IX
Cxrfptions hamtiti lions U pragrap^ inririïnit.
J'ai dit, dans le paragraphe précédent, que deux pays seulement faisaient exception à l'état stationnaire où reste presque constamment la population chez tous les peuples.
Ces deux pays sont : les États-Unis de l'Amérique septentrionale et la France. Les hommes affluent de toutes parts dans le premier, parce que la terre y est large et ouverte ; tout le monde y trouve place; chacun y jouit d'une entière liberté, et il en résulte à la fois importation d'hommes et augmentation de naissances ; quant ons plus bas à quoi sont oissemens de sa popula-
Qu*il me soit permis, avant d'aller plus loin, de faire remarquer quelles funestes conséquences on peut tirer d'un faux principe.
Je n'ose dire jusqu'à quel excès quelques sectaires de M. Malthus ont poussé les conséquences de son système. Il fallait, selon celui-ci, que l'Administration se hâtât d'intervenir pour empêcher les pauvres de se marier. Cet autre , qui prévoyait qu'il . pourrait bien en résulter bon nombre de bâtards., proposait, pour s'en débarrasser, la destruction de tou^ les hospices d'enfans-trouvés. Un troiisième , pour en finir plus tôt avec les pauvres et leurs familles, demandait la suppression de toute aumône, de tout secours à domicile, et même celle des hôpitaux ; queU ques uns allaient encore plus loin et laissaient entendre que la guerre ou la peste pourraient bien n'être pas sans utilité pour remettre ht sot ciété en équilibre ; et pourtant ces prétendus économistes ne sont pas des barbares ! mais s'é-* garant sur la foi du maître, ils croient encore servir ainsi et la société et l'humanité même.
Je n'exagère rien dans ce triste tablean , j'en adoucis plutôt les traits, et si je citais les livre» et écrits périodiques, tant français qu'étrangers, où j'ai trouré toutes ces belles daoses et ces bénins projets, on serait stupéfait qu'un syst^e aussi dériiawuiabla ait pu égarer tmt 4e b^ns eapiits.
vifitabU i^imrct ïra Mwx itrunt U ciancifi^ le vevubt.
n ne reste « «hcffc^w malBtoowt çoaimmt de telles evroun ont pu on^airaaeQt séduire un {énie aussi élevé et aussi méditatif ^« û^uî de M. Nalthufl.
Je eroU qu'il est ^le de trauver VnpU«»* tien de cette anomalie dans les circotutwoca où son auteur s'est trouré.
fTausstxpHKH prinoipalHnent frappés 4ea v&ftux qui nous entourent, et le triste spectacle qu'ils oOrent à nos yeux exerce sur nous une immense et involontaire influence ; en lisant M. Mali n'a TU que l'Angleterre ;tu pouToir ensuite gé-
néraliser les idées que- les cirqonsUaices partû culières à ces deux pays avaient fait naître dans son esprit.
Il a vu en Irlande une population nombreuse, réduite presque universellenient à la dernière misère; il a vu en Ai^leterre une masse ef-*frayante de prolétaires vivant exclusivement des salaire de Tindlistrie et exposés à toutes les efaances de cette existence précaire. Il s'est hâté d'en conduce qull y avait trop d'hommes, et au lieu de fouiller plus avant, et de rechercher M ^ dans ces deux pays, ce n'était pas plutôt la société qui manquait à ses devoirs envers cette prétendue surabondance d'hommes, il a trouvé plus expédient de s'en prendre à ces hommes eux-mêmes.
: Essayons d^apprdbndir cette question , et voyons si nous n'absoudrons pas les viclimes^ en découvrant les vices de l'organisation qnr les condamne à des maux qu'il est hors de leur pourvoir d'éviter.
Commençons pai^ l'Irlande, qu'y voyoDs<-nous?
De grands propriétaires qui vont dévorer tous leurs revenus en Angleterre, et abandonnent leurs malheureux vassaux à la rapadté de leurs gérans ; un système général d'exploitation , souvent comptumdé par des intérêts politiques , et
plus déplorable encore que celui de nos métairies en France; uo clergé protestant jouissant de biens immenses éternellement inaliénables et indivisibles, et que son intérêt, comme son fanatisme , mejt en opposition avec toute la population catholique, à laquelle il est lui-même en horreur; cette même population encore surchargée de son propre clergé papiste, qui, n'étant ni doté ni salarié par l'Etat, vit entièrement aux dépens de ses ouailles , déjà si pauvres ; tout un peuple sans propriétés et presque sans travail , plongé depuis des siècles dans une sorte d'abrutissement, dont d'autres siècles suffiraient à peine pour le rendre capable de sortir.... Et c'est à la vue de cette population que M. Malthus s'écrie : Il y a trop d'hommes. Oui sans doute, U il ; a trop d'hommes ; mais est-ce à ces malheureux qu'il faut le reprocher, et M. Malthus n'aurait-il pas été plus dans la justice et dans la vérité, en développant, avec tout son talent, les vices d'organisation sociale qui produisent, non pas ce trop d'hommes , mais ce trop de victimes de cette organisation même.
, Si de l'Irlande nous passons à l'Angleterre, d'autres causes produiront les mêmes efifets.
hoses anciennes et l'orgueil ans les mœurs la passion
de l'inégalité de partagé^entre les enfans. La propriété territoriale tend sans cesse à s'agglomérer dans les mêmes mains. Tel grand seigneur possède des comtés entiers, telle duchesse possède quarante-cinq mille hectares autour de son château. Cet abus, je devrais plutôt dire cette manie, est tel qu'il n'y a pas un paysan qui , s'il pos- ' sède un arpent de terre ne s'empresse de faire ^ un aîné.
A cette première cause de création et de conservation perpétuelle des grandes agglomérations de propriétés, joignez la fureur des substitutions et l'énorme quantité de biens tenus en main -morte par le clergé, et voyez si le nombre des prolétaires ne doit pas augmenter sans cesse, et si jamais un seul de ces malheureux peut aspirer à prendre rang dans la société conune propriétaire.
Qu'en résulte-t-il? Cestque pour deux millions d'hommes peut-être attachés à la propriété, il y a douze ou treize millions de prolétaires attendant leur existence du travail qu'ils peuvent trouver à £sdre*
Mais ces hommes n'obtiennent qu'en petit nombre ce travail sur le sol même. L'immense ét^adue des parcs d'agrément, les cultures vertes pour faire des bestiaux gras, les instrumens agri-
cotes perfectionnés rendent plus rares , àe jour ' pi en jour, les travaux du journalier figrair«. à
Une masse énorme est donc obligée de se ré- 'h fugier dans l'industrie manu&fdurière, et Ik tout j n est pour elle accident inévitable et malheur sans A
remède : d'abord, l'intérêt du fabricant «st de { tt réduire les 9idaire$ au plus bas prix possible; 1 s puis, si le commerce souffre, si les demandes j t s'arrêtent, si de nouvelles machines s'inveateat, | 1 si l'ouvrage maqque enfin , à l'instant deux ou ' trois millions d'ouvriers sont simultanément conduits de la famine à la révolte. Là, sans doute, M. ^althus trouve oicore des hoinnies de trop ; mais j'oserai le demander à lui-même: £st-ce la Ëiute de ces hommes si la société est tellement constituée que son territoire soit envahi par quelques uns des dtoyena de telle sorte que nul autre ne puisse posséder ? Ouvres le man^ de la terre à tous les prolétaires, vous n'aurez plus trop d'hommes , et vous Tares sans crainte croître n^idement une population aisée, contente , et par conséquent soumise aux lois.
Malheureusement, ainsi que je l'ai dit, danS les pa)^*pour lesquels M. Malthus a écrit, l'opinion et les mœurs s'opposent à cet niùqiM Jier aux dangers du paupérisme :
1 augmentent par une efifrayante
i'irâctâaQSa
«7 progression , et as ne cesseront d'augmenter , à moins çu'o» ne tue ou qu'on ne déporte les hommes , ou encore qu'on rie les empAAe de mettre, comzne le proposent les disciples de M* MalâiuSt...* Non, ce n'est point avec de tels aopfat^mes qu'on arrêtera de si grands maii^ , e'est auiK habiles législateurs de l'Angle^ tww, e^e^ à ses savans pnbliçistes qu'il appar** timt de proposer des remèdes : ils sont difficiles et ne peuvent être que très lents; mais qu'on s'en oocupe sans relâdbie) et qu'on n'attende pas qu'une réyolution les amène, elle serait terrible^ paroe qu'elle s'attaquerait à la propriété.
Pvn»f tixés lie la ttmpwamn mec la Stm^u
Pour prouver encore plus la vérité des causes que j'assigne au paupérisme de l'Angleterre, et la fausseté de celles que M- Malthus lui suppose, examinons l'état, de la France. Avant la révolution, elle avait peine à nourrir vingt -quatre millions d'habitans, dont beaucoup étaient dans un tel élat de détresse , que M. Malthus aurait pu noua dire aussi que, dans une grande partie de nos provinces, nous avions trop d'hommes. Ce*
pendant notre manie d'agglomérer la propriété était bien moin^ générale qu'en Angleterre :
eh bien ! notre révolution est venue ; elle a mis dans le commerce tous les biens du clergé ; elle a divi^ une foule de grandes propriétés; elle à détruit lès mains-mortes, les substitutions, les droits d'aînesse, et en moins de quarante années, malgré les fléaux et les guerres de la révolution et dé Bonaparte , qui ont moissonné pendant vingt-cinq ans une foule de citoyens et toute notre jeunesse mâle, la France a fait naître et a nourri dans le bonheur -et l'aisance dix raillions d'hommes de plus , et si rien ne vient y entraver I la libre disposition de la propriété elle est loin encore d'être au terme de cette admirable progression.
Cherchons donc le mal où il est, et n'allons pas accuser les victimes là où il ne faudrait ,
combattre que l'organisation qui les opprime.
ptmve Uxiit î^ la ronqHiraiamt aoec VUsuffanne.
Enfin, pour démontrer encore plus combien M. Malthus s'est trompé sur les causes des maux qui affligent les Iles Britanniques , opposons à
^9 l'exemple des pro^rités de la France celui. des détresses du pays de l'Europe où les vices d'organisation sociale ( que j'accuse seuls de ces mêmes maux) sont les plus exagérés: voyez l'Espagne et le déplorable état de sa population ; outre les vices de son existence politique et reUgieuse , examinez quel esclavage est imposé à la propriété. Les prêtres et les couvens y possèdent enymain-morte deux cinquièmes du territoire; la Couronne et les majorats, c!est à dire les substitutions sans terme, paralysent pour toujours deux autres cinquièmes; à peine un dernier cinquième est-il possédé par les citoyens et livré à la circulation , non pas encore tout à fait librement, mais grevé de toutes les prestations sacerr dotales et de toutes les gènes féodales. Qu'en résulte- t-il ? C'est que la classe des propriétaires intermédiaires manque presque entièrement, et que la misère est le partage inévitable^ de tout ce qui n'appartient pas aux deux ordres privilégiés : or, tout le monde sait à quel excès cette misère est portée.
Le peuple supporte cependant patiemment cet état déplorable , parce qu'il est à un tel degré d'ignorance et de superstition, qu'il n'en conçoit pas d'autre; il en a , en quelque sorte, contracté l'habitude et s'en dédonomage en se
glorifi&tit y pour aitifti dire^ d0 sa sobriété fofiDéè ; ebcdre , cette sobriété est-^Ue prescjoe du lu^ë ; car âouTent sa cbétiTe ndarriture lui tuatMiûâ etitièretiieat^ et alors il ne eênnaît d'autre re^ souroe que d'aller mendier à la porte d«s ^u^ v€ii6y 0^5 s'il lui resté quelque .énergie^ éé se fiiire <xn^tf ebandier ou voleuti
Cett« d|étresse de tout un peuple est érideni'» meut le résultat de cet immuable envahissetuëst de la propriété territoriale ^ qui à reudu toatè amétioration impossible^ Le prolétaire, ne p<»u^ Tant jamais devenir propriétaire^ n'a pu prendre l^amour et l'habitude à'ym travail doni le but «i kl récompense lui manquaient; «ourbé de, phis sertis fe jou^ de tous les monopoles industriels^ it est resté de trois sW^cles en arrière de la civili^^ lion européenne; et cette population infortunée^ loin de s'éftever, suivant la cblmérique progrès^ sion de M. MaUbns^ te^d sans cesse à déoroitre et à s'éteindre; \k cependant plus que partout aitteurs, M. Malihus ne manquerait sàremè»!
pas de trouver trop d'hommes j mais àU moitié ^ eette fois, j<^espère^ il n'en accuserait pas les marines imprévofràné g et né s'aveuglerait pa^ §ê» les véritables causes*
Dans ces trois exmiples^ de l'Ëspagiie', des Iles Britaimiques et de la France , on voif cls»^
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ement l^échelle des détresses ou des prospérités [iii résultent de l'eselavage ou de la liberté de a propriété territoriale , et je ne sais comment )n pourrait résister à l'évidence de cette preuve.
Kppluûtvm à Id Stance ie K)ttHqutô nnes^ d^ camïfétatïonii ptétéiimU^^ et ^otulnmn.
Eo termînsmt cette partie de mon écrit relative k la libre disposition de la propriété , je dois avouer que , quels que soient déjà nos progrès sociaux sous ce rapport, la France n'est cepen<» dant point eoliercffnenf délivrée du système d'entraves que divers préjugés voudraient encore imposer à la propriété. On a essayé récemment de l'introduire dans nos lois; mais cette fatale tentative a heureusement échoué. Bonaparte aussi y en tâchant de créer une nouvelle aristocratie en France, nous a imprudemment donné l'institution de ces mêmes substitutions sans terme, sous le nom de majorais; mais notre esprit public les repousse: et, sauf quelques esprits feux, égarés par Forguei): de leur nom, par le regret du passé , ou par le désir de quelque vain titre, Fimmense majorité de la nation répugne à ces déplorables majorats, niaiserie
orgueilleuse , aussi nuisible à la famille même qu'à là société tout entière. On peut prédire à coup sur que la génération qui nous suivra en fera justice.
Notre esprit public ne repousse pas moins les nouvelles donations en main'morte que divers ecclésiastiques ou corporations religieuses ont surpris ou peuvent surprendre encore à la crédulité et à la faiblesse. Ce clergé s'est trompé ; il a cru se refaire une dotation inaliénable , et avant la fin du siècle, ce ne seront que de nou^ veaux biens nationaux qu'il aura créés , et qu'au premier besoin le Gouvernement remettra dans la circulation , tant la stagnation forcée de la propriété immobilière, de quelque manière quelle s'établisse, implique contradiction avec toute bonne organisation sociale.
Il résulte de toutes les observations contenues dans le présent écrit :
i^. Que M. Malthus et ses disciples se sont étrangement trompés en supposant que l'excès de population était la cause de la détresse des basses classes et du paupérisme }
a^. Que la cause de ces maux est uniquement l'agglomération et l'esclavage de la propriété territoriale dans les pays pour lesquels M. Malthus a écrit ;
Et y. enfin ,
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voie. Elle seul
et ses mœurs ,
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prolétaires^
osciWationï
mande et 1
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3**. enfin , que , de tous les pays de l'Eu- , la France est celui qui est dans la meilleure Elle seule jusqu'ici, par ses institutions s mœurs, amenant et conservant les proions les plus convenables entre les pro- ;aires et les prolétaires^ pourra sans danger
croître sa population dans une immense >ortion. Pour arriver à cette perfection so- ; , il n'y a qu'à laisser faire. H est en effet ontré jusqu'à l'évidence que partout où la priété territoriale restera complètement libre ans entraves, elle se distribuera nécessaient suivant les besoins de chacun et l'intérêt ous ; l'équilibre entre les propriétaires et les létaires, n'éprouvant alors que de bien légères [Hâtions , donnera toujours le travail à la deide et la demande au travail.
IMPRIMERIE DEM"». HUZARD (wée V ALLAT LA CHAPELLE^,
RUS DE L^CPÏRON-SAINT-AIfDRB , N**. 7.
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