ESAÙ PERD SES POILS
Je m'effraie pour la France d'un amour sans bornes de la paix. Les agneaux aiment la paix, parce qu'ils ignorent la guerre et les coups. Mais un vieux lion, s'il est trop pacifique, est malade. La France s'en fie trop à son droit, pour ne pas souffrir de quelque infirmité.
On s'appuie sur le droit, comme sur des béquilles. 11 vaut mieux jouer du coude, et des pieds, dans cette foule brutale, qui se rue à la conquête. L'or appelle le sang, et n'est fixé que par le sang. Le sang de porc y est plus propre que les autres, selon Sénèque.
Le jeune porc, plein de sang frais et le groin alerte, n'est pas si beau ni si noble que le vieux lion blessé, les griffes limées, et les dents rongées par le scorbut. Tel vieux lion ne peut plus bouger sur le sable, et sa plaie grouille de vermine. Il n'est déjà pas si beau. Que fera-t-il contre une bande de porcs affamés? Le monde ne vit pas pour la beauté, ni la noblesse. Même il les hait. Elles sont la dernière fleur de l'arbre, mangé aux racines, le suprême effort de la sève qui l'épuisé. Et les porcs vainqueurs, grognant au loin, en fanfare de^ triomphe, prennent aussitôt le noble nom de sangliers, i