‹ Sur le dosage du fer: Dans les recherches physiologiquesChapitre 6 sur 18 · NOT · texte numérisé non relu

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s'en allait aussi par la bile. Les dosages de fer effectués sur la bile ont donné des chiffres très disparates, peu faits pour inspirer confiance; les plus récents n'y ont trouvé que des quantités de fer tout à fait minimes.

Finalement Bunce en opérant sur de grandes quantités de bile de veau, de porc, de chien et d'homme n'a jamais trouvé que des traces impondérables de fer (1).

Ce fer se dépose-t-il dans un organe pour être employé de nouveau à l'hémopoièse? Quel est cet organe?11 semble bien qu'il doive exister quelque part une réserve organique de fer, sinon pour la rénovation journalière de l’'hémoglobine, du moins pour la reconstitution de la quantité normale que nous avons vu s'effectuer après la saignée.

Où est cette réserve, si elle existe ?

Elle existe en tout cas chez le nouveau-né. Buncr en a démontré la nécessité et la réalité. Un petit lapin, tué aussitôt après sa naissance, contient une proportion de fer de 0,120 p. 1,000 du poids, total de l'organisme : chez un petit lapin de quatorze jours, cette proportion est réduite à 0,044. De même, chez un chien, âgé de dix heures, en trouve 0,112 de fer p. 1,000 du poids corporel; chez un chien de la même portée, âgé de quatre jours, ce chiffre est déjà descendu à 0,075 (2). Dans quel organe ou dans quels organes est cette réserve ? Zareski (3) a trouvé dans le foie d’un chien nouveau-né, foie rendu exsangue par le lavage intravasculaire 3,91 de fer p. 1000 de substance sèche; les foies de deux chiens adultes analysés dans les mêmes conditions ne lui ont donné que 0,78 et

(4) Lehrb. d. physiol. Chemie, p. 88. °

(2) Bunce. Lehrbuch der physiologischen und pathologischen Chimie, 2e éd., p. 99.

(3) Zeitschr. f. physiol. Chimie, t. X, 1886. p. 453.

0,43 p. 1,000. Il était donc indiqué de chercher dans le foie la réserve de fer des nouveau-nés, J’ai fait moi-même un assez grand nombre d'analyses dans ce but (1); chez le chien, chez le lapin, chez ce dernier animal particulièrement, j'ai trouvé en effet, d’une façon générale, une forte proportion de fer, quelquefois même très forte, jus- ‘qu'à 1,74 p. 1,000 de foie frais, ce qui ferait environ 8 p. 1,000 de foie sec. Mais j'ai trouvé aussi, chez des animaux de la même portée, des différences considérables, du simple au quintuple, qui demandent à être expliquées. Enfin chez un fœtus humain normal, mort accidentellement au cours même de l'accouchement, j'ai trouvé dans le foie une proportion de fer tout à fait minime qui ne pouvait nullement constituer une réserve.

Dans le foie des chiens adultes, on observe d’un animal à l’autre, quant à la proportion de fer, des différences considérables qu’on ne sait à quoi rattacher; la quantité de fer est d’ailleurs généralement faible. La rate présente une teneur plus élevée. Partant de là, on a voulu faire de cet organe le véritable facteur de l'hémopoièse chimique. Mais d’autres auteurs considèrent que le fer de la rate, bien loin d’être une réserve, est un déchet.

Chez les jeunes animaux, j'ai constaté, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, que la rate contient extrèmement peu de fer (2). Ce fait est favorable à la seconde des deux opinions. Mais ces deux opinions sont-elles aussi diamétralement opposées qu'il semble et s’excluent-elles l’une l’autre ?

Nous ne savons pas s'il y a lieu de distinguer du fer de déchet le fer de réserve; le fer qui provient de la démolition

° (1) Louis Lapicque. Soc. de Biologie, 22 juin 1889; 20 juillet 1889; 16 juillet 4892; 19 janvier 1895.

(2) Lours Larrcque. Voir Soc. de Biologie, aux dates citées ci-dessus.

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d’une molécule d'hémoglobine ne peut-il pas servir à la construction d'une nouvelle molécule ?

L'existence mème, d'ailleurs, d'une réserve de fer qui est nécessaire au nouveau-né, n’est pas absolument nécessaire à l'adulte. Elle n’est pas démontrée par l'expérience. On peut tout aussi bien considérer un circulus analogue à celui qué présentent plus ou moins tous les composants de l'organisme, c’est-à-dire une absorption alimentaire etune élimination excrémentitielle. Mais cette absorption et cette élimination si elles paraissent bien exister, sont encore entourées d'une obscurité profonde,

On a commencé, entrainé par l’analogie, par étudier l'urine pour se renseigner sur l'élimination du fer. Il y a un demi-siècle, on était d'accord pour admettre que l’urine normale ne contient pas de fer (1). On est arrivé peu à peu à se confirmer dans l'opinion contraire, à savoir que par l'urine s’éliminent chaque jour un certain nombre de milligrammes de fer (2). Jusqu'à ces dernières années le fait semblait acquis. En 1891, un travail du laboratoire de Boxe aboutit au contraire à une conclusion presque négative : l'urine du chien filtrée ne contient que des traces impondérables de fer (3). J'ai repris la question chez l'homme, et dans les urines d’hommes sains et de divers malades, je n'ai jamais trouvé que des traces impondérables de fer (4). Damaskin déclare que le fer de l'urine de l’homme est parfaitement pondérable, mais les quantités qu'il a trouvées sont souvent inférieures à 1 milligramme par vingt-quatre heures! (5)

(1) BecquereL. Seméiotiques des urines. Paris, 1841. — Lrenmanx. Lehrbuch der physiol. Chemie, 1842, t. II, p. 3%6.

(2) Biooer et Scuminr, 1852. — MaGnier, 1875. — HaueurGer, 1876 et 1818.

(3) Soc. Zeitschr. [. physiol. Chemie, 1891, t. XV.

(4) L. Laprcoue. Soc. chimique de Paris. 8 février 1895.

:(5) Arbeiten der pharmakol. Institutes zu Dorpat, VII, 1891.

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Une fois encore, en demandant la permission de renvoyer plus loin la discussion, j’admettrai que ce sont les chiffres anciens qui sont trop forts.

L'urine ne contient done que des traces de fer; à Ja vérité, ces traces ne manquent jamais; une si petite quantité ne montrerait qu'une mutation bien peu importante du fer organique, Mais on n’est pas en droit de conclure que l'organisme n’en élimine pas davantage: En effet, le rein n’est pas la voie d’excrétion du fer. Si on injecte directement dans les vaisseaux une certaine quantité d'un sel de fer, on voit presque tout de suite du fer apparaître dans l'urine ; mais cette élimination n’a lieu que pendant un temps relativement court, pendant la première heure qui suit l'injection; passé ce temps, l'urine ne contient plus de fer, et pourtant Ja quantité éliminée ne représente qu'une petite fraction du fer injecté, en moyenne un vingtième, soit, par exemple 2 ou 3 milligrammes pour 50 milligrammes injectés (1).

Qu'est devenu le reste de ce fer? Une partie au moins s’est fixée dans les tissus et principalement dans le foie (2). D'autre part, les animaux qui ont recu l'injection présentent souvent au bout de quelques heures ure diarrhée qui doit faire penser à une élimination par l'intestin.

Cette hypothèse est en effet confirmée par diverses observations. Bucanem et Mayer, dès 1850, ont trouvé quelques heures après l'injection d’un sel de fer dans la jugulaire d’un animal à jeun, l’épithélium intestinal couvert d'une sécrélion riche en oxyde de fer (3). Kôcuier et Mur- ER (4) retrouvèrent dans le contenu de l’estomac et de (1) Jaconv. Diss. inaug., Strasbourg, 1887, et Arch. f. exp. Path. und Pharm., 1891, t. XXVIIL. — L. Laprcoue. Archives de Physiologie, avril 1895. (2) Gorrzies. Zeilschr. [. physiol. Chemie, 1891.

3) Cité par BunGE, op. cit., p. 89.

4) Verhandl. der physik. medicin. Gesellschaft zu Würzburg. t&. VI, 1856.

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l'intestin presque tout le fer qu'ils avaient injecté à un chien, Mais l'étude de l’excrétion par le tube digestif est autrement compliquée que dans le cas de Purine, à cause des résidus de la digestion qui viennent constamment se mêler aux sécrétions. Quincxe (1) sur un animal auquel il avait fait l'opération de Thiry (c'est-à-dire séparé du canal digestif une anse intestinale qu’on laisse en rapport avec ses vaisseaux et ses nerfs et dont on fait déboucher une extrémité au dehors), injecta dans les veines du lactate de fer sans que l’anse intestinale mise à l'abri du passage du bol alimentaire excrétât du fer. La question à été fort discutée et semble finalement devoir ètre résolue par l’affirmative.

C'est donc du côté de l'intestin qu’il convient de rechercher s'il existe une élimination normale de fer organique. Cette élimination était admise comme très probable. Binper et Scamir (2) étudiant les échanges d’un chat à jeun avaient trouvé dans les selles de cet animal une quantité notable de fer. Les mêmes objections, les mêmes difficultés, plus grandes encore que dans les cas précédents, se produisent pour l’étude de cette excrétion ferrugineuse normale. La démonstration de sa réalité parait pourtant avoir été donnée par les recherches de F. Vorr (3).

Cet auteur a eu recours à l’ingénieuse opération de Her- MANN, Opération qui a fait faire tant de progrès à nos connaissances sur les fonctions sécrétoires de l'intestin ; elle consiste à sectionner une certaine longueur de l'intestin grèle et à réunir le bout supérieur au bout inférieur pour rétablir le cours des matières, comme dans l'opération de Thiry; mais le segment séparé, laissé en connexion avec

(1) Archives de Du Bois-Raymond, 1868. — (2) Die Verdauungssäfte und der Stoffwechsel, Mitau und Leipzig, 1862. 13) Zeilschr. f. Biologie, XXIX, 1890.

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son mésentère, est refermé sur lui-même en forme d’anneau et replacé dans la cavité abdominale qui est refermée. Les fonctions du segment isolé sont ainsi beaucoup mieux conservées que dans l’opération de Thiry. Si au bout d'une vingtaine de jours on sacrifie l’animal, on trouve ce segment rempli de la sécrétion intestinale pure; or cette sécrétion contient une notable proportion de fer jusqu’à 0,23 de fer p. 100 de substance sèche; en calculant du segment isolé à la totalité de l'intestin grèle, on trouve une élimination quotidienne de 8 à 12 milligrammes pour des chiens de 29 à 30 kilogrammes.

Si l'organisme élimine chaque jour du fer, il faut qu'il en absorbe une quantité équivalente par le tube digestif. La porte d'entrée et la porte de sortie étant ici les mêmes, on voit à quelles difficultés va se heurter l'étude de cette assimilation. En fait, on n’a pas réussi à s'entendre sur cette question qui préoccupe à juste titre et les physiologistes et les médecins. Les discussions du récent Congrès de Munich en sont la preuve. Je dirai même qu'on s'entend de moins en moins.

Il y a quelques années, en effet, les physiologistes s'étaient mis presque unanimement d'accord sur ce point, que les composés minéraux du fer ne sont pas absorbés; du moins, si la chose n'était pas démontrée, elle paraissait au plus haut point vraisemblable (1). La pierre angulaire de cette opinion était l'expérience de Hameur@er qui, faisant ingérer à un chien une cerlaine quantité de sulfate ferreux, n'en voyait passer dans les urines qu'une quantité négligeable et retrouvait au contraire la totalité du fer ingéré dans les fèces (2).

(1) Voir là-dessus le Lehrbuch de Buncs et l’article de LamBuinG dans le Journal de Pharmacie et de Chimie, 1890, qui donne un exposé très elair de l’état de la question à cette date.

(2) Zeilschr. f. physiol. Chemie, t. II, 1878.

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Il n’y avait pas à chercher si un autre sel de fer se comporterait autrement ; les doubles décompositions qui ont lieu nécessairement dans le suc gastrique, puis dans les sucs digestifs de l'intestin ramènent finalement au même point toutes les combinaisons salines du fer; les albuminates et les peptonates sont sur le même pied que les autres.

IL fallait donc chercher dans les substances alimentaires des combinaisons ferrugineuses d’un autre ordre. Cette idée de BuxGe à provoqué des recherches intéressantes.

L'hémoglobine ne pouvait pas être considérée comme répondant à la question ; d'abord, elle ne peut être absorbée en nature, puisque le suc gastrique la dédouble en hématine. Sur la question de savoir si cette dernière substance est absorbée, les recherches quantitatives font défaut, mais en tout cas l’hémoglobine manque dans la nourriture de beaucoup d'animaux, des herbivores, par exemple.

Bunce s’adressa au jaune d'œuf, qui est très riche en fer, et qui doit nécessairement contenir une substance aux dépens de laquelle se forme l’hémoglobine du petit poulet. Il réussit à obtenir une nucléine ferrugineuse, qui contient 0,29 p. 100 de fer, ce fer n'étant pas à l’état de combinaison saline; il ne réagit en effet aux réactifs du fer que lentement, à mesure que ces réactifs décomposent la substance. BuxGe donna à ce corps le nom d’hématogène (1).

Mais les expériences que fit faire Bunce pour démontrer la valeur alimentaire de cet hématogène ne donnèrent pas des résultats absolument concluants.

Plus récemment, dans la même voie, Marrort et ScHMIEpegerG ont trouvé dans les tissus des animaux, spécialement dans le foie, une combinaison du fer qui présente les

(1) Zeilschr. f. physiol. Chemie, t. IX, 1884.

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mêmes particularités; ils l'ont appelée /erratine (1). Ils ont pu reproduire synthétiquement ce corps, qui est une combinaison d'albumine et de fer, mais non une combinaison saline, non un albuminate de fer, car la ferratine ne réagit que graduellement au sulfhydrate d'ammoniaque et aux autres réactifs du fer; elle doit être considérée comme un acide ferri-albuminique; sa solution soumise à l’électrolyse ne dépose pas de fer à la catode, mais il s'y dégage de l’hydrogène. La ferratine contient de 5 à 6 p. 100 de fer. Sa préparation est devenue industrielle, et dans ces derniers temps, elle a joué un rôle souvent brillant dans la thérapeutique des anémies.

Ce dernier point ne nous indique nullement une importance spéciale au point de vue physiologique, car les médecins sont accoutumés à voir de mème des guérisons se produire par l'emploi de l'un ou l’autre de ces sels de fer réputés inassimilables. Aussi les partisans de la ferratine ont cherché à démontrer qu’elle s’absorbe dans l'intestin; leurs recherches, malgré quelques contradictions qu'il faudra expliquer, semblent positives. Mais elles ont été conduites d’une toute autre manière, et avec bien d’autres précautions que les expériences par lesquelles on démontrait il y a cinq ans que les sels de fer ne sont pas absorbés. C'est qu'en effet ces expériences ne peuvent plus aujourd'hui être considérées comme démonstratives. Puisque nous savons que le fer injecté dans le sang ne s’élimine pas par l’urine,-l’absence de fer dans l'urine ne peut prouver qu'il n'y à pas eu absorption par le tube digestif. Puisque c'est la muqueuse intestinale elle-même qui élimine le fer de l'organisme et que ce fer retombe aux fèces, le fait que le fer ingéré se retrouve intégralement

(4) Arch. f. experimentelle Path. und. Pharm., février 1894,

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