MAGNIFICAT
LE SPHINX
Je veux l'apprendre le sourire.
Pourquoi, pourquoi in'appelles-tu?
LE SPHINX
Je te tente et ne t'appelle pas.
LA VI lî.
Quelle est donc la parole, ô Sphinx, que tu fais retentir au gong de motl éternel incendie? Tu ne dis rien et tu séduis.
Et sans même cligner des yeux, tu m as fait signe, comme à la chasse on sifile doucement un chien, et j'accours : je déserte le Gange et je vole du pôle. Et je sais bien que tu commandes : tu veux que je me couche à tes pieds, et que je t'écoule, les seins pris dans tes ongles. Pourquoi me réclames-tuf
LE SPHINX
Pôui' t'instruire aux suprêmes délices du rêve et du pardon. L'attente est vaine, et nulle toute action.
Je suis lancée comme l'eau sur la pente à la fonte des neiges. Je ne m'arrêterai jamais.
Je sourds par tous tes pores de la terre, par tous les moments de la durée.
Je ne suis qu'action et servc^ comme elle. Et mon amour même est une servitude infinie.
Il faut que je coule et que je fuie.
Il faut que je descende jusqu'à la bouche d'océan qui me recueille, qui m'épuise, et qui toujours m'attend : 0 Sphinx, pour renaître !
LE SPHINX
Viens rêver sur la mer sans fin de mon sourire. Toute ta passion n'est qu'un essai à mourir
Vivre pour mourir, et mourir pour renaître. Je suis la terre au ventre furieux que fécondent, chaque jour, la morsure et le sang du soleil a midi.
LE SPHINX
Mon heure n'est pas l'égale nuit, ni même le jour de midi au solstice, droit comme le fil à plomb.
Ma première heure est au soleil couchant; et ma fleur immortelle est à l'aurore.
V^irginale, virginale, et toujours inféconde, l'heure de mon sourire I Et par moi, la volupté même, et la mort, et l'horreur, tout est pur comme la fleur du narcisse en bouton, et la dent de lait du lion.
Point d'heure pour moi I Car toute heure est la mienne. Je sers éternellement, et je ne puis choisir. Je veux servir et ne veux point de choix.
Je suis le sable et je suis le fleuve. Et la fleur du lotus viril et la gaine femelle de la terre. Et mon duvet de papyrus qui tremblent au bord du Nil.