TRE
dans ceux-ci ne prouve pas qu’il n’y en ait pas eu une portion quelconque absorbée, puis éliminée de nouveau. La question est à reprendre dans son ensemble.
Si l’on a eu la patience de nous suivre dans cet exposé nécessairement confus, on voit que la question physiologique du fer demande encore bien du travail avant d’être tirée au clair.
Naturellement la question pathologique et la question thérapeutique ne peuvent pas être plus avancées, puisqu'elles doivent nécessairement partir de la base physiologique qui nous manque encore. Et pourtant combien est intéressante la question de la chlorose et de son traitement. Nous sommes bien loin de l’idée très simple qui a dû guider les premières tentatives de médication martiale : il manque du fer dans le sang, vous en faites manger au malade, et tout s'arrange. S'il est incontestable que dans la chlorose, il y a un déficit de fer dans le sang, et que dans la plupart des cas, un médicament ferrugineux quelconque amène une amélioration, aussi bien le simple iodure ferreux que les préparations les plus raffinées, nous ne connaissons rien ni de la cause réelle de la lésion hématique, ni du mécanisme par lequel agit le traitement. Il ne faut pas oublier, en effet, lorsqu'on prescrit du fer, que tous nos aliments en contiennent, et que le régime ordinaire suffirait, quantitativement, en quelques jours, à combler le déficit; nous savons, d'autre part, avec quelle rapidité un organisme sain répare les pertes d’hémoglobine que lui fait subir une saignée, tandis que certaines anémies résistent à des hectogrammes de fer. Le problème est donc certainement fort compliqué. Et nous ne pouvons même pas dire si le fer donné comme médicament est absorbé ! De bons esprits, fort au courant de la question,
en sont arrivés à des solutions curieuses. BuxGE se demande
er —
si legmédecin qui prescrit Le fer ne fait pas simplement une suggestion, et Korerr admet que le fer agit dans la chlorose principalement comme caustique, en opérant une révulsion sur la muqueuse du tube digestif (4).
L'étude des problèmes que nous avons sommairement passés en revue exigera un nombre extrêmement grand d'analyses quantitatives. Il n’en va point pour la physiologie comme pour la chimie pure; ici, deux bons dosages concordants établissent le fait qu'on a en vue; là, il faut répéter un grand nombre de fois chaque constatation; nous ne pouvons pas préciser exactement, avec les animaux, les conditions du problème; dans chaque cas particulier il intervient toujours des variables que nous ne connaissons pas, et que nous ne pouvons éliminer que par la répétition des observations.
Il n’est donc pas inutile de tenir compte du temps et de la peine qu’'exige un dosage: la patience de l'observateur le plus appliqué a des limites, et s’il faut deux jours de travail pour obtenir un chiffre, il est à craindre qu'on ne soit rebuté avant que d’en avoir obtenu un assez grand nombre; il est à craindre qu'on s'arrête dans son étude ou qu'on pose des conclusions sur des séries insuffisantes. Un certain nombre des contradictions que nous venons de rencontrer pourraient bien s'expliquer par cette cause psychologique.
De la plus ou moins grande facilité avec laquelle se feront les dosages, dépend donc en grande partie la rapidité des progrès de la science sur cette question.
Autre point : dans la question physiologique du fer, ü est nécessaire que le dosage puisse s'appliquer à des quantités de métal extrêmement petites. Nous avons vu que le
(1) St-Petersburg. med. Wochenschr., 4891, 9-14 mars, p. 1ù.
fer existe en proportion minime dans l'organisme ; les # tissus les plus riches de l'animal adulte, le sang, n’en contiennent qu'un demi-millième au maximum. Or, on ne peut pas toujours, on peut même fort rarement opérer sur des quantités de matière première aussi grandes qu’on le voudrait. Pour étudier les variations du fer dans le sang, par exemple, au cours d’une expérience, on ne peut faire au sujet que des saignées de quelques centimètres cubes si on ne veut pas par là même troubler l'expérience; 10 centimètres cubes sont déjà beaucoup pour un lapin si on doit renouveler la prise de temps en temps; c’est au maximum 5 milligrammes de fer. Mais encore le dosage du fer dans le sang est celui qui se présente dans les meilleures conditions. Pour passer tout de suite à l’autre extrémité, la rate d’un chien nouveau-né, tout entière, dans les races de grande taille, pèse environ 2 grammes, et contient, d’après un assez grand nombre d'analyses que j'ai faites, quelque chose comme wn cinquième de milligramme de fer.
Lorsque, il y a plusieurs années déjà, j'ai commencé à m'occuper de ces questions, je n’ai pas trouvé que les procédés classiques fussent satisfaisants à l’un et à l’autre de ces points de vue. J'ai cherché une méthode de dosage qui püt mieux répondre aux desiderata du problème physiologique ; je crois l'avoir rencontrée dans l'évaluation, sous des conditions bien déterminées, de la coloration des solutions ferriques par un sulfocyanate alcalin. J'ai publié sommairement le principe du procédé dès 1889 ; depuis ce temps, je m'en suis servi fréquemment et je l'ai toujours trouvé d’une application commode; il a eu l’honneur d’être critiqué par le savant professeur d'analyse de la Sorbonne, M. Riban, etila résisté à cette redoutable épreuve. Je désire aujourd'hui, présenter ce procédé dans son ensemble; je
& donnerai les chiffres qui me paraissent démontrer son exactitude, et qui permettent de déterminer quel degré de précision on peut lui demander; j'indiquerai aussi le
® manuel opératoire qui m'a paru le plus commode pour l'appliquer aux différents cas de la physiologie et de la clinique.
Bien que j'aie eu assez peu de temps à consacrer à ces recherches, ce procédé m'a déjà permis d'obtenir quelques résultats; un certain nombre d’entre eux sont cités dans l'exposé qui précède; j'espère pouvoir continuer à m'en servir et ajouter peu à peu à ces données trop fragmenlaires d’autres qui les complètent et les éclairent. Mais la science a besoin de beaucoup d'ouvriers attelés à la même besogne; tout en travaillant de mon côté à la solution de ces difficiles questions, je serais heureux de penser que la technique qui me facilite ma tâche rend à d’autres le même service.
DOSAGE VOLUMÉTRIQUE
Je crois devoir donner d'abord un exposé critique du procédé classiquement employé dans les recherches physiologiques, et cela pour deux raisons :
1° Pour tâcher de montrer que ce n’est point par fantaisie que j'ai cherché autre chose, que bien réellement, comme Je l’ai dit, ce procédé ne répond pas aux conditions exigibles.
2° Parce que les résultats qu'il a fournis et ceux que j'obtiens ne concordent pas sur tous les points: il faut cher
cher dans ces divergences, lequel a tort et pourquoi il a tort.
Pi) nee
La plupart des chiffres relatifs au fer de l’organisme, à peu près tous ceux antérieurs à ces dernières années, ont été obtenus par dosages volumétriques suivant la méthode de Margueritte.
Le manuel opératoire, tel qu'il a été proposé par Pelouze, est le suivant (1) :
On évapore doucement dans une capsule de platine d’un quart de litre de capacité, une quantité pesée de sang, de 100 à 130 grammes. Le résidu est calciné au rouge sombre pendant deux heures, puis épuisé à chaud par 10 centimètres cubes d'acide chlorhydrique étendus de leur poids d'eau. On ajoute ce liquide par portions que l’on transporte chaque fois à l’aide d’une pipette sur un petit filtre Berzélius installé sur un ballon gradué. Chaque épuisement est suivi d'une calcination, et ces opérations sont répétées jusqu’à ce que le charbon ait entièrement disparu. Finalement on calcine le filtre lui-même; sa cendre est traitée par l’eau acidulée, et la liqueur claire qui résulte est jointe à celle qui provient des opérations précédentes. Cette solution, étendue à 500 centimètres cubes, est additionnée d’une solution de 10 centimètres cubes d’une solution de sulfite de soude à 10 p. 100, puis chauffée et maintenue à l’ébullition pendant quelques minutes; le liquide refroidi à l'abri de l'oxygène de l’air, est étendu au litre avec de l’eau bouillie, et le sel ferreux qu'il contient est dosé à l’aide du permanganate de potasse (méthode de Marguerite).
L'examen critique de ce procédé doit se diviser en deux parties : 1° méthode de Margueritte, conditions de son
exactitude ; 2 application de cette méthode aux matières
(4) D'après LamBunG, Thèse de Nancy, 1882, p. 18.
organiques ; les conditions précédemment posées peuvent elles être réalisées?
1° Dosage du fer par le procédé de Marqueritte.
Le principe est le suivant : si dans une solution d’un sel de protoxyde de fer contenant un excès d’acide, on ajoute du permanganate de potasse (caméléon) celui-ci est réduit et le sel de fer est peroxydé; en opérant cette oxydation au moyen d'une liqueur étendue de permanganate, qu'on laisse tomber goutte à goutte dans la solution ferreuse, celle-ci reste incolore tant qu'elle contient du protoxyde; dès qu’elle n’en contient plus, le caméléon qu’on ajoute en excès n'étant plus décomposé, donne une coloration rose.
Il est donc facile de constater le nombre de centimètres cubes d’une solution de permanganate donnée qui sont nécessaires pour peroxyder entièrement une solution ferreuse donnée; et si l’on sait combien 106 centimètres cubes de cette solution de permanganate peuvent transformer de protxyde de fer en peroxyde, on pourra calculer facilement combien la solution ferreuse examinée contenait de fer.
Comme on le voit, ce qui est mesuré, c'est en somme le pouvoir réducteur de la liqueur ferreuse. Pour avoir un résultat exact, il faut donc qu’à côté du protoxyde de fer on ne trouve aucun corps susceptible de réduire le caméléon.
Or une solution chlorhydrique de fer ne répond pas à la condition ci-dessus :
En effet, outre la réaction sur le fer, il se produit une réaction du permanganate sur l'acide chlorhydrique qui donne un dégagement de chlore.
Mn OK + 8HCI— Mn CIE K C1 + 4 H20 + 5 CI.
OU
Quand la liqueur est très étendue, le chlore n’a pas d'action oxydante sensible sur le protoxyde de fer; il s'établit dans le liquide renfermant le protoxyde de fer, le chlore et l'acide chlorhydrique, un équilibre variable suivant la proportion de chacun des éléments en présence, la dilution et la température (1).
Il en résulte qu’en solution chlorhydrique, le dosage par le caméléon ne donne des résultats exacts que si la solution oxydante a été titrée exactement dans les mêmes conditions que le dosage.
Si le dosage se fait sur une solution relativement moins riche en fer et plus riche en acide chlorhydrique, on aura un chiffre #9p fort.
On évite cet inconvénient, ou la difficulté, parfois insurmontable d'opérer la prise de titre et le dosage exactement dans les mêmes conditions, en opérant en liqueur sulfurique.
La méthode suppose que tout le fer de la liqueur est à l’état de protoxyde ; si au contraire on en a tout ou partie à l’état de sesquioxyde, il faut préalablement le réduire. C’est le cas qui se présente toujours en chimie biologique.
Cette réduction peut se faire, au moyen de différents réducteurs ; mais comme il est nécessaire, pour être sûr d'avoir produit une réduction complète, d'employer un excès de réducteur, on ne peut se servir que des corps dont on pourra sûrement éliminer l'excès.
Les deux substances employées sont le zinc et l'acide sulfureux (sous forme de sulfite de soude).
C'est de sulfite de soude que se servait Pelouze; on chasse l'excès du réducteur par l'ébullition. Mais en pratique l'élimination des dernières traces de l'acide sulfureux en
(4) LæwenrnaL et LExSExN, Zeitschrif. f. analyt. Chemie, t. T, cité d'après FRÉSÉNIUS.
excès est fort laborieuse, aussi, d’autres auteurs lui ont substitué le zinc. Pour le zinc, en effet, l'excès s’élimine de lui-même, la réaction de l'acide de la liqueur se poursuit jusqu'au moment où tout le zinc est dissous, el les produits de la réaction terminée n'ont aucune action réductrice. Mais le zinc présente en pratique un autre inconvénient : il n'est jamais pur et contient toujours des traces de fer.
L'un comme l’autre de ces réducteurs risqueront donc de donner des chiffres #rop forts.
Ces causes d'erreur sont évidemment peu de choses en valeur absolue : c'est pourquoi elles sont négligeables dans l'analyse d’un minerai de fer, ou dans tel autre cas de la chimie minérale, car on opère sur un quantité de fer assez grande.
Il résulte des indications données par Frésénius que la quantité de fer qui lui paraît convenable pour une opération est d'environ 0 gr. 250, quantité qui doit être contenue dans 25 ou 50 centimètres cubes de liqueur; il recommande d'autre part une solution de permanganate d’une concentration telle que pour peroxyder ce poids de fer, il faille en employer environ 25 centimètres cubes.
On comprend que dans ces conditions, une trace de réducteur en plus soit inappréciable ; on comprend même que l'erreur due à l'acide chlorhydrique ait pu passer quelque temps inaperçue.
De plus, le caméléon à ce titre est d’une puissance colorante telle qu'une seule goutte donne à un verre d’eau une belle coloration rose; la fin de la réaction est donc d’une netteté parfaite.
Il n'en va pas de même lorsqu'on se trouve obligé d'opérer sur des quantités de fer plus faibles, et plus diluées.
« S'il faut doser le fer dans des dissolutions très
Ed
étendues », dit Frésénius, « par exemple dans des eaux minérales…., il faut préparer une dissolution de caméléon très étendue, telle par exemple, que celle qu'on obtiendrait en mélangeant 4 partie de la solution indiquée plus haut avec 9 parties d’eau ou bien en dissolvant 0,5 de permanganaie cristallisé dans un litre d’eau... On en déterminera le titre directement avec une quantité correspondante et faible de fer... »
« Dans ces dernières opérations, il y a un inconvénient, c’est que pour colorer de l’eau pure acidulée il faut une certaine quantité de caméléon, négligeable, il est vrai, quand les liqueurs sont plus concentrées, mais dont il faut icitenir compte; car on peut s'assurer que ce qu’il faut en prendre pour donner à la masse d'eau employée la teinte rose nécessaire est parfaitement mesurable (1). »
2° Application du procédé de Marqueritte aux recherches biologiques.
On veut doser le fer dans un tissu, dans une sécrétion, etc., on doit d’abord se demander quelle quantité 1l convient d'en prendre pour se mettre dans de bonnes conditions.
On peut répondre par avance à tous les cas : le plus possible. Il est facile de comprendre, simplement d’après les généralités du chapitre précédent, que l’on n’aura jamais les 250 milligrammes des métallurgistes. C’est à peu près la quantité de fer que l’on obtiendrait par la calcmation totale de trois lapins adultes. Mais, admettons qu'on ait des matériaux à discrétion, et des matériaux très riches; qu'il s'agisse, par exemple, de faire un dosage sur du sang de
(1) Traité d'analyse chimique quantitative, 6° éd. francaise, p. Done
eu
bœuf : pour obtenir 250 milligrammes, il faudrait calciner un demi-litre de sang. L'opération ne laisserait pas que d'être laborieuse. Pelouze, nous l’avons vu, en prend une centaine de grammes; la calcination de cette quantité demande déjà bien du temps et du soin, comme nous le verrons; il obtient en chiffres ronds 50 milligrammes ; c’est une quantité fort convenable en elle-mème, mais il l'étend à un litre, et tombe déjà dans l’inconvénient que Frésénius vient de nous signaler. Néanmoins, il est évident qu'on peut, dans un tel cas, obtenir un chiffre aussi correct qu'en chimie minérale.
Examinons d’autres cas favorables au point de vue de la quantité, l'analyse de l'hémoglobine, par exemple. On n'a pas de l'hémoglobine pure, plusieurs fois recristallisée à discrétion ; en sacrifier 10 grammes pour un dosage est fort joli; c’est, je crois, plus que la quantité qu'ont employée les divers auteurs, excepté les élèves de Bunge qui en ont employé bien davantage; cette quantité donne en chiffres ronds 34 milligrammes de fer d'après ceux-ci, 42 d’après ceux-là. Nous nous trouvons à peu près dans les conditions des cas précédents, c’est-à-dire qu’un fort bon dosage volumétrique est possible.
Néanmoins, les quantités de fer sont déjà petites et Les causes d'erreur se feront puissamment sentir. Or, l’acide chlorhydrique se retrouve comme cause d'erreur dans tous les dosages anciens ; nous ne savons pas quelle est la grandeur de cette erreur, el nous n'avons aucun moyen de l’'évaluer, puisqu'elle varie suivant toutes les conditions du dosage; mais on peut affirmer qu'elle doit y être sensible; en effet, il y a une petite quantité de fer (relativement aux dosages des métallurgistes), et il y a beaucoup d'acide chlorhydrique. Pelouze n'indique que 10 centimètres cubes d'HCI pour l'épuisement du charbon: mais
il est difficile avec cette quantité de redissoudre tout le fer calciné, et les analystes en ont souvent employé davantage. « En employant pour l'extraction du fer de 100 grammes de sang 10 grammes d'acide chlorhydrique étendus de leur poids d’eau, de la manière que Pelouze indique, on n'obtient que très lentement la dissolution de tout le fer. Il n'est arrivé plus d’une fois de constater que les taches noires qui restent toujours au fond de la capsule cèdent encore un peu de fer à l'acide chlorhydrique bouillant, comme il est facile de s’en assurer à l’aide du ferrocyanure de potassium. Aussi, ai-je préféré employer du coup 20 à 30 centimètres cubes d'acide chlorhydrique que je maintiens bouillant pendant un quart d'heure environ, en ajoutant un peu d’eau à mesure que le liquide se concentre. La solution obtenue est transportée sur le filtre à l’aide de la pipette; on caleine fortement pendant quelques instants, puis on recommence l'épuisement avèc la même quantité d'acide. On arrive ainsi beaucoup plus rapidement à un liquide dans lequel le ferrocyanure ne décèle plus trace de fer (1). »
Il est évident qu’un analyste soigneux ne laissera pas de fer au fond de la capsule où il à fait la calcination, tandis qu'autrefois il n'avait aucune raison de craindre d'employer l'acide chlorhydrique larga manu, tant que la cause d'erreur due à cet acide n'avait pas été signalée.
C'est pourquoi je pense que les dosages anciens, même effectués sur des quantités notables de fer, comme dans les cas que nous venons de voir, sont entachés d'une erreur en plus.
Mais l'erreur est maintenant connue et peut être évitée; dans les cendres des matières animales, il est vrai, il ne
(1) LamBiNG, 0p. ci, p. 19.
ARE pet
suffit pas de ne pas mettre d'acide chlorhydrique, il faut encore éliminer l'acide des chlorures qui y sont toujours contenus; la chose est facile, d'ailleurs. Voici comment on procède : on fait l'épuisement par de l’eau acidulée d'acide sulfurique; quand il est terminé, on évapore dans une capsule de platine jusqu'à consistance sirupeuse; finalement, on reprend par l’eau et on a ainsi son fer dans une liqueur qui en contient plus que de l'acide sulfurique.
En admettant que toutes les causes d'erreur soient évitées, jusqu'à quel chiffre de fer peut-on descendre sans que le procédé perde sa précision ?
La limite théorique nous est donnée en considérant la quantité de permanganate qui peut exister sans être visible dans le volume de la liqueur où il faut titrer le fer. Je prendrai des chiffres à cet égard dans le travail de Damasxin, travail qui est on ne peut plus minutieux (1); il faut noter que l’auteur à fait tout ce qu’ila pu pour atteindre l'extrême limite de sensibilité du procédé. Le caméléon employé équivalant, suivant les cas, de 05,89 à 05,91 de fer par centimètre cube, il fallait de cette liqueur le plus fréquemment Üc.c.2 pour que sa couleur fût perceptible, toute réaction mise à part; ce chiffre me paraît donner l’hésitation de lecture, c’est-à-dire la sensibilité du procédé, et ici en valeur absolue; cette sensibilité s'arrête donc au cinquième de milligramme de fer, en chiffre rond, et on ne la changerait évidemment pas en diluant davantage la liqueur de caméléon. Si donc nous voulons avoir des chiffres de fer avec une approximation de 5 p. 100, seulement, il faut que la quantité totale de fer soumise à la volumétrie soit vingt fois cette plus petite valeur perceplible, c'est-à-dire 5 milligrammes.
(4) Zur Bestimmung des Eisengehaltes des normalen und pathologischen Menschenharnes, in Arbeiten des pharmak. Inst. zu Dorpat, t. VII, 1891.
r00ee
C'est une quantité de fer qui peut être obtenue en physiologie dans un grand nombre de cas, et l’approximation de 5 p. 100 est à la rigueur suffisante. Mais cette approximation, nous ne l'avons qu’à la condition qu'il ne subsiste aucune cause d'erreur.
Or, il est une cause d'erreur qui paraît bien difficile à éviter, si on en Juge par les discussions qu’elle a soulevées ; c’est l'erreur introduite par le réducteur, nous en avons parlé à ce propos.
Parmi les analystes qui ont cherché à faire des dosages volumétriques de ces très petites quantités de fer, les uns tiennent pour l’acide sulfureux, les autres pour le zinc, et chacun reproche au réactif qu'il n’a pas choisi de produire des erreurs inévitables.
En fait, il semble bien que d’un côté comme de l’autre, l'erreur peut être évitée, mais au prix de précautions minutieuses.
HamsurGer, dans les recherches que nous avons plusieurs fois citées, s'était servi d'acide sulfureux. Jacogr et Gorruies incriminèrent ses recherches sur ce point et firent des expériences spéciales dans lesquelles ils démontraient que par l’ébullition la plus prolongée, on ne chassait pas les dernières traces d'acide sulfureux, et que celui-ci, naturellement, agissant sur le permanganate comme réducteur, était compté comme fer et donnait une valeur trop forte.
Hvppert intervint dans la discussion avec sa grande autorité et montra la cause du différend; si en effet Le ballon dans lequel on fait bouillir, dans un courant d'acide carbonique, la liqueur qu'on veut débarrasser de l'acide sulfureux, est fermé par un bouchon de liège ou de caoutchouc, on n'arrive pas à son but; on parvient au contraire à éliminer tout l’acide sulfureux si, comme l’a fait Hamburger
fine
la fermeture du ballon et l’ajutage qui donne passage à l'acide carbonique sont en verre rodé (1).
D'autre part, il est avéré que le zinc le plus pur du commerce retienttoujours du fer; si l’on veut se servir du zinc comme réducteur, il faut préalablement y doser le fer, peser le zinc qu'on ajoute, et déduire le fer ainsi ajouté; encore faut-il avoir la précaution de fondre préalablement son zinc en petites gouttes pour le bien échantillonner, car le fer y est réparti d’une facon très irrégulière. C'est ce qu'a fait Damaskin, et il a trouvé dans le zinc le plus pur, soi-disant exempt de fer, 0,023 de fer p. 100; si donc on emploie 2 gr. 5 de zinc pour une réduction, c’est un demimilligramme à déduire du résultat trouvé (2).
C’est pourquoi, si théoriquement on peut doser par le procédé de Pelouze, moyennant toutes ces précautions, 5 milligrammeg de fer, en pratique, il sera prudent de doubler cette quantité, et d'opérer sur 40 milligrammes ; comme les erreurs et la sensibilité sont exprimables en valeur absolue, elles deviendront relativement deux fois moindres et l’approximation sera deux fois meilleure, 10 milligrammes de fer, c’est par exemple, 20 à 25 grammes de sang, ou 50 grammes de foie de chien adulte. Le procédé est donc applicable encore dans un assez grand nombre de cas.
Mais je ne crois pas qu'il soit applicable au dosage du fer des urines, par exemple, ni en général à tous les cas dans lesquels on ne peut avoir en quantité absolue, qu'un poids bien faible de fer. Il peut même, si on veut à toute force l'appliquer dans ces cas, conduire à des erreurs très graves.
Supposons que l’une quelconque des causes d’erreurs précédentes, que nous pouvons écarter, n'ait pas été
(4) Zeitschrift. f. physiol. Chemie, t. XVII, 1893, p. 81. (2) Damaskin, loc. cit., p. 41.
écartée en fait, et qu'il reste dans la liqueur une quantité très petite d'un corps réducteur quelconque autre que le fer; une certaine quantité de permanganate sera employée à l'oxyder, et augmentera le chiffre de fer apparent d’une quantité donnée, indépendante de la quantité réelle de fer; posons par hypothèse, cette quantité égale à un demimilligramime. Si l'opération porte sur 30 à 40 milligrammes de fer, comme dans les cas que nous avons examinés d'abord, ce demi-milligramme compté en trop ne donnera qu'une erreur insigniliante ; il deviendra déjà sensible dans ce que nous avons admis comme limite inférieure de l’applhication du procédé, l'erreur étant alors de un vingtième. Mais que sera-ce lorsque la quantité totale de fer sera au plus égale à 1 milligramme? Allons plus loin encore : supposons un liquide physiologique qui ne contienne pas de fer du tout : on en prend 100 centimètres cubes qu'on évapore, dessèche, calcine, épuise, et, réduit avec toutes les précautions imaginables, sans qu’il y tombe de poussière ferrugineuse, bref, un dosage parfait, sauf la cause d’erreur que nous avons laissé subsister par hypothèse. On opère le dosage volumétrique, on constate qu’une certaine quantité de permanganate, un demi-centimètre cube de la liqueur étendue disparaît; on conclut qu'on avait 0"5,5 de fer dans les 100 centimètres cubes employés; en faisant le calcul, on trouve 5 milligrammes par litre pour un liquide qui n’en contient pas du tout.
C'est là le danger capital d’un mode de dosage dont le principe ne repose sur aucune réaction caractéristique du fer ; en fait, il me semble qu’on est tombé dans ce danger pour ce qui concerne l'urine. Les analystes qui ont trouvé dans cette sécrétion plusieurs milligrammes par litre, ont certainement pris toutes les précautions contre les causes d'erreur connues; mais qui oserait affirmer que nous con-
naissons toutes les causes d’erreur possibles, et qu’on n’en signalera pas demain quelqu'une qui nous avait échappé, de mème que nous savons maintenant nous garantir contre des erreurs que ne soupconnaient pas nos devanciers? L'urine, il est vrai, contient du fer; on obtient sur les cendres des réactions qui, qualitativement, ne laissent aucun doute; mais lorsqu'on a cherché à doser ce fer par des procédés qui portent sans conteste sur l'espèce chimique fer, on n’est pas arrivé à des quantités mesurables. Or, si l’on regarde de près les chiffres positifs donnés par les analyses volumétriques, on voit que ces chiffres, très variables d’un opérateur à un autre, s’expliqueraient fort bien par une erreur du genre et de la grandeur de celle que nous examinions théoriquement tout à l'heure. Haw- BURGER, sur un chien de 8 kilogrammes, trouve une élimination quotidienne de 3,6 de fer; l’analyse dit l’auteur, portait sur le cinquième de la quantité journalière (A); en partant de cetle indication, qui ne nous est donnée que tout à fait incidemment, nous voyons que chaque tüitrage indiquaitune quantité de fer voisine de 05,7. Or, Damasin, qui opérait sur l'urine totale des 24 heures d’un homme, trouve pour cette élimination quotidienne de 06,5 à 17,5. Nous arrivons à ce résultat vraiment bien fait pour frapper, que ces deux observateurs, opérant avec un soin extrème, trouvent pour des quantités d'urine mises en œuvre, énormément différentes, à peu près le même résultat.
On doit donc conclure, nous semble-t-il, que le procédé de Margueritte n’est applicable avec quelque sécurité que lorsqu'on peut obtenir un certain nombre de milligrammes de fer. Et encore, après avoir vu, comme nous venons de le faire, avec quelle facilité l'erreur se glisse dans la
(1) Zeitschr. f. physiol. Chemie, t. IL, p. 199.
méthode, on n'aura jamais une satisfaction d'esprit complète avec un procédé qui vous montre qu’une certaine quantité de permanganate disparaît, mais qui ne vous fait pas toucher du doigt le fer cherché, qui ne vous le montre pas à l'œil, qui ne vous laisse pas la plus petite quantité d'un composé sur lequel vous puissiez faire des réactions de contrôle. :
Et pour arriver à ce résultat peu satisfaisant, le travail à effectuer est considérable. Dans le cas le plus simple, élant donné un certain poids de substances organiques où l'on veut doser le fer, les manipulations à effectuer sont les suivantes : — Une première dessiccation au bain-marie, — une deuxième dessiccation à l’étuve; il est nécessaire que celle-ci soit complète si l’on ne veut pas avoir un boursouflement énorme, pouvant compromettre la réussite, dans l’opération suivante; — calcination; il faut éviter d'atteindre une trop haute température, parce que le fer au contact des chlorures, pourrait ètre volatilisé; — épuisement du charbon par de l’eau acidulée par HCI; — lavage du résidu; ce lavage doit être complet, car s’il restait un peu d'HCI, le danger de la volatilisation du fer se reproduirait dans l'opération suivante — calcinalion du résidu; celle-ci doit être complète, toute matière organique qui subsisterait venant plus tard fausser les résultats; il sera donc presque toujours nécessaire de la faire en plusieurs temps; — les cendres étant blanches, dissolution lotale de ces cendres; comme on a été obligé de chauffer fortement, on a de l’oxyde ferrique calciné qui est difficile à dissoudre; — les deux liquides étant réunis, évaporalion jusqu’à consistance sirupeuse, après addition de SO‘, de façon à éliminer tout HCI — après avoir étendu d’eau, réduction par le zinc ou l'acide sulfureux — élimination de l'excès du réducteur ; ces deux dernières opérations doivent avoir
Sr.
lieu dans un courant d'acide carbonique pur — enfin, titrage par le permanganate.
A cette série, il faut ajouter le titrage du permanganate lui-même; la solution, en effet, conserve assez mal son titre pour qu'on soit obligé de la retitrer fréquemment; ce titrage exige des précautions spéciales sur
lesquelles je n’insiste pas.
DOSAGE PONDÉRAL
Les procédés pondéraux sont évidemment les meilleurs partout où l'on peut les appliquer. Pour le dosage du fer dans les recherches physiologiques, ils sont malheureusement d'une application difficile, à cause de la petite quantité de matière sur laquelle, presque toujours, on est contraint d'opérer.
La seule façon correcte de peser le fer consiste à le peser sous forme d'oxydé ferrique. Cette condition contribue ici à rendre le dosage difficile. En effet, étant donné l'acide phosphorique qu’on rencontre toujours en plus ou moins grande abondance dans ces cendres animales à côté du fer, on ne peut obtenir directement par un alcali de l’hydrate pur ; il faut passer par l'intermédiaire du sulfure. Toute opération surajoutée augmente les causes d'erreur, et celles-ci, si minimes soient-elles, en valeur absolue, prennent une importance quand le résultat total se compte par milligrammes.
Le dosage par pesée d'oxyde ferrique a été employé très rarement, et seulement, à ma connaissance, pour des analyses d'hémoglobine.
Hopre-SevLer opérait de la façon suivante : calcination, pesée des cendres, dissolution dans HCI, addition d'acide
tartrique, d’ammoniaque et de sulfhydrate d’ammoniaque, dissolution du sulfure précipité dans l’eau régale, précipitation par l'ammoniaque. Il partait d'un poids d’hémoglobine de 2 à 5 grammes. La teneur en fer, calculée sur les données analyliques ainsi obtenues, varie de 0,42 à 0,45 p. 100. Il faut noter que ce sont les analyses ayant porté sur les plus petites quantités de matière qui conduisent à la proportion la plus élevée (1).
BoxGe dans les deux thèses qu'il a fait faire sur la composition de l’hémoglobine, thèses que nous avons citées au commencement de ce travail, celle de Zinorrsky à Dorpat et celle de Jaquer à Bâle, a contrôlé par une pesée les dosages volumétriques de ses élèves.
Il avait légèrement modifié le procédé de Hoppe-SeyLer et opérait de façon suivante :
Incinération de la substance, dissolution des cendres dans l’acide chlorhydrique: cette solution est saturée par l’'ammoniaque jusqu'à réaction faiblement acide, on l’additionne d’acétate d’ammoniaque et on chaufle : le fer se précipite sous forme d’acétate basique et de phosphate. Le précipité filtré à chaud est lavé avec une solution chaude d'acétate d’ammoniaque, séché, calciné et pesé. Puis on le redissout dans l'acide chlorhydrique, on l’additionne d'acide tartrique et d'ammoniaque, et on précipite par le sulfhydrate d’ammoniaque. Le sulfure de fer est transformé en hydrate qui est calciné et pesé.
Bunge à opéré sur de grandes quantités de substance ; ainsi dans la thèse de Jacquet, où il s'agit d'hémoglobine de chien, l'opération a porté sur 23 gr. 658 d’hémoglobine pure et sèche; elle a fourni 0 gr. 1126 de Fe*0*—0,07882 de Fe (2).
(4) Hopre-Seyrer. Med.chem. Unters.,t. Il, Berlin, 1867, p.188, 189, 193et194. (2) Jaquer. Thèse de Bâle, 1889, p. 12. :