‹ Sur le peuplement entomologique de l'Asie CentraleChapitre 10 sur 74 · DOS · texte numérisé non relu

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dizaine de grands mouflons (Ouis Argali Parras) et trouvé au sol de nombreux crânes avec leurs massacres, qui atteignent dans cette région au Nord de Pao Téou une dimension record.

IV) De Wu Ni Wu Su à Torgozomu sur l'Etsin-Gol (26 mai au 6 Juin 1931).

Le désert de Gobi.

Le faciès désertique débute à Wu Ni Wu Su dela façon la plus brutale par la disparition de la prairie à Ephedra, et l'apparition d’un socle de granite nu, brûlé et patiné par le soleil, avec des poches, dépourvues de toute végétation, en ce point, d’une arène d’un blanc éclatant sous la lumière erue d’un ciel sans nuage. C’est au chaos de blocs en boules, autour de Wu Ni Wu Su que nous avons placé la frontière du désert, particulièrement sensible en ce point.

La traversée de ce désert, accomplie du 26 mai, de Wu Ni Wu Su, au 6 juin 1931, à Torgozomu sur l’Etsin Gol comprend la traversée de deux régions distinctes :

1° Une-série de bassins alluviaux fermés — bassins d’Aberhu, de Cho Lun Hurre Gol— d'Hoyer Amatu et Abder Tu — pour ne citer que les principaux.

2° Les glacis méridionaux de la Chaîne de l'Ergu Kara, massif frontière entre la Mongolie intérieure au Sud et la Mongolie extérieure au Nord pour descendre à partir de Chagh Anders Otok, vers le bassin fermé des lacs jumeaux Gahsun et Sogo Nor où se jette le fleuve Etsin Gol.

a) De Wu Ni Wu Su à Hoyer Amatu (96 au 31 mai 1931).

Les bassins alluviaux : Dès la traversée de la vallée de Wu Ni Wu Su, entaillant le granite blanc parcouru par de longs cristaux de tourmaline, la route franchit une croupe de ces granites sur environ 10 km., recouverts de sables fixés par les buttes à Caragana microphylla Lan. qui sont ici sur leur fin et beaucoup moins élevées et moins serrées les unes contre les autres que dans le bassin de Ha Sha Tu. Après la traversée de cette croupe la route s'engage dans un défilé entre de hauts piliers de boules de granite, défilé tournant et descendant dans des schistes noirs redressés au contact du noyau granitique parcouru par la gorge de la rivière sèche de Kuarto. Cette gorge, progressivement rétrécie, est plantée d'une quadruple rangée de gros ormes (Ulmus pumila L.) plantés par

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la dynastie des Mings, rejetant abondamment par leur base et au pied desquels grouillent de nombreux insectes. Ce défilé se rétrécit jusqu’à un coude d’une dizaine de mètres de large, entre deux reliefs d'une trentaine de mètres de haut, celui de droite en falaise, au pied de laquelle est une pelouse en fleurs d'une Légumineuse — Thermopsis lanceolata R. Br. (refuge d'une nombreuse faunule d’insectes ténébrionides) et celui de gauche constitué par un banc rubané, incliné à 45° de schistes micacés grenatifères, truffés de grenats très impurs, de la grosseur d'une bille (défilé des grenats) après lequel, entre des dunes fixées par les buttes du Zygophyllum brachypterum Kar. er Kir. plante caractéristique des bassins du Gobi, nous entrons dans l’immense bassin à l'Ouest de Kuarto, s'ouvrant largement vers Aberhu.

Les bassins, envahis en Mongolie verte par les pâturages sont, à partir d'ici, franchement désertiques. Ce sont les faciès typiques du désert de Mongolie Centrale. En Mongol, Gobi veut dire bassin; les Chinois assignant au désert le terme de Cha Mo (Mer de sable) désignant spécialement les régions ensablées. Les Mongols reconnaissent plusieurs variétés de Gobi suivant la nature du sol où les divers aspects du désert.

Ils, distinguent principalement trois sortes de Gobi :

Les Gobis rouges : bassins de terre sanglante (terres rouges pontiennes du P. Teilhard de Chardin) fréquemment disséqués en bad lands.

Les Gobis jaunes : désignent ceux de ces bassins envahis par les sables, accumulés dans certains jusqu’à former des dunes, ailleurs des bancs de sables fixés surtout par les Zygophyllées.

Les Gobis noirs : dus surtout aux couleurs de la patine sur les roches et les cailloutis, terme vague qui s'applique à la fois aux schistes noirs, à leur glacis ou aux surfaces horizontales des terrasses supérieures, recouvertes d’un chapeau de loess recimenté et des graviers roulés de l'aspect des « regs » du Sahara Septentrional et Central, aspect du désert plus souvent représenté dans la région de Sou Tchéou, dans le bassin de l'Etsin Gol et dans le massif de l’Ergu Kara, que dans les bassins orientaux où dominent surtout les Gobis rouges et jaunes.

Le bassin d'Aberhu, au point où y débouche la rivière de Kuarto, présente l'aspect typique d'un de ces bassins formés d’un empilement de trois terrasses horizontales de 10 mètres pour la terrasse inférieure, 40 mètres pour la terrasse moyenne et 60 mètres pour la terrasse supérieure, la plus fragmentée, empilées en un triple gradin de marches horizontales, la dernière, de près de 10 km. en arrière des autres, barrant tout l'horizon de falaises linéaires indistinctes dans la vibration de l’air chaud et la poussière dorée des tourbillons de sables, en un immense amphithéâtre naturel, cernant tout l'horizon de marches mauves et rouges : un Gobi.

Signalons en outre, à 3 km. au Sud de Kuarto, deux magnifiques

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témoins de terre rouge (pontienne, P. Teilhard de Chardin) recouverts par un chapeau de lobe sanméniens recimentés, de 3 à # m. d’épaisseur, formant comme deux grandes demoiselles ou pyramides des fées, isolées par la dissection de la deuxième terrasse.

Continuant à descendre vers l'Ouest, le lit desséché de la rivière de Kuarto, la route atteint à Tso Li Kara Khotok, un puits, simple trou dans les sables, entouré d’un premier bassin de dunes, le flanc abrupt tourné vers le Sud-Est (vent nord-ouest ou vent Jaune dominant) formées de sables très mobiles, couvertes d'une faune pullulante, de tenebrionides : Anatolica et Mantichorula Semenowi Rrr.

Le bassin d'Aberhu, jusqu'au gneiss de Pagh Mott in Sumu, s est montré de loin un des plus riches par la végétation et par la faune, de tous les bassins traversés, celle-ci, s’'appauvrissant progressivement d’Est en Ouest tant par le progrès de l’aridité vers l'intérieur et la raréfaction des pluies, révélées dans les bassins centraux par le desséchement et la mort des Zygophyllées buissonnantes, que par l'avance de la saison. Le printemps est court dans le Gobi; la tte semaine de mai, c'est la semaine des fleurs et des amours rapides. Dès le mois de juin 1 insectes ont pondu et les fleurs sont en graines, müûries et semées avant la fin du mois.

Après le banc de dunes de Tso Li Kara Khotok, le Kuarter Gol s'élargit en lits multiples, emplissant de galets roulés tout le fond du bassin d'Aberhu traversé de nuit dans les dernières heures du 28 mai 1931.

Atteignant et gravissant alors par des raidillons les terrasses de Ja limite occidentale du bassin d'Aberhu, fermé à l'Ouest par une chaine de collines dentelées de 200 à 300 mètres d'altitude, la route remonte le cours sud-nord de Îa rivière sèche de Pagh Mott in Sumu, abritée au pied d’une colline de gneiss, entuillée par cette rivière en une gorge en murs verticaux de 2 à 10 mètres, à fond plat, plantée d'énormes ormes et où le sous-écoulement permet la présence d’une flore assez abondante, Atraphaæis pungens JAus £r Spacu. (Polygonacée) Convolvulus spinosus Buru. et d’une faune entomologique.

Ayant remonté cette gorge jusqu’à son origine dans un nouveau bassin de terres rouges, profondément disséquées en bad lands, vers l'Est, où couraient des gazelles, Gazella subqutturosa Gurpensr, la Gazelle des bassins désertiques, tout à fait distincte de Procapra gutturosa PALLAS, la Gazelle des steppes. Notre route tournant vers l'Ouest remonte une déchirure de ces bad lands et parvient sur un plateau de graviers d’une vingtaine de kilomètres jusqu’à une nouvelle chaîne de gneiss, parallèle à celle de Pagh Mott in Sumu profondément disséquée par des vallées sèches descendant sur le petit bassin de Cho Lun Hurre Gol. La traversée de ces vallées, encaissées dans des défilés à murs verticaux souvent plus étroits que nos voitures, et que nous devons élargir à l’explosif, et par surcroît coupées de cascades, nous prend pour y accomplir 6 km., tout le travail de la journée du 30 mai.

Nodres

Limité au Nord par une chaîne de collines formant la frontière entre la Mongolie extérieure et la Mongolie intérieure, le bassin de Cho Lun Hurre Gol, autour du gros puits de même nom, est envahie par un banc de hautes dunes, surtout développées en crêtes de 100 mètres de haut vers le Sud, leur abrupt tourné vers l'Est Sud Est (vent Jaune ouestnord-ouest dominant encore ici) et que nous traversons au point le plus étroit. C'est au Sud une longue muraille de crêtes fauves, poussées les unes contre les autres et dont le développement de plus en plus important dans les bassins méridionaux de l’Ala Chan vaut à cette partie du Gobi son nom chinois de Cha Mo, la Mer de Sables.

Passé ce banc de dunes, nous traversons, entre des buttes de schistes noirs, le bassin circulaire de Chagh Anders Khotok, pour atteindre au puits de Ate Ke Vin Sian, le grand lit de rivière sèche circulant au fond

Yourts et puit d'Hoyer

Harrei Saute

Fig. 2. — Relief des terrasses d’alluvions au niveau de la chaîne des schistes noirs entre les bassins d'Hoyer Amatu et d'Harrei Sante.

du bassin où sont les yourtes (tentes mongoles) autour du puits de Hoyer Amatu atteint sous la pleine luné, le 31 mai 1931.

Ce bassin est limité au Nord par une chaîne de collines très importantes de 3 à 500 mètres de haut, formant à 15 km. de là la frontière de la Mongolie extérieure.

b) de Hoyer Amatu à Torgozomu sur l’Etsin Gol (1e au 6 juin 1951).

Une ligne de très basses collines limite au Sud le bassin d'Hoyer Amatu. À ce sujet, nous devons faire ressortir un paradoxe topographique que nous avons noté sur le carnet d'itinéraire. « Nous montons au Sud d’'Hoyer Amatu, un glacis de piedmont dont nous atteignons le faîte. A partir de ce point, on descend dans la montagne ». Le dessin fig. 2 rend compte de cette curiosité. La base des bancs de schistes inclinés, pendant à 30° vers le Nord a été disséquée et affouillée par l'érosion récente des orages en contre-bas du manteau d’érosion pleistocène et la piste qui circule entre des pitons isolés de ces schistes descend effectivement au cœur de la montagne en contre-bas du glacis qui l'entoure. Par ces gorges, circulant entre les schistes noirs, nous parvenons au bassin d'Abder Tu. Il est bordé comme celui d'Aber Hu par l'empilement des trois terrasses de terre rouge, ici beaucoup plus rapprochées les unes

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des autres, d'où émergent, à une quinzaine de kilomètres dans le Sud les trois pitons isolés du Berr Chi Mi Ula. Ce grand bassin, largement développé vers le Sud, et où l’ensablement en dunes semble être en cours, est le dernier que nous traversons (2 juin 1931), en nous dirigeant vers le Nord-Est pour atteindre les glacis méridionaux des chaînes de schistes noirs de l'Ergu Kara.

La traversée par le Sud de l’ensemble montagneux accompagnant la chaîne de l’Ergu Kara sur une longueur d'environ 200 km., a occupé les journées du 3 et du # juin 1931.

Ce furent d’abord le franchissement de deux bad-lands distants de 25 km. l’un de l’autre, recouverts de blocs de schistes noirs, injectés de quartz, mi-roulés, mi-éclatés, arrachés aux chaînes du Nord, auxquels font suite, par des défilés de 2 km. de larges, deux petits noyaux anticlinaux parallèles à la chaîne du Nord et dont le dernier débouche sur la grande vallée élargie en bassin de Painte Tologoï (soir du 3 juin), gros poste marchand au bord d'un lit particulièrement important dans une vallée de 5 km. de large qui descend vers le Sud.

Cette rivière traversée, la route continue vers l'Ouest entre la chaine principale de l’Ergu Kara au Nord, et des chaînons secondaires (portés sur la carte), parallèles à celle-ci et orientés E-W, chaînes de plus en plus nombreuses et serrées jusqu'aux alentours de Chagh Anders Khotok à partir duquel l’ensemble du massif s’abaisse et semble s'ennoyer en une grande inflexion axiale occupée par la dépression où finit l'Etsin Gol, encore distant de 150 km.

La pente des vallées n’est plus alors Nord-Sud, mais Est-Ouest et c'est entre des chaînes de plus en plus basses, parallèles à celles qu'Aurel Stein a cartographiées dans sa feuille de Kungurche, que nous arrivons jusqu’à l'immense plateau recouvert de cailloutis patinés sur du loess, et de 30 km. de large, que tranche tout à coup la ligne d’or des dunes de l’Etsin Gol, derrière lesquelles émergent les cimes d’un vert tendre dela forêt de peupliers.

FLoRE ET FAUNE pu Got.

En tenant compte du fait déjà signalé du dessèchement progressif de ce désert de PEst vers l'Ouest, entre les bassins au Nord de l’Ala Chan jusque vers l'Ktsin Gol, le peuplement de ce désert est déterminé par le problème de l’eau.

Cette eau se manifeste sous la forme du sous-écoulement, toujours présent dans la partie orientale de notre itinéraire et localisé dans les lits des rivières sèches, sans affleurement d'eau, mais se révélant par la pré-

sence de puits nombreux espacés de 10 à 20 km., jusqu'aux environs des glacis de l’'Ergu Kara pour s’espacer un peu plus par la suite, sans dépasser le maximum de 60 km., la plus grande distance à couvrir entre deux puits étant l'étape de cette longueur, redoutée des caravaniers qui sépare le puits d'Ha Chak Khotok de l'Etsin Gol.

Un autre caractère important de ce sous-écoulement dans les lits de rivière, est la faible profondeur de son site déterminée par la faible épaisseur des sédiments qui reposent sur un socle cristallin imperméable, ou par la présence de la terre rouge, riche en argile, imperméable également. Notre ami, Jean Carl, archéologue adjoint au groupe Chine, a mesuré la profondeur de ces puits qui ne dépassent jamais la profondeur de 5 à 6 mètres sous les bancs de galets à travers lesquels ils coulent jusqu’à la nappe. Ce sous-écoulement se révèle en outre, bien entendu, par la richesse relative de la végétation dans les fonds de rivières et les dépressions inférieures des bassins, auxquels elles se limitent dans les parties les plus arides du désert qui environnent l'Ergu Kara.

Dans les bassins orientaux au contraire, la fréquence des pluies reste suffisante pour conserver de l'humidité dans la croûte de galets reposant sur la terre rouge des terrasses et la surface de celles-ci, d’ailleurs souvent incrustée de sels et couverte de touffes de nitraires — Nitraria Schoberi L. (Zygophyllacée) — ou de salicornes (Haloxylon Ammodendron) (Chénopodiacée) formant de petites brousses d'arbustes écartés de 2 à 3 mètres de hauteur, dont l'aspect est donné par une de nos photographies.

Une troisième localisation de l’eau est celle de la nappe phréatique concentrée dans les dunes, dunes d’ailleurs d’assez peu d'importance dans la partie du désert traversé par nous, à part le grand banc au sud de Cho Lun Hurre Gol, mentionné plus haut. Notre route d'ailleurs a été spécialement étudiée par l'ingénieur W. Petro pour éviter les dunes et les sables mobiles, leur présence constituant le seul obstacle grave à une traversée facile et rapide du désert de Gobi en automobile.

Ces dunes, accumulées de préférence dans le centre des bassins, reposent sur la croûte imperméable des terres rouges et sont un réceptacle naturel pour les eaux de pluie. De ce fait, la dune, loin d’être un obstacle à la présence de la vie dans le désert, joue au contraire un rôle d'asile et de centre de peuplement. Les longues racines du Sarcozygium æanthoxylum Buxcr, Zygophyllacées vont puiser dans leur profondeur l’eau de la nappe et le lacis de leurs rameaux et de leurs tiges souterraines sert d’aliment, d'abri, et de source d'humidité indispensable à la présence de nombreux insectes parasites (curculionides ou buprestides) ou saprophytes — ténébrionides dont nous publierons plus loin la liste de captures.

Une dernière et très importante localisation de l’eau est celle qui, là où nous les avons traversés (Wu Ni Wu Su, Pagh Mott in Sumu, Cho Lun Hurre Gol), s’est manifesté notamment par une très importante végétation

souvent arbustive, dans les granites et gneiss dont les diaclases superficielles semblent être un lieu de retenue particulièrement privilégié des eaux de surface (figure 3). La surface de ces gneiss est souvent aride, dénudée, brûlée par le soleil et les vents tour à tour glacés ou torrides. La base de ces massifs cristallins, les gorges de torrents qui les entaillent, sont au contraire garnies d'une végétation souvent assez dense, et cest sur ces petits massifs cristallins que nous avons pu observer la présence de troupes de chevaux sauvages (Equus Przewalskyi) et de mouflons (Ovis Argali), ces derniers hantant exclusivement les parties montagneuses de l'itinéraire, tandis que les petites troupes de la Gazella subqutturosa se trouvent principalement dans les bassins. 1E

En résumé, donc, quatre localisations importantes des eaux à proximité de la surface, au point d'être accessible aux racines des plantes :

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Fig. 3. — Dissection orthogonale des gneiss dans les massifs de Pagh Mott In Sumu et Cho Lun Hurre Goi montrant la localisation de l’eau et de l’eau et de la végétation dans les arènes occupant le fond des affluents secondaires et terliaires des lits de rivières sèches. Les Ormes peuplent souvent le fond du lil principal.

1° A la surface des bassins quand la pluviosité est suffisante, et que cette surface est suffisamment imperméable, présence en nappes diffuses manifestée par la présence d'une végétation différente pour les terrains salés (Nitraire et Haloxylon) ou les terres douces (Zygophyllum, Calligonum), etc.

% Dans les fonds de rivières avec tendance à se concentrer en lacs sou terrains, poches ou trous d'eau où les puits la recherchent, avec la présence d’une nombreuse végétation éparse, les rivières desséchées sont en général marquées par des lignes de végétation surtout herbacée,

3° Dans les dunes.

4° Dans les gneiss et granites, comme nous l'avons vu plus haut.

Nous devons signaler au contraire trois zones particulièrement im-

propres à retenir l'eau et dont la présence s'accompagne d'un grand appauvrissement de la flore et de la faune :

Ces régions sont :

1) Les glacis, qui, soit du fait de leur pente, soit des matériaux qui les constituent, ne présentent de végétation notable qu’à leur base, ou s'ils descendent de massifs de granite et de gneiss, à leur sommet au contact de ces roches où se révèle la résurgence de l’eau des diaclases.

Si elle n'est pas complètement aride, la surface inclinée du olacis ne doit la présence d’une végétation dispersée et chétive qu'à l'existence d'un revêtement de terre rouge imperméable mais dont la surface craquelée retient encore une quelconque présence d’eau.

L’aridité des glacis est principalement due à la pente. Cette pente se révèle également par leur brutale érosion en bads lands par les torrents temporaires dus aux orages rares mais violents.

2) Les schistes noirs et les calcaires. Pour des raisons différentes et qui

Fig. 4. — Localisalion de l’eau dans le Gobi.

À gauche les gneiss disséqués par un lit secondaire et les glacis qui leur font suite. Au centre des dunes fixées par le Sarcozygium xanthoxæylum Buncs. À droite les schistes noirs arides et les terrasses alluviales peuplées par de rares touffes du Nilraria Schoberi L. G : gneiss, O : Ormes. Z : Zygophyllum en buttes. S : Saxaouls. X : dunes fixées par le Sarcozygium. N : glacis à Nitraires. Sch : Schistes noirs arides.

tiennent à la lithologie. Autant les gneiss et les granites, en raison des diaclases superficielles et de la fissuration capillaire, se comportent comme de véritables roches citernes, autant les schistes et les calcaires, en raison de leur large fissuration, sont au contraire un lieu de fuite pour les eaux de surface. Les choses se passent un peu différemment d’ailleurs pour ces deux sortes de roches :

3) Les calcaires sont exceptionnels dans la partie centrale etorientale du Gobi, nous ne les avons rencontré qu'aux deux extrémités orientales et occidentales de l'Erga Karu, sous formes de pitons et de pics isolés perchés comme des écailles sur un soubassement cristallin proche. L'eau, par les diaclases dont ils sont hachés, les traverse comme une écumoire et se retrouve immédiatement à leur base suivant la nature du substratum. Les pitons calcaires sont parfaitement nus et patinés et on ne retrouve de végétation qu'à leur base au niveau des eaux de résurgence.

Quant aux schistes, si profondément cassés et diaclasés soient-ls,

A. REymono.

Vue

autant et plus que les granites, soit-que leurs cassures soient recimentées par des filons de quartz qui les obstruent, et alors l'eau glisse sans pénétrer sur ces bancs imperméables et coule rapidement vers les glacis et de là le fond des bassins, soit plus souvent que ces fractures multiples réduisent la surface des schistes en blocs entre lequels l’eau fuit sans être retenue et arrive en profondeur jusqu’à la roche compacte et imperméable mais ensevelie sous l'épaisseur notable du manteau d’alluvion. Loin de s’y accumuler l’eau coule hors des schistes, comme des calcaires, à travers les blocs des glacis vers les fonds des bassins où nous la retrouvons sous les galets des lits de rivières sèches, ou nappe phréatique des dunes comme nous l'avons signalé précédemment.

C'est ici la différence lithologique des roches qui joue le rôle décisif dans leur mode de retenue des eaux, fissuration en réseau subcapillaire dans les roches grenues à gros éléments (granite et gneiss), ou en fentes largement ouvertes (calcaires) ou séparation en cailloux espacés dans les roches à grains de dimensions beaucoup plus fines (schistes), différences lithologiques déterminant un débitage entièrement différent, et entraînant secondairement des conditions différentes de retenue des eaux, et par voie de conséquence la présence ou l'absence de la flore et de la faune. l

3) Les «regs». En l’absence de terme local, ces grandes plaines de cailloux étant comprises par les Mongols avec les schistes dans le terme général de Gobi noir, nous appliquerons par extension et vu sa grande clarté de terme de «reg » usité par les Africains au Sahara, pour désigner, en appuyant sur leur similitude, des zones identiques d'aspect en Asie Centrale et en Afrique, constituées par de grandes étendues plates, formées d’une couche horizontale plus ou moins épaisse et solide (due à une cimentation par l'évaporation superficielle) et couvertes d'une couche de graviers multicolores, noirs, blancs, bleus et rouges, et fortement patinés, et dont la couleur noire est le ton dominant, ce qui détermine leur caractère fondamental d'être un centre intense d'absorption et d'émission des radiations.

Le caractère ultra-désertique de ces « regs » paraît bien provenir d’une aggravation locale du régime aride, dû à l’exagération de l'absorption des radiations solaires grâce à la couleur généralement noire de ces étendues de cailloux patinés, chauffés comme des plaques de fourneau au soleil de Juin. C'est en somme un micro-climat ultra-désertique dans les parties du désert où le régime aride est le plus accusé. En effet, les terrasses du Gobi Oriental et Central de la région d’Aberhu ne nous ont jamais révélé de pareilles formations. Les «regs» règnent au contraire tant sur les terrasses et le fond des bassins des parties les plus arides du Gobi, ceux où les puits sont les plus espacés, et les eaux superficielles les plus rares, c'est-à-dire les districts au sud et à l'ouest de l'Ergu Kara, et la partie méridionale désertique du môle des Pei Chan, dont la partie

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septentrionale, arrosée, présente au contraire des faciès steppiques. Le fait curieux, c'est que c’est au cœur même des plus grands et des plus désolés de ces «regs » que les eaux vives descendant du front nord des plissements thibétains et des Nan Chan fait pénétrer l'allée humide du grand fleuve Etsin Gol et sa forêt de peupliers.

Zones toujours marquées par des phénomènes d'évaporation intense, révélée notamment par la constance des mirages, ces plateaux noirs sont de nuit et de jour un lieu de rayonnement maximum et ce fait constitue pour eux des conditions contraires à être un lieu de collection des eaux atmosphériques, mais, à l'inverse, le siège d'une évaporation continue, ce qui tend à écarter d'eux la présence d’une végétation autre que de très maigres touffes éparses (ceci dans les régions encore relativement arrosées du désert) entre lesquelles court une très maigre faune d'insectes, presque exclusivement des Tentyrines du groupe Microdera. Le reste de la faune et de la flore s’en écartent résolument, à l'exception des gazelles, qui se risquent à le traverser, notamment le grand désert au Nord de Sou Tchéou, pour gagner les prairies de Sophora et d'Astragales où elles pâturent de préférence.

Végétation du Gobi.

Après la traversée des granites de Wu Ni Wu Su partiellement enva his par les mottes paraboloïdes du Caragana microphylla Law. dont c’est ici la fin de l’aire d'extension vers le Gobi central, la gorge des grenats est marquée par une quadruple rangée de gros ormes, et au point le plus étroit, par un tapis de T'hermopsis lanceolata R. Br. formant une étroite pelouse d’une vingtaine de mètres de long, en fleurs le 28 mai.

Au delà du défilé des grenats, la rivière de Kuarto est envahie par un banc de grosses mottes du Zygophyllum brachyplerum Kar. er Ki., entre les tiges traînantes duquel s’abrite une foule de Tenebrionides : entre autres Anatolica Chauveti. La rivière s’élargit sous les yourtes du camp Mongol de Kuarto, et son lit est envahi par des plages serrées d'Iris en fleurs, ris Bungei Maxim, en prairie herbacée très dense sur les bancs de sables entre les lits de galets de la rivière.

Les bancs de sables sur les berges de la rivière sont eux aussi fixés par les buttes de 60 cm. à 1m. du Zygophyllum brachypterum Kar. Er Kir., en fleurs le 28 mai, floraison orange contrastant avec le violet profond des Iris épanouis, et le violet mauve clair d'une Papilionacée à rameaux multiples et dressés : Hedysarum multijugum Maxim.

Cet Hedysarum est caractéristique des terres douces, encore bien arrosées des régions marginales du désert de Gobi ; nous ne l'avons rencontré qu’en deux places, couvrant dans les deux cas de grandes étendues : la

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première fois, dans la partie orientale. du bassin d’Aberhu, la deuxième fois dans le grand bassin désertique au nord de Sou Tchéou, au point où les eaux vives du Pei Ta Ho, rivière de Sou Tchéou, entrent dans le désert avant de mêler leurs eaux avec celles de la rivière de Kan Tchéou pour constituer le tronc unique du Fleuve Etsin Gol au sud de Mao Mei Hsien. Ce peuplement d'Hedysarum multijuqum Maxim., est ici très dense en buissons de 50 em. à 1 m., serrés les uns contre les autres jusqu’à former des taillis sur une largeur de plusieurs centaines de mètres sur la rive gauche de la rivière de Kuarto. Au fur et à mesure qu'ils s’écartent de cette zone, les buissons de l’Æedysarum diminuent de taille et de densité, tapissant le sol de nombreux plants de 30 à 50 cm. de haut, isolés de quelques mètres les uns des autres, jusqu'aux abords des témoins situés à 3 km. au Sud où ils alternent avec les buissons traînants du Zygophyllum brachypterum Kar. Et Kir.

C'est également un des points de l'itinéraire où le grouillement des insectes aptères s'est montré le plus dense, notamment le Lefhrus (Ceratodirus) Potanini, butinant ici les rameaux terminaux du Zygophyllum au lieu de ceux de l’Ephedra, voisinant avec de nombreux exemplaires d'Anatolica Chauveli. À ce jour de l'année, il y avait plusieurs de ces insectes par mètre carré de terrain courant entre les cailloutis sur les terres ou pied des buissons d'Hedysarum ou de Zygophyllum.

Au delà de Kuarto vers les dunes de Tso Li Kara Khotok, la rive droite de la rivière est bordée par une large plaine de sables, où croissent en toulfes séparées les Zygophyllum brachypterum supportant son parasite la Balanophoracée Cynomorium coccineum L., signalée par Vaillant des dunes de Cha Tchéou, dans le détroit qui fait communiquer le désert du Lob Nord avec celui du Gobi au Sud des massifs des Pei Chan. Ce parasite croît fixé directement sur les racines du Zygophyllum par une hampe charnue de 20 à 40 cm. dont la tête sanglante trouait le sable par centaines, plusieurs têtes isolées par mètre carré, par place, irrégulièrement semées sur la plaine de sables.

Les dunes de Tso Li Kara Khotok sont des dunes de sables d'un jaune très clair, riches en grains de quartz et provenant sans doute du transport des éléments de décomposition des granites et gneiss voisins, riches en éléments blancs et pauvre en mica. Leur abrupt est ici franchement tourné vers le Sud (Vents locaux). Elles sont à peine fixées par quelques buissons du Zygophyllée spécial aux sables mobiles Sarcozygium xanthozylum BuNGe, en fleurs au 28 mai, à corolles orange vif. Sur ces dunes grouillent en extraordinaire abondance des insectes tenebrionides, Anatolica et surtout Mantichorula Semenowi, gros insecte de la tribu des Platyopinæ, rarement rapporté en Europe et que nous avons trouvé de ce point à l’Etsin Gol comme absolument caractéristique des peuplements des dunes. Le D' Vaillant en avait rapporté quelques exemplaires des

bassins désertiques du Gobi méridional aux environs de Kan Tchéou, et il semble qu'il faille considérer cet insecte comme une espèce caractéristique du Gobi central et méridional.

Après les dunes de Tso Li Kara Khotok le fond du lit est occupé par une végétation herbacée dont les principaux éléments sont les Iris : Jris Bungei Maxim. et Zris tenuifolia PaLras, à fleurs blanches ainsi que des toulfes isolées de 20 à 30 cm. de hauteur du Convolvulus spinosus Bur., Convolvulacée en plants de forme sphérique dont les feuilles sont remplacées par de fortes épines piquantes et rectilignes de 3 cm. environ.

Au delà de la plate-forme gréseuse d'Aberhu Jack Obo, la terminaison orientale du bassin est occupée par un escalier de trois terrasses dans les terres rouges pontiennes, recouvertes par une des végétations les plus classiques du Gobi, la brousse du Saxaoul, Haloxylon Ammodendron BuxGe (Chénopodiacée), grande salicorne arborescente associée avec les Nitraires Nifraria Schoberi L. (Zygophyllacée). La brousse de Saxaouls, au Sud d’Aberhu et à l'Est d’Aberhu Jack Obo, est une des plus typiques que nous ayons rencontrée de tout l'itinéraire avec celle qui couvre les terrasses de cailloux à l'Est des dunes de Cho Lun Hurre Gol. Les Saxaouls atteignent ici des dimensions presque arborescentes avec des tiges de 10 à 20 cm. de diamètre à leur base, et une hauteur de 2 à 4 mètres formant ainsi comme une futaie naine, les troncs assez espacés les uns des autres d'une dizaine de mètres environ. L'intervalle entre les troncs est occupé par des buissons serrés de Nitraires dont les rameaux se mêlent, ensemble d'un vert tendre à cette saison de l’année et formant comme un faux taillis dans cette partie du bassin. Au pied des Saxaouls nous rencontrons assez communément un curculionide, Deracanthus Potanini FAUST.

Au sud de cette terrasse à sol mou, cédant sous le poids des voitures, nous abordons le lit desséché de la rivière au cours sud nord descendant des gneiss de Pagh Mott in Sumu qu'elle entaille d'une gorge bien marquée entre des murs verticaux. Avec le Convolvulus spinosus Buru. très abondant dans le lit de cette rivière, et les Iris (Bungei et surtout tenuifolia qui y sont rares), nous trouvons en nombre une Borraginée caractéristique et dont le port et les feuilles hérissées de poils raides rappellent un Leucopsis, l'Arnebia quttata BuxGr, à fleurs jaune citron tachées de lie de vin, plante caractéristique des terres douces et où le sous-écoulement proche du sol est constant.

C'est également dans les gneiss de Pagh Mott in Sumu que nous trouvons une flore buissonneuse riche, vivant sur l’eau retenue daus les diaclases des gneiss, flore composée essentiellement de l’Atrapharis pungens Jaus wr Sracn. (Polygonacée) à fleurs roses, formant des buissons

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épais de 50 cm. de hauteur. Un prunier épineux, Prunus (Amygdalus) spinosissima Buxce (Rosacée) en gros buissons de quelques mètres de tour et surtout une plante absolument caractéristique des peuplements botaniques de cette partie de l'Asie, Calligonum mongolicum Turc. (Polygonacée) caractérisée par ses rameaux dichotomes et son fruit hérissé de papilles trifides, le Calligonum mongolicum qui nous accompagnera jusqu'aux versants méridionaux des Mont Célestes vers Hami et Turfan est un des peuplements les plus typiques au voisinage des chaînes de montagne dans tous les bassins désertiques du Gobi méridional et du Turkestan chinois. Ces trois plantes, Afrapharis pungens J'AUR Er SPACH., Prunus spinossima BunGe et Calligonum mongolicum Turc. sont ici associées en quantité sensiblement égale avec une certaine prédominance pour les deux dernières.

A cette végétation d’arbustes s'ajoute, en nombre, une grande rhubarbe, de 30 à 50 cm. de haut, Rheum leucorrhizum PaLras (Polygonacée), déjà récoltée par nous au pied des granites de Pei Ling Miao, de Wu Ni Wu Su, que nous avons retrouvée tant à Pagh Motton Sumu que dans les gneiss de Cho Lun Hurre Gol, et que nous reverrons de nouveau au col de Ming Chui Dawan, à la sortie des Pei Chan.

Les gneiss de Pagh Mott in Sumu présentent en outre un aspect particulier et curieux. Les lits de torrents qui les traversent ne se terminent pas en continuité avec la vallée principale de la rivière de Pagh Mott, mais sont suspendus au-dessus d’elle par un gradin de confluence de 1 à 2 mètres. En arrière, le lit de ces vallées suspendues est rempli de poches d’une arène rougeâtre mêlée d'argile provenant de la décomposition des gneiss, argile humide où abondent, avec l’insecte parfait, les terriers du Lefhrus (Ceralodirus) Potanini B. JaAKk. Au voisinage des pruniers, le Sphenoptera Pallasi Scuôn., Coléoptère buprestide, danse à terre en plein soleil dans l'ivresse du jour nuptial (29 mai 1931). C’est le dernier point où nous ayons rencontré le Lethrus, trouvé à Pei Ling Miao et pullulant dans les bassins d'Ha Sha Tu, de Wu Ni Wu Su et d’Aberhu, sur une distance de près de 400 km.

Le régime aride est par contre tout de suite sensible dès qu’on aborde les terres rouges au sud des collines de Pagh Mott in Sumu où disparaissent à la fois les Ormes, le Prunus et l'Afraphaxis et peuplés exclusivement par le Calligonum mongolicum Turez. en buissons très espacés aux rameaux roussis auxquels se substituent sur la terrasse de cailloux patinés et de petits pointements d’arêtes de schistes noirs entre les collines de Pagh Mott in Sumu et celles de Cho Lun Hurre Gol, un peuplement exclusif de touffes de Nitraires, Nitraria Schoberi L. étiques, espacées, et d'une quarantaine de centimètres de haut.

La flore de Cho Lun Hurre Gol, et des vallées encaissées entre les murs de gneiss est une réédition presque semblable de la flore de Pagh Mott in Sumu, mais les insectes y sont par contre rares, ni Srhenoptera, ni

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Lethrus, mais quelques rares Anatolica dans le fond des vallées sans eau.

Une fois franchies les collines pour parvenir dans la vallée du Cho Lun Hurre Gol, les abords du puits sur une dizaine de kilomètres de long sont occupés par un nouvel élément floral, la prairie du Sophora herbacé, Sophora alopecuroïdes L. (Papilionacée) caractéristique des régions irriguées autour des oasis et vallées de rivière du Kan Su, et notamment répandu sur plusieurs centaines de kilomètres en bordure du fleuve dans la vallée de l'Etsin Gol, et qui forme ici une prairie de situation et d'aspect assez paradoxal au cœur même des bassins du désert de Gobi et à l’approche de leur partie la plus désertique. Cette prairie manifeste sans doute l'importance du sous-écoulement dans la vallée du Cho Lun Hurre Gol, draînant des eaux retenues dans les gneiss des collines qui l'entourent et qui à une quinzaine de kilomètres au Nord, forment la frontière de la Mongolie extérieure.

La traversée d'un fond de bassin occupé par les peuplements du Zygophyllum brachypterum Kar. Er Kir. conduit au pied des dunes à l’Est de Cho Lun Hurre Gol, barrière de sable mou, très micacé et jaune d'or, à peine fixés par quelques rares plans du Sarcozygium æxanthoxylum Bunce et c'est, franchi ce mur de dunes, la réapparition atteignant presque la similitude avec celle des terrasses orientales du bassin d'Aberhu mais pourtant sensiblement moins dense de la brousse à Saxaoul, Haloæylon Ammodendron BuNGE associées aux Nitraires.

Les Saxaouls atteignent ici près de 6 mètres, mais sont par contre beaucoup plus espacés ainsi que les Nitraires dont les touffes sont nettement séparées les unes des autres. La surface occupée par cette petite forêt de Saxaouls est sensiblement moins importante que dans le bassin d’Aberhu, et fait place vers l’Ouest à un bassin désertique à sol nu, entre des collines de quartz et de schistes stériles, le fond de ce bassin étant semé par place de touffes de nitraires roussies et grillées par le soleil.

La route quitte ce bassin austère en se glissant entre deux collines de schistes fermant au sud le cirque de Ghagh Anders Hotok, collines recouvertes sur leur face Sud de cailloutis où croissent des peuplements peu denses de Calligonum mongolicum Turez également roussis et desséchés, et à leur pied s'étend une terrasse de cailloux supportant des toulfes de nitraires jusqu'à la rencontre du lit de la rivière d'Hoyer Amatu manifesté par un petit bouquet d'ormes verts, autour du puits d'Ate Ke Yin Sian. Le fond du bassin d'Hoyer Amatu étant envahi par les mottes de sables en taupinières de 50 cm. de haut du Zygophyllum brachypterum Kar. Er Ki, sur lesquels grouillent au crépuscule une foule de pimelines. (Sternoplax Kraalzi), presque exclusivement cantonné sur la

motte du Zygophyllum à la faveur de l'humidité amenée par les racines de cette plante. -.

Nouvelle extension du Calligonum mongolicum Turez. dans les collines au Sud-Est d'Hoyer, et c’est dans le fond du bassin d’Harrei Shante, la réapparition de l'association Saxaouls-Nitraires, mais non plus arborescente dans cette région. Les Saxaouls, en peuplement dense, ne dépassent pas dans ce bassin la hauteur de 2 mètres, et se maintiennent plus souvent au-dessous, les Nitraires au contraire denses et fourrées atteignant presque 80 centimètres de haut, ce qui crée une sorte de bas taillis très verdoyant, qui cède rapidement à un aspect plus aride, et quelques rares touffes de nitraires éparses autour du puits d'Abder Tu.

Au delà d’'Abder Tu, en poursuivant en direction générale Nord-Est la route vers les glacis de la terminaison orientale de l'Ergu Kara nous traversons, sous un très pénible vent de sable souflant du Nord-Est (Vent jaune) pendant toute la journée du 2 Juin, une région très ensablée, envahie par une zone de petites dunes en formation de 5 à 10 mètres de haut et où abondent le Zygophyllée des sables mobiles (Sarcozygium zanthoxyllum BunGe). Au delà de ce bassin, la route remonte l'escalier des terrasses qu'elle avait descendu dans le bassin d'Harrei Shante, et rencontre au pied de la terrasse de 30 mètres (terrasse moyenne), un peuplement serré de Saxaouls et de Nitraires présentant, en plus dense, l’aspect de celui du fond du bassin d'Harrei Sante.

Les graviers supérieurs de cette terrasse sont par contre exclusivement peuplés de Nitraires qui rejoignent plus loin les peuplements roussis du Calligonum mongyolicum Turcz sur les glacis méridionaux de l’Ergu Kara.

Le bassin d'Abder Tu se termine à l'Ouest par une terrasse disséquée en bad iands par des rivières descendant de l'axe de l'Ergu Kara, terrasse limitée par deux chaînes de schistes parallèles, une au Nord, l’autre au Sud, entourant un bassin d’une quarantaine de kilomètres de large d’où surgissent des noyaux anticlinaux de schistes noirs dont la voûte est généralement effrondée et que la route traverse par des défilés étroits.

Le fond de ce bassin est occupé par Nitraires et, par place, des Salicornes, atteignant à peine À mètre de haut et en voie de mort par dessiccation. Un seul puits dans cette région, le puits du Corbeau dans un lit de rivière à l'ouest du bassin se terminant par un grand cirque de montagnes formé des contreforts des chaînes du Nord et du Sud se rejoignant presque, à la limite occidentale du bassin.

Un col franchit cette barre en son point le plus bas et s'ouvre sur le bassin de Painte Tologoï entre deux relais des chaînes en question. Le bassin de Painte Tologoï, traversé par le lit de trois grandes rivières

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qui se rejoignent en son centre dans un fond de cuvette envahi par des bancs de sables et de galets, est sensiblement plus arrosé que celui d’Abder Tu. On trouve des ormes autour de Painte Tologoi et dans le lit de ces rivières occupé également par de grosses mottes du Zygophyllum brachypterum Kar. Er Kir.

Ce très grand bassin circulaire, d'environ 60 km. dé diamètre, se termine par un col en un point où les chaînes de l'Ergu Kara sont le plus serrées les unes contre les autres et où la route franchit, par des défilés étroits et des bassins arides, une des parties les plus desséchées et les plus sauvages de la traversée du Gobi.

La route passe sur un noyau anticlinal où le granite mongol arrive à l'affleurement formant un petit bassin occupé par un fond de lac desséché, entouré de sables fixés par les buttes du Zygophyllum brachypterum Kar er Kir., supportant encore son parasite Cynomorium coccineum L. sur quelques kilomètres de distance jusqu'à la traversée d’un nouveau chaînon anticlinal Nord-Sud dans les schistes noirs dont la voûte effondrée ouvre sur le bassin de Chagh Anders Khotok que nous atteignons avant un gros orage éclatant dans la nuit et qui, selon les habitants, est le premier depuis 7 ans sur cette région.

Le caractère essentiel de la végétation dans cette partie du désert est d'une extrême pauvreté. Nous n’y avons guère trouvé que des Nitraires, en toulfes très espacées sur les glacis, avec la présence de Zygophyllées dans le lit de La rivière dont le sous-écoulement même semble tari, ce qui se manifeste par le desséchement des Zygophyllum, apparemment morts, ou alors en vie latente, attendant la pluie des très rares orages pour de courtes reprises espacées de phases de végétation active.

C’est à travers un cercle complet, dans des chaînes de schistes atteignant environ 500 mètres au-dessus de la surface générale du plateau que la route traverse pendant 30 km. à l'Ouest, la région occidentale du massif de l’Ergu Kara. Ces chaînes s’abaissent progressivement vers un grand fond de bassin au pied de deux pics de calcaire, à cimes aiguës et à face subverticales sur l'Est et sur le Sud, en forme de dents triangulaires de 500 et 300 mètres de haut, d'où descendent d'énormes glacis et des cônes torrentiels où réapparaissent la verdure.

Vers l'extrémité occidentale de l'Ergu Kara, la flore manifeste déjà d'autres influences ; c’est d’abord la présence de premiers buissons, d’ailleurs mourants, de tamarix (Tamarix gallica L.) au pied de la falaise qui avoisine le puits d'Anger Tola ; puis, au pied de ces calcaires, ces mêmes tamarix ici vigoureux et abondants voisinants avec les premières touffes de Toghraks (Populus euphralica Ouv.). Tamarix et Toghraks annonçant ainsi à 100 km. de distance la grande présence de l'Etsin Gol.

Ce puits s'ouvre sur la nappe d’eau à 2 mètres de profondeur dans un grand lit de rivière descendant le glacis de piedmont accumulé à la base du plus haut et du plus important des deux pics calcaires. Le fond du lit est occupé par des dunes de sables fixées par le Tamarix gallica, des

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buttes moins importantes fixées par le Zygophyllum brachypterum Kar er Ki. et, dans les cailloux de la rivière, réapparaissent les buissons du Prunus spinosissima Bunce de Cho Lun Hurre Gol et Pagh Moit in sSumu.

A l'Ouest de ce puits, la route franchit un dernier col dans des schistes noirs qui font suite aux pics calcaires et devant lequel s'ouvre un immense bassin à perte de vue vers l'Ouest.

À partir de ce point, l'hydrographie ne se dirige plus, du Nord vers le Sud comme dans la traversée de l'Ergu Kara mais fuit vers l'Ouest en direction du centre du bassin où finit l'Etsin Gol.

C'est une longue vallée, à fond humide et verdoyant que nous longeons alors entre des collines de grès et de calcaires d'âge jurassique et crétacé, au Sud de la feuille de Kungurche, cartographiée par Sir Aurel Stein, collines se terminant sur un plateau désertique au sol couvert de petits galets de 1 à 2 cm. de diamètre, galets de quartz, de schistes et de calcaire à patine multicolore, noir, bleu, rouge et blanc que barrent à l’improviste les dunes de l’Etsin Gol et la forêt de peupliers.

Observations zoologiques.

Au cours de cette traversée du désert de Gobi, la faune s’est trouvée infiniment plus abondante dans les bassins occidentaux que dans la région de l'Ergu Kara. Cette répartition des insectes est due d’abord à ce que la faune est dans la partie centrale du Gobi plus abondante à la fin de mai, après les pluies et avant la chaleur et la dessiccation du mois de juin, mais surtout à ce que les bassins d’Aberhu et d'Hoyer Amatu plus humides sont beaucoup plus propices à la vie des animaux que les bassins de l'Ergu Kara et des abords de l’Etsin Gol.

La faune des coléoptères nous a fourni les espèces suivantes :

Lethrus (Heleroplistodus) Polanini B. Jak. Bassin d’Aberhu, très abondant autour du Kuarto jusqu'au pied des témoins de terre rouge et dans les fonds de torrents occupés par des poches d'arène et d'argile rouge provenant de la décomposition des gneiss dans les collines de Pagh Mott in Sumu (98 et 29 mai 1931).

Sphenoplera Pallasi Scuôx. Pagh Mott in Sumu, dans les lits des rivières entre 11 heures du matin et 3 heures de l'après-midi (29 mai 1931).

Les Ténébrionides sont le groupe le plus abondant dans la partie désertique de l’itinéraire et représenté surtout par les Anatolica et les Sternoplax se substiluant aux Blaps et aux Platyopes de la partie steppique.

Ce sont :

Analolica Chauveli Scnüsrer £r Reymonp. Bassins centraux du Gobi, carac-

téristique de la faune des sables, pullulant sur les dunes de Tso li Kara Khotok — Cho Lun Hurre Gol et Harrei Shante — bassins sablonneux d'Hoyer Amatu.

Analolica suturalis Rerrrer. Sables et terres rouges. Abder tu, Painte Tologol et Chagh Anders Khotok, début de juin 1931.

Anatolica Potanini Rerrrer. Terres rouges, bassins de Kuarto et d'Aberhu.

Microdera interrupla Rerrrer, Painte Tologoï, Chagh Anders Khotok et région désertique entre Chagh Anders Khotok et l'Etsin Gol dans les bassins les plus arides du Gobi.

Mantichorula Semenout Rerrrer. Exclusivement sur les dunes de sable du Gobi Central et Méridional, Tso li Kara Khotok, Cho Lun Hurre Gol et dunes d’Abder Tu.

Sternoplax Kraalzi Friv. Commune dans les dunes de Zygophyllum brachypterum à Hoyer Amatu (31 mai-1° juin).

Sternoplax opaca Rerrrer. Bassins sablonneux du Gobi-Kuarto-Abder Tu.

Sternoplax mongolica Rerrrer. Bassins de Wu Ni Wu Su et d’Aberhu.

Blaps femoralis Fiscu. et Blaps gressoria Fiscu. Dans les touffes du T'hermopsis lanceolala. Gorges de Kuarto.

Mylabris speciosa Pair. En nombre sur les fleurs de Sophoras autour du puits de Cho Lun Hurre Gol.

Deracanthus Potanini Fausr. Au pied des Saxaouls, Haloxylon, Ammodendron, bassin d’Aberhu vers Pagh Mott in Sumu et brousses de Salicornes au delà des dunes de Cho Lun Hurre Gol (29 et 31 mai 1931).

Faune caractéristique du désert de Gobi en sa partie centrale et méridionale et qu'il faut rapprocher des récoltes de la Mission Sven Hedin dans la même région, lors de sa traversée du Gobi méridional en 1926, par un itinéraire de Shandei Miao à Mao Mecihien situé dans l'ensemble à 200 km. au sud du nôtre et dans une région beaucoup plus ensablée.

Note : Ces récoltes contiennent entre autres :

Anatolica suturalis Rerrrer. S.-W. Mongolie.

Analolica immarginata Rerrrer. S. Mongolie.

— Potanin: Rerrrer. S. Mongolie.

Microdera eleqans Rerrrer. S. Mongolie.

Microdera Przewalskii Rerrr. S. Mongolie.

Scytosoma pygmaea Grsc. S. Mongolie.

Mantichorula Semenowti Rerr. S.-W. Mongolie.

Sternoptax Reitleri Gsiki. S.-W. Mongolie.

Sternoplax Kraalzi Friv. S.-W. Mongolie.

Blaps femoralis Fiscu. S. Mongolie.

Scleropatrum tuberculatum Rarrrer. S. Mongolie. Gonocephalum subrugulosum Retrrer. S.-W. Mongolie. — mongolicum Rerrrer. S. Mongolie.

— patruele Er. S.-W. Mongolie.

Melanesthes Heydeni Csixi S. Mongolie.

Au point de vue des Mammifères, cette région est habitée essentiel-

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lement par la Gazella subquttorosa GuLnensr. caractéristique des déserts de l'Asie Centrale et qui hante par petites troupes de 3 à 7 têtes sous la conduite d’un mâle, les bassins désertiques de cette région du Gobi où elle n'est pas d’ailleurs extrêmement commune. Nous l’avons rencontrée pour la première fois après le défilé des grenats au débouché de la rivière de Kuarto dans le bassin d’'Aberhu, une seconde fois à l'Ouest de ce bassin dans les bad lands au sud des gneiss de Pagh Mott in Sumu, une dernière fois aux environs du puits de Hoyer Amatu. Nous ne l'avons pas rencontrée plus à l'Ouest où l’aggravation du régime désertique doit être la cause de sa raréfaction.

Plus exceptionnelle encore a été, dans les gneiss de Cho Lun Hurre Gol, la rencontre d’une petite harde de chevaux sauvages (Equus Przewalskyi Pozrakov) à 200 km. en ligne droite de la boucle du Fleuve Jaune, rencontre qui étend loin vers le Sud-Ouest l’aire d'extension de cette espèce surtout fréquente dans le bassin de Kobdo, à 1.000 km. de là où elle a été découverte par Przewalsky en 1869. Nous l'avons également rencontrée dans les Pei Chan où elle n’est pas rare. Un crâne et un pied de devant, prélevé sur une carcasse entamée par les loups et ramenés au Professeur Bourdelle, au Muséum, proviennent du pied des collines de Cho Lun Hurre Gol (30 mai 1931).

Au même endroit, nous avons également rencontré une troupe de mouflons (Ovis Argali) dont nous avons trouvé des crânes au pied des collines au sud d’'Hoyer Amatu. Les mouflons, quoique assez rares dans cette partie du Gobi, semblent passer de chaînes en chaînes peu distantes les unes des autres, de l’Altaï Mongol au massif du Kara Narin Oula, en Mongolie sud-orientale.

V) De Torsozomu à Sou Tchéou par la vallée de l’'Etsin-Gol (7 au 11 juin 1931)

Drainant jusqu’au cœur du Gobi les eaux alimentées, à 500 km. plus au Sud, par les neiges persistantes et les glaciers du Nan Chan, l'Etsin Gol détermine en plein désert le paradoxe d’une véritable forêt vierge, ou brousse, comme on voudra l'appeler, d'origine et d'aspect des forêts galeries bordant les grands fleuves des savanes tropicales, mais forêt limitée non par des steppes ou des savanes, mais par deux zones de désert du type le plus accusé : grand plateau de cailloutis noir et nu sur sa

rive droite, croupes rouges et désolées de terres rouges par quoi se terminent sur sa rive gauche, les grands bassins des Pei Chan.

La présence de ce cours d'eau crée un milieu biologique privilégié entre des terres hostiles, parmi lesquelles il fait pénétrer profondément, jusqu'en leur cœur la végétation et la faune d'origine chinoise peuplant les glacis des Nan Chan et les oasis du Kan Su qui s’alignent sur eux. La forêt de Toghraks, couvrant son cours inférieur et toute la superficie de son delta jusqu’à ses embouchures dans les lacs Gashun et Sogo Nor, en est l'élément forestier caractéristique. A l’égal de l'allée des Palmiers couvrant l'oued desséché du Sahara Sud Algérien, l’Etsin Gol fait pénétrer jusqu'au cœur du Gobi une allée des Toghraks, la rue des peupliers sauvages.

Ce Toghrak est un peuplier étrange : Populus euphratica Oriv. dont les synonymes spécifiques indiquent le caractère le plus frappant (Populus heterophylla ou Populus bifolia) à deux types de feuilles, longues feuilles de saules à la base, feuilles de peupliers sur les rameaux. Ces peupliers atteignent des dimensions très grandes, 3 à 4 mètres de circonférence à 2 mètres du sol, à tronc au bois spongieux, creusé d'énormes cavernes et continuant à vivre par l'écorce et l’aubier, souvent cassés par le vent et réduits à l'état de têtards, de 8 à 10 mètres de haut, donnant l'aspect tout à fait particulier de cette forêt primaire entre deux murs de dunes, au cœur d'un bassin profondément désertique.

La forêt de Toghrak dans l’Etsin Gol est surtout développée dans la partie large et non cultivée du cours de ce fleuve, de Mao Meishien aux rivages Sud des lacs Gashun et Sogo Nor sur une longueur d'environ 300 km. et une largeur qui, très réduite (un à deux kim.) dans la par- Lie rétrécie du cours unique, atteint jusqu'à 50 km. de large aux environs du delta. Cette forêt de Toghraks est caractéristique des bassins inférieurs des fleuves de la Chine Centrale et du Turkestan Chinois méridional (Etsin-Gol, Su Lo Ho, Tarim et affluents) et atteint autour du Lob Nord son développement maximum, prês de 2.000 km. d’Aksu à l'embouchure du Tarim, sur les rives de ce fleuve, de l'Aksu et du Konche Darya.

Arrêtés à l’abord de cette jungle, les sables du désert, chassés par les vents se sont fixés en deux hauts murs de dunes de 60 à 100 mètres de hauteur, partiellement arrêtés par le Sarcozygium æanthoxylon Buxce, et surtout par un taillis de Tamarix { T'amarix gallica L.) pullulants et serrés, qui achèvent de couvrir d'une végétation touffue et presque mextricable les rares espaces sur lesquels le Toghrak a refusé de mordre, brousse de T'amarir gallica aux pieds des dunes, sur les bancs de sables au bord des divers bras du delta des trois rivières (Ito Gol, Narin Golet Morin Gol) qui terminent le cours du grand fleuve et dans les espaces de terres plus ou moins salées où ils forment des taillis quasi impénétrables autour des prairies de Sophora où pâturent les chameaux que les caravaniers mettent au vert entre deux traversées du Gobi.

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Jungle de Tamarix sur les sables et les terres salées, Toghrak sur les parties dessalées par l’eau douce, il faut y ajouter sur les bancs de sables et de vase, dans le lit même du fleuve, de véritables tapis d'Iris à grande fleur (/ris Potanini Maxim), récolté par Potanin lors de sa grande Mission en Mongolie et au Thibet Oriental, véritables prairies d’Iris, couvrant de leurs larges feuilles et du violet puissant de leurs grandes corolles les rares clairières éparses dans la profondeur de la forêt de Toghrak et les Tamarix, entre des murs de verdure et d’ombre chaude, contraste éclatant avec la fournaise desséchée qui sévit sur le désert proche. ie

A Torgozomu, campement des yourtes dans le lit de l'Ito Gol, situé à 45 km. au nord-ouest des ruines de Kara Khoto (la ville noire de Marco Polo), jusqu’à Sou Tchéou nous retrouvons les pistes levées par Sir Aurel Stein et l'intérêt du voyage se ramène à nos observations de distance, à

F1iG 5. — Vallée de l'Etsin Gol.

A gauche désert de cailloutis moins patinés limité par la grande dune extérieure à laquelle font suite de nombreux bancs de dunes moins importantes fixées par Tamarix gallica L., entre lesquelles s'étendent la forêt de Populus euphratica Ouiv. A droite les lits de l'Etsin Gol occupés par des bancs d'énormes galets roulés et des bancs de sable mobile sous lesquels le fleuve coule en sous écoulement.

T : Tamaric. P : Populus euphratica ou Toghrak.

la coupe géologique publiée par le P. Teilhard de Chardin et aux récoltes zoologiques et botaniques dans des régions également travaillées par les membres des Missions Sven Hedin, et par le voyageur naturaliste letton Walter Beidt, notre ami de Liang Tchéou, qui y a trouvé la mort en 1933.

La traversée du delta dans la soirée du 7 et la matinée du 8 juin fut extrêmement pénible du fait de la végétation et surtout de la nature du sol où alternaient les dunes, les bancs de sables mobiles et les banes de vase où les voitures s'enfonçaient ou s’enlisaient. Aussi franchissant par la traversée d’une série de trois bras de rivière les troncs anastomosés de l’Ito Gol et du Narin Gol, nous cherchons avant tout à nous évader de ce delta pour atteindre un sol plus dur sur la rive gauche de ce dernier bras constitué par des cailloutis recimentés où nous trouvons la piste automobile dite de Feng Yu Hsiang, allant d'Urga à Sou Tchéou.

Entre ce cailloutis, couvert de rares Nitraires éparses, et la forêt, étroitement limitée aux abords immédiats du fleuve, règne une prairie naturelle

dont l'élément exclusif est le Sophora herbacé (Sophora alonecuroïdes Le),

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