ANGÉLUS DES POMMIERS
Mon Dieu, les pommiers sont en fleurs. Au crépuscule, j'ai tourné la tête, et je les ai vues, les fleurs. Sur les ramures brunes, il a neigé des étoiles purpurines. Hier, elles n'y étaient pas ; et voici qu'elles y sont, sous le ciel orant de l'heure obscure.
Dans l'air tiède, les muguets sonnent l'angelus des noces. Et le soleil est au chœur, l'officiant sublime.
Sur les pommiers en fleurs, qui s'ouvrent, autant de îœurs de rose, rougeoie tout le sang de l'hymen, le plus |vif, le plus frais, le plus rieur.
Mon Dieu, les arbres sont en fleurs, les arbres à pé- Ipins, où déjà, fatale comme les astres, la promesse et la lîourse du fruit est tracée.
Toutes ces fleurs en étoiles sur les ramures brunes
li se croisent ! Et tant de [)apill()ns blancs posés, les
[Druniers vont s'envoler! 0 beauté inefl'able, qui cherche
me voix. Toutes ces douces lampes, ces ailes de lumière
muette sur tous ces bras de candélabres entrelacés, dans l'église du crépuscule !
Qu'hier, ce fût l'hiver! et que demain ce doive l'être! Il faut l'oublier ; il ne faut rien mêler au miracle [de la fleur. Il faut s'agenouiller, dans la joie de cette église.
Je vous salue, très chère splendeur d'amour, pleine de grâce.
Et faites-moi grâce, ravissante effusion de la nature, naïveté si pure qu'elle craint même d'être odorante, faites-moi grâce de mon crime, de la profonde mort que je vous porte, de ma tristesse, de ma voix, de tous ces grands péchés d'homme.
Que bénie soit la douceur de tout ce que j'ai dû maudire ! Et bénie soit l'éternelle blessure qui m'est faite par vous ; et bénie soyez-vous, vous-même, pensée, ma terrible! Ce soir, j'oublie; et sur votre sein même. Et vous-même, près de moi, oubliez.
Toute douleur soit, ce soir, comme ce crépuscule : une église.
Que la joie fleurisse l'arbre immense de la mort, dont mon ventre, malgré moi, nourrit les profondes racines, comme ces étoiles de lumière féconde et de clarté candide se sont allumées, pour nous, ce soir dans les proches ténèbres.
Béni soit donc aussi le terrible destin de porter la mort, qui est le destin de l'homme.
Bénie soit donc, ce soir, la douleur éternelle, à cause de son sourire.