‹ Sur Le Mode De Végétation Du Corallorhiza InnataChapitre 1 sur 4 · DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

DE SAINT-PIERRE

La souche de l’une des Orchidées d’Europe les plus bizarres par sa conformation et son mode de végétation, le Corallorhiza innata , a été jusqu ici a^sez incomplètement étudiée et décrite, en raison, sans doute, de la rareté de la plante et du petit nombre d’occasions où elle est arrivée vivante et en bon état dans les mains d’un botaniste organographe.

Celte plante intéressante vient d’être trouvée et recueillie par quelquesuns de nos honorables confrères, au Yillard-de-I.ans, pendant une excursion botanique en Dauphiné faite par ces messieurs (2) au retour de la session de Montpellier. Plusieurs pieds de Corallorhiza en pleine floraison, enlevés avec le plus grand soin, sont arrivés à Paris dans un état de fraîcheur et d intégrité parfaites ; M. de Schœnefeld a bien voulu me remettre les individus les plus complets et m’en confier l’examen et l’étude.

Heureux de me trouver à même d’examiner sur le vivant cette plante, dont la souche est ordinairement incomplète dans les herbiers et déformée par la compression, j’en ai détaché la terre avec le plus grand soin, en la plaçant sous un mince filet d’eau, dans la crainte de briser par un autie procédé la souche fragile et à rameaux intriqués, ou de rompre des adhérences. La souche ainsi mise à nu, chez mes divers échantillons, j ai constaté que sa base, que je m’attendais à trouver constituée par une paitie morte, comme chez les rhizomes ordinaires (ceux des Polygonatum et des

Arum par exemple), que cette base, dis-je, manquait, et que, malgré le

soin avec lequel la plante avait été enlevée, le rhizome se terminait parune

cassure franche, daus une partie aussi fraîche et aussi vivante que le reste de son étendue.

J’ai constaté, eu second lieu, un fait très remarquable : ce

rhizome ne

(1) Buffon, Histoire naturelle, Paris, 17^9. t. I, p. 38 (Sur la manière d’écrire

l'histoire naturelle).

(2) Voyez plus haut, p. 702.

BÉANCE DU 10 JUILLET 1857 .

présente aucune trace de racines ou défibrés radicales adventives; or, il est, je crois, peu d’exemples de liges souterraines ou de rhizomes complètement dépourvus de fibres radicales adventives. (Ce fait, qui n’apasdû frapper ceux des botanistes qui ont regardé In souche du Corallorhiza comme une sorte de racine, a été remarqué et mentionné parM.Nees d’Esenbeck dans son Généra, bien qu’il ait décrit, dans le même ouvrage, la souche de YEpipogium, qui

le, sous le nom de racine.) Quant à la souche ellemême, elle se compose d’un rhizome blanc, charnu, très cassant, trèsrameux, à rameaux ordinairement très courts, dirigés dans tous les sens, et naissant les uns des autres dans un désordre apparent. Ce rhizome ressemble assez par sa forme, comme l’indique le nom de la plante, à une branche de corail ; mais si on l’examine avec plus d’attention, on voit que son mode de ramification n’a en réalité rien d’anormal. Chaque rameau naît, en effet, à faisselle d'une petite feuille membraneuse squamiforme qui, lorsqu’elle est détruite, comme il arrive dans la partie inférieure du rhizome, laisse une cicatrice très visible. — L’extrémité des rameaux souterrains est la partie de la plaute la plus anormale ; cette extrémité est obtuse, et, bien qu’elle constitue, en réalité, un bourgeon rudimentaire, on conçoit qu’on ait pu, au premier aspect, la prendre pour une extrémité radicellaire; mais il suffirait, pour être, détrompé, de remarquer que cette extrémité termine uu axe muni d’écaillesou feuilles squamiformes, car, de même qu'un bourgeon ne termine dans aucun cas une racine, une racine ne termine dans aucun cas l'extrémité d'une tige, soit aérienne, soit souterraine. Chaque bourgeon rudimentaire est susceptible de compléter successivement son développement et de devenir un bourgeon normal composé de feuilles squamiformes emboîtées. — Chaque année, un ou plusieurs do ces bourgeons écailleux (coniques-aigus) se développe en une tige aérienne à feuilles squamiformes, décolorée ou d’un blanc jaunâtre, florifère, puis fructifère, annuelle (ou monocarpienne) : chaque année aussi, de nouveaux rameaux souterrains s’ajoutent aux précédents et remplacent ceux qui sont épuisés par leur développement en tiges fructifères.

L’examen de la structure et du mode de végétation que je viens d’exposer, m’a conduit à la probabilité, sinon à la certitude, que le Corallorhiza innata est une plante parasite sur la racine des végétaux environnants. Je n’ai pu, il est vrai, constater l’adhérence, puisque dans les échantillons que je possédais la souche était brisée, sans doute à ce niveau ; et, par conséquent, la preuve directe manque encore. Mais, d’une part, je n’ai pas trouvé non plus de souche détruite à sa base, comme dans beaucoup de Monoeotylées et de Dieotylées, ni de souche munie de sa racine, émettant des rhizomes, comme dans certaines Dieotylées*, d’autre part, je n ai trouvé aucune trace de libres radicales adventives; or, non-seulement les racines adventives appartiennent aux rhizomes ordinaires, mais elles existent sou-

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