AVERTISSEMENT
I<e but que js'est proposé RI. Qwen, dans le remarquable
écrit dont je donne la traduction, est d'assigner, plus
exactement que l'on ne Ta fait jusqu'à ce jour, les rapports
et les différences existant entre les trois grandes espèces de
~* singes anthropoïdes et l'espèce humaine.
v On a beaucoup écrit sur ce sujet ; on a donné des apprécia-
£ tions très-diverses sur les affinités de ces animaux enVeux
' «t avec l'homme; mais la plupart de ces travaux sont incom-
J plets, souvent erronés, et manquent de précision suffisante,
tf" Aux époques où le Chimpanzé et l'Orang-Outang n'étaient
encore connus en Europe que dans leur premier âge, il n'y avait pas et il ne pouvait y avoir de dissidences , entre lés naturalistes, sur le voisinage de ces animaux avec l'espèce humaine ; si, depuis, on n'eût connu le Gorille que dans le jeune âge, il n'y en eut pas eu davantage pour celui-ci. Mais, quant à lui , on ne l'a connu d'abord que dans un âge plus ou
moins avancé, et prcsqu'en môme temps aussi, dans son état d'enfance. Dans l'intervalle écoulé entre le temps où Ton a connu le Gorille et celui où l'on ne connaissait que jeunes le Chimpanzé et l'Ôrang-Outang, il étant parvenu successivement en Europe des spécimens et des pièces ostéologiques des deux derniers dans un âge plus ou moins avancé et à l'état adulte. On sut alors que ces trois grands quadrumanes montraient des différences énormes entre le jeune âge et l'état adulte, surtout en ce qui regarde le crâne ; les têtes des jeunes étant presque semblables à celle d'un enfant, et celles des adultes surpassant, en aspect bestial, les crânes des derniers singes cynocéphales; il y eut même & cet égard de notables méprises. Mais ce changement est un fait avéré, el n'est pas un des caractères les moins curieux et les moins distinclifs du groupe des singes anthropoïdes, si voisins d'ailleurs de l'homme par toute leur organisation, tant interne .qu'externe.
Alors ont commencé les dissidences d'opinion sur la place que doivent occuper ces singes dans une classification méthodique. Quelques zoologistes les descendent au-dessous des Gibbons (Hy lobâtes); les autres, tout en les maintenant dans le voisinage de l'homme, ne sont pas d'accord sur la première place: il y en a qui la donnent au Chimpanzé, d'autres à l'Orang-Outang, d'autres au Gorille.
C'est dans le but d'éclairer cette question, encore débattue, que M. Owen a écrit le remarquable travail que je traduis, et que j'ai lu et relu avec le plus vif intérêt. J'espère qu'il
n'intéressera pas moins ceux des lecteurs du But le tin, qui ne connaissent pas le travail de M. Owen , ou qui ne pourraient le lire dans la langue où il est écrit.
L'intérêt était pour moi d'autant plus grand que j'ai etr, dans le cours de ma carrière, l'occasion d'étudier de très 5 * près les trois espèces principales dont il est question ici. J'ai pu disséquer avec tout le soin dont je suis susceptible çt préparer les squelettes d'un jeune Chimpanzé mâle, eld'uft jeune Orang-Oulang femelle ; j'ai eu pendant long-temps entre les mains le squelette complet d'un jeune Gorille et sa peau montée ; enfin, j'ai à ma disposition des modèles en plâtre de la tête osseuse du Gorille mâle adulte, et des modèles en petit et de grandeur naturelle de ce dernier. Il était tout simple que je fisse de tous ces objets une étude aussi approfondie que j'en étais capable. Au moyen du peu de matériaux dont jp pouvais disposer, et en étudiant les pièces du procès , l'idée que je m'étais formée des relations de ces singes entr'eux, était précisément celle que M. Owen a mise, je crois, hors de contestation. Mon opinion , sans doute, n'ajoute rien à la sienne ; mais j'ai éprouvé une grande satisfaction en voyant l'éminent professeur du collège des chirurgiens de Londres , démontrer, par des faits irrécusables , une idée que la contemplation des objets mêmes avait fait naître en moi.
Il m'est venu dans l'esprit d'ajouter à ma traduction des dessins représentant, sous quatre aspects, les têtes osseuses de Gorille , de Chimpanzé et d'Orang ; j'y joins les pieds et les mains de ces trois espèces. Ces têtes sont jeunes» dira-t-oa,
et ne peuvent ajouter grapd'chose à ce que l'on sait de ces êtres à cet âge; du moins, elles ne nuiront à rien, et pourront donner à bien des naturalistes le moyen de saisir les différences et lès rapports de ces êtres à celte époque de leur vie ; car ce ne sont point de simples croquis, des à-peu-près, c'est la représentation de la nature aussi fidèle qu'il m'a été possible de le faire.
D'un autre côté , pour bien saisir les rapports , souvent cachés, des êtres entr'eux, l'éjLat adulte ne suffit pas toujours ; dans cet eut, ce sont surtout les différences qui se prononcent; dans les premiers âges, les ressemblances sont plus accusées, les affinités sont moins masquées. Il est utile, dans l'étude des animaux, d'imiter les botanistes qui vont chercher les affinités des genres et des familles des végétaux dans les premiers rudiments des fruits, de la graine, de l'embryon, etc. Le groupe des singes anthropoïdes est remarquable entre tous par les changements, je dirais presque par les métamorphoses que subissent leurs têtes. Ces métamorphoses, d'ailleurs, ne sont pour ainsi dire qu'externes; c'est un accroissement inaccoutumé, une exubérance extérieure de certaines parties de leur crâne et de leur face, amenés peut-être uniquement par le développement de leur grande taille et de leur extrême force musculaire ; mais les organes essentiels, l'encéphale et son enveloppe osseuse immédiate, s'arrêtent presque à l'accroissement primitif et essentiel à leurs espèces ; l'encéphale s'accroît peu, et son développement ultérieur n'est nullement proportionnel à celui de toutes les autres parties du corps ;
celles-ci s i emportent 9 pour ainsi dire, et l'encéphale s* arrête ; tandis qoe, chez l'homme, l'encéphale, déjà plus volumineux qu'il ne l'est dans les quadrumanes anthropoïdes, continue pendant long-temps de s'accroître graduellement et avec lenteur; le système musculaire ne le domine pas, il lui reste au contraire subordonné, ainsi que les dents, les mâchoires, les membres et toutes les autres parties du corps.
Mes trois jeunes têtes se correspondent exactement pour l'âge : toutes ont leurs 20 dents de lait sorties et saillantes au même degré; chez toutes, les incisif es et là première molaire sont en train de s'oser, mais la seconde est à peu près intacte; la première molaire permanente se montre largement dans son alvéole dont elle ne dépasse pas le niveau. Enfin , Yiterdentis, pour les dents de remplacement, est trèsapparent vis-à-vis des dents incisives et des canines aux deux mâchoires, et l'on voit très-bien au travers de ces trous la pointe des dents qui doivent les remplacer. Ou. ne pouvait donc trouver trois sujets plus convenables pour établir des comparaisons.
Cet état des dents de lait et celui de Yiter demis des ddnts de remplacement correspondent, pour l'homme, à un sujet de 5 à 6 ans; d'où il ne faut pas cependant conclure que mes trois têtes de singes anthropoïdes proviennent de sujets de cet âge : tout porte à croire qu'ils étaient bien moins âgés* Je reviendrai plus loin sur ce sujet.
J'ajoute à mes planches quelques remarques que je crois n'avoir pas encore été faites ; mais je ne les ai pas mises
en notes dans le cours de ma traduction : j'aurais craint de gâter le travail de AI. Owen. Je les ai rejetées dans l'explication de mes planches, où le lecteur pourra les lire ou ne pas les lire, à sa volonté.
Cette traduction n*a pas été faite sur le Mémoire original et complet de M. Owen, qui doit être inséré dans les Transactions de la Société zoologique de Londres; mais], ainsi qu'il est dit dans le titre, sur l'extrait très-détaillé donné par les Annales et le Magasin d'histoire naturelle. Je n'ai pas eu entre tes mains le Mémoire original, où se trouvent quelques planches que je ne connais pas non plus ; j'en ajoute d'autres li ma traduction, pour y suppléer autant qu'il est en moi.
EUDES-DESLONGCHAMPS.
(TROGLODYTES GORILLA), Sav.,
PAR LE PROFESSEUR OXVEfl,
Avant de relater les principales indications concernant cet animal vraiment extraordinaire, dont on a obtenu récemment un spécimen complet/ indications à peine plus instructives ou plus convaincantes, pour les naturalistes , que celles qui concernent la Licorne ou Succatyro, l'auteur récapitule brièvement les progrès successifs faits pour arriver à la détermination et à la connaissance complète du grand singe antropoïde d'Afrique , appelé Troglodytes Gorilla.
La première information authentique de son existence a a été donnée par une lettre du docteur Savage , datée de Rivière-Gabon (Afrique occidentale), 24 avril 1847, renfermant un croquis du crâne, et demandant que les résultats de comparaison qu'en pourrait obtenir le professeur Owen lui fussent communiqués. Cette lettre et les résultats ont été publiés dans les Proceedings de la Société zoologique de Londres , pour le 22 février 1848 , avec la description de trois crânes, deux de mâle et un de femelle , parvenus du Gabon en Angleterre , et qui établissait la distinction entre les espèces Troglodytes Gorilla et le Chimpanzé (Troglodytes niger ).
Les crânes obtenus , au Gabon , par le docteur Savage avaient été transportés par lui à Boston ( États-Unis) ; ils furent décrits par le docteur et professeur Wyman , dans le Journal d'histoire naturelle de la Société de Boston, vol. V, 1847 ; le nom de Troglodytes Gorilla fut proposé pour cette espèce découverte par le docteur P. -S. Savage.
Une traduction des Méritoires du docteur WymJn et du professeur Owen fut publiée dans les Annales des sciences naturelles; l'attention des naturalistes du Continent fut fortement excitée par celle addition inattendue à la classe des mammifères; cependant ils pensèrent qu'il était nécessaire d'avoir , au plus tôt , de nouveaux matériaux pour compléter la description de cet animal ; il ne leur parut pas devoir se rapporter à celui qui avait été nommé Gorilla. De nouveaux matériaux parvenus à Londres permirent au professeur Owen de communiquer à la Société zoologique (Proceedings of the zooL Soc. for nov. 11 th. 1S51 ) 1? description d'un squelette complet du Troglodytes Gorilla; mais le nombre des planches de ce mémoire et la dépense qu'elles auraient nécessitée empêchèrent de les publier toutes; deux seulement ont paru dans les Transactions de la Société (vol. IV, part III» p. 75, pL XXVI- XXX, et part. IV, p. 89, pi. XXXI-XXXVI). Mais les principaux faits sont reproduits dans le catalogue de l'auteur, iutitulé : Collection ostéalogique du musée royal des chirurgiens; in-&°. , p. 782-806. Des squelettes entiers du Troglodytes Gorilla ont enrichi depuis peu le Muséum de ce collège et le Muséum Britannique. Enfin, le docteur Gray a acquis , pour la collection nationale, un spécimen monté d'un mâle presque adulte du Gorilla.
Tous les spécimens que possèdent nos collections proviennent de cette partie de la côte occidentale de l'Afrique tropicale , traversée par les rivières Danger et Gabon , entre les latitudes 1" à 15° sud.
Une série correspondante de pièces , d'abord des crânes , puis le squelette , eûfin un spécimen entier du Troglodytes Gorilla ont successivement enrichi le Muséum du Jardindes-Planles de Paris et fourni les matériaux des intéressants et savants mémoires publiés par les professeurs de ce noble
établissement destiné au perfectionnement et à la propagation de la science de l'histoire naturelle.
De Blainville, très-peu de temps avant sa mort, avait fait faire nne lithographie do squelette du Gorille. Son successeur, le professeur Duvernoy, a communiqué, en 1853 , à l'Académie des Sciences de Paris une description de ce squelette qui a été publiée, avec quelques intéressantes particularités de i'anatomie des parties molles, dans les Archives du Muséum d'histoire naturelle, t. VII (1855). Les mémoires et observations de son savant collègue, le professeur de mammalogie et d'ornithologie , Is. Geoffroy-Saint-Hilaire , sur le Gorille, se lisent dans les Comptes- rend us de l'Académie des Sciences, 19 janvier 1852 ; et d'autres , subséquents, dans la Revue de zoologie, n ft . 2 (1853). Toutes les notes sont résumées dans la partie de son travail intitulée : Description des mammifères nouveaux , etc. , ïn-&°. , insérée dans le volume X des Archives du Muséum # 1858.
Les différences dans les résultats des observations faites par les naturalistes américains, français et anglais, consistent principalement dans l'interprétation des faits observés. Le docteur Wyman s'accorde avec le professeur Owen en rapportant le Gorille au même genre que le Chimpanzé ; mais il diffère du sentiment de celui-ci, en regardant le Chimpanzé comme allié de plus près à l'espèce humaine. Les professeurs Isidore Geoffroy -Saint-Ililaire et Duvernoy regardent les différences ôstéologiques, dentaires et extérieures du Gorille comme d'importance générique, et concluent que l'animal doit entrer dans le catalogue zoologique , sous la désignation de Gorijla gina , le nom spécifique étant pris de Weggeena ; les noms N. gina et D. jina , que porte l'animal dans, la langue du Gabon, ont été diversement écrits par les voyageurs (1). '
(J) La différence principale, en ce qui regarde le fait matériel, c'est
Les naturalistes français s'accordent avec L'américain pour placer, dans l'échelle, le Gorille au-dessous du Chimpanzé. L'auteur revient à la discussion de cette question dans la conclusion de son mémoire , après avoir examiné l'opinion exprimée dans quelques ouvrages , à savoir que lés singes à longs bras (Hylobates), et non les Orangs ou Chimpanzés, sont les plus anthropoïdes des singes.
Le professeur Owen donne ensoite la description des caractères extérieurs du Gorille du Muséum britannique; il appelle d'abord l'attention sur la brièveté, presque l'absenc^du cou , due à l'articulation reculée de la tôle sur le tronc et au développement concomitant des apophyses épineuses des vertèbres cervicales , et sur la position du 1 menton qui descend audessous du manubrium du sternum, lorsque la tête est dans sa position naturelle. Le grand volume des omoplates, l'élévation de l'acromion et la position oblique des clavicules relèvent celles-ci depuis leur articulation au sternum jusqu'au niveau des angles de la mâchoire inférieure. La boite cérébrale, basse et étroite, montre, dans le vieux mâle, une ligne presque droite de l'occiput à la crête sus-orbi taire, saillie qui donne au Gorille la physionomie la plus repoussante; cet aspect de la face est fortement exprimé surja tête osseuse ; mais il est excessif dans l'animal empaillé, à cause de l'épais bourrelet sourcilier de la peau qui forme une sorte d'auvent au-dessus de ses petits yeux eufoncés. Le nez est plus saillant que dans le Chimpanzé et l'Orang-Outang ; il y a une légère saillie médiane le long de sa moitié supérieure » répondant
que, suivant Is. Geoffroy-Saint-Hilaire, les bras du Gorille seraient beaucoup plus longs que ceux du Chimpanzé, tandis que le professeur Owen trouve qu'ils sont relativement plus courts.
/ de proportion presque humaine. Genre i. Troglodytes. Brasl beaucoup plus longs que chez l'homme. Genre IL ,GoriUa 4
\ Is. Gcof., p. 15.
à une' faible proéminence de la même partie aux os' du nez ; la région inférieure ou alaire du nez montre deux épaisses projections, courbes, au-dessus de la narine, et devenant plus épaisses et s'abaissant contre la lèvre supérieure. Il y a une ' légère dépression médiane, longitudinale, entre ces deux projections courbes; mais leur saillie les met en évidence sur le profil de la face ; le point de confluence médiane des ailes projette un peu en avant la partie antérieure de la cloison des tiarines. La ressemblance avec la forme la plus dégradée du nez du Nègre est beaucoup plus grande dans le Gorille que dans le Chimpanzé. La bouche est grande ,• les lèvres grosses^ et épaisses , mais d'une épaisseur uniforme ; la supérieure se termine par un bord droit, presque cpmme s'il était coupé , mais elle est relativement plus courte que dans le Chimpanzé. Le pigment noir se continue de la base de la lèvre à son bord, et la -couleur rouge interne n'est visible nulle part quand les lèvres sont naturellement fermées. Une petite partie de cette couche intérieure , que Ton nomme ordinairement la lèvre, dans l'homme, se montre à la lèvre inférieure du Gorille; mais elle est rembrunie par le pigment, comme dans le plus grand nombre des individus de la race nègre. Le menton est court et fuyant , mais l'ensemble de la face est proéminent. La circonférence de la tôte , vue de face , présente un ovale dont la grosse extrémité est en bas ; la petite , très-étroite , est bornée par la saillie des pariétaux. Dans le vieux mâle, la portion sus-orbitaire ou crânienne est skuée au quart supérieur de cet ovoïde ; et l'aspect bestial de ce visage est encore augmenté par les énormes canines, (fuand les lèvres viennent 3r s'écarter. Les paupières ont des cils presque comme chez l'homme; les sourcils ne sont pas délimités, vu que les poils de la tête se prolongent au-delà de la crête sourcilière, mais celle-ci est presque dépourvue de poils. JSn regardant directement la face , les oreilles dépassent le
niveau des yeux ; comparées pour leur taille à celles de l'homme , elles sont beaucoup plus petites , tandis que celles du Chimpanzé sont beaucoup plus grandes ; mais, par l'ensemble de leurs parties, elles ressemblent plus aux oreilles de l'homme qu'à celles d'aucun autre singe.
Le tragus et l'antitragus, l'hélix et l'anlbélix , la conque ., la fossette de l'anlbélix et le lobule ont une conformation bien arrêtée. La principale différence consiste dans le grand développement de la conque comparée à celui de la fossette de l'anthélix et du lobule. Maïs , quoique cehii-ci soit petit , .il est distinct et pendant, tandis qu'il est sessile dans le Chimpanzé et dans l'Orang. Le tragus et l'antitragus sont presque aussi proéminents que dans l'homme. L'hélix, à son origine, est disposé comme dans l'homme ; néanmoins , dans le Chimpanzé, le pli est opposé à la fossette de l'anthélix; le reste du bord de l'oreille est simple et non replié. La partie supérieure de l'hélix est plus étendue dans le Gorille que dans l'homme , et la plus grande largeur de l'oreille est au-dessus de la conque , dans laquelle le sinus antitragien est moins profond que dans l'homme.
La peau de la face est nue et très-ridée. Un petit sillon dentelé sépare l'aile nasale de la joue , et devient plus superficiel en se courbant au-delà, en-deçà, et au-dessous du médian , dentelé entre les ailes. La portion chevelue du crâne se prolonge sur la crête sus-orbitaire ; et la peau, abondamment velue, se continue en dehors et en dessous des joues creuses, où les poils sont longs. La poitrine est proportionnellement très-grande, les épaules larges et distantes. Le profil du tronc , en arrière , décrit , à partir de la nuque , une faible convexité qui se prolonge en arrière de l'occiput, jusqu'au-dessous du sacrum. La région des lombes n'est point marquée et semble manquer. L'abdomen est saillant en avant et sur les côtés. Les régions pectorales sont peu
marquées et montrent une paire de mamelons placés comme dans le Chimpanzé et l'homme. Dans le mâle , le pénis est court et subconique , et le prépuce dépourvu de frein ; le scrotum est ample et plus sessile que chez l'homme ; le périnée est plus long , l'anus étant placé plus en arrière. Il n'y a nulles traces de callosités ischiatiques ; la région fessière est plus développée et montre plus d'apparence de fesses que ,chez aucun autre singe anthropoïde ; mais elles ne sont pas assez rebondies pour descendre au-dessous de l'anus et cacher celui-ci dans leur intervalle.
Le plus important écart, relativement à la forme humaine, dépend des membres qui sont très-vigoureux ; les supérieurs sont doués d'une force prodigieuse, comparés aux inférieurs qui manquent de mollets, ce qui annonce moins de puissance.
Le premier signe caractéristique consiste dans l'épaisseur presque uniforme de chaque région des membres : cela se voit sur le bras, à partir de la courte saillie du deltoïde jusqu'au coude ; ni le biceps , ni le triceps ne sont accusés par une grosseur définie ; une semblable uniformité se voit , pour l'avant-bras , depuis l'olécrane jusqu'au poignet. La jambe montre une légère augmentation de volume depuis le genou jusqu'à la cheville; la cuisse , courte, décroît légèrement de grosseur en s' approchant du genou ; mais il y a absence générale de ces saillies musculaires partielles qui donnent à la ligne des membres de l'homme des ondulations gracieuses. Par la dissection , on trouve que cela dépend plutôt de l'excès que du défaut des parties charnues , comparées aux parties tendineuses des muscles ; les tendons , en effet , gardent presque les mêmes volumes depuis leur origine jusqu'à leur insertion , ce qui augmente en proportion la force de l'animal. La différence de la longueur des membres supérieurs dans le Gorille et dans l'Homme , comme celle du tronc, est en réalité petite; clic paraît plus grande qu'elle ne
Test en effet, à cause de l'arrêt de développement des membres inférieurs. Si l'on compare, chez le Gorille, le bras proprement dit à i'avant-bras, oo aperçoit d'étroits rapports de proportions avec les mêmes parties cliei l'homme; mais ces proportions ne sont plus les mêmes chez le Chimpanzé.
Les poils des bras sont dirigés en bas et ceox de Ta? ambras en haot, chez le Gorille et chez le Chimpanzé. Chez le Gorille, le ponce s'étend au-delà de l'os métacarpien do doigt, indicateur ; tandis que, dans le Chimpanzé et tons les antres singes , il n'atteint pas jusqu'à l'extrémité inférieure de l'os métacarpien de ce doigt (4). Le ponce du Siamang (Hylobatcs symdactyta) est encore plus court en proportion de la longueur des autres doigts de la main. Dans l'homme, le pouce s'étend au-delà de la moitié de la première phalange du doigt indicateur. La philosophie zoologique doit tirer grande signification de ces faits.
L'avant-bras du Gorille surpasse en volume la main, bien évidemment par le resserrement du poignet, dont la circonférence, non compris les poils, est néanmoins de 14 pouces, tandis que, chez un homme fort, elle n'est que de 8 pouces. La main est remarquable par sa largeur, son épaisseur et la grande longueur de sa paume ; cela dépend d'abord de la longueur du métacarpe, et ensuite de la plus grande étendue de la peau qui se prolonge entre les doigts plus que dans l'homme. Là commence seulement, dans le Gorille, la libre opposition au
(1) Dans nia planche VII, fig. 2, la dernière phalange du ponce atteint juste le niveau de l'articulation inférieure du métacarpien du doigt indicateur chez le Chimpanzé. Cette différence, d'ailleurs bien légère , dépend, selon toute probabilité, du retrait qu'ont pris, sur mon sujet, en séchant, les os du carpe, en partie cartilagineux à cet âge. Les os métacarpiens, entraînés par ce retrait, ?ers les os du poignet, paraissent un peu moins longs qu'ils ne doivent être dans Page adulte. ( Note du traducteur. )
milieu des premières phalanges des doigts. Cctle disposition rend les doigts courts , et les fait paraître comme enflés ou goutteux; ils prennent une forme conique, après la première articulation , et deviennent pyramidaux à la région onguéale ; n'ayant ainsi ni autant de largeur, ni autant de longueur que ceux de l'homme, ils paraissent relativement à ceux-ci beaucoup plus courts, La circonférence du doigt médius dans le Gorille , h la première articulation, est de 5 pouces et demi; chez l'homme, pour le même doigt, elle n'est que de 2 pouces 3/6. La peau qui recouvre la phalange moyenne des doigts est épaisse et calleuse à la face postérieure , et l'on y vok l'apparence extérieure d'une seconde articulation. L'habitude de l'animal d'appuyer cette partie sur le sol, dans certaines circonstances de progression , est démontrée par ces callosités. La région dorsale de la main est velue, de même que celle des doigts. La paume est nue et calleuse. Le pouce, outre sa brièveté relative, en prenant pour type la main humaine, atteint à peine la moitié du volume du doigt indicateur. L'ongle du pouce ne peut atteindre l'extrémité de ce doigt, aux doigts , les ongles dépassent un peu l'extrémité de ceux-ci ; leur bord libre est un peu convexe ; ils sont usés comme les ongles de l'homme , mais un peu moins.
Pour les membres postérieurs, il faut principalement remarquer, dans les séries de quadrumanes, une première apparence d'un développement musculaire du derrière, ou petites fesses, qui se projette au-delà de chaque lubérosilé de l'ischion. Cettç, structure , et un certain développement des os iliaques , si on la compare à ce qu'elle est chez les autres quadrumanes, conduit à celte déduction que le Gorille doit, plus naturellement et plus aisément qu'aucun autre singe , avoir recours, dans l'occasion ,»à la station et à la progression au moyen de ses membres postérieurs.
La même disposition que pour les bras, c'est-à-dire l'abondante proportion des fibres charnues à la terminaison des muscles Rappliquant à la cuisse, donne une grande circonférence à un segment du membre au-dessus du genou, et une grosseur plus uniforme que dans l'homme. La brièveté relative de la cuisse, son os ayant seulement les 8 neuvièmes de l'humérus (dans l'homme, l'humérus n'a que les cinq sixièmes de la longueur du fémur) ajoute encore à l'apparence d'une plus grande épaisseur relative; la cuisse, dans son milieu, n'a pas absolument une plus grande circonférence que n'en a la même partie chez l'homme.
La différence principale, à la jambe, outre sa brièveté relative, est l'absence de mollet, due à la non-existence d'une accumulation partielle de fibres charnues dans la moitié supérieure des muscles gaslrocnéiniens qui produit cette proéminence dans les races-types de l'humanité. Dans le Gorille, le tendon d'Achille continue de recevoir au talon des fibres penniformes ; mais les parties charnues des muscles du pied reçoivent, au tiers inférieur de la jambe, des additions de fibres auxquelles est due la plus grande épaisseur de cette partie, les proportions à cet égard étant l'inverse de ce qui existe dans l'homme. La jambe se continue tout d'une venue avec le pied, dont la forme particulière et caractéristique est due aux modifications favorisant la marche bipède, surajoutées à un type quadrumane essentiellement préhensile. Le talon prend une direction plus décidément postérieure que chez le Chimpanzé. L'os du talon est relativement plus épais, plus grand, plus étendu verticalement à son extrémité postérieure, et aussi long que dans le Chimpanzé. Cet os, si caractéristique des affinités anthropoïdes , a une forme et des proportions plus rapprochées du calcanénm de l'homme que celui d'aucun autre singe. Les malléoles ne sont pas aussi saillantes que dans l'homme ; elles sont remarquables plus par l'épaisseur
- *9 — des parlies charnues el tendineuses des muscles qui passeur sur elles pour se diriger vers le pied, ou aller s'insérer à ses parties profondes. Quoique, chez le Gorille , le pied soit articulé à la jambe de manière que la plante puisse se diriger en-dedans, il est plus décidément plantigrade que chez le Chimpanzé 9 ou tout autre singe. Le tégument velu se continue , au dos du pied* sur les divisions des orteils et sur la première phalange du pouce;, la totalité de la. plante est nue. Le gros orteil , quoiqu'il ne soit guère plus long relative* ment que dans le Chimpanzé , a ses os plus forts, plus épais, eu proportion de leur longueur , spécialement la dernière ' phalange qui, par sa forme et sa longueur , ressemble beaucoup à celle du pied de l'homme. Le gros orteil, dans sa position naturelle, s'écarte des autres en formant un angle de 60° avec Taxe du pied. Sa base est large, renflée en-dedans en une sorte de pelote inférieure sur laquelle l'épidémie épais et calleuse de la plante se commue. Des rides dentelées et transverses montrent la fréquence et la liberté des mouvements de flexion des deux articulations du gros orteil ; l'ongle est petit , plat et court. La plante du pied , graduellement élargie de la partie postérieure du talon au point de divergence du gros orteil , semble être ici divisée en deux parties presqu'égalcs entre la base du gros orteil et la base corn- . mune des quatre autres doigts. Ceux-ci sont petits et grêles à- proportion, el leurs bases sont enveloppées dans une gaine tégumeutaire commune qui atteint la base de la seconde phalange. Un sillon dentelé, longitudinal, situé au milieu de la plante , donne , en se bifurquant , une branche délimitant la pelote du gros orteil; et une autre, dirigée vers % l'espace qui sépare le second et le troisième doigt , indique l'action d'opposition du gros orteil entier, et parait être un lobe interne ou division de la plante ; la branche externe se termine aux quatre courts orteils. Ce que l'on nomme lfr
Coude-pied, dans l'homme, est très-haut dans le Gorille j cela dépend de l'épaisseur des parties charnues et tendineuses des muscles à leur passage, dans celte région, de la jambe au pied. L'orteil moyen , le troisième , est un peu plus long que le second et le quatrième. Le premier, comme dans l'homme, est proportionnellement plus court que le quatrième, et est séparé de lui par un sillon un peu pins profond. L'ensemble de la plante est plus large que dans l'homme, relativement à sa longueur qui est moindre. Sous ce point de vue, comme sous celui de la base du gros orteil et de la délimitation de la pelote basale, elle ressemble davantage à une main, mais à une main de grande dimension et d* une grande force pour saisir.
Pour connaître la véritable coloration extérieure du Gorille » il faudrait voir l'animal vivant , surtout pour ce qui regarde les parties nues de la peau. L'épiderme était enlevé sur beaucoup de parties du sujet de la présente description. Mais heureusement, sur de larges lambeaux, la texture de la peau avait acquis une certaine fermeté , probablement par l'action de l'alcool sur une base albumincuse. L'habile taxidermiste, M. Bariktt, a profité de' cette circonstance pour réparer et monter, d'une manière satisfaisante, le spécimen nouvellement exposé au Brilish Muséum. Les parties d'épiderme restées sur la 4 face indiquent que la peau y est surtout d'une couleur plombée , foncée; elle est par-' tout finement ridée ; la couleur était un peu moins foncée aux parties proéminentes du bourrelet sourciller et sur les saillies des ailes du nez ; les paumes et les plantes étaient d'une nuance encore plus claire.
Quoique la couleur générale du pelage semble, au premier aspect , et quand il est humide , être presque noire , il n'en est point réellement ainsi : elle est plutôt d'un gris foncé , décidément moins prononcé que pour le Chimpanzé (Trogl. niger ). Gela est dû au mélange de quelques poils roux et
davantage de poils grisâtres avec les poils Bruns qui constituent le fond du pelage ; le mélange de ces trois sortes de porte colorés varie aux diverses parties du corps : les poils roux sont nombreux au sommet de la tête et spécialement à sa région moyenne, jusqu'à y rendre leur couleur prédominante ; ils sont mélangés à un moindre degré avec les longs poils des côtés de la face. Les poils gris sont mêlés avec les bruns aux régions 'dorsale, deltoïdienne et fémorale antérieures ; niais , sur les flancs , leur mélange proportionnel est tel que l'impression produite , h la première vue , est celle de la couleur noire. Les poils sont ondulés et approchent do caractère laineux. Près de l'anus sont quelques poiJs blanchâtres, comme dans le Chimpanzé. L'épi derme du dos montre les effets de la pose habituelle de cette partie contre les troncs ou branches des arbres ; les poils y sont plus ou moins usés par le frottement; l'épiderme y devient épais et rude.
Le Gorille mâle adulte mesure 5 pieds & ponces , de la plante des pieds au sommet de la tête. Sa largeur en travers, aux "épaules , est de 3 pieds. La longueur des membres su* périeurs est de 3 pieds h pouces ; celle des membres inférieurs est de 2 pieds U pouces. La longueur de la tête et du tronc, prise ensemble , est de 3 pieds 6 pouces , tandis que dan» l'homme eHe n'est que de 3 pieds.
Dans les remarques précédentes, l'auteur a donné les résultats d'observations directes faites sur le premier et seul spécimen entier de Gorille qui fût arrivé en Angleterre à l'époque où ils ont été récueillis ; aucune autre description de ces caractères extérieurs ne lui était connue; et si le plus grand nombre de ces remarques se trouvent s'accorder avec les observations publiées par les naturalistes qui ont pu avoir, avant lui, l'occasion d'étudier des spécimens aussi bien? conservés , la rareté et l'importance de cette espèce doivent
excuser , si elles ne la justifient pas , une seconde description faile au moyen de recherches directes, sur un nouveau spécimen, par un ancien observateur des quadrumanes anthropoïdes.
Un travail beaucoup plus important néanmoins reste à faire. La publication soignée des faits en histoire naturelle est chose bonne et mile en elle-même, mais la déduction de leurs vraies conséquences est meilleure encore ; c'est pourquoi le professeur Owcn n'hésite pas à soumettre à un nouvel examen les conclusions de ses habiles collaborateurs français et américains, qui diffèrent des siennes au point qu'il semble être seul de son avis.
La première , et on peut dire la suprême question relative au Gorille, est celle de marquer sa place dans l'écheUe des êtres de la nature , ainsi que ses vraies et précises affinités.
Est-il ou n'est-il pas le plus proche parent du genre humain ? Forme-t-il, comme le Chimpanzé et l'Orang, un genre distinct dans le groupe anthropoïde des singes , c'est-à-dire intermédiaire entre l'homme et les quadrumanes? Les Gibbons , ou singes à longs bras , sont-ils plu; rapprochés du genre Homme ; ou les quadrumanes , à grande cage pectorale osseuse, sont-ils plus voisins de l'homme que les Gibbons à longs bras? L'auteur procède à la discussion de cette première et très-importante question.
Au premier aspect, soit de l'animal entier, soit de son squelette, il admet franchement que le Gorille frappe l'observateur comme étant un être beaucoup plus bestial et plus brut que ie Chimpanzé : le? fortes mâchoires, les énormes canines, tout est exagéré ; la masse cérébrale est moins évidente; la boîte osseuse est plus masquée par le développement de la crête occipitale et de celles des autres régions du crâne. Mais le jugement que l'on porte à la vue d'un Gorille adulte, c'est-à-dire que cette espèce est fort éloignée de l'homme , est le même lorsqu'il s'agit d'un Chimpanzé adulte , comparé
à an jeune, ou de quelques singes sans queue, mis en parallèle avec un mâle adulte d'Orang ou de Chimpanzé. Si Ton s'en tenait, pour la valeur des caractères , à la première inspection que cause la vue du Gorille, beaucoup des petits singes de l'Amérique méridionale sembleraient plus an* tbropoïdes que foi ; ils ont , en effet , un crâne plus grand è proportiou , et plus semblable à. celui de l'homme ; des mâchoires beaucoup moins saillantes et des dents plus égales. Revenant *ux squelettes de mâles adultes de Gorille , Chimpanzé , Orang et Gibbon, le professeur Owen remarque que le crâne globuleux de ce dernier et son volume supérieur* comparés aux mâchoires et aux dents, semble annoncer que les Gibbons sont beaucoup plus rapprochés de l'homme que les plus grands singes sans queue ; et celte conclusion a été adoptée par un paléontologiste distingué français, M. Lartet , et acceptée par une haute autorité géologique de notre pays(l). M. Lartet cite l'expérimenté professeur d'anatomie humaine d'Amsterdam 9 M. Vrolik , comme partisan de cette manière de voir. Mais le professeur Owen n'a pu trouver aucun renseignement sur le passage où cette opinion serait énoncée* Dans l'article Quadrumanes de V Encyclopédie anatomique de Todd, cité par Lartet (2), le professeur Vrolik traite brièvement de l'ostéologie des quadrumanes dans ses rapports avec les familles naturelles.. Dans « le premier genre, singes proprement dits, ou Apes, il renferme le Chimpanzé et l'Orang, notant quelques-uns des principaux points par lesquels ces animaux se rapprochent le plus de l'homme; il place immédiatement après, le second genre, les Gibbons ( Hyiobaies); il note leurs callosités isebiatiques et la configuration de leurs
(i) Sir Cfa. Lyell , Supplément à la première édition du Manuel de géologie élémentaire.
(2) Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, 28 juillet 1856.' .
molaires qui, par leurs formes arrondies, ressemblent plus aux dents des carnivores qu'aux molaires du genre Simta. Comparant ensuite le Siamang avec les autres espèces de Gibbons , Vrolik s'exprime ainsi : « Le squelette de ce dernier est le plus rapproché de celui de l'homme », ce qui est vrai , par comparaison avec les squelettes des autres Gibbons ; mais il n'en est certainement pas ainsi à regard des singes les plus élevés dans l'échelle. Aucuns détails ne sont donnés pour développer cette proposition , même dans ses applications les plus restreintes ; et la moindre longueur des bras du Siamang , comparés avec ceux de YHylobates har , a été probablement le caractère que t'auteur a voulu (aire ressortir»
L'apparence d'un développement plus considérable du cerveau , dans le Siamang et les autres singes à longs bras , est due à leur petite taille coïncidant avec le faible développement de leurs mâchoires et de leurs dents. La même ' apparence se fait remarquer pour les petits singes platyrrhinins de l'Amérique méridionale , également anthropoïdes par l'aspect de leur visage et ressemblant beaucoup plus à la lace humaine que les grandes espèces Orang et Chimpanzé. Cette apparence dépend de l'accroissement précoce du cerveau , elle est sous la dépendance de la loi de son développement. Dans tous les quadrumanes', le cerveau est entièrement développé avant que la seconde dentition soileffectuée, etraême avant que la première soit tout-à-fait établie. Si, néanmoins, on compare un jeune Gorille , Chimpanzé ou Orang avec un jeune Siamang d'âge correspondant , un plus grand volume absolu et une conformation plus complexe de l'encéphale , des circonvolutions plus nombreuses et plus profondes du cerveau proprement dit, un cervelet plus complètement recouvert par celui-ci , démontrent sans réplique une organisation plus élevée chez les singes à bras courts. — «Dans la
structure du cerveau, écrit Vrolik (1) , d'accord avec ton» les auteurs d'anatomie comparée , ils ( Chimpanzé et Orang- Outang) approchent le pins de l'homme. » Le degré de ressemblance du Chimpanzé et de l'Orang avec l'homme » paru à CuYîer beaucoup plus grand encore, lui qui n'a connu les grands singes que dans le jeune âge , avec leurs petitesdents de lait et leur cerveau à développement précoce. Conformément à ces données, les caractères anthropoidefrdu Simia satyrus et du Simia troglodytes , déduits de l'angle facial et des dents r sont , dans le règne animal , exagérés dans leur portée. A mesure que l'accroissement augmente, les dent» de lait tombent, les mâchoires se développent, de grandes canines remplacent leurs petites représentantes; les muscles temporaux acquièrent successivement de nouvelles fibres charnues, et les crêtes osseuses se proportionnent à l'accroissement de leurs surfaces d'attache , les crêtes sagittales et occipitales commenceut à s'élever ; mais l'encéphale ne s'accroît plus : la boite crânienne conserve la taille qu'elle avait acquise dans le .premier âge. Finalement , sa première conformation est masquée par les développements osseux surajoutés chez les singes qui atteignent la plus 1 grande stature, et qui portent les mâchoires le plus formidablement armées- Même sous cette prédominance de force physique , l'encéphale de l'Orang et du Chimpanzé est encore mieux conformé et plus volumineux que celui du petit singe à longs bras , qui conserve pendant toute sa vie beaucoup plus de caractères de sou premier âge , particulièrement dans ce qui concerne la structure du crâne.
Le Siamang et les autres Gibbons ont des canines plus étroites à la mâchoire inférieure, mais plus longues à la supérieure , toutes proportions gardées , que les Orangs et les
(I) Art> Quadrumanes , Enryclopcdie an atomique , vol. IV , p» 103.
Chimpanzés. Leurs dénis permanentes atteignent plus tôt leur taille complète et leur place définitive dans les mâchoires ; conséquemment la dernière molaire, ou troisième, arrive la dernière en place , comme dans l'espèce humaine. Mais si ce fait doit Çlre regardé comme impoçlaut pour déterminer l'af&uilé relative, avec l'espèce humaine, des singes à longs bras et des singes à bras courts , c'est un caractère par lequel U?s Hylob/iies, comme dans leur développement cérébral, supérieur en apparence, se rapprochent davantage des quelques quadrumanes inférieurs à faibles canines.
Les zoologistes systématiques qui poursuivent» dans l'ordre des quadrumanes , cette très -intéressante comparaison , avec connaissance fondée des vraies conditions et significations d'un crâne arrondi et de faibles mâchoires, déterminent d'abord, «comme circonscription et point de mire, les vrais caractères distinctifs de l'organisation humaine.
Pour ce qui regarde l'enveloppe osseuse cérébrale, ils posent en principe : que ce n'est pas autant la grandeur de l'encéphale relative au reste du corps, que sa grandeur réelle dans les espèces comparées les unes avec les autres dans le même groupe naturel ; ils se demandent quel animal quadrumane montre d'une manière absolue le plus gros encéphale ; quelle espèce montre les circonvolutions les plus nombreuses, les plus contournées, et dont les anfractuosilés sont les plus profondes , dans lesquels le cerveau est le plus grand , comparé avec le cervelet S'ils trouvent tous ces caractères au plus haut degré dans le Gorille ^ il ne leur paraît pas possible d'éviter une déduction précise , quoique le grand développement et la force physique supérieure que possède "cette espèce masquent les vraies données qui résultent de leur ensemble.
Les auteurs d'anatomic comparée tiennent compte du cœcùm et du tégument qui recouvre la tubérosité isebiatique :
s'ils trouvent , dans un sujet de ces comparaisons, un long appendice vermifonne au caecum , éomme dans l'homme < et point de callosités; dans l'autre objet de comparaison (Hylobates), s'ils trouvent des callosités ischiatiques, et seulement un court rudiment d'appendice cœcale; ils reconnaîtront alors lequel de ces dfcux singes (Apes) sans queue doit être placé auprès des singes ( Monkeys) qui ont des callosités ischiatiques et pas d'appendice vermifonne ; et aussi celui des deux qui forme Panneau le plus rapproché de l'homme. Ils voient que les caractères anthropoïdes tirés de l'intestin et du derme sont associés avec un cerveau plus considérable et mieux développé dans le Gorille , le Cfrimpairaé et POrang *, tandis que les caractères de quadrumanes inférieurs, tirés du coecum et des tubérosités ischiatiques, appartiennent aux Gibbons, à courtes mâchoires, à cerveau peu développé et -à longs bras.
Poursuivant la comparaison sur la conformation de la charpente osseuse , ils donnent un premier coup-d'œil aux proportions qui se présentent tout d'abord dans l'ensemble de l'animal. Ce qui frappe dans les membres de l'homme, c'est la presque égalité de leur longueur ; toutefois , les membres inférieurs sont les plus longs. Les bras, dans l'homme, atteignent ou dépassent à peine le milieu de sa hauteur ; dans le Gorille, ils arrivent presqu'au genou; dans le Chimpanzé, ils le dépassent ; dans l'Orang , ils vont à la cheville ; dans le Siamang, ils parviennent au niveau delà plante du pied; chez plusieurs Gibbons , la paume entière de la main peut s'appliquer sur le sol sans que le tronc , dans sa position sur sur les jambes , s'incline en avant. Ces différences graduées coïncident avec d'autres caractères déterminant le voisinage relatif de l'homme avec les singes qui lui sont comparés. Dans aucun quadrumane, l'humérus n'excède en longueur le cubitus autant que dans l'homme. Seulement, dans les plus
anthropoïdes, c'est-à-dire le Gorille et le Chimpanzé, il J'égale en longueur; mais, chez tous les quadrumanes inférieurs, l'avant-bras est plus long que le bras.
L'humérus du Gorille , quoique moins long que dans l'homme , comparé avec le cubitus , est plus long que dans Je Chimpanzé; dans l'Oraug, il est plus* court que le cubitus ; dans le Siamang et autres Gibbons, il est beaucoup plus court : l'étendue du membre antérieur, dans les singés dits à longs liras , est due entièrement à l'excessive longueur des os de l'avant-bras.
La différence dans la longueur des membres supérieurs , comparés au tronc, est très-légère entre l'homme et le Gorille. Le coude, dans le Gorille, lorsque les bras sont pendants, arrive à la hauteur de la crête de l'ilion ; le poignet , à celle <Je la tubérosité de l'ischion ; il est plus bas dans le Chimpaqzé; il est à -la hauteur du genou dans l'Orang-Outang ; il correspond à la cheville dans le Siamang.
La perfection de la main , chez l'homme , est l'un de ses caractères physiques les plus particuliers. Cette perfection est due surtout à la constitution très-différente du premier doigt relativement aux quatre autres ; d'où résulte pour lui qu'il peut s'opposer aux autres doigts comme pouce parfait. Un pouce opposable existe à la main de beaucoup de quadrumanes, maip il n'est ordinairement qu'un petit appendice, comparé à celui de l'homme. Il est relativement plus grand dans le Gorille ; chez ce singe , le pouce arrive un ipeu au-dessous de la base de la première phalange du doigt indicateur; il n'atteint pas tout-à-fait l'extrémité inférieure du métacarpien du doigt indicateur dans le Chimpanzé , l'Orang ou le Gibbon; il est relativement plus court dans les derniers singes sans queue. Dans l'homme, le pouce s'étend au-delà du milieu de la première phalange de l'indicateur. Les zoologistes philosophes voient une haute signification dans les résultats
de cctlc comparaison; seulement, clans le Gorille et le Chimpanzé, il y a 8 os au carpe comme dans l'homme ; dans les Orangs et les Gibbons, il y en a 9 comme dans les singes pourvus de queue (1).
Les omoplates sont plus larges dans le Gorille que dans le Chimpanzé, FOrang et les singes à longs bras; elles ont presque les mêmes proportions que dans l'homme. Mais la ressemblance la plus décisive avec la charpente humaine est présentée par les os iliaques. Dans aucun autre singe que le Gorille, ils ne sont autant déjetés en dehors pour montrer une concavité pelvienne ; dans aucun autre singe ils ne sont aussi larges, à proportion de leur longueur, que dans le Gorille. Dans le Chimpanzé et dans le Gorille, les os iliaques sont plus aplatis en arrière qu'en avant Dans le Siamang ils sont non-seulement plais, mais plus étroits et plus longs.; ils ressemblent aux os iliaques des singes à queue et des quadrupèdes ordinaires.
Les membres inférieurs, quoique naturellement courts dans le Gorille, sont plus longs à proportion que les membres supérieurs et le tronc entier du Chimpanzé ; ils sont plus longs dans les deux proportions et plus robustes que ceux des Orangs et des Gibbons; mais les points principaux de comparaison sont ici le talon et le gros orteil.
Le talon du Gorille se prolonge plus décidément en arrière que celui du Chimpanzé ; l'os do talon est relativement plus épais, plus large et plus haut et se prolonge plus en arrière que celui du Chimpanzé. Il est, dans le Gorille plus que dans aucun autre singe, conformé et proportionné comme le cal-
Ci) La figure de ma planche VII, représentant la main de POrang- Outang, n'en montre que 8 ; les plus petits de ces os étant encore cartilagineux dans ma pièce, il est probable que l'un d'eux a été enlevé en la préparant.
— so —
tanéum de l'homme. Parmi tous les singes sans queue , le calcanéum du Siamang el des autres Gibbons s'éloigne le plus de celui de l'homme, dans sa forme et sa grandeur proportionnelle.
Quoique le pied soit articulé à la jambe avec une légère inversion de la plante, il est plus près d'être plantigrade dans le Gorille que dans le Chimpanzé. L'Orang et les Gibbons s'éloignent beaucoup plus encore du type humain, par la direction de la plante du pied vers le plan interne. ' Le gros orteil , qui est le fulcrum dans la station ou la marche & deux pieds, est peut-être la particularité la plus caractéristique de la structure humaine ; c'est la modification qui distingue le pied de la main, et qui donne le caractère de l'ordre des bimanes. Un degré de rapprochement vers ce développement du gros orteil lait faire à l'animal quadrumane un vrai pas d'affinité vers l'homme.
L'Orang-Outang et le Siamang, soumis à cette pierre de touche, descendent loin et rapidement, dans l'échelle, audessous du Gorille et du Chimpanzé. Dans l'Orang, le gros orteil n'atteint pas l'extrémité antérieure du métatarsien du second doigt; dans le Chimpanzé et le Gorille, il atteint l'extrémité antérieure de la première phalange du second orteil ; mais, dans le Gorille, le gros orteil est plus épais et plus fort que dans le Chimpanzé ; dans l'uu et dans l'autre néanmoins, c'est un vrai pouce par sa direction , s'écartant des autres orteils , dans le Gorille , sous un angle de 60° avec l'axe du pied*
L'homme a 12 paires de côtes; le Gorille et le Chimpanzé en ont 13 ; les Orangs en ont 12 ; les Gibbons en ont 13. Beaucoup de naturalistes ont confiance à ce simple caractère , comme quelques au très ont confiance à l'angle craniofacial ; et tous sont dans use égale ignorance de la condition réelle et de la valeur de ces caractères, car ils sont portés à penser, d'après
cela, que les Orangs (Pùhecus) sont plus rapprochés de Thomme que les Chimpanzés (Troglodytes). Mais l'homme a quelquefois une treizième paire de côtes, et ce que nous appelons côtes, ce sont de véritables éléments ou dépendances communes à presque toutes les vraies vertèbres, dans Thomme, et désignées ainsi quand elles deviennent longues et libres. Les genres Homo, Troglodytes et Pùhecus ont précisément le même nombre de vertèbres ; si le Troglodytes , par le développement et la mobilité des pleurapophyses de la vingtième vertèbre , à partir de l'occiput , semble avoir une vertèbve thoracique additionnelle, il a une vertèbre de moins dans la région lombaire. Ainsi, s'il y a ici, comme on l'a observé, une différence dans le nombre des vertèbres sacrées , cela est entièrement dû à ce que la dernière lombaire s'est unie avec ce que nous comptons comme première vertèbre sacrée chez l'homme. La treizième paire de côtes, dans le Gorille et dans le Chimpanzé , n'est donc d'aucun poids contre les réels, importants et significatifs caractères d'affinités avec le type humain. Mais , en supposant le fait de quelque valeur réelle, comment en faire l'argumeht de l'étroite ressemblance du squelette de l'homme avec celui du Siamang ou du Gibbon , qui possède une treizième paire de côtes?
En appliquant les configurations du crâne à la solution de l'importante question à résoudre, les caractères doivent être principalement déduits de ceux du genre Homo , qui diffèrent, d'une manière tranchée, du genre Simia, de Linné. Pour déterminer ces distinctions ostéologiques , l'auteur annonce qu'il a comparé les crânes de plusieurs individus de variétés de race humaine avec ceux de mâles, de femelles et de jeunes spécimens de Troglodytes , Pithecus et Hylobates ; il renvoie, pour les détails de ces comparaisons, à son Catalogue des séries ostéologiques du Collège royal des chirurgiens;
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. — M — dans le cas présent, il se restreint à un pelit nombre de ces résultats.
Le premier et le plus apparent caractère différentiel se tire de la forme spbéroïdale de la boîte cérébrale et de sp grande capacité , comparée particulièrement chez l'homme, et du développement bien moindre de la face et des mâchoires. Mais, pour les raisons déjà énoncées, il ne devient caractère instructif, et décisif pour la solution de la question, que par la comparaison des espèces de quadrumanes. Il est exagéré dans l'enfant humain, chez lequel le cerveau atteint son développement complet ou presque complet, avant que les alvéoles des dents de la seconde dentition se soient développées dans l'épaisseur des mâchoires. C'est un caractère anthropoïde par lequel le quadrumane ressemble d'autant plus à l'homme que ses dimensions sont moindres. Si le Gorille, avec ses dents de lait, son cerveau et sa boîte cérébrale un peu plus grands que ceux du Chimpanzé de même âge, c'est-à-dire jeune, acquiert en vieillissant une plus grande masse et un plus formidable développement physique de sa tête , dus surtout à celui des grandes canines du mâle, le Chimpanzé paraîtra avoir un caractère plus anthropoïde qu'il ne lui appartient en réalité : ce qui, dans une question d'affinité précise, n'aura pas plus d'importance que n'en ont, par leur aspect plus anthropoïde, les femelles de Gorille ou de Chimpanzé , ..comparées à leurs mâles.
Les caractères suivants de la tête humaine sont beaucoup plus importants et beaucoup plus significatifs: la position et le plan du trou occipital ; la grandeur proportionnelle des condyles et de l'apophyse pierreuse du temporal, celle de l'apophyse masloïde qui se rapporte à l'équilibre de la tête sur le tronc dans la position verticale ; les petits prémaxillaires et la petite taille des dents incisives, réglée par le peu de développement de ces 09, comparés avec les dents molaires. Ce dernier caractère
est en rapport avec la supériorité de la puissance intellectuelle de l'homme sur sa force physique. II donne à la physionomie de l'homme l'aspect particulier qui le distingue de la hruie. Il en est de même pour la saillie des os du nez, chez beaucoup de races, et surtout pour celles qui sont typiques de la forme humaine. La figure un peu anguleuse du contour de l'orbite, tendant au carré dont les angles s'arrondissent, est un bon caractère humain du crâne, qu'il est néanmoins difficile de limiter dans une figure précise , et qui serait peut-être la meilleure pour le but que nous poursuivons. La même chose peut se dire du prolongement du plancher du tube tympanique * ou auditif, ou la lame appelée « vaginale. »
Pensant que les remarques précédentes suffisaient pour apprécier les degrés relatifs d'affinités entre l'homme et le groupe limité de quadrumanes auxquels il s'est proposé de les appliquer dans le présent mémoire, l'auteur n'a pas délayé ces arguments en citant des caractères de moindre valeur. La question à résoudre était d'exposer les degrés respectifs d'affinités entre les singes anthropoïdes et l'homme. Guvier a pensé que l'Orang (Pithecus) était plus rapproché de l'homme que ne l'est le Chimpanzé (Troglodytes) ; ce sentiment a cessé depuis long-temps de prévaloir. Le professeur Owen a pensé néanmoins qu'il était utile de comparer le Gorille, le Chimpanzé et le Gibbon, dans les rapports de leurs affinités avec l'homme.
Plusieurs naturalistes débutent, dans cette question , en s'occupant d'abord des os prémaxillaires : ils reconnaissent la précoce confluence de ces os avec les maxillaires dans le Gorille et le Chimpanzé; ils reconnaissent que, de la grandeur et de la direction des dents incisives*, dépend le prognatisme ou caractères de bestialité de la tête osseuse. Or, l'étendue des prémaxillaires au-dessous des narines, dans le Gorille, est non-seulement moindre relativement, mais même absolument ;
et conséquemmenl, le profil de la tête osseuse est moins saillant dans cette partie, c'est-à-dire moins prognate, que dans le Chimpanzé. Quoique la tête osseuse du Gorille surpasse en grandeur celle du Chimpanzé, surtout quand ces deux têtes sont examinées et comparées de face, la largeur des prémaxillaires et des quatre dents incisives est la même dans Tune et dans l'autre espèce. Eu égard au degré relatif, par lequel ces os sont plus petits que dans le Chimpanzé, le Gorille, dans ce très-important caractère , s'approche le plus de l'homme. Dans les Gibbons , les incisives sont relativement plus petites que dans le Gorille ; mais les prémaxillaires sont de la même grandeur proportionnelle dans le Siamang mâle et adulte.
Pour ce qui regarde les os propres du nez, ils ne font pas plus de saillie à la face dans les Orangs et les Gibbons que dans les singes inférieurs. Dans le Gorille, les bords médians, soudés , de la moitié supérieure des os du nez , sont saillants en avant, à un faible degré, il est vrai, mais suffisant pour rendre évidente la tendance à une ressemblance rapprochée de l'homme. Dans le Gorille vivant, ils reproduisent au même degré une physionomie anthropoïde. Dans quelques Babouins à face de cochon , il y a des rides et des proéminences dans la partie naso-faciale de la tête ; mais elles ne modifient pas réellement la question comme entre le Gorille et le Chimpanzé. Tous les naturalistes savent que les Semnopithèques de Bornéo ont un long nez ; mais l'appendice proboscidiforme, qui donne un masque si comique ti ces singes , n'est accompagné d'aucune modification pareille des os du nez. C'est la saillie des os du nez qui donne le vrai caractère anthropoïde à la tête osseuse de l'homme. Seul, dans la tribu des singes, le Gorille partage avec lui, mais à un faible degré, cet attribut.
Ni l'Orang, ni le Chimpanzé, ni les Gibbons, ne montrent
de rudiment d'apophyses mastoïdes; elles existent dans le Gorille, plus petites, à la vérité, que dans l'homme, mais elles ne peuvent être méconnues; elles sont, comme dans l'homme, cellulaireset pneumatiques ,ayantune paroi extérieure assez mince. Ce fait avait conduit Fauteur , dans un ancien mémoire, à exprimer dès ce temps , relativement au Gorille dont il ne possédait alors que la tête osseuse , la conséquence suivante : à savoir que , d'après la forme de l'apophyse mastoïde, si semblable chez l'homme et chez le Gorille, comparée à ce qu'elle est dans le Chimpanzé et dansl'Orang, on pouvait conclure que la station verticale lui est plus facile et plus naturelle qu'à aucune autre espèce de singe anthropoïde.
Cette assertion a été complètement confirmée par le reste du squelette du Gorille acquis subséquemment.
Dans le Chimpanzé, comme dans les Orangs, les Gibbons et autres singes inférieurs , la surface inférieure de la paroi du conduit tympanique ou auditif est plus ou moins plate et lisse, montrant, dans le Chimpanzé seulement, un mince tubercule situé au-devant de la fossette stylohyale. Dans le Gorille, la paroi du conduit auditif est plus ou moins convexe, et développe une crête répondant au processus vaginal sur le côté extérieur du canal carotidien. Les surfaces postérieures et internes de la cavité glénoïde articulaire sont mieux développées, surtout l'interne, dans le Gorille que dans le Chimpanzé. La crête qui s'étend de l'aile externe de l'apophyse ptérigoïde le long du bord interne du trou ovale, se termine, dans le Gorille, par un angle ou processus répondant à ce qui est appelé, dans l'homme, styliforme ou épineux; mais dans le Chimpanzé, l'Orang et le Gibbon, il n'y en a pas de traces.
Les orbites ont une forme tout-à-fail ovale , à grand diamètre vertical dans l'Orang. Elles sont presque circulaires dans le Chimpanzé et le Siamang, plus rapprochées encore de la forme circulaire et avec un bord plus saillant dans les petits
Gibbons. Dans le Gorille seulement, elles ont la forme qui semble la pins particulière à l'homme : il n'y a pas beaucoup de signification physiologique dans quelques-uns de ces derniers caractères ; mais, sous ce point de vue , l'auteur pense qu'ils sont, pour la comparaison actuelle, plus instructifs et meilleurs guides. Le trou occipital est plus voisin de la partie postérieure du crâne ; son plan est plus oblique , moins horizontal dans le Siamang que dans le Chimpanzé et le Gorille. En considérant la proéminence, relativement moindre, de la partie antérieure des mâchoires dans le Siamang, comparé avec le Chimpanzé, le caractère tiré de l'occipital dans le Gibbon et antres espèces d'Hylobates , montre bien leur place inférieure dans l'échelle des quadrumanes.
Sous le point de vue de la taille, relativement plus grande, des molaires , comparée à celle des incisiyes, le Gorille fait un pas plus important vers l'homme que le Chimpanzé. Les dents molaires sont relativement si petites dans le Siamang que, nonobstant la faible taille des incisiyes, la proportion de ces dents aux molaires est seulement la même que dans le Gorille. Dans d'autres Gibbons (Hylobates lar) 9 les quatre incisives inférieures occupent une étendue égale à celle des quatre premières molaires du Chimpanzé, à celle des trois premières molaires du Siamang, aux deux premières molaires et à la moitié de la troisième de l'homme. Dans cette comparaison, le terme molaire est étendu aux dents bicuspides.
La proportion de la longueur de la branche montante à celle du corps de la mâchoire inférieure témoigne de l'affinité relative des singes sans queue à l'homme.
Dans le profil de la mâchoire inférieure, l'auteur compare la longueur de la ligne tirée verticalement, du sommet de l'apophyse coronoïde, à celle de la ligne horizontale suivant les alvéoles. Dans l'Homme et dans le Gorille, elle en forme environ les 7/10 ; dans le Chimpanzé, 6/10; dans le Siamang,
elle égale seulement les A/10. Le Siamang diffère, de plus, par la figure et la saillie de l'angle de la mâchoire et par la forme de l'apophyse coronoïde, se rapprochant des singes inférieurs par ces deux caractères. Pour ce qui est de la grandeur de la surface post-glénoïde et de la forme de la cavité glénoïde elle-même qui est presque plate , de la grandeur de l'os pétreux et de la position du trou carotidien, leSiamang s'éloigne beaucoup plus du type humain, et se rapproche bien davantage du type des singes à queue que ne fait le Gorille, et cela dans un degré très-marqué.
Chaque déduction légitime, obtenue de la comparaison- des caractères des crânes des quadrumanes sans queue , s'éloigne du type humain dans l'ordre suivant : Gorille, Chimpanzé, Orangs, Gibbons , et ces derniers dans un degré plus grand et plus marqué.
Cet ordre a depuis peu été confirmé , avec un nouvel intérêt , par les découvertes de débris d'espèces de quadrumanes provenant de différents membres des formations tertiaires.
Le premier quadrumane fossile, dont la découverte par les lieutenants Baker et Durand est rapportée dans le Journal de Ut Société asiatique du Bengale ( novembre 1836) , a prouvé qu'il appartenait, comme les autres quadrumanes fossiles découverts depuis dans les terrains tertiaires (probablement miocène ) de Sewalik , au genre indien Semnopithèque. Les quadrumanes fossiles découverts, en 1839, dans les dépôts eocènes de Suffolk, forment un genre (Eopithecus), ayant les plus grandes affinités avec le genre Macaque. La dent molaire de singe des .bancs pliocènes d'Essex est, de très-près, alliée à l'espèce Macacus sinicus. Les débris du grand singe, de k pieds de haut, découverts en 1839 par le D r . Lund, dans une caverne calcaire au Brésil ont montré que , par sa dentition molaire (P* 3E5' m * 3^3)1 cet animal appartenait à une famille de singçs-
Plalhyrrhlnins qui sont particuliers à l'Amérique méridionale. La mâchoire inférieure et les dents d'un petit quadrumane, découvertes par M. Lartet dans un banc miocène de la France méridionale, et décrites par lui et par de Blainville, comme si voisines des Gibbons, justifient à peine la séparation générique faite pour ce singe, sous le nom de Pliopithecus. Enfin, une portion de mâchoire inférieure avec dents, en même temps que la diaphyse de l'humérus d'un animal quadrumane ( Dryopithecus) égale à celle du même os dans l'homme, a été découverte par M. Fontan, de St.-Gaudens, dans un banc de marne d'âge miocène supérieur, formant la base du plateau sur lequel cette ville est bâtie. Les dents molaires présentent le type de la surface triturante de celles des Gibbons (Hylobates); de même que, dans ce genre, la seconde vraie molaire est plus forte que la première , et non «gale en grandeur, comme dans l'Homme et le Chimpanzé. Les prémolaires ont une plus grande étendue antéropostérieure relative que dans le Chimpanzé, et, sous ce point de vue, se rapportent davantage à celles du Siamang. La première prémolaire a son tubercule extérieur du double plus élevé que le même de la seconde. Leurs tubercules internes paraissent, d'après la figure qu'en a donnée M. Lartet, être moins développés que dans le Gorille ; ils le sont certainement moins que dans le Chimpanzé. Le talon postérieur de ta seconde prémolaire est plus développé , et , conséquemment , l'étendue d'avant en arrière ^e cette dent est plus grande qu'elle ne l'est dans le Chimpanzé. Ainsi , la seconde prémolaire du Dryopithecus ressemble plus que dans Y Hylobates, et s'éloigne davantage du type humain.
Les canines , à en juger d'après les figures publiées par
M. Lartet ( Comptes-rendus de l'Académie des sciences,
Paris, vol. X LUI), semblent être moins développées que dans
..; : lés mâles Chimpanzé, Gorille et Orang. Par ce caractère, le
fossile, s'il appartenait à un mâle, se rapprocherait davantage de l'espèce humaine; cette particularité est une de celles que montrent également plusieurs des singes inférieurs , et ne peut servir à établir une affinité certaine, en supposant même que le sexe du fossile pût être reconnu comme étant mâle. La diaphyse de l'humérus , trouvée avec la mâchoire, est remarquablement cylindrique, comme dans Jes Gibbons et les Paresseux ; elle n'offre aucun de ces angles et aucune de ces crêtes qui , sur le même os, dans le Chimpanzé et l'Orang, montrent un rapport si prononcé avec l'humérus du sujet humain. La partie antérieure de la mâchoire, comme dans le Siamang , est plus voisine de la verticale que dans le Gorille ou le Chimpanzé ; mais , soit que la partie postérieure de la mâchoire ne fût pas éloignée à un aussi haut degré du type humain que la partie antérieure s'en rapproche , comme c'est le cas du Siamang, l'état du fossile ne peut donner sujet à une décision ou détermination suffisante. Un caractère significatif est néanmoins présent , c'est la forme de la partie antérieure de l'apophyse coronoïde : elle est légèrement convexe en avant, ce qui rend l'angle qu'elle forme avec le bord alvéolaire moins ouvert Le même caractère se voit dans les Gibbons» Le bord antérieur de la moitié inférieure de l'apophyse coronoïde de l'homme est concave, comme il l'est un peu dans le Gorille et le Chimpanzé. Le professeur Owen n'a pu étudier cet intéressant fossile, rapporté au genre appelé Dryapithecus , que sur les dessins publiés dans le XLIII". volume des Comptes-rendus de l'Académie des sciences. D'après ces dessins, la canine, deux prémolaires, la première et la seconde vraie molaire , sont en place; l'alvéole de la troisième molaire est vide, mais largement ouvert en-dessus ; d'où l'auteur conclut que la troisième molaire avait complètement franchi Ja gencive ; la couronne était entièrement formée, mais non les racines. Si la dernière
molaire a existé en simple germe, il est très-probable qu'elle serait conservée dans l'épaisseur de la mâchoire.
Dans un jeune Siamang , dont les pointes des canines permanentes pe faisaient que saillir hors de l'alvéole montré par le professeur Owen, la couronne de la dernière molaire était complète et arrivée au niveau de la base de celle de la pénultième; d'où il infère que la dernière molaire aurait franchi la gencive en même temps, sinon avant, que la couronne de la canine eût été complètement sortie. Ce caractère lire des dents, la conformation et la grandeur relative des dents en exercice, et spécialement l'étendue antéropostérieure des prémolaires, tout indique l'étroite affinité du Dryopithecus avec le Pliopithecus et les Gibbons actuels. La seule légitime déduction, fournie par le maxillaire et les dents fossiles, est corroborée par l'humérus fossile (fig. 9) , dans la planche citée ci-dessus.
Il n'y a pas de loi de corrélation au moyen de laquelle , de cette portion de mâchoire avec dents du Dryopithecus , puissent être déduits la forme des os du nez et des orbites , la situation et le plan du trou occipital , la présence de l'apophyse mastoïde et vaginale, ou autres caractères lires du crâne qui soient déterminàtifs d'affinités avec l'homme ; il y a encore beaucoup moins de fondement à y faire pour inférer les proportions des membres supérieurs et inférieurs, de l'humérus au cubitus , du pouce à la main , ou de la forme et du développement des os iliaques. Tous les caractères qui déterminent l'étroite ressemblance et l'affinité du genre Troglodytes avec l'homme , et du genre Hylobates avec les singes à queue, sont encore inconnus pour ce qui regarde le Dryopithecus, Un coùp-d'œil donné à la fig. 5 (Gorilla)> et à la fig. 7 (Dryopithecus) de la planche du Mémoire de M. Lartet, suffirait pour montrer leur différence de grandeur, le Gorille étant d'un grand tiers plus volumineux. La dé-
(faction, tirée par M. Lyell, que les parties du squelette du Dryopithecus jusqu'à présent connues , c'est-à-dire les deux branches de la mâchoire inférieure et l'humérus , suffisent pour montrer que, dans la structure anatomique aussi bien que pour la stature, il se rapproche plus de l'homme qu'aucune autre espèce de quadrumane, vivant ou fossile, jusqu'ici connu des zoologistes (1), ne s'appuie sur aucun fait adéquate ; elle est tout-à-fait contraire à ce que l'on peut déduire des ûgures de fossiles données par M. LarteL Ces parties du Dryopithecus montrent simplement (et l'humérus, d'une manière frappante) que ce quadrumane est plus rapproché des Gibbons ; la conjecture la plus probable est qu'il les surpassait, sous le rapport de la taille, dans les mêmes proportions relatives que le Protopùhecus du D r . Lund surpasse le Mycetas actuel. 11 pourrait se faire, cependant, que des strates d'une aussi haute antiquité que le miocène nous révéleraient des formes intermédiaires à quelque degré entre le Chimpanzé et l'Homme ; mais il faut en attendre la réponse des découvertes qui restent à faire ; et l'espérance que le monde fossile c puisse, dans l'avenir, apporter de nouveaux anneaux ostéologiques entre l'homme et les plus élevés connus des quadrumanes » peut être , sans doute , conservée jusqu'à ce que la croûte du globe nous ait fourni les preuves qu'une espèce, qui se rapprochait autant de l'homme que l'Orang, le Chimpanzé et le Gorille, ait anciennement eiisté.
L'auteur a obtenu plusieurs renseignements de personnes ayant séjourné au Gabon, ou ayant visité cette contrée, sur la nature et les habitudes du Gorille , espèce qui réellement offre on plus grand rapprochement avec l'homme qu'aucun autre singe connu, récent ou fossile; il a choisi les suivants,
(1) Sir CU. Lyelt. Supplément à la 5 e . édit. du Manuel de géologie élémentaire, in-8°. f 4859, p. 14.
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comme les plus probables et les moins exposés à contestation.
La patrie'des Gorilles est située dans l'Afrique occidentale; elle est couverte de forêts et traversée par les rivières Danger et Gabon; elle s'étend, de l'Équaieur au 10 e . ou au 15 e . degré de latitude méridionale. La partie où le Gorille a été le plus fréquemment observé est entrecoupée de vallons et de montagnes dont les cimes sont couronnées de grands arbres ; les vallées sont couvertes d'abondantes et hautes herbes, interrompues par des endroits dénudés où sont épars quelques buissons. Des arbres à fruits, de différents genres, abondent dans les vallées et sur les montagnes ; quelques-uns de ces fruits sont peu agréables au goût et délaissés par les Nègres, mais sont recherchés et mangés avidement par les Gorilles ; étant de différents genres et espèces, ils viennent à maturité en des saisons diverses et fournissent nécessairement une suite non interrompue de fruit* indigènes. Le professeur Owen donne, de ces arbres, l'indication des espèces suivantes :
Etais guxniensis , dont le Gorille recherche beaucoup le fruit , et la partie supérieure du stipe , appelée chou. Les Nègres du Gabon ont, comme tradition , que leurs ancêtres apprirent d'abord à manger ce chou en voyant les Gorilles le manger eux-mêmes ; ils conclurent que, s'il était bon pour ceux-ci, il devait l'être aussi pour l'homme ;
Parinarum excetsum, dont les fruits ' ressemblent à des prunes ;
Carica papaya ;
Musa sapientium, et Paradisiaca ;
Amomum Afzelii, et grandiflorurn, arbre à fruits écailteux comme des noix , que le Gorille mange après les avoir ouverts, en les cassant avec une pierre ;
Arbre encore innommé par les botanistes , et dont le fruit ressemble à une cerise.
Ainsi, les fruits et autres productions savoureuses et nu -
trilives du règne végétal constituent le fonds de l'alimentation du Gorille, comme du Chimpanzé. Les dents molaires , qui indiquent avec certitude la nature du régime d'un animal , s'accordent avec les faits connus sur le caractère frugivore du Gorille; mais elles répondent suffisamment à une habitude omnivore, pour suggérer que les œufs et les nichées de jeunes oiseaux , trouvés dans les arbres par les Gorilles , peuvent bien aussi s'y ajouter.
Le Gorille se fait un repaire en forme de hamac , en rassemblant , au moyen de petites tiges de plantes parasites, les branches d'un arbre à rameaux nombreux , serrés et feuillus, et il le garnit de larges feuilles de palmes sèches ou de long foin. Cette sorte de hamac se voit à diverses hauteurs de 10 ft 40 pieds au-dessus du sol; mais il n'y a jamais plus d'un pareil nid dans un arbre.
On ne les trouve point dans le voisinage des habitations de l'homme ; mais ils arrivent le plus communément dans les mois de septembre , octobre et novembre, après que les Nègres ont fait leurs récoltes de riz et quitté les buissons pour retourner à leurs villages. Observés à cette époque , ils sont décrits comme vivant habituellement par paires; ou, s'ils sont en pins grand nombre, le surplus consiste en quelques jeunes, de différents âges, formant probablement une seule famille. Le Gorille ne vit donc point en société. On voit les parents assis sur une branche, ayant le dos appuyé contre le tronc de l'arbre pour manger ou se reposer. D'après cette habitude, le dos du vieux Gorille a ses poils usés; les jeunes Gorilles s'occupent à jouer, sautant et se balançant de branche en branche, en poussant dés cris et des hurlements de violente joie.
Quand le vieux mâle est seul ou qu'il cherche sa nourriture, il est habituellement armé d'un solide bâton que les Nègres attestent être l'arme avec laquelle il combat son prin-
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cipal ennemi, l'Éléphant Nul autre animal que l' Éléphant n'attaque le Gorille directement ou avec intention de le faire; mais, celui-là tirant sa. nourriture de la même source, le quadrumane regarde le grand proboscidien comme un intrus hostile. Quand il s'aperçoit que l'Éléphant abaisse et écarte les branches de ses arbres favoris, le Gorille, se cachant à l'abri d'une grosse branche , frappe la trompe sensible de l'Éléphant d'un violent coup de sa massue, et chasse le géant effrayé qui pousse alors par sa trompe des sons aigus de rage et de douleur.
On dit que le Gorille , pour passer d'un arbre isolé à un autre, marche dans une position semi-droite en s'aidant de sa massue , mais gauchement et en chancelant ; quand on le voit marcher sans son bâton, il prend la station bipède, ayant ses mains croisées derrière sa tête pour contrebalancer instinctivement sa tendance à tomber en avant. Si l'on s'approche du Gorille tandis qu'il est à terre, il abandonne son bâton ; il se met sur ses quatre pattes , appuyant le dos de ses mains sur le sol, et prenant sa course avec rapidité , une sorte de grand galop oblique, vers l'arbre le plus voisin. Là, il attend celui qui le poursuit, spécialement si sa famille n'est pas loin et peut avoir besoin de son secours. Aucun Nègre n'approche volontiers de l'arbre sur lequel le Gorille mâle s'est mis sur ses gardes; même armé d'un fusil, le Nègre expérimenté ne prend pas l'offensive et réserve son coup de feu pour sa propre défense. L'antipathie du Gorille pour toute la race nègre, mâles et femelles, est généralement attestée.
Les jeunes hommes du Gabon font des excursions armées à la recherche de l'ivoire ; l'ennemi qu'ils redoutent le plus, dans ces occasions, est le Gorille. S'ils se sont imprudemment trop rapprochés de lui et de sa famille, il ne fait pas comme le lion une prompte retraite : il s'apprête rapidement à l'attaque en descendant sur les branches les plus basses, et
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empoigne l'ennemi le plus rapproché. Le hideux aspect de Fanîmal» avec ses yeux verdâtres flamboyants de rage , est encore augmenté parla peau qui recouvre l'arcade osseuse des orbites qui se meut rapidement en avançant et reculant, avec ses poils hérissés ; il est alors horrible et a quelque chose de diabolique. Si on le tire, et qu'il ne soit pas mortellement frappé, le Gorille se précipite à l'instant sur l'agresseur , il lui fait de très-dangereuses blessures , s'il ne le tue pas tout-à-fait, au moyen de ses puissantes et acérées canines. Le commandant d'un navire marchand, de Bristol, a assuré à l'auteur qu'il avait vu, au Gabon , un Nègre horriblement mutilé par les morsures d'un Gorille auquel il avait pu néanmoins échapper. Un autre Nègre montrait au même voyageur le canon d'un fusil courbé et en partie aplati par les crocs d'un a Gorille blessé, dans les convulsions de son agonie. Les Nègres, quand ils s'aventurent avec précaution k travers les forêts sombres et épaisses des Tropiques , deviennent quelquefois avertis du voisinage de quelqu'un de ces horribles et formidables singes par la disparition soudaine de quelqu'un de leurs compagnons , enlevé dans les arbres en articulant peut-être un cri étouffé ; et, peu de minutes après, il tombe sur le sol un cadavre étranglé. Le Gorille, épiant l'occasion favorable, lance son énorme main postérieure et saisit, an pafesage, le cou du Nègre comme entre les mâchoires d'un étau ; il l'enlève sur les plus hautes branches, et le laisse tomber quand le pauvre hère cesse de se débattre.
La vigueur du Gorille égale celle du lion ; il rivalise presque avec lui par la taille de ses canines. Il est supérieur au léopard, qui envahit les branches inférieures des arbres où le Gorille le combat et remporte une victoire aisée. Les puissantes canines dont le Gorille mâle est seul pourvu lui ont, sans doute, été données pour défendre sa compagne et ses petits.
Le squelette du vieux Gorille acquis, en 1857, pour le
Britisb Muséum , montre une fracture étendue avec consolidation difforme et raccourcissement de l'humérus gauche. Il est facile de reconnaftre que des abcès ont eu leur siège pendant long-temps autour de cette fracture, et que l'os s'est exfolié en partie. Les canines supérieures ont été arrachées ou sont tombées naturellement, quelque temps avant la mort, car leurs alvéoles sont effacés.
De cet historique incomplet du Gorille , il ressort une qualité recommandable : c'est la sollicitude du mâle pour sa femelle , et le dévouement de la femelle pour son petit.
Il m'a été raconté qu'un Français , collecteur d'objets d'histoire naturelle, étant au Gabon, pénétra, accompagné de quelques Nègres , dans les forêts qu'habitent les Gorilles , surprit une femelle, accompagnée de deux jeunes, sur un grand Baobab (Adansonia) qui se trouvait à quelque distance de la forêt la plus rapprochée ; dès qu'elle se vit découverte, elle descendit de l'arbre ayant l'un de ses petits accroché à son cou ; elle s'enfuit rapidement et gagna la forêt, en marchant sur ses quatre mains. L'autre petit , laissé sur le Baobab, voyant les hommes s'approcher, se mit à pousser des cris perçants. La mère, après avoir mis en sûreté le petit qu'elle avait emporté avec elle, revint bientôt chercher l'autre; mais, avant qu'elle fût redescendue avec lui, on lui avait coupé la retraite du côté de la forêt. Apercevant que l'un des Nègres la couchait en joue avec son fusil, elle serra contre elle son petit avec l'un de ses bras et agitait l'autre, comme pour implorer la pitié..... la balle lui traversa le cœur, mais la mère n'abandonna pas son petit qu'elle serrait contre elle. Celui-ci était un mâle , qui a vécu pendant la traversée, et qui mourut en arrivant au Havre. Le professeur Owen (1) a examiné le squelette de ce jeune
(1) On pourrait penser, d'après ce que dit ici M. Owen, que ce
Gorille dans le Muséum d'histoire naturelle de Caen ; il est redevable au* professeur Eudes-Deslongchamps, doyen de la Faculté des sciences de cette ville, de dessins de grandeur naturelle du squelette de ce rare spécimen.
Il y a plus de difficultés à obtenir un jeune Gorille, pour montrer dans une ménagerie, qu'un jeune Chimpanzé ; mais, comme aucun Chimpanzé, entièrement adulte, n'a jusqu'ici pu être capturé, il n'est pas permis d'espérer que le Gorille adulte, plus grand et plus fort, puisse jamais être pris vivant. Un Nègre courageux, chef d'une expédition de chasse aux Éléphants , à qui Ton offrait cent dollars s'il voulait amener à son retour un Gorille vivant, répondit : « Quand vous me donneriez une masse de monnaie d'or égale à la montagne que vous voyez là-bas, je ne pourrais faire ce que vous me demandez. »
Toutes les expressions des Aborigènes, qui se rapportent au Gorille , impliquent leur opinion de son étroite parenté avec eux-mêmes ; mais ils n'ont pas une haute opinion de son intelligence : ils disent que, pendant la saison pluvieuse, il bâtit une maison sans y mettre un toit. Dans leurs excursions de chasse, les hommes du pays allument des feux pour leur confort, et pour se protéger pendant la nuit ; quand ils ont quitté leur station , affirment-ils, le Gorille descend de ses arbres et vient se chauffer aux cendres encore chaudes ; mais il n'a pas assez d'intelligence pour savoir , en y mettant du bois, quoiqu'il y en ait en abondance alentour, entretenir le
squelette appartient au musée de Caen; c'est à celui du Havre qu'il appartient, et où il se trouve actuellement. Feu M. Lennier, conservateur du musée du Havre, avait communiqué à M. Eudes-Deslongchamps non-seulement le squelette, mais la peau de ce spécimen, que M. Lennier avait montés, pourquoi les étudiât et les dessinât à son loisir. La tête, la main et le pied, figurés dans la présente traduction, proviennent de ce jeune Gorille.
feu allomé; ils disent, en pariant de Ini : « vieux bonhomme avpide. »
Chaque récit sur les habitudes d'un animal sauvage, obtenu de seconde main des rapports des Aborigènes, a communément sa part d'exagération. L'auteur s'est restreint aux documents qui lui ont paru avoir le plus de probabilité et s'accorder avec l'organisation et les acuités de l'animal ; il ajoute seulement, sur l'affirmation et la croyance des Nègres du Gabon, que quand un Gorille est mort, ses compagnons couvrent son corps avec un amas de feuilles et de mottes de terre détachées et rassemblées dans ce but
Si l'on médite sur les rapports des choses , le Gorille est un singulier phénomène en histoire naturelle. Limité comme il l'est dans le nombre des individus de son espèce, et dans sa position géographique, on reconnaît que cela est dû aux conditions très-particulières de son existence, c'est-à-dire l'abondance suffisante de fruits sauvages qui ne peuvent se trouver que sur des espaces assez restreints. Que ces conditions favorables se rencontrent dans certaines parties de l'Afrique, et celles-ci ont pu être embellies, animées par une créature vivante des plus remarquables.
De semblables conditions existent à Bornéo et à Sumatra, où se trouve également un grand singe anthropoïde , de nature semblable, ressemblant au Gorille par l'armure dentaire, par sa force, et ayant besoin de la même nourriture. Ni les Orangs , ni les Gorilles , néanmoins , ne peuvent être utiles aux usages de l'homme directement ou indirectement Viendraient-ils à s'éteindre, aucun signe de changement ou d'interruption dans la chaîne de la vie ne se ferait remarquer.
Mais quelle est leur réelle signification !
Revenant finalement aux anciennes notices qui ont rapport
au grand singe anthropoïde de l'Afrique, le professeur Owen s'en réfère à son premier mémoire de février 18A8, dans lequel est citée (Trans. zoot. Soc, vol. III, p. 418) la traduction, par le docteur Falconner, du voyage de Hannon (London, 1797), avec sa dissertation justifiant l'authenticité du Périple.
Le professeur Owen a eu dernièrement l'avantage d'obtenir du vénérable évêque Maltby, le premier des hellénistes anglais, la traduction suivante du passage que l'on suppose faire allusion à l'espèce de singe en question : « Le troisième jour, ayant mis à la voile , passant le courant du Feu, nous parvlumes à la baie appelée Carne du Sud; dans cette baie était une île, semblable à la première, dans laquelle était un lac ; et, dans celui-ci, une autre île remplie de sauvages, mais dont la plus grande partie étaient des femmes, ayant le corps couvert de poil , que nos interprètes appelaient Gorilles. Les ayant poursuivis, nous ne pûmes prendre aucun homme: tous échappèrent en grimpant au milieu des précipices, et en se défendant avec des fragments de rochers ; mais nous prîmes trois femmes (femelles) qui mordirent' et égratignèrent ceux qui les amenaient, et qui ne voulaient pas suivre. Cependant, les ayant tuées , nous les écorchâmes , et nous avons apporté leurs peaux à Carthage ; car nous ne pûmes naviguer plus loin, vu que les provisions commençaient à nous manquer. » Le combat indique néanmoins le point le plus méridional de la cote occidentale de l'Afrique atteint par le navigateur carthaginois.
Aux recherches de l'évêque Maltby, qui sovtient que la récente découverte du grand singe africain e&l bien loin de résoudre la question de l'authenticité du Périple, le professeur Owen réplique : « La taille et la forme du grand singe, maintenant nommé Gorille, n'aura suggéré à Hannon et à son équipage aucune autre idée de sa nature que celle d'une
sorte d'être domain ; mais la faculté de grimper, h viDosité do corps etjes dépouilles des spécimeos qoi forent toés, aDoooceot évidemment qoe c'étaient de grands singes anthropoïdes. Le lait qoe de pareils singes, ayant ooe grande ressemblance avec les Nègres, égalant la stature homaine, avec le corps couvert de poil, sont encore existants sur la côte occidentale de l'Afrique, rend très-probable qoe c'étaient de semblables créâtores qoe vit et captora flaonon, et qu'il a nommées Gorilles.
La coorte observation faite par Batte), dans V Afrique tropicale occidentale, en 1590, rapportée dans Pilgrinages de Purchas, on Relations du monde, 1768, de la nature et des habitudes d'an grand singe à formes humaines, qu'il appelle Pongo, doit être de préférence rapportée ao Gorille. D'antres notices, comme celles de Nieremberg et Bosman, appliquées par Bufion au Pongo de Battel, ont été jugées sans valeur par Cuvier, qui rejette entièrement les conclusions de son célèbre prédécesseur touchant l'existence d'un pareil singe. Ce nom de Pongo (ou Goggo) donné en Afrique au Chimpanzé ou au Mandrill , a été , dit Cuvier, appliqué par Buffon à une prétendue grande espèce d'Orang-Outang qui n'était rien autre chose qu'un produit imaginaire de ses combinaisons. Après la publication du Règne animal de Cuvier , cette espèce supposée avait été bannie de l'histoire naturelle ; elle a été seulement réintroduite authentiquement depuis l'intelligente attention que le docteur Savage a dirigée sur la tête osseuse qu'il vit le premier au Gabon , en 1847 , et par l'opinion du professeur Owen au sujet de cette tête.