‹ Sur la trépanation du crane = La trépanation guidée par les localisations cérébralesChapitre 4 sur 27 · DANS LES PLAIES DE LA TÊTE. OPINIONS MODERNES · texte numérisé non relu

DANS LES PLAIES DE LA TÊTE. OPINIONS MODERNES

Ces préliminaires pourraient paraître inutiles et cependant je les ai crus nécessaires pour arriver à la démonstration suivante : La trépanation est loin d’être l’opération redoutable que présentent la plupart des auteurs modernes.

Depuis que la science médicale est méthodique et coordonnée, la trépanation a été faite avec une certaine libéralité, soit par la chirurgie régulière, soit par les charlatans que Silvaticus désigne sous le nom de circulatores et qui pourraient bien n’être, comme je viens de le dire, que les successeurs dégénérés des thébibes.

Les chirurgiens se sont attachés à régulariser cette application, à l’augmenter, à la diminuer, jusqu’à une époque assez récente où brusquement elle a été délaissée, proscrite même et condamnée par de fougueu.x écrivains.

En France, théoriquement, les chirurgiens ont émis, sur le trépan, des opinions très-diverses. Une mémorable et récente discussion de la Société de chirurgie (1867) ne semble pas les avoir beaucoup fixés.

La campagne commencée par Desault, rapportée par Bichat, a été continuée par Malgaigne, et il semble que de ces efforts combinés eût dû nécessairement venir la disparition du trépan. Tous ceux qui n’ont point lu les leçons de Desault se sont beaucoup mépris sur la portée de son enseignement. Dans les œuvres de Desault, Bichat,

en repoussant le trépan, vise bien évidemment l’Hôtel- Dieu, c’est-à-dire l’influence nosocomiale qui fait de l’intervention même une complication grave. Ce n’est pas seulement parce qu’il est difficile de rencontrer un foyer purulent qu’il ne veut pas qu’on ti’épane pour l’ouvrir. L’ouverture du crâne est dangereuse par elle-même s’il n’y a pas de lésion du cerveau et des membranes. Mais, s’il existe un foyer purulent sur lequel on arrive, le danger est plus grand encore. « Qui ne sait, en effet, qu’ouvrir les foyers purulents des grandes cavités, c'est presque toujours hâter la mort du malade, surtout dans les grands hôpitaux où mille causes tendent à imprimer à l’air un caractère funeste qui d’ailleurs lui est étranger, et dont l’action est immédiate sur l’abcès ouvert? Qui ne sait que l’empième est presque toujours plus nuisible qu’utile *? »

Qui voudrait affirmer cette dernière conclusion et attribuer une valeur considérable à la pratique de Desault visant en définitive surtout la complication de milieu ?

Ce phénomène local avait déjà préoccupé les chirurgiens qui l’av^aient précédé; à cet égard rien n’est plus net que l’exposé de Dionis sur la pratique du trépan.

Bien avant Desault, Dionis écrivait, p. 312 (édit. 1740)

« Le trépan est plus heureux dans certains pays que dans d’autres; à Avngnon et à Rome, ils guérissent tous, mais aussi les maux de jambes y sont funestes, et pour en guérir il faut sortir de la ville de Rome. A Paris le trépan est assez heureux et encore plus à Versailles où l’on n’en meurt presque point; mais ils périssent tous à l’Hôtel-Dieu de Paris à cause de l’inlection qui agit sur la dure-mère et qui y porte la pourriture. C’est à quoi les administrateurs devraient faire attention, vu que l’hôpital est assez riche pour avoir un lieu

i. Œuvres de Üesuidl, par Bicliat. üdilion. l'aris, 1813, Méquibuioii. T. I, page 84.

dans un des faubourgs de Paris où ils mettraient ceux qui seraient blessés à la tête; par ce moyen il en échapperait beaucoup ; mais il ne s’en sauve pas un seul faute de cet expédient qui ne dépend que d’eux. »

Dionis, du reste, était bien loin pour cela de proscrire le trépan.

Bichat lui-même, qui avait exposé les idées de Desault, ne pouvait avoir aucune idée de la proscription qui frappa plus tard le trépan, et pourtant Velpeau a critiqué le vague de ses assertions.

Boyer, tout en repoussant la doctrine du trépan quand même, en rejetant les propositions de Quesnay et de Pott, admettait encore la nécessité du trépan dans un bon nombre de cas; il était peu favorable toutefois au trépan préventif.

Mais il était si perplexe, si indécis, il se sentait si mal guidé malgré l’évidence des bienfaits possibles de la trépanation, qu’il arrivait, en parlant des paralysies, à la formule suivante, qui peut paraître bien extraordinaire :

« Dans cette fâcheuse alternative ou de répéter, inutilement peut-être, un grand nombre de fois une opération grave, ou d’abandonner le malade à une mort inévitable, il vaudrait mieux recourir à l’opération si, pratiquée dans des circonstances aussi défavorables, elle ne compromettait pas l’art qui l’autorise, et le chirurgien qui l’exécute. Ainsi, tout en applaudissant à ceux qui osent trépaner dans ces cas douteux, nous ne saurions blâmer la conduite réservée de ceux qui n’opèrent point, n Les adversaires les plus violents et les plus acharnés du trépan en France ont été bien certainement Gama et Malgaigne, dont les expériences et les considérations théoriques ont singulièrement exagéré l’importance de l’encéphalite et la bénignité de la compression du cerveau. Los expériences de Malgaigne sont à reprendre, ses déductions, toutes théoriques, bien négligentes de la valeur pratique des observa-

lions des chirurgiens de la plus haute expérience, ont eu une fortune qu’il est difficile de s’expliquer.

Quant au traité des plaies de tête de Gaina, on ne comprend pas beaucoup aujourd’hui le fond chirurgical qui peut être fait sur un pareil ouvrage. Gomme Lallemand ', il voit partout l’encéphalite. Sur la pathologie et la physiologie du système nerveux, il se livre à des digressions sans fin. Ses descriptions de l’encéphalite traumatique et des sympathies nerveuses tiennent absolument du roman. Il glorifie Desault et Bichat, qui ont, dit-il, supprimé le ti’épan, mais il n’apporte aucune preuve en faveur de cette manière de voir. Les évacuations sanguines sans réserves lui paraissent le seul remède de valeur; et, même quand le résultat du trépan a été palpable, immédiat, incontestable, il le nie résolûment, comme dans l’observation IY^(p. 55).

« Un enfant avait reçu sur le pariétal droit une brique qui l’enfonça. Il eut à l’instant une paralysie du côté gauche sans perte de l’intelligence et de la sensibilité. On lui applique six couronnes de trépan pour relever l’enfoncement. La paralysie disparaît immédiatement. »

Gama ne discute point quelques obscurités de l’observation, ni le grand nombre des couronnes, il annonce que c’est le sang écoulé pendant l’incision des téguments qui a guéri le malade, qu’une paralysie du mouvement seul ne s’explique pas; il faut, pour qu’elle soit sérieuse, qu’elle uit été précédée de mouvements convulsifs, etc.

On conçoit que Velpeau l’ait un peu maltraité en abusant peut-être de l’épithète peu parlement.iire d’antiphlogistiqueur.

Parmi les travaux qui auraient dû fixer la pratique chirurgicale, il faut placer à coup sûr la thèse de concours

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