D'APRES HERODOTE
Ce petit morceau n'est pas pour ceux qui ont pratiqué Hérodote. Ils n'y trouveraient que ce qu'ils connaissent déjà et dans un ordre qui dérangerait leurs habitudes, sans aucun avantage pour eux. Je crois, au contraire, que les esprits moins familiers avec l'antiquité le liront avec plaisir. J'en peux penser du bien sans vanité, puisque je n'y suis autant dire pour rien. Toute ma tâche, et je la trouvais des plus agréables, a été de réunir en un seul dialogue des maximes et des conversations éparses chez le vieil historien, qui est certainement un des parleurs les plus aimables qu'on puisse entendre. Cet arrangement a du moins le mérite de mettre sous un jour très vif l'esprit grec au lendemain des guerres médiques, à cette heure radieuse où la Grèce, victorieuse et sage, réalisa dans la poésie et dans l'art la souveraine beauté.
Certes je n'ai rien tenté pour rapprocher les Grecs de nous. Je me suis appliqué, au contraire, à faire
passer dans mon style, autant que possible, le tour, la manière, la forme, la couleur antiques. En matière dliistoire,je n aime pas du loul les allusions. Chercher le présent dans le passé est un jeu frivole. Il faut, je crains, pour s'y plaire, quelque fausseté d'esprit.
Ce n'est pas un amusement bien philosophique que de travestir les anciens pour nous reconnaître en eux. Mais retrouver dans tous les temps, dans tous les pays l'homme, Vhomme immuable, découvrir dans le lointain des âges de ces traits qui nous semblaient propres à notre temps et qui tiennent en réalité à ce fond humain c/ui ne change jamais, recevoir tout à coup l'impression que l'espèce, qui varie si lentement, n'a pas varié depuis les époques dont nous avons conservé la mémoire, voilà ce qui émeut, voilà ce qui intéresse, voilà ce qui parle fortement à l'imagination.
Si je ne me trompe, ce fond humain, ces caractères propres à notre espèce, apparaissent d'une tnanière frappante dans ces extraits du bon Hérodote. C'est pourquoi je pense qu'en les lisant mes compatriotes ramèneront plus d'une fois leur pensée de la 75^ olympiade à l'heure présente si grave, pleine pour nous de gloire et de douleurs, el grosse d'un avenir dans lequel nous mettons de hautes et vastes espérances.
XERXÈS ET DÉMARATE