‹ Sur le parcours du chemin de fer du Lac St.-Jean [microforme]Chapitre 4 sur 6 · LINE · texte numérisé non relu

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pire ; je songeni à la touto-puissance de la persévérence, à la vertu magique contenue dans un travail à peine appréciable, à peine porceptible, mais dirigé incéssamment vérs le mêmé but. Partout, dans lt nature, Dieu a placé les infiniment potits au sein de l'infiniment grand, les uns pour détruire, les autres pour édifier. Il y a des infiniment petits qui dévorent les forêts; d'autres, comme les thermites, qui font leur pâture des plus orgueilleuses constructions navales ; d’autres, comme les polypes et leszoophites, qui élèvent. depuis des millions d'années, au plus profond des mers, à 25 ou 30,000 pieds au dessous de leur surface, des montagnes gigantesques qui, plus tard, dressent leur tête dans les cieux, quand les océans bouleversés se déplacent; et je ne sais trop comment, par quelle filiation inconsciente d'idées, ma pensée se porta sur l’infime minorité libérale, dévorant lentement, pendant des années, le colosse conservateur, et finissant, à un moment donné, par lui passer à travers le corps, victorieuse et triomphante, mais consternée, éperdue, béante, en arrivant au grand jour, de se trouver sur un amas de ruines, c'est-à-dire sur le budget provincial.

Les sons d’une cloche retentirent dans le voisinage ; c'était le signal du dîner pour les employés de la compagnie ; je me rendis chez St, Onge; je dînai, puis je causai longuement, puis je pris des notes, puis je lus en attendant le train qui devait me corduire au bout

de la ligne, cinquante milles plus loin, ‘ au bout du

fer” comme on dit sur les lieux. Il était environ “quatre heures et quart lorsque je montai dans le seul et unique wagon que l’on attache aux trains de construction, pour l’usage des ingénieurs du chemin, des arpenteurs, des entrepreneurs de sections, de leurs femmes et de quelques rares voyageurs. C'était l’heure où, à cette époque de l’année, les premières voiles du crépuscule, encore indécises, descendent sur la terre, l’une après l’autre, toujours de plus en plus épaisses, comme pour l’endormir doucement et graduellement. Un ciel d'automne, sans couleur et sans chaleur, jetait sur la terre dénudée des torrents de mélancolie et l’inondait de reflets ternes et mats, comme l'atmosphère d’un astre mourant, Les bois dépouillés n'avaient plus ni voix ni ombrages, ni asiles pour les oiseaux depuis longtemps envolés sous des cieux plus riants ; seuls, les sapins et les épinettes dressaient leurs silhouettes roides et droites, comme des flèches que le 801 eût lancées vers la nue ; seuls ils donnaient à la forêt ce qui lui restait d'ombre et cette ombre était silencieuse, immobile et noire comme la nuit sur les tombeaux : les précipices, d’où parfois, quand les orages s’y engouffrent, s'élèvent comme des soupirs arrachés aux entrailles de la terre, étaient étouffés sous l’épaisse dépouille des feuilles mortes que le vent d'automne leur avait jetées par tourbillons ; les lacs, arrondis et creusés au pied des montagnes, semblaient comme de grands réservoirs pleins des larmes de la nature agonisante ; l’espace muet était déserté de tous ses hôtes, si ce n’est par le sinistre corbeau dont l’aile noire passait comme une raie sitôt effacée

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que découpée sur la nue immobile; les petites rivières, ga et là, tiraient péniblement leurs-eaux déjà pesantes

. et engourdies ; partou: le silence, une atmosphère re-

gorgean ; de tristesse, une sorte de saisissement de la nature entière dans lequel toute vie s'était arrêtée soudain, et le crépuscule épaissi donnant à tous les objets d'alentour des formes de spectres et de fontômes qui fuyaient épouvantés devant le soufle brûlant et le jet de feu sanglant de la locomotive,

Nous allons, nuus avalons l’espace aussi vite qu’on peut le faire dans un train de construction sur les sections de la voie où le ballastage est complété, mais où il n’est pas encore assez ferme pour permettre à la locomotive de se lancer dans la plénitude de sa force, comme le discours d’un membre convaincu. Il s’agit

: d'arriver, pour le souper de six heures, au bout de

l’île du Lac Edouard, à la première traversée de la Batiscan, trente milles plus loin que la rivière à Pierre, endroit décoré aujourd’hui du nom de station Beaudet, et où s'élève ou plutôt s’allonge un log-house aristocratique, le Windsor, quartier général et pension des entrepreneurs, des ingénieurs, lés arpenteurs, des chroniqueurs et des conférenciers de distinction. Après une course de sept milles, nous passons devant une toute petite construction qui n’a l’air de rien du tout, que l'on croirait être une guérite de factionnaire abandonnée. Mais il faut faire attention à soi en arrivant ici, car cette guérite est la propriété d’un employé du bureau de police, sorte de station minuscule que M. Aimé Talbot, car c’est bien lui, a fait construire à ses frais et où il descend chaque fois qu’il

Di uée

veut se rendre aux lacs qu'il a loués du gouvernement dans la région avoisinante, Le domaine que M. Talbot tient sous sa muin protectrice a vingt-cinq milles en superficie; il s'étend depais le quatrième jus. qu'au neuvième mille à partir de l1 rivière à Pierre, sur la rive droite du chemin de fer, tout près de Ja Batiscan, et renferme autant de milles, c’est-à-dire cinq, en profondeur, En quittant la station Talbot, vous prenez un sentier de billots, ouvert à travers le bois sur un terrain très uni, et vous arrivez, vingt minutes après, au premier lac de la location qui s'appelle lac Padoue, Là vous trouverez des embarcations et un ‘campe” en excellent état, mani de tous les ustensiles possibles de cuisine et flanqué d’une glacière qui sert à conserver le poisson frais durant cstte fugitive et éphémère saison que nous appelons par métaphore

l'été du Canada. Du lac Padoue un chemin plaqué (1) vous conduit, 4 de mille plns loin, au lac T'bot, un lac très profond et très poissonneux, et si vous voulez vous aventurer dans la forêt, vous redécouvrirez à peu de distance six autres lacs que M. Talbot a déjà découverts une prmière fois en faisant la chasse au caribou. C’est ainsi que se font la plupart des découvertes dans l’intérieur de notre pays, et nous devons bien plus, pour la connaissance géographique que nous en avons, aux chasseurs et aux trappeurs qu’à bon nombre des ar.

penteurs de la province"êt à leurs beaux rapports dans

lesquels on n’apprend rien, pas même dans celui de

(1) On entend par chemin plaqué, dans le bois, celui qui est indiqué par des entailles ou autres marques faites aux arbres de distance en distance. Fo

M. Bignell qui a découvert, il y a deux ans, le lac Mistassini, juste deux cents ans après que le Père

Albanel l’eût parcouru dans tous les sens. C’est cn faisant la chasse au caribou que M. Talbot a tué

une loutre magnifique, des visons, des lièvres, et jusqu'à des perdrix, image réduite des fauves, re qui n'empêche pas que trois caribous n'aient été aussi atteints par son plomb homicide et dévorés avec une luable émulation par ses nombreux amis. Pour vingtcina dollars payés annuellement au trésor public, M. Talbot à le droit de parcourir en véritable seigneur de l'époque féodale ses poissonneux domaiL.es.

Si nous traversons maintenant sur la rive gauche de la ligne, de l’autre côté de la Batiscan, treize milles plus haut que la rivière à Pierre, nous entrons sur le majestueux domaine du “ Club des Laurentides ” qui a une superficie de cinquante” milles, ar:osés par on ne sait combien de lacs, dont vingt, jusqu'à présent, ont été découverts. Vous descendez à la station du Cap, qui est celle du club, vous traversez la Bastican dans un bac à traction et vous vous rendez par un chemin dG charroyage au lac Travers, qui est le premier lac sur votre route, et où le club a fait construire une maison pour le gardien «le ses états et sa famille, C’est par là que passait autrefois ce chemin célèbre, connu seulement des chasseurs et des missionnaires, qui menait de Québec au Lac St-Jean; on suivait les lacs les uns après les autres, en faisant des portages entre chacun d'eux, jusqu’à ce qu'on fût arrivé à l'embouchure de la Métabetchouan où les Jésuites avaient établi une ferme magnifique, et où la

Compagnie:de la'Baïe. d'Hudson érigea plus‘tard' un poste et des magasins’ pour faire la traite des pelle-, teries, Aujourd’hui, le Club des Laurentides n’a pas dépensé moins de quatorze cents dollars en chemins de colonisation dont se servent les arpenteurs et les: chasseurs, en constructions et en améliorations de: toute nature ; aussi, est-il parfaitement justifiable de venir demander au gouvernement de l’aide dans son œuvre si utile à tous et si propre à faciliter d’avance l'établissement de cette région où se trouve de la terre arable en plus grande quantité que dans toute la région avoisinante.

Soixante personnes seulement, au plus, peuvent faire partie de cette association d'élite en paÿant une somme de cent dollars pour leur inscription parmi les membres du elub, et ensuite une souscription annuelle qui est de dix dollars, mais qui peut être portée jusqu'à vingt si des améliorations ou des travaux urgents l’exigent. Dès cet été le Club vafaire bâtir, sur une éminence qui domine le lac Travers, une habitation complète pour ses membres, et une autre dans le voisinage immédiat pour les dames qui aimeront à aller faire deux ou trois jours de cette villégiature sauvage, d’un attrait tellement . irrésistible, lorsqu'on y a goûté une fois, que toutes les autres vous paraissent fades,. insipides et abominablement uniformes,en quelque endroit qu'on veuille aller, Le Club des Laurentides paie au trésor public une redevance annuelle de ceni. dollars,

Sur la route, noûs traversons la rivière McQuig où st installée la boulangerie générale, capable de four. :

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