‹ Sur la vieChapitre 6 sur 56 · MAGNIFICAT U · texte numérisé non relu

MAGNIFICAT U

LE SPHINX

Tu n'es que de l'eau sur la poussière. Tu n'es que la sueur de la pierre et de Memphis dans le vent.

Tu es la vie, le plus triste frisson de la plus vaine fièvre, pas même un souffle dans la nuée, pas même un cil de vapeur sur l'œil du ciel immense, pas même sur un lac l'ombre d'une ombre passagère.

L'éclair aussi est un frisson.

LE SPHINX

0 vaine, ô trop fugace, ride sur l'eau, pauvresse, je te vois haleter au soleil et tu te nommes bien Egypte : tu es l'oasis du Nil, le don du fleuve Néant.

Tu mendies et tu pleures. Tu es une larme qui ne tombe même pas : qu'est-ce qu'une larme que nulle pilié ne recueille? 0 vie, tu n'es pas seulement la chose nulle : tu es la douleur.

Tu n'épouvantes pas tant mes entrailles, que tu m'exaltes le cœur. Tu me fais pleurer avec délices. Ecoute mes sanglots.

Je veux me perdre. Je veux souffrir. Je veux courir. Je ne veux pas de ton repos.

Je veux chercher une paix ineffable, et ne pas latrouver. Et qui sait même? pour renaître, je veux mourir.

LE SPHINX

Viens sur ma bouche, où je t'appelle, toi, la forte, toi, la chaude.

Au-dessus de la joie, au-dessus de la peine, autant les pleurs passent l'éclat de rire, je suis le divin sourire, qui ignore le plaisir, qui oublie la douleur. Et c'est moi que tu rêves.

Morne perfection, je te repousse. Le tourment qui m'enivre m'est plus précieux que ton bonheur. Mon sang est ma liqueur. 0 soleil, tu ne m'épuiseras pas. Osiris, tu ne me lasseras pas, ni de baisers, ni d'enfantements, ni même de tortures. Viens boire, lotus d'or! Bois à la coupe de ma belle matrice, cette fleur renaissante à travers les supplices.

Ma joie n'est pas la joie des pierres éternelles. Ma joie, c'est que je suis féconde.

LE SPHINX

0 Yie, je suis ta pensée que tu ignores.

0 Sphinx, je suis ton désir que tu ne connais pas.

LE SPHINX

Endors-toi dans mon rêve.

Dans mon rêve, éveille-toi.

LE SPHINX

Je me tais. Adieu.

Adieu. Je bondis.

Page 1