‹ Sur le crâne remarquable d'une idiote de 21 ans avec des observations sur le basiotique, le squamosal, le quadratum, le quadrato-jugal, le jugal, le postfrontal postérieur et le postfrontal antérieur de l'hommeChapitre 4 sur 26 · D’UNE IDIOTE DE 21 ANS · texte numérisé non relu

D’UNE IDIOTE DE 21 ANS

SUR LE BASIOTIQUE, LE SQUAMOSAL , LE QUADRATUM ,

LE QUADRATO-JUGAL , LE JUGAL , LE POSTFRONTAL POSTÉRIEUR ET LE POSTFRONTAL ANTERIEUR DE L’HOMME.

Avant d’entrer dans la partie plus particulièrement technique de mon sujet, je tiens à exprimer ici mes sincères remercîments d’abord à M. le Dr Ideler, actuellement directeur de la Maison de santé à Dalldorf près de Berlin, qui a eu l’extrême obligeance de me donner, en 1877, le crâne remarquable qui fait l’objet de cette communication; en second lieu, à MM. Dollo, Dupont, Jacques, Héger, Houzé, Virchow et Westphal, qui ont bien voulu me prêter leur concours à des titres divers que je mentionnerai dans la suite de ce travail.

Le crâne qui fait l’objet de ma communication m’avait été signalé obligeamment par MM. Virchow et Westphal de Berlin et c’est grâce à leur intervention que M. Ideler a bien voulu me céder cette remarquable pièce anatomique. Il provient d’une jeune fille idiote, morte a l’âge de vingt et un ans à la Maison de santé municipale de Berlin. M. Ideler, alors directeur de cet établissement, a publié à son sujet une note préliminaire dans Westphal’ s Archiv für Psychiatrie and Nervenkrankheiten, t. VI, p. 608, Berlin, 1876.

Voici la description de M. Ideler : « Le crâne est microcéphale et » présente les anomalies suivantes : synostose de la suture coronale

» gauche, d’où craniosténose dans la direction antéro-postérieure et » accroissement compensateur du diamètre transverse; persistance » de la suture métopique ; les orbites ont une conformation toute » particulière à cause de la prédominance du diamètre vertical sur » le diamètre horizontal; la profondeur et le volume des orbites » sont beaucoup diminués, les voûtes se rapprochent de la verti- » cale comme chez les animaux.

» Si l’on examine la base du crâne par sa face interne, on remarque » que sa lame quadrilatère est très verticale et que la partie basilaire » de l’occipital est rétrécie en un pont osseux de 5 millimètres de lar- » geur et de 2 millimètres de hauteur immédiatement devant le » point où les parties latérales de l’occipital se joignent à la partie » basilaire. Un cas semblable n’a été rencontré par l’auteur que chez » un anencéphale conservé dans le cabinet de l’Institut anatomo-pa- » thologique de la Charité de Berlin. Quand on examine la base du » crâne par la face externe, on remarque que la moitié gauche de » l’occipital est plus proéminente et plus rejetée en arrière que la » droite, ce qui donne à la base du crâne un aspect tordu particulier. » M. le professeur L. Meyer décrit cette difformité sous le nom de » crâne scoliotique et prétend l’avoir trouvée toujours chez des » sujets affectés de scolioses vertébrales ; dans le cas présent il y avait » une scoliose gauche. Une description plus détaillée est réservée » pour un travail ultérieur. »

M. Ideler, en me donnant le crâne, m’a laissé le soin d'en publier l’étude complète.

I out le crâne présente les caractères de la microcéphalie , ce dont v on pourra se convaincre par le tableau des mensurations et du cubage qui suit la description des os en particulier. Il est réduit dans son diamètre antéro-postérieur, élargi, au contraire, suivant son diamètre transverse.

En outre , il offre des caractères de rachitisme bien prononcés, opinion que j’appuie sur les motifs suivants :

i° La plupart des os de ce crâne sont hypérostotiques, épais et très lourds ; d’autres, inversement, sont fort minces et la substance osseuse y est raréfiée;

20 M. Ideler signale dans sa description une scoliose du thorax ;

3° Certains os sont recouverts d’ostéophytes. Quelques sinus veineux et sillons vasculaires de l’intérieur du crâne sont même bordés de telle manière par ces plaques ostéophytiques qu’on se croirait

en présence d'un cas d ' osteophytum gravidarum, ce qui n’est évidemment qu’une apparence illusoire ;

4° Les condyles occipitaux sont usés par la carie ; les dents offrent l’arrêt de développement connu sous le nom de microdontie rachitique et sont excessivement cariées ;

5° Mais, c’est encore à la base du crâne que se montrent les signes les plus évidents du rachitisme, car nous constatons ici une scoliose accentuée à un degré qu’on observe rarement. Cette scoliose peut se décomposer en trois déviations compensatrices :

A) Une déviation à gauche partant du basion et se continuant jusqu’au milieu du corps du sphénoïde,

B) Une déviation à droite partant de ce dernier point et atteignant l’origine de l’apophyse crista galli,

• C) Une nouvelle déviation à gauche partant de ce dernier point et se prolongeant jusqu’à l’extrémité de la lame perpendiculaire de l’ethmoïde.

Ces différentes déviations sont si évidentes dans cette pièce qu’on peut dire qu’elle est par excellence adaptée à l’étude des scolioses de la tête, étude si bien inaugurée par le remarquable travail de M. le professeur Ludwig Meyer (*) de Goettingue.

Passons maintenant à la description des trois déviations mentionnées plus haut :

A) Scoliose occipito-postsphénoïdale gauche. — Par suite de cette scoliose :

a) Le bord gauche du trou occipital est plus échancré que le droit ;

b) La moitié gauche de l’écaille occipitale est plus bombée que la droite ;

c) Les fosses cérébrale et cérébelleuse gauches sont plus grandes que les fosses droites ;

d) Le plus petit angle formé par l’axe du condyle gauche avec l’axe antéro-postérieur du crâne est moins aigu que le même angle à droite.

M. Meyer attribue à la scoliose la différence de grandeur dans les gouttières des sinus latéraux droit et gauche. Quoique dans notre pièce la gouttière du sinus latéral droit soit aussi beaucoup plus

(p Ludwig Meyer, Der scoliotische Schadel, Archiv fur Psychiatrie, etc., t VIII, 1878, p. 108. — Ce mémoire n’est que le développement d’une note préliminaire donnée par l’auteur, p. 33q du premier volume du même recueil, sous le titre de : Ueber Schaedelverbiegungen.

grande qu’a gauche, je suis tenté de croire que les dimensions relatives des sinus latéraux du crâne ne dépendent pas de la scoliose, mais d’une autre cause actuellement inconnue (*).

M. Meyer attribue aussi toutes les modifications d’un crâne scoliotique à la scoliose elle-même, mais il est évident que cette affection est insuffisante pour expliquer le rejet en arrière de la partie occipitale gauche. Je crois faire avancer sérieusement cette question en signalant que ce rejet dépend seulement d’une rotation des vertèbres scoliotiques, qui, comme on le sait d’ailleurs, accompagne toujours les diverses scolioses de la colonne vertébrale. Par la rotation de la vertèbre, dans une scoliose gauche, l’arc gauche devient le postérieur (2) , l’arc droit l’antérieur et l'apophyse épineuse est tournée à droite ; tandis que dans une scoliose droite , l’arc droit devient le postérieur , l’arc gauche l’antérieur et l’apophyse épineuse regarde à gauche.

B) Scoliose présphénoïdale droite. — ■ C’est la plus petite de nos trois régions scoliotiques. Elle a pour effet de rejeter l’orbitosphénoïde droit plus en arrière que le gauche.

C) Scoliose ethmoïdale gauche. — Par suite de cette scoliose, F apophyse cristagalli, la lame perpendiculaire de l’ethmoïde et le vomer forment une surface courbe, dont la concavité est tournée à droite. Il résulte de là que les portions postérieures de ces organes et des organes en connexion avec ceux-ci regardent de droite à gauche, les antérieures de gauche à droite. Pour cette dernière raison, les nasaux et l’épine nasale inféro-antérieure sont tournés de gauche a droite. Enfin, par la scoliose gauche de l’ethmoïde et du vomer, la fosse nasale gauche est réduite à une fente, tandis que la droite est

(fi Je ne puis pas accepter non plus la théorie de M. H. von Meyer (Der Sinus transversus des Hinterhauptsbeines , His und Braunes Archiv fur Anatomie, 1877, p. 271), qui croit que le sinus latéral droit doit se développer plus fortement, parce que 1 écoulement de son sang est plus favorisé que celui du sinus latéral gauche, les angles d embouchure entre la veine jugulaire interne droite avec le tronc veineux brachio-céphaliqu e droit et du dernier avec la veine cave supérieure étant plus aigus que les mêmes angles à gauche, où ils se rapprochent de qo°. Tout au contraire, en admettant les raisons de M. H. von Meyer, on devrait en tirer une conclusion directement opposée à la sienne; car évidemment, en raison des faits signalés par l’anatomiste de Zurich, le sinus latéral gauche devrait être plus large que le droit, puisque le sang veineux s’y arrime, tandis qu’à droite l’écoulement est plus facile.

O Voilà la vraie raison pour laquelle la moitié gauche de l’écaille occipitale de notre idiote est plus rejetée en arrière que la moitié droite.

très large. Par la rotation accompagnant la scoliose, il est clair que le frontal droit doit être plus projeté en avant que le gauche, ce qui est en vérité le cas.

Je décrirai maintenant chacun des os en particulier.

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