DIALOGUE
Etranger, va dire à Lacédémone que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois.
SiMONIDE.
Les enfants d'Athènes, en détruisant l'armée des Perses, ont préservé leur pati'ie du joug honteux de l'esclavage.
Platon.
Maître de l'Asie occidentale et de l'Egypte, Darius, fils d'Hystaspe, roi des Perses, avait soumis la Thrace et la Macédoine et laissé, en mourant, le plus grand empire de la terre à son fils Xerxès, qui ressentit aussitôt un violent désir de l'accroître encore. Sous prétexte de venger les anciennes injures des Athéniens, mais en réalité pour conquérir l'Europe, il rassembla et dirigea sur la Grèce, par terre et par mer, une armée composée de Perses, de Mèdes, de Saces, de Péoniens, d'Arabes montés sur des chameaux, de Libyens conducteurs de chars.
qui s'élevaient ail nombre de deux millions d'hommes sans compter les serviteurs et les matelots. Elle était commandée par Mardonius, cousin du Roi et époux d'Artazostra, fdle de Darius. Les Barbares contraignirent les peuples qu'ils trouvèrent sur leur passage, jusqu'à la Thessalie, à suivre leur marche.
Pour se rendre les dieux favorables, ils leur sacrifièrent des chevaux blancs et, parvenus sur les ponts du Strymon, enterrèrent vifs neuf jeunes garçons et neuf vierges de la contrée.
Les Grecs, qui avaient d'abord décidé d'attendre les Perses sur le Pénée, renoncèrent à défendre la vallée de Tempe et ramenèrent la flotte à l'embouchure de i'Euripe. Cependant ils ne consentirent point à abandonner sans combat aux envahisseurs la riche Béotie et l'Attique populeuse. Ils envoyèrent ce qu'ils purent rassembler d'hommes pour garder le passage des Thermopyles entre le mont OEta et la mer, qui était le seul i)ar lequel une armée pût pénétrer par la Thessalie dans la Grèce. Ces hommes se composaient de Thébains, de Thespiens, de Béotiens, et de plusieurs autres peuples, au nombre de cinq mille environ, et de ti'ois cents Spartiates, pesamment armés. Léonidas, roi de Sparte, avait le commandement sur tous.
Cependant les Barbares campèrenl dans une plaine de Thessalie, illustrée par la mort d'Hercule. Et la tente du grand Roi s'élevait au milieu du camp. Or, Xerxès avait amené avec lui Démarate, fils d'Ariston, autrefois roi de Sparte, qui, déclaré illégitime, dépouillé de ses honneurs et chassé de sa patrie, s'était retiré chez les Perses. Comme Mardonius s'apprêtait à franchir le défilé des Thermopyles, Xerxès, qui avait coutume de consulter Démarate sur la manière de combattre les Grecs, le fit appeler dans sa tente, et lui dit :
— Démarate, je veux t'interroger sur une chose que je suis désireux de connaître. Tu sais que les Grecs, rassemblés pour défendre ce défilé, sont commandés par Léonidas, roi de Sparte. Un espion envoyé par moi, a observé ceux d'entre eux qui se tenaient de ce côté du mur qu'ils ont élevé pour fermer le passage. C'étaient des Spartiates. Ayant posé leurs armes contre ce mur, ils se livraient nus à des jeux athlétiques ou se peignaient soigneusement les cheveux. Je ne puis croire qu'ils se préparent ainsi à mourir en combattant. Ils me paraissent au contraii'e agir d'une façon très ridicule, et j'augure qu'avant quatre jours ils se seront retirés. Qu'en penses-tu, Démarate?