‹ Sur le Diagnostic de la SubmersionChapitre 26 sur 29 · INTERPRÉTATION DES EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION DES EXPÉRIENCES

Dans toutes ces expériences nous avons constaté que l’eau pénètre en presque totalité pendant la phase de dyspnée. Cetle pénétration est accompagnée d’une importante dilatation du thorax.

Nous avons aussi remarqué qu’un animal jeune résiste beaucoup plus longtemps à la submersion qu’un adulte. Ainsi, dans l'expérience IX, un chat de 2 jours 1,2 résista 15 minutes, dans l’expérience IV, un jeune lapin de 9 jours est mort en 7 minutes, tandis que le chien adulte de l’expérience IT est mort après 4 minutes de submersion.

On sait que chez les noyés frais, il se produit devant la bouche un champignon de mousse constilué par une spume aérée el légèrement visqueuse. Elle sort des voies aériennes, dit-on, dans les moments ou dans les heures qui suivent la sortie du cadavre de l’eau.

M. le professeur agrégé Piédelièvre, étudiant cette question, avail déjà remarqué que si l’on noie un chien en plaçant dans la trachée une canule solidement maintenue aboutissant à un entonnoir dans lequel on verse de l’eau, et si l’on ouvre le thorax de cet animal préala-

blement anesthésié, on voit se constituer progressive: ment, au fur et à mesure de la submersion, l’œdème hyperaérohydrique.

Une toute pelite incision de la plèvre est-elle faite, l’eau s'écoule par cette blessure avec un bouillonnement intense qui constitue très rapidement une écume comparable à celle du champignon de mousse.

L'animal étant mort, la canule enlevée, on voit se former immédiatement après la mort, une écume à très fines bulles, sortant par la trachée, parfois même avec force comme dans les cas IT, IT, et surtout XIII. Ce bouillonnement est constitué par le reflux de l'eau et de l'air à travers la trachée, c’est lui qui forme le champignon de mousse.

Nous pensons donc que l’eau qui pénètre, comprime dans le fond des alvéoles pulmonaires l’air restant (air résiduel). C’est cet air comprimé qui sort secondairement, sous l’action de sa pression propre et grâce à l'élasticilé du poumon distendu, en se mélangeant à l'eau, aux sécrétions pulmonaires et trachéales pour former la mousse. Ceci explique également les ruptures alvéolaires que lPon observe à l’examen histologique des poumons des noyés.

Il est classique de décrire l’état des poumons des noyés sous le nom d’œdème hyperaérohydrique. Les expériences précédentes (IE, IV, IX) montrent que si l’on ouvre immédiatement le thorax d’un animal submergé, on trouve en effet cet aspect des poumons turgescents, œdématiés, ayant tendance à déborder de la cage thoracique et remplis d’une grande quantité de liquide,

ar JO

On ne trouve pas de liquide dans les cavités pleurales à ce moment.

Or, à mesure que le cadavre vieillit, après avoir été reliré de l’eau, ou même après être resté longlemps immergé, on s'aperçoit que la quantité d’eau diminue considérablement. Aussi, si l'ouverture du thorax des animaux submergés n’est pratiquée que 6 à 8 jours après la mort (exp. III, V et X) les poumons sont de petit volume, affaissés, crépilants sous le doigt, uniquement aériques, sans liquide. Les cavités pleurales sont au contraire, à ce moment, remplies de liquide (300 à 400 cec.).

Si, dans le premier cas, immédiatement après la mort, on prélève les poumons d’un animal noyé dans l’encre de Chine (exp. If et IV) on constate, à l'examen histologique, que les fines particules colloïdales de cette matière colorante sont réparties uniformément dans toules les alvéoles du tissu pulmonaire.

Si l’on examine, par contre, les poumons prélevés 6 à 8 jours (exp. I, V et XJIT) et même 30 jours (exp. X), après la mort, on constate, à l'examen microscopique, que l’encre de Chine a abandonné en grosse partie la zone pulmonaire centrale et s’est déplacée vers la périphérie, se localisant sous la plèvre, en se tassant, s’amassant dans les alvéoles sous-pleurales qu’elle dilate.

Les examens pratiqués sur les poumons du chien de l'expérience XIII, qui est resté 6 jours après la mort en décubitus dorsal, montrent que ce déplacement de l’encre de Chine vers la plèvre se fail dans toutes les régions du poumon, principalement dans les régions déclives mais non uniquement.

ie

En effet, dans cette expérience l’examen des coupes des prélèvements 1 et 2 faits respectivement à la partie antérieure et à la partie déclive de la base du poumon gauche, montre que la couche sous-pleurale dans le n° 2 est beaucoup plus épaisse que dans le n° 1.

On note aussi que, dans une région, ce déplacement ne se fait pas uniquement vers la plèvre inférieure, mais aussi vers la plèvre supérieure. L'examen des coupes n° 8 montre bien ce phénomène, l'accumulation de l’encre de Chine étant visible aussi bien sous la plèvre supérieure que sous la plèvre inférieure, la condensation de la matière colorante étant cependant plus intense à ce niveau. à

Le déplacement de cette matière étrangère n’est donc pas dû uniquement à l’action de la pesanteur : on ne peut expliquer ce déplacement vers la plèvre supérieure que par l’action de l’air résiduel, (1) comprimé dans le fond des alvéoles, au moment de la submersion. En se décomprimant, cet air résiduel chasse l’eau et les corps qu'elle contient, vers la périphérie. Cette expansion commence immédiatement après la mort, comme en témoigue, dans les expériences précédentes, la sortie immédiate par la trachée, de l’écume formant le cham-

(4) L'air résiduel, ainsi que le dit M. le Pr Binet est l'air « qui reste dans le poumon après une expiration maxima et ne saurait en sortir que par cessation du vide pleural ».

La quantité de cet air a été évaluée par Gréhant, en 1871. avec une grande exactitude quand il a mesuré ce qu'il appelait la capacité pulmonaire, c’est-à-dire la somme de l'air résiduel et de'l’air de réserve, ce. dernier n'étant expulsé que dans l'expiration énergique et forcée. Il a trouvé ainsi que le volume de l'air résiduel était d'environ 1 litre.

FoURAULT < 7

SO e

pignon de mousse, les bronches formant un point de moindre résistance. A l’action de cet air résiduel doit s'ajouter celle plus tardive des gaz de putréfaction dont nous avons constaté la présence dans les coupes des poumons prélevés plusieurs jours après la mort.

ues considérations nous apportent la preuve que l’eau ne reste pas dans les poumons d’un cadavre de noyé qui vieillit, mais qu’elle se déplace vers la périphérie des poumons et les cavités pleurales, entraînant avec elle les particules étrangères qu’elle contient. Ces particules ne passent pas à travers la plèvre, qui joue le rôle d’un filtre (comme nous l'avons constalé dans l’expérience XIIT). Elles se condensent sous elle.

Dans la recherche des corps étrangers dans les poumons, pour le diagnostic de la submersion vitale, on devra donc, si le noyé est ancien, porter surtout son examen sur la partie sous-pleurale du tissu pulmonaire.

Enfin, l’examen des prélèvements met bien en évidence la pénétration, pendant la submersion, des matières étrangères (encre de Chine) dans toutes les régions pulmonaires. On constate d’ailleurs, comme l’a signalé Marchand dans sa thèse, que la quantité d'encre de Chine qui envahit la base du poumon est plus grande que celle qui a pénétré dans le sommet. Ce fait est mis en évidence par la comparaison entre les coupes provenant des prélèvements n° g et 13-faits respectivement à la base et au sommet du poumon droit, La couche souspleurale occupant douze assises d’alvéoles à la base (0) n'en occupe que cinq ou six au sommet (13). On constale d’ailleurs une différence semblable du côté gauche,

Les lésions histologiques que nous avons trouvées sont identiques à celles déjà décrites par Marchand :

Plages d’emphysème avec alvéoles dilatées et cloisons interalvéolaires étirées, amincies et avec des ruptures caractéristiques. Des plages d’atélectasie avec alvéoles aplaties, déformées et des cloisons épaisses, sinueuses avec des capillaires dilatés, gorgés de globules rouges.

Mais nous avons constaté la présence d’hémorragies beaucoup moins abondantes que Marchand et Rasse, Dans toutes nos submersions dans l’eau contenant de l'encre de Chine, nous n’avons trouvé que quelques ruptures vasculaires accompagnées de petites hémorragies interslitielles.

Dans les submersions par le collodion, nous avons trouvé au contraire de grosses plages d’hémorragies, formant sur la surface des poumons des taches rouges sombres, étendues, visibles à l’œil nu. Le collodion étant beaucoup moins fluide, il paraît se produire une suffocation, plutôt qu’une submersion comme l’a déjà remarqué Moskow (de Sofia) au Congrès de Médecine légale de 1929.

On voit que l’on peut trouver un grand intérêt à pratiquer l’examen histologique des poumons dans les cas douteux de submersion. Même après un début de putréfaction, cet examen est utile, les lésions de la putréfaction étant différentes de celles de la submersion. Mais ces lésions utiles au diagnostic sont communes à toutes les asphyxies mécaniques, comme l’ont bien montré Pellissier et Leclercq en 1923. On voit donc que, seule la présence des corps étrangers que l’on peut toujours ca-

tactériser, surtout sous la plèvre, même avec un certairi degré de putréfaction, permet d’être affirmatif.

Chez les cadavres immergés avec la trachée ouverte, dans les expériences VII et XI, nous trouvons quelques amas d'encre de Chine dans les bronches et dans les alvéoles centrales. Mais dans l’expérience VII, où l’animal est assommé, les voies aériennes supérieures étant intactes, l’encre de Chine, malgré une immersion de 8 jours n’a pas pénétré dans les alvéoles.

Enfin, nous avons encore remarqué, au cours de nos expériences la pénétration de l'encre de Chine dans lestomac, dans toute submersion vitale (exp. IV, IX, X) alors que nous n’avons jamais constaté sa présence dans les immersions post-mortem (exp. VII, VHI et X[). L

Enfin, nous pouvons encore noter l’absence de sang dans le cœur chez tous les animaux mort de submersion et ouverts 6 à 8 jours apres la mort.

Page 1