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Sur la vie

A Assis à la proue du monde, face aux récifs et aux îles H -j^.èmes, j'entendais les orgues formidables du courant ^sur les écueils. Le ciel du mois noir moutonnait de toutes ses toisons; contre la haie du sud, les unes sur les autres tombaient les brebis grises; et les béliers d'ébène donnaient de la corne sur les vagues, comme s'ils fauchaient le flot vert à la faucille. Et le grand bêlement du troupeau des nuées retentissait, de croupe en croupe, sur la marée lointaine. Je prêtais l'oreille à tous les beaux cris des marins qui sont morts dans le Fromveur. Je croyais voir tous les doux visages de femmes et de filles, qui ont interrogé ces vagues, et que cette eau a mirés, moins salée que leurs larmes.

J'ai pris la défense de la chair. J'ai souri à la plus femme, qui est toujours divinement femelle, à la jeune fille d'Ouessant, qui attend sur le cap, les cheveux au

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vent, qu'un amant lui vienne enfin par la mer, un soir d'été, où les vagues ont l'odeur enivrante de la violette. A la naïve Andromède qui consulte l'horizon, quel langage parler que celui de la chair? Et plus tu parles à la chair, plus l'âme de la jeune femme t'entend. Je la voyais tendre les lèvres, et ses yeux d'algue battre comme le phare qui s'allume ; et son cœur fleurir dans sa gorge, la gonflant comme la corolle fait éclater le bourgeon. Et je me suis évanoui de plaisir, profondément.

Je défends la chair par grande tentation.

Je la défends et l'exalte, moi qui, toujours tenté, toujours l'enchaîne.

Mais qu'une fois, au moins, le cri de cette adorable ennemie s'élève au-dessus de la prison où je la tiens. Et que je la chante, plus haut même qu'elle ne proclame sa victoire.

0 jeunesse, loi qui es la chair même! Qui voudrait vaincre la chair, jeunesse, s'il ne fallait pas te perdre?

Parce que tu passes, hélas 1 il ne faut pas que ta substance délicieuse soit notre tout, dont le regret seul nous reste. Car, si tu nous étais tout, ô chair, ô Jouvence, lorsque tu n'es plus là, que serait-ce de nous?

A la Saint- Jean, je suis pas à pas l'amour de ces adolescents qui s'en vont, les mains dans les mains, les bras à la taille; et je baise l'air où ils se baisent. Je contemple cet amour comme un triomphe à nul autre semblable, le seul digne d'envie, le seul qui ne mente pas, lors môme qu'il les trompe; et enfin dans l'adieu

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