‹ Sur la vieChapitre 2 sur 56 · MAGNIFICAT <J · texte numérisé non relu

MAGNIFICAT <J

môme qu'un jour j'y devrai dire, j'y adore mon propre triomphe.

Désirer avec ardeur, et contenter ardemment son désir; jouir de l'heure, et de toutes les heures en une : aimer dans la nuit d'été, et dans le crépuscule dévorant de brumaire. Aimez donc, filles d'Ouessant, et gars des îles. Soyez-vous tout à vous, qu'enfin le monde soit votre héritage, au moins une fois, au moins un instant.

Et connue ils joignaient leurs bouches, à la façon des aiiuants, qui s'aspirent par tous les pores et ne se peuvent quitter, de joie je me suis évanoui, profondément.

Jétaib dans la Vallée des Rois, entre Karnak et la Mer Rouge.

.le ne rêve plus. Je touche à des morts incorruptibles, scellés dans le granit. Le sourire du Sphinx m'a poursuivi, d'Ouessant jusqu'à Thèbes. Et me voici, ayant liasse le Nil.

I)ans la lumière de midi tropical, je suis au cœur des j)r()fondeurs sombres. Et tout paraît, dans cet éblouissement, une ombre épaisse comme le ciel violet autour du Sphinx qui sourit, ineffable et muet. Une aube inouïe s'est levée avec le soleil : la tète d'Osiris tout en or rouge, dépassant le rempart de l'Est, a surgi de la chaîne arabique. Et toute la vallée s'est mise à ruisseler, les sables et les eaux, le désert et le fleuve, à saigner de ce sang.

J'ai tiré du roc funéraire le Grand Roi Séti, figure

sublime et terrible, masque humain de la sérénité. Aussi haut que le vol des pluviers, au-dessus des passions, Séti, jadis, a dû s'instruire au sourire fabuleux du granit.

Je l'ai mené revoir sa sainte Egypte, le Nil vert de quatre jours, et le vent des quatre mois qui seul tempère le dévorant soleil, l'embrassement amoureux de rOsiris torride. Il a revu la crue, les grandes règles de la mère, le miracle étonnant de l'eau rouge, le flot de sang intarissable. Et le Sphinx est venu à ce roi, dans son éternel sourire. Je les ai affrontés, pour connaître enfm la sérénité à sa source. La puissance du vent, qui a modelé le profil de la terre, n'est pas si redoutable que cette paix sereine. Et cette face est plus impassible que la face des continents, qui regarde, chaque jour, mourir le soleil, où le souffle du ciel a creusé tant de rides profondes, pour le rire et pour les larmes.

Séti n'a plus part à la joie de l'Egypte. Il ne ressuscite pas avec la terre. Son sourire n'est pas celui de la vie. Ses yeux ne s'abaissent point avec contentement sur les buffles qui bondissent dans les eaux salutaires, sur les hommes nus à la taille fine qui s'ébrouent comme des poulains, sur les enfants bais et les femmes qui dansent. Il ne rafraîchit plus sa pensée à l'inondation bénie, qui lave les temples et les palais sur les berges, et qui va balayer jusqu'au front des pyramides la poussière du khamsine. Sa sérénité n'est plus que le miroir de la pierre à la mort.

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