I. Méthodes des « gammes colorées
Leur principe consiste à obtenir avec le sang étudié ou une dilution convenable de ce sang, selon un mode opératoire bien défini spécial à chaque méthode, une « teinte de comparaison »; cette teinte est alors comparée à celle d’une gamme étalon appropriée, établie de façon que chacun de ses éléments corresponde à une concentration en hémoglobine déterminée; on déduit aussitôt de cet examen entre quelles valeurs se trouve l’hémoglobinémie cherchée.
Parmi ces méthodes, les plus connues sont :
1° Celle de WELCKER [140], dont la gamme se compose des taches données sur du papier blanc absorbant par différentes dilutions d’un sang normal, et dans laquelle la teinte de comparaison, établie elle aussi sur papier, est préparée avec une dilution du sang analysé.
2° Celle de HAYEM [45], dans laquelle on compare une dilution convenable des sangs étudiés à une échelle peinte.
3° Celle de QuincxE [108], dont l'échelle colorée est constituée par des solutions ammoniacales d’acide picrique et de carmin en proportions convenables, semblables à celles introduites dans la technique hématologique par RaA- JEWSKI [109].
4° Celle de TALLQvIST [126, 127], qui rappelle celle de WELCKER, mais dont la gamme est peinte et la tache de comparaison obtenue avec le sang pur; cette méthode est une de celles qui permettent de doser l’hémoglobine le plus simplement.
5° Enfin, celle décrite plus récemment par HALLION et BoRRIEN [43] et qui est calquée sur celle de QuiINCKE.
Ces diverses méthodes chromoscopiques sont relativement
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pratiques, et les moyens qu’elles mettent en œuvre restent simples.
Malheureusement, comme FLEURY [30] et bien d’autres (4) l’ont reconnu, leur sensibilité est limitée. En effet, même en utilisant des gammes de vingt échelons, nombre rarement atteint, les erréurs relatives minimum théoriques données par les comparaisons chromoscopiques sont déjà considérables; ainsi, si l’on a choisi pour les divers échelons des concentrations réalisant une progression géométrique, ce qui à l'avantage de rendre ces erreurs relatives d’égale importance, elles sont alors de 11,4 pour cent. La difficulté de telles mesures chromoscopiques, difficulté souvent constatée (REGNARD [110]), rend toutefois les erreurs relatives de comparaison effectivement commises beaucoup plus élevées; d'autre part, les erreurs diverses qu’entraînent les manipulations s'ajoutent aux précédentes; on voit dès lors combien la précision des méthodes des gammes colorées est minime.
Une autre cause d’erreur vient d’ailleurs abaïsser encore cette précision: c’est celle inhérente à l'instabilité des gammes étalon utilisées. La conservation indéfinie, sans altérations, de ces gammes est, en effet, pratiquement impossible, qu’elles soient constituées par des taches de sang (5), une échelle peinte, ou même des solutions de picro-carmin (6).
En dehors de leur imprécision, les méthodes basées sur l'emploi de gammes colorées présentent d’autres défauts moins importants. En particulier, au lieu d'exprimer leurs
(4) CABANES [18], CANALS et CABANES [19], etc.
(5) Comme WELCKER lui-même le reconnaît [140].
(6) Dans ce dernier cas, notamment, on a toujours, à la longue, précipitation d’une partie du carmin, d’où affaiblissement de la teinte, par départ de gaz ammoniac (RaJEwsKi [109]).
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résultats en grammes d’hémoglobine pour cent centimètres cubes de sang, ce qui est la seule notation rationnelle, la plupart de ces méthodes les rapportent à un sang considéré comme normal et auquel est attribué la valeur arbitraire 100, tandis que les autres (méthodes de WELCKER et de HAYEM notamment) les traduisant en « richesse globulaïre », notation tout à fait artificielle; ce sont là des complications bien inutiles qui rendent nécessaire, lorsqu'on veut exprimer selon le mode normal les hémoglobinémies ainsi mesurées, l’établissement préalable de la correspondance exacte des gammes en hémoglobine (7).
Sans insister davantage sur ces méthodes, nous noterons pour conclure que leur emploi est restreint, cet emploi ne subsistant d’ailleurs qu’en raison de leur simplicité; il est toutefois regrettable de constater que c’est surtout en clinique qu’on y fait encore appel (8), bien que ce soit là où l'exactitude des résultats puisse devenir le plus nécessaire.