MARS
Dans la thèse de Zinoffsky, où il s'agissait d'hémoglobine de cheval, il avait pu prendre davantage de matière.
Dans de telles conditions on est ramené en somme aux procédés classiques de la chimie, et il n’y a rien de plus à dire d’un dosage que ce qu'en dit Frésénius. Mais les occasions sont rares, où l’on peut se placer dans d'aussi bonnes conditions; aussi Bunge, dans les nombreux dosages de fer qu'il a exécutés sur des tissus animaux. ou végétaux, n’a pas cherché à obtenir de l’oxyde ferrique. Il a pesé le fer sous forme de phosphate ferrique.
Pour éviter la formation de pyrophosphate pendant la calcination, il additionne préalablement les matières d'un grand excès de carbonate de soude; puis les cendres sont reprises en solution chlorhydriques et précipitées comme dans le premier temps de l'opération précédente.
Le phosphate ferrique présente pour la pesée l'avantage, lorsqu'il s’agit de petites quantités de métal, que son poids est presque triple de celui du fer qu'il renferme. Il a l'inconvénient qu'on n’est jamais sûr de la pureté absolue du produit; c’est pourquoi Bunge, à titre de contrôle, reprend ce phosphate ferrique qu'il a pesé, le dissout dans l'acide sulfurique, et après réduction par le zine, le titre par le permanganate. Il prend la moyenne des deux dosages.
Quand on regarde les documents analytiques que Bunge publie toujours consciencieusement à la fin. de chacun de ses mémoires, on voit qu'il s'arrange autant que possible pour avoir une quantité de fer comprise entre 40 et 20 milligrammes ; il ne descend que tout à fait exceptionnellement au-dessous de 5 milligrammes, de sorte qu'il a toujours sur la balance au moins une quinzaine de milligrammes; on auræit une fort bonne approximation si on était sûr des conditions de la précipitation. Mais quand on
considère les chiffres donnés par le titrage volumétrique (titrage pratiqué, nous l'avons dit, sur la substance même qui a été soumise à la pesée), on trouve entre les deux résultats des différences qui peuvent atteindre et dépasser 1 milligramme de fer; ces différences d’ailleurs ne sont généralement que de quelques dixièmes de milligramme (1).
D'autre part, la précipitation du phosphate ferrique n'est peut-être pas absolument totale, comme je l’ai vu dans des expériences personnelles que je rapporte plus loin; mais ce déficit est de l'ordre (dans mes expériences) du dixième de milligramme seulement.
En somme le procédé de Bunge, portant sur des poids de fer de l’ordre que nous avons indiqué, donne des résultats dans lesquels on peut avoir confiance.
GorrLiss (2) a fait ses intéressantes recherches sur l’accumulation du fer dans le foie au moyen d'un procédé qui est en usage, dit-il, dans le laboratoire de Lunwie, on pèse le fer à l’état de bleu de Prusse. Je n'ai pas étudié ce procédé, et je ne puis que le mentionner.
Lorsqu'on trouve dans les auteurs des divergences sur la teneur en fer d’un tissu, les dosages ayant été effectués d’une part, volumétriquement, et d'autre part, au moyen
(1) Dans une série de recherches faites sur des embryons de cochons d'Inde et de lapins, BuNGE n’a pas pu avoir une quantité suffisante de fer, et a dû se contenter, en prenant plusienrs embryons à la fois, de 2 ou 3 milligrammes de fer (Zeilschr. f. physiol. Chemie, 1892, p. 65). Or, dans sept dosages sur huit, c’est le chiffre donné par le titrage qui est le plus fort; cette différence devient significative si l’on réfléchit que, le phosphate ferrique ayant de grandes chances de retenir des traces de chaux, c’est le chiffre donné par la pesée qui devrait être trop fort. Nous retrouvons ici le fait que nous avons déjà relevé, l'exagération des résultats par le permanganate, lorsqu'on veut lui faire doser de très petites quantités de fer.
(2) Ueber die Ausscheidungsverhältnisse des Eisens. Zeitschr. für physiol. Chemie, t. XV. 1891.
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d'une méthode pondérale qui ne comporte pas d'erreur systématique, il me semble qu'on doit, jusqu'à vérification possible, préférer les chiffres donnés par cette dernière. Avec celle-ci, tout le temps de l'opération, on voit ce qu'on fait; avec la première méthode, on en est réduit à suivre une marche donnée sur la foi des traités.
Seulement, une méthode pondérale, outre qu'elle est assez laborieuse, exige des matériaux en assez grande abondance. Je suis sûr que Bunge, dans ses intéressantes recherches sur les jeunes animaux, a été plus d’une fois arrêté par cette condition. Un jeune lapin, incinéré tout entier, ne lui fournit même pas les 10 milligrammes de fer qu'il faudrait, il est donc bien difficile de connaître la distribution de'ce fer dans les différents organes. En fait, sur la question de la réserve de fer du foie, par exemple, question qui l’intéressait beaucoup, Bunge n'avait à citer qu'un chiffre pour les jeunes animaux, une analyse de Zaleski sur le foie d’un jeune chien. Il m'a été possible avec la méthode que je vais exposer maintenant, de reprendre cette question sur le lapin, animal qui offre dans les laboratoires, au point de vue de l’étude des jeunes animaux, des facilités qu'on ne peut avoir avec les animaux de plus grande taille.
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DOSAGE COLORIMÉTRIQUE
Historique.
On sait que la réaction colorée des sulfocyanates alcalins sur les sels ferriques en milieu acide estextrèmement délicate et décèle des quantités infinitésimales du métal en question. On sait aussi que plus il y a de fer, plus la coloration rouge est intense. Il vient donc naturellement à l'esprit l’idée de mesurer l'intensité de cette coloration et d'en déduire, au moyen d’une relation à déterminer, le degré de concentration de la solution. Mais les vérifications les plus élémentaires démontrent immédiatement que pour une quantité donnée de fer, avec excès de sulfocyanate, la quantité du composécolorant n'est pas fixe; si on ajoute par exemple un volume d’eau distillée à un volume d'une solution rouge donnée, l'intensité de la coloration n'est pas abaissée à la moitié de l'intensité primitive, mais à une valeur sensiblement plus basse, c’est-à-dire que l’eau à dissocié le composé colorant; la relation qui lie la quantité de fer à l'intensité de la coloration dans ces conditions n’est donc pas simple; elle est peut-être même trop complexe pour pouvoir être utilisée. C’est à cause de ce fait, d'observation élémentaire, que la réaction en question a été laissée de côté par les chimistes, bien souvent tentés à cause de sa grande sensibilitéde s’en servir quantitativement.
On verra très nettement l'attrait de cette réaction et les difficultés qu'il fallait résoudre pour pouvoir s'en serviren
lisant le très soigneux travail de MM. Kruss et Moranr (1), paru la même année (1889) et un peu après la date où je publiais à la Société de Biologie le principe du procédé que je vais exposer. Ces auteurs ayant à doser des quantités très petites de fer, avaient cherché à l’évaluer, non pas volorimétriquement, il est vrai, mais spectrophotométriquement; mais ils ont observé que par l’adjonction d’eau à une solution de sulfocyanate ferrique, malgré. la présence d'un grand excès de sulfocyanate alcalin, le coefficient d'extinction diminue, ils avaient remarqué également qu'en ajoutant des acides ou divers sels neutres à la solution, on abaisse son coefficient d'extinction. Or la constance du coefficient d'extinction est la condition même du dosage spectrophotométrique; ses variations prouvent la dissociation du composé colorant. Les auteurs avaient donc conclu que la réaction des sulfocyanates alcalins sur les sels ferriques ne saurait ètre utilisée pour l'analyse quantitative du fer. — Dans la séance de la Société de Biologie du 29 novembre 1890, j'ai fait remarquer que les recherches fort exactes d’ailleurs de MM. Krüss et Moraht ne comportaient pas cette conclusion absolument négative, que c'était faute de s'être placés dans les conditions nécessaires que ces chimistes n'avaient pas trouvé de relation fixe entre l'intensité de la coloration et la quantité de fer. Dans cette note, je précisais les conditions du dosage colorimétrique du fer, indiquées sommairement dans ma note+de
Malgré ces explications, M. Riban, qui n’en avait sans doute pas eu connaissance, a repris à la Société chimique de Paris la thèse de la dissociation considérée comme objection capitale au dosage colorimétrique du fer (2). J'ai fait
(4) Berichte der deutsch. chem. Ges., t. XXII, p. 2054.
(2) Décembre 1891.
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voir (1), en citant mes chiffres, que cette dissociation n'a pas lieu dans les conditions où je me place. M. Riban, tout en maintenant, comme il en avait le droit, ses objections pour les cas où l’on se départirait de ces conditions, reconnut que « dans le cas restreint, tout particulier et complètement étudié » dans la note en question, mes conclusions restaient intactes (2). C'est précisément ce cas particulier qu'il s’agit de déterminer et de réaliser.
Avant moi, il ÿ à un auteur qui paraît au moins après avoir approché de très près la solution. Dans les notes que j'ai publiées jusqu'ici, je ne l’ai pas mentionné, parce que je n'en avais pas connaissance. Mexpes pe Léon, en 1886, publia des dosages de fer dans le lait exécutés colorimétriquement. Ce mémoire étant publié en hollandais (3), j'ai le regret de ne le connaître que par l'analyse donnée en allemand dans les Jahresberichte de Maly(4). Les dosages ont été effectués de la manière suivante :
Évaporation avec quelques gouttes d'acide acétique, calcination au moufle jusqu'à cendres blanches; dissolution dans l’acide sulfurique à 20 degrés, ébullition avec un cristal de chlorate de potasse jusqu’à ce qu'il n’y ait plus d’odeur de chlore: dosage colorimétrique par comparaison de la couleur qui prend naissance par addition d'une quantité déterminée (5 centimètres cubes) d’une solution de sulfocyanate à #0 p.100, dans la dissolution des cendres d'une part, d'autre part, dans une solution titrée de fer. Des expériences de contrôle, dit le compte rendu que Je cite, montrèrent qu'on peut complètement, par cette
(1) Soc. chim. de Paris, février 1892.
(2) Soc, chimique, Mémoires, t. VII, 1892, p. 200.
(3) Nederl. Tijdschr. voor Geneeskunde, 1886, XXVVIIT, 297. (4) Jahresbericht. f. Thierchemie, 1886, p. 145.