÛXaiiï^m.

Voici le grand argument, l'axiome héroïque que M. Malthus a placé en tête de son ouvrage (lequel tout entier est consacré à le développer). C'est sur cet axiome unique que tout repose , c'est lui que l'on oppose à toutes les objections. Tout est dit quand on a prononcé ces

paroles sao-amentelles , et c'est article de foi , doQt les iidèles ne permettent même pas l'examen; voyons cependant jusqa'à quel point il peut se soutenir.

La preuve indubitable, dit M. Malthus, que la population est surabondante et augmentera toujours à l'excès, est que "la population croît ' en prc^ression géométriqoe , c'est à dire comme I : a : 4 : ^ : i6, etc., tandis que la poduction ne croit qu'en progression arithmétique, c'est à dire comme i ; 2 : 5 : 4» etc.

J'en demande bien pardon ; mais il rae semble que ce cliquetis mathématique n'est, dans sa première partie, qu'une grave erreur facile à démontrer, et, daos sa seconde, qu'un non-sens impossible à expliquer.

La population , dit M. Malthus , croit en progression géométrique. Je sais , et il n'est pas difficile de comprendre que si un couple , toujours en santé et toujours fécond, vit trente ans sans trouble, c'est à dire le temps nécessaire pour foire naître et élever deux autres couples jouissant de ces mêmes privilèges, ce» deux nouveaux couples en produiront quatre autres, ces derniers en donneront huit, et ainsi de suite ' "■ " ' " 's, en vérité, peut-on fonder tout une pareille utopie , et l'espé—

rience de tous les lieux et de tous les âges n'en démoutre-t-eUe pas la fausseté? Ouvrez tous lès registres des peuples les plus fayorisés par la civilisation ; ouvrez toutes les Statistiques , toutes lesTabks de probabilité sur la vie humaine, et voyez ce que devient votre supposition. Voyez ce que la mort moissonne si largement, et ce que tous les accideus empêchent de naître. Si votre rêve avait le moindre fondement, il se serait réalisé quelque part. Où voyez-vous que la population soit augmentée suivant votre chimérique progression? Prenez chaque ville, cha-** que pays , chaque État , à deux exceptions près dont je parlerai plus loin, et voyez comme on se félicite, au bout de Tannée, quand les nais<sances ont surpassé les décès de quelques centaines d'hommes.. On est convenu de compter trois générations par siècle , eh bien ! voyons si ^ dans le dix-huitième siècle par exemple, tel canton qui contenait en 1700 un million d'hommes en a compté deux millions en 1733, quatre millioos.^i 1766 , et huit millions en 1800. Telle se* rait pourtant la conséquence évidente de l'axiome de mes adversaires; bien loin dç là, dans le dix-huitième siècle on a estimé très heureux les pays où l'organisation sociale a été assez bonne pour qu'il n'y ait pas eu diminution, au lieu d'accroissement , dans la population.

M. Malthusne demande même pas trentetrois ans par génération , il établit qu'en règle générale la population double tous les vingtcinq ans ; ses disciples , ne pouvant résister aux accablantes preuves de fait qui démentent cette assertion, se retournent et disent : Qu'importe le temps à l'affaire? Nous voulons bien vous accorder que le temps énoncé par le maître est un peu court ; mais quand ce doublement de la population ne serait produit que tous les siècles , ou même tous les deux siècles , la prédiction se réaliserait toujours, et il arriverait un moment où Ton éprouverait la disproportion annoncée par M. Malthus entre la population et les subsistances. Cette concession , que nos adversaires veulent bien nous faire, n'ôte rien à la fausseté du principe. En effet, i''. d'après l'expérience du passé, avant que la superficie habitable du ' globe arrivât à être saturée d'hommes au point de manquer à leur trayail , il faudrait des milliards d'années sans catastrophes dans l'ordre naturel ; et a^. s'il est une vérité reconnue dans tous les temps et dans tous les lieux, professée par tous les publidstes , démontrée par tous les économistes , et avouée par M. Malthus luimême , c'est que les oscillations de la population, soit en hausse, soit en baisse, sont toujours en rapport avec l'accroissement ou la di-

roinution des subsistanœs : donc tout déficit dans la production amenant de lui-même et narturellement la diminution de la population , il n'y a pas de raison pour craindre que la hausse de la population puisse jamais amener le déficit dos subsistances.

Mais laissons cette discussion , véritablement oiseuse « sur le plus ou moins de temps nécessaire pour amener un résultat dont Texpérience démontre l'impossibilité , et revenons au fond de la question.

J'ai suffisamment démontré, je crois, que la population est généralement plutôt stationnaire que croissante. Examinons maintenant la se-* conde partie de l'axiome de M. Malthus, et voyons si nous la trouverons mieux fondée que la première.

M. Malthus avait dit , dans cette première partie, que partout, et toujours par période de vingtcinq années, la population croissait en progrès* sion géométrique, c'est à dire comme i , 2, 4? 8, 16, etc. Il suppose, dans la seconde partie, que la production, pendant ces périodes de vingt* cinq ans, ne peut croître qu'en progression arith^ métique, comme i, 2, 3^ 4? ^? 69 ^tc- Or, il me semble que s'il y a erreur de fait dans la pre-*

t8 mière proposition, il y a errenr de raisonnement dans la seconde.

En effet , qu'est-ce que la production ? M. Malthus sait mieux qu'un autre qu'elle n'est pas le &it spontané de la nature, mais qu'elle est presque exclusivement le résultat d'un traTail quelconqueeiercésurquelqueportionquece soit des élémens donnés par cette même nature. Or , ce travail ne se fait que par des hommes : donc, tant que le sol ne leur manquera point , plus il y aura d'hommes , plus il y aura de travail &it , et par conséquent plus il y aura de production.

C'est donc le nombre d'hommes qni est spédftlement la mesure de la production , et vouloir la considérer d'une manière isolée et indépendante tbi nombre de bras qui la font naître , c'est s'établir sur une base tout à fait idéale et sophistique. La production, considérée abstractivonent, ne croit on ne décroit pas suivant telle ou telle loi absolue, elle n'a pas une .certaine progresûon particulière et distincte, mais elle suit nécessairement le crt^t on le décrcnt de la population : ces deux progressions sont liées Vune à l'autre et sont toujours dans des rapports constans et réciproques ; et si celle de la prodire des moyens de strbsistance , e, certainement celle de la po-

^9 pulation tie poitrràit pas Met en avant. Il faut donc reconnaître comme fait certain et px'ifioipè incontestable, tjue là production suit toujours la population , c'est à dire le nombt^ des hommes qui la font nattre, comme, de son côté, la popu^ ^ lation suit toujours la production , <î'esi à dire * la masse des subsistances qui la font vhre : aeé deux progressions, je le répète, sont in^épâ^ râbles dans leur marche, soit ascendante^ soit descendante.

Mais je vais plus loin encore, et bien éloigné de craindre , comme M. Maîthus, que la population ne devance trop rapidement la production , j ose penser que si Fuiie des deux progressions devait prendre quelque avance sur l'autre , ce ne pourrait être que celle de la production.

En effet, il est bien reconnu aujôitrd'hui que ^ daiis tout pays bien constitué , et où Id propriété et le travail sont satu entraves, toute famille lA-^^ borieusé produit toujours plus qu'elle ne cjonsomme ; là masse réunie de ces faibles superflue individuels donne à la société Un îmrtïetee eicé-»: dàntde prbddctloii. Elle l'emploie utUeriient dahé ses édianges et elle en obtient une augmentation toujours croissafnte dé richesse et dé bonheuTi Cet état prospère permet alors à la popu^ lation de s'accroître, et de tendre sans cessé à

atteindre le niveau de cette production surabondante qui la précède toujours.

Mais ce n'est pas ici le lieu d'insister sur cette dernière considération, quelque vraie qu'elle me paraisse; il me suffit d'avoir démontré, je crois, jusqu'à l'évidence que M. Malthus a élevé tout l'échafaudage de son système sur deux propositions également fausses.

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