Bulletins de la Société de chirurgie. Mars 1877, p
3. Examen antique des doctrines de la trépanation dans les plaies de
tête, par le D-- ,1. Boeckel. Strasbourg et Paris, 1873, in-8 de 70 pages, avec ligures. ’ r c I
M. Sedillot fit voir que le trépan avait été délaissé non pour sa gravité propre, mais pour les accidents noso-comiaux cités par de La Motte.
Il s’attacha au diagnostic des fractures de la table interne, insista sur la valeur diagnostique des convulsions.
Il signala à l’auscultation du crâne un bruit de frottement caractéristique des fractures de la table interne. Puis considérant les accidents désastreux consécutifs aux enfoncements il avança que pour l’enfoncement et la fracture probable de la table interne, il fallait résolûment conseiller le trépan. Selon lui, il fallait compter sur le pansement antiseptique pour prévenir les accidents, puisqu’à l’hôpital de Strasbourg où jusque-là le trépan ne guérissait jamais, on avait guéri les malades par de nouveaux procédés.
Deux communications à l’Institut formulèrent ces préceptes
— En Allemagne, la proscription du trépan fut plus sévère encore, car nous voyons Stromeyer rejeter même l’extraction des esquilles après les premières vingt-quatre heures. Pour lui l’accès de l’air est une complication des plus graves. D’autres auteurs sont moins absolus. Mais la proscription du trépan est telle malgré cela que les statistiques de guerre n’en comptent pas d’observation, et il faut revenir à une époque toute rapprochée de nous pour trouver à nouveau des travaux allemands favorables à la trépanation.
— En Angleterre, bien que la tréphine n’ait pas été aussi abandonnée, les partisans de l’expectation ne manquent pas. Nous voyons exprimer assez nettement dans V Encyclopédie de Holmes cette opinion peu favorable à la trépanation dans les plaies d’armes à feu.
En revanche , les publications classiques de Prescott
1. De la Trè/ianatmi prévcnliue et exploratrice dans les fractures de la table interne ou vitrée du crâne, 18 oelobio 1874; et des Plaies du trépan et de leur pansement, 16 novembre 1874.
Hewett et d’Ericlisen sont très-favorables au trépan, surtout dans les fractures par enfoncement. Ils veulent qu’on opère en dépit du peu de chance de guérison. Toutefois, ils attendent le développement de la complication.
— Quelques ouvrages américains donnent des indications plus pressantes de l’opération du trépan et dans l’encyclopédie de S. D. Gross, on peut voir un des articles les plus complets sur la matière, même avec une statistique assez considérable, où l’on apprend que 160 plaies de tête traitées par le trépan ont donné 97 morts ou 62 p. 100, tandis que pour 573 cas traités par l’expectation, 473 cas ont donné 426 morts, soit 74 p. 100.
Il est vrai de dire que plus loin il ajoute, en faisant le total des cas dans lesquels on est intervenu aussi par scie, extraction directe, etc., il donne le résultat par l’intervention, 41,61 morts pour 100, pour la non-intervention, 23,61 p. 100.
Mais le document américain, de beaucoup le plus important sur le sujet, est donné -pavl’ Histoire chirurgicale de la guerre de sécession. 11 a été si singulièrement interprété que j’y insisterai quelque peu. Sur les 12,980 cas de plaies de tête, il y a eu 229 cas publiés de trépanation, 101 guéris, 126 morts, 2 résultats inconnus. Gela donne une mortalité de 33 p. 100.
Si on réunit aux cas de trépanation vraie les cas d’extraction d’esquilles, relèvement d’os, extraction de corps étrangers, on aura 838 cas, 383 morts. Mortalité pour 100, 44,86.
Ces chiffres semblent très-favorables au trépan et à l’intervention en général. En effet, comme à peu d’exceptions près toutes ces opérations appartiennent aux plaies d’armes à feu, on peut comparer cette mortalité à celle donnée pour des plaies d armes à feu sur le crâne, mentionnée au-dessus. 4,330 cas ont donné 2,514 morts, c’est-à-dire 57,79 p. lOO.
Bien entendu, de ces cas sont exclus tous ceux où la mort rapide a eu lieu sur le champ de bataille. Je ne donne du reste ces chiffres qu’à titre de renseignements et parce que je pense que jusqu’ici ils n’avaient pas été fort exactement traduits, mais je ne conseille pas d’y attacher une importance exagérée.
Il arrive nécessairement que les cas groupés ensemble soient prodigieusement disparates et la conduite tenue à leur égard est singulièrement différente.
Il suffit de compulser avec soin les observations pour s’apercevoir que, même en Amérique, la trépanation primitive est réellement peu pratiquée, que pour beaucoup de chirurgiens la trépanation n’est pas faite du tout, que la trépanation tardive ne donne de meilleurs résultats que la trépanation primitive que parce qu’elle ne compte pas un seul de ses clients parmi ceux qu’aurait guéris la trépanation primitive ; ils sont morts sans avoir été secourus, témoin vingt remarquables observations de fractures de la table interne terminées par la mort.
Il faut tenir compte aussi des résultats rnênae dans le cas de survie. Une trépanation rapide sauve à l’individu la vie et ses facultés, la trépanation tardive ne laissant trop souvent qu’un vivant infirme. Nous y reviendrons plus loin à propos des paralysies traumatiques.
Aussi nous pourrons seulement dire de ces statistiques : elles montrent par leur nombre que la gravité de la trépanation n’est pas telle que bien des chirurgiens l’ont faite, elles montrent en Amérique une tendance à revenir vers une opération délaissée, et pour ma part je crois que les chirurgiens américains qui trouveront pour la trépanation un guide plus sûr la pratiqueront avec plus d’assurance encore.