RENTE
rencontré déjà étroitement localisé autour du puits de Cho Lun Hurre Gol, et devenu ici un des éléments essentiels de la végétation, jusqu'à couvrir d'immenses étendues aussi bien autour des oasis de Chin-ta et de Mao Meishien, que dans le delta de l’Etsin Gol où il forme de grandes prairies entre la forêt de Toghrak et un cailloutis désolé qui les limite suivant une frontière linéaire sans ombre de transition.
Sur cette partie de notre trajet, nous croisons de petites troupes de soldats, éléments débandés des arrière-gardes de Ma Jung Hin dont la présence nous entraîne à des détours superflus, et à deux traversées du fleuve dans une partie plus étroite de son cours où la forêt de Toghrak ne dépasse pas 2 km. de largeur ; mais le passage du cours d’eau reste très difficile du fait des bancs de vase et de sables mous. Nous franchissons pour la dernière fois la rivière aux environs de Mao Meishien et nous nous éloignons du Pei Ta Ho en nous dirigeant vers l'Ouest à travers une barre de collines de schistes noirs formant une série de chaînons parallèles entre lesquels s'étendent de luxuriantes prairies dont le Sophora alopecuroïdes L. est l'élément dominant, et où pâturent des troupes multiples de Gazella subqutturosa GULDENST.
A partir de Tien chiang notre route fait un grand crochet vers l'Ouest entre un banc de dunes fixées par les Tamarix et une haute chaîne de collines de 300 mètres de haut, rebord méridional du môle des Pei Chan. Les dunes, prolongées en une bande large de 5 à 6 km. et longue d’une trentaine, occupent le fond d’un lac d'âge vraisemblablement pléistocène (P. Teilhard de Chardin) constitué par des marnes blanches érodées en témoins, envahi par les sables peuplés de Tamarix.
A ce lac fait suite un désert formé d'une haute terrasse en plateau, couverte de cailloutis où nous rencontrons pour la première fois une assez riche flore herbacée en touffes assez espacées les unes des autres dont les éléments prédominants sont une Plombaginée Séatice aurea L., une Légumineuse à fleurs violettes — Hedysarum multijugum Maxim., la même qu’à la rivière de Kuarto dans le bassin d’Aberhu, ainsi qu'une Composée caractérisée par une division dichotomique de ses tiges en rameaux secondaires terminés par des fleurs jaunes, Chondrilla polydichotoma Osrr. rapportée par Sven Hedin de la partie orientale du bassin du Tarim. Au Sud de ce désert, nous traversons un ruisseau à cours torrentiel coulant au pied de collines de terre rouge couronnées par une tour de guet et limitant au Nord l’oasis et les cultures de la ville de Sou
Tchéou sur le Pei Ta Ho.
Nous sommes conduits à séjourner à Sou Tchéou du 11 au 21 juin, ce qui nous a permis, avec des récoltes entomologiques dont il sera parlé plus loin, quelques excursions autour de cette ville et d'apporter, non une liste d'espèces mais quelques aspects d'une végétation caractéris-
US
tique des oasis alignées sur les glacis de bas des Nan Chan, végétation d'autant plus importante à connaître que nous en retrouverons de nombreux éléments parmi ceux qui caractérisent pour nous la végétation foncière des oasis du Sin Kiang, de Hami et Turfan à Aksu, tandis que quelques autres de ces espèces se trouveront parmi les plus communes de la région d'Urumtsi dans la plaine Dzoungare.
A Sou Tchéou, quittant momentanément les aspects purement désertiques (nous les retrouverons d’ailleurs sur les glacis desséchés immédiatement au sud de la ville) nous prenons contact pour la première fois avec une autre flore, celle des loess et des terres irriguées, où nous rencontrons un mélange de formes orientales provenant du bassin du Fleuve Jaune, avec des éléments occidentaux, soit propres à la région méridionale du Sin Kiang (bassin du Tarim), soit commun à cette région et à la flore du Turkestan Russe, Constatant ainsi la présence d'éléments d'origines diverses et diversement répartis, nous serons naturellement conduits à tenter de mettre un ordre entre ces diverses provenances et chercher si possible à en découvrir les voies.
L'oasis de Sou Tchéou. — Situé sur les bords du Pei Ta Ho et au point où, par de nombreux cours d’eau parfois presque torrentiels, débouchent en plaine les eaux descendues des Nan Chan, cet oasis est d'abord un centre de culture (blé, millet, céréales diverses) où malheureusement l’opium trop estimé du Kan Su tient une place de choix.
A ces cultures s'ajoutent des vergers (les abricots du Kan Su s'exportent desséchés, dans la Chine entière) et de nombreux arbres plantés : peupliers, saules et le grand Jujubier de Chine, Zizyphus sativa GAERTN. (Rhamnée) déjà récolté par la Mission Pelliot-Vaillant aussi bien à Kou Tchar (Sin Kiang) qu’à Kan Tchéou (Kan Su) ville très proche de Sou Tchéou.
Nous trouvons également dans l’oasis un certain nombre de plantes sauvages, notamment Dodartia orientalis L., (Scrophularinée) à longues fleurs violettes et (lematis intricata Bunce, Renonculacée en buissons épais de 1 à 2 mètres de hauteur, très fournis et couverts de magnifiques fleurs jaune d’or que nous retrouverons à Urumchi, tandis que l’Apocynum grandiflorum P. DaxGuy, magnifique plante de À à 2 mètres de hauteur et couverte de corolles en cupules de 2 em. de diam., disposées en grappes, apportée pour la première fois en Europe par la Mission Pelliot-Vaillant, et que nous avons retrouvée en abondance, tant dans les prairies au Nord de Sou Tchéou que dans l’oasis d'Hami.
Sur les terres loessiques et particulièrement abondantes sur le bord des chemins, une plante très importante, l'Alhagi cameloram Fiscu. (Papilionacée) de 30 à 40 cm. de hauteur, à fleurs roses, à rameaux écartés, armés de longues épines qui lui ont valu également le nom de Charagana « épine de chameau » qu'il partage avec les Caragana proprement dits,
OS
ce qui crée une équivoque dans les noms communs de ces deux plantes, le Charagana du Turkestan étant l'Alhagi et le Caragana, l'épine de chameau en Mongolie Orientale.
Dans les terres salées nous trouvons la Rutacée Peganum Harmala L, abondante aux abord même de l’oasis, halophyte caractéristique de toutes les régions moyennes de l'Ancien Monde.
Entouré de toutes parts par les arides, l’oasis de Sou Tchéou fait place vers le Sud à un glacis noir et brûlé où nous retrouvons la flore des glacis du Gobi, essentiellement Calligonum mongolicum Turcz et Zygophyllum brachypterum Kar er Ki, à l'exclusion des Nitraires et Saxaouls que la présence des eaux douces a banni. Au pied même des contreforts septentrionaux des Nan Chan, nous retrouvons l’eau courante arrosant des prairies de Sophora alopecuroïdes L., aussi denses que sur l’Etsin Gol et un gros bouquet d’ormes marquant la Lamasserie de Kara Chanten au pied des Nan Chan (Excursion du 15 juin 1931) avec le P. Teilhard de Chardin et le D' Young.
Au point de vue entomologique, les récoltes dans la vallée de l'Etsin Gol ont été moins abondantes que dans le désert de Gobi du fait de la rapidité de notre passage et de la saison déjà plus avancée. Il s'agit des groupes et des espèces suivantes :
Nous avons retrouvé les Cicindèles, absentes de nos récoltes depuis Pei Ling Miao. Deux espèces dans le bassin de l’Etsin Gol.
1) Cicindela contorta Fiscn. Bord des lacs dans les dunes de l'Etsin Gol et à la lumière des phares au cours de la remontée de ce fleuve. Caractéristique des déserts de Mongolie et du Turkestan Russe, notamment dans la province Aralo Caspienne. Son aire de dispersion s’étend jusqu'aux Ordos.
2) C. lunulata F. Espèce méditerranéenne, commune sur les côtes françaises de la Méditerranée et remontant jusqu'aux environs immédiats de Lyon la vallée du Rhône, elle est très largement répandue en Asie Centrale et très commune dans les dunes autour de Torgozomu. C'est une espèce du type de distribution la plus large sur l'aire méditerranéenne ou mésogéenne de l'Ancien Monde avec les Scarabeidae Ateuchus sacer L. et Gymnopleurus mopsus P. et le Ténébrionide Opatrum sabulosum L. dont l'aire de peuplement s'étend des régions Atlantique aux régions Pacifique de l'Eurasie, matérialisant la continuité géographique et climatique de la région Mésogéenne de l'Ancien Conti-
nent.
Nous retrouvons également les Scarabeidae coprophages totalement absents des bassins désertiques du Gobi.
Ils sont représentés par les espèces suivantes :
Oniticellus pallipes F. Torgozomu près de Kara Khoto, dans le delta de l'Etsin Gol, espèce méditerranéenne rencontrée pour la première fois en Asie Centrale.
Aphodius bidens Sorsxy. Etsin Gol, juin 1931, espèce de Chine Centrale déjà rencontrée à Kalgan.
A À. REeymoxp. ”
Un Oryctine : =
Pentodon corniculatus Har. Sur les bords de l'Etsin Gol et plus particulièrement commun dans la région cultivée de l’oasis de Sou Tchéou. Puis, caractéristique essentielle des faunes d’Asie Centrale et des faunes
désertiques, les Ténébrionides : | Analolica immarginata Rerrrer, pullulant sur les dunes de l'Etsin Gol avec
les suivants :
Mantichorula Semenowi Rerrrer des dunes de sables du Gobi Méridional,
et Trigonoscelis sublaevigäta Rerrrer, espèce de la région des déserts du Turkestan Chinois méridional, récoltée par Vaillant de Cha Tchéou et par Swen Edin près de Mao Mei Hsien et dont l'aire de répartition couvre tout le bassin inférieur de l'Etsin Gol.
Cyphogenia humeralis Bates, Akidien du Turkestan Chinois Méridional ayant la même distribution que l'espèce précédente. Sous les pierres, les détritus et au voisinage des habitations.
Des Mylabres, parasites des Hyménoptères.
Mylabris speciosa Parcas sur les Sophoras, bassin de l'Etsin Gol et autour
du Sou Tchéou avec le suivant.
Mylabris quadripunctala L., espèce européenne répandue jusqu'en Asie Centrale.
Des charançons.
Temnorhinus verecundus Fausr, Etsin Gol (6 juin 1931) et Ziocleonus cla- (hratus F. sur les T'amarix gallica des dunes de l'Etsin Gol, forme du bassin méditerranéen et d'Afrique du Nord dont l’aire d'extension atteint l'Asie Cen-
trale.
Un Chrysomélide : Chrysocharis asiatica Parras sur À pocynum grandiflorum dans l’oasis de Sou Tchéou.
VI) De Sou Tcheou à Hami à travers le massif montagneux des Pei Chan.
(26 au 28 juin 1931).
Le 21 juin nous quittons Sou Tchéou, traversons l’oasis, les collines de terre rouge qui le limitent au Nord, et le grand désert de cailloux déjà signalé avec sa flore de Peganum Harmala L., d'Hedysarum multi- Jugum Maxim, de Chondrilla polydichotoma Osrr, et de Statice aurea L. suivant exactement, jusqu'au grand banc de dunes qui le limite au Nord, l'itinéraire suivi quelques jours auparavant dans le désert à l'Ouest de l’Etsin Gol, jusqu’au pied des Pei Chan.
L'insurrection de Ma Jong Hin nous ferme en effet l'itinéraire normal par la grande voie charretière d’Ansi Tchéou, Yumenhsien et Hsing Hsing Hsia tournant les Pei Chan par le Sud et l'Ouest pour gagner le
or ——
Sin Kiang méridional par les oasis du Kan Su occidental, itinéraire suivi et exploré par Futterer qui en a rapporté la coupe géologique.
Notre route suit la nouvelle piste des caravanes de hante gagnant directement Hami à travers le désert des Pei Chan. L'intérêt de ni Fr vient de ce qu'il s'écarte également de l'itinéraire de Mao Mei Hsien À Ming shui levé par Sir Aurel Stein et passant à l’est de la chaîne du Ma Tsung Chan point culminant des Pei Chan. L'itinéraire de Victor Point vient remplir un blanc des levées d’Aurel Stein et compléter la description géographique du mêle montagneux des Pei Chan, montagnes du Nord
par rapport à Sou Tchéou, opposées aux Nan Chan, montagnes du sua
Fig. 6. — Bancs de vase grise el blanche d'un fond de lac pléistocène, occupant le désert au nord de Sou Tchéou, dans la région au pied des collines de Chien Huny Chuan.
Ces vases ont été disséquées par les orages en paquets ruiniformes sur lesquels s’est accumulé du sable mobile fixé par le Tamarix gallica. L.
front nord des plissements thibétains au-dessus des bassins de Mongolie Méridionale.
Le massif montagneux des Pei Chan a une très grande importance géographique et bio-géographique du fait qu'il constitue à la fois un obstacle et une zone de transition entre la Mongolie Méridionale et le Kan Su à l'Est, et la grande dépression fermée du Sin Kiang méridional occupée par le désert du Taklamakan et le bassin du Tarim.
Partant de Sou Tchéou la route traverse d’abord les eaux courantes du Pei Ta Ho, entre des falaises de loess, puis une étroite bande de collines de grès au pied de laquelle coule un dernier ruisseau d’eau vive, affluent du Pei Ta Ho vers l’Etsin Gol et dès ce ruisseau, dernier point de verdure, commence un grand plateau désertique couvert de graviers noirs, sur 50 km. de piste rectiligne Sud-Nord, se terminant sur le fond de lac desséché, rempli de bancs de vase redisséqués par des érosions plus récentes, fond de lac occupé sur son front nord par un banc de dunes fixées par des roseaux et des Tamarix, au delà duquel commencent les
glacis de cailloux noirs roulés descendant de la première chaîne méridionale du Pei Chan, que nous trouvons envahis par les Nitraires (Nitraria Schoberi L.) en l'absence du Saxaoul (Haloxylon Ammodendron Bux&e). Ces Nitraires nous fournissent à leur pied une faune abondante de Deracanthus (Col. curculionidae).
Dans cette partie du trajet la piste traverse une région très curieuse, le sable chassé par le vent s'étant accumulé en dunes contre les témoins de vase blanche du lac pleistocène signalé plus haut, et les Tamarix ayant couronné ces buttes, les orages attaquant ces formes du terrain les érodent curieusement par leur base, en ensembles ruiniformes d’où émergent les racines, et parfois les buissons renversés des Tamarix. Curieux complexe entre l’action du vent, celle de la végétation fixant les sables, et l'érosion actuelle contrariant l’une et l’autre.
Nous suivons cette route jusqu'au pied des collines qu'entaille une étroite vallée où une petite rivière d’eau vive entretient une prairie de Sophora alopecuroïdes L., Halimodendron argenteum Fiscu et Sphærophysa salsula D. C. (Papilionacées), plantes que nous avons retrouvées en grande prairie sur les bords du Fleuve Jaune autour de la Mission Catholique belge de San Tao Ho (les 3 rivières).
La route remonte l'étroite vallée du ruisseau jusqu’au point d’eau de Chien Hung Chuan (Puits au Soufre) au bord d’une flaque hantée par des gyrins et franchissant un premier seuil, arrive au pied d’un très grand glacis d'érosion descendant d’une deuxième chaîne plus importante, parallèle à la première et constituant le deuxième ressaut des Pei Chan.
Ce glacis est envahi par des touffes éparses du Calligonum mongolicum Turcr. en touffes séparées distantes de quelques mètres les unes des autres, et entre les pieds desquelles croissent deux espèces d'Arnebia (Boraginées), Arnebia guttata BuxGret l’Arnebia Ssewerouwi REGEL. à fleurs bleues, déjà récoltées par la Mission Pelliot Vaillant à Boulungir et qui semble spéciale à la région occidentale du Kan Su.
Le glacis peu à peu relevé forme un large triangle, dont le sommet s’évade d'une gorge de plus en plus étroite, sinueuse, encaissée d'abord dans du granite, ensuite dans un banc de calcaire (peut-être d'âge sinien selon le P.Teilhard) à la suite duquel une courte descente débouche sur un bassin couvert de rocaille creusé dans des bancs E-W deschistes noirs de la série du Kangaï.
Au nord de ce plateau s'étend un large bassin de terre rouge, bordé au Nord par une haute terrasse, sur laquelle le P. Teilhard a trouvé des outiis de quartzite, trace d'industrie humaine néolithique. Au pied de cette terrasse, entre des tamarix, est creusé le puits d'Hung Liu Ko Ta.
À l'Ouest immédiat de ce puits nous traversons des collines de granite, parcourues par une gorge où pour la première fois nous trouvons en
fleurs, en buissons de 2 à 3 m. de haut, très serrés, le Clematis songorica BunGE aux étroites corolles blanches. Cette vallée s'ouvre sur un nouveau bassin de terres rouges, borné au Nord par une colline longue et basse de dolérites anciennes (R. P. Teilhard de Chardin), au pied de laquelle abondent les fleurs jaune d’or de la Plombaginée Sfatice aurea L. en éléments très dispersés.
À l'extrémité Ouest de cette colline se trouve la grande mare circulaire du ‘puits d’eau de Hou Hung Chuan (la mauvaise eau) qui doit son nom à sa richesse en magnésie.
La route traverse alors, en direction Nord-Ouest un immense bassin de terres rouges fortement disséquées et dont l’inelinaison descend à perte de vue vers le Nord-Est, en direction du lointain Etsin-Gol. Cette région est envahie par les Nitraires Nifraria Schoberi et nous y avons rencontré un cheval sauvage (Equus Przewalskyi Poriarov). Nous y rencontrons également une faune entomologique peu abondante mais spéciale, les Tebrionides (Plerocoma Reilteri Friv.) et une espèce nouvelle (Platyope Victor) qui semble spéciale aux Pei Chan.
Ce bassin aride et désolé fait place à une steppe où réapparaît le Sighi (Stipa splendens Tri.) en tapis végétal d'ailleurs extrêmement désorganisé, constitué de touffes isolées aux abords immédiats du puits et du campement mongol de Mu Tou Chuang Tze où nous retrouvons abondamment les Arnebia associés à deux Zygophyllum herbacés à feuilles charnues, Zygophyllum Potanini Maxim, caractérisée par un fruit charnu à trois lobes de formes circulaires, et Zygophyllum gobicum Maxi. dont le fruit affecte au contraire une forme allongée, en fruits tous les deux à cette saison (25 juin 1931).
Au Nord de ce point s'étend une région plus humide, traversée par la rivière à grands méandres de Mu Tou Chuang Tze, et le Calligonum le remplace sur les glacis du Ma Tsung Chan.
Le Ma Tsung Chan (la Crinière de Cheval) est la saillie montagneuse la plus élevée des Pei Chan. C'est un banc de granite en intrusion massive pointant de 1.000 mètres au-dessus du plateau dont la coupe a été donnée dans l’article du P. Teilhard (Æevue de Géographie Physique, loc. cit.), la route d'Aurel Stein la franchit à son extrémité orientale. La nôtre, au contraire, passe à l'Ouest par un col de Tung Chang Kou entre le Ma Tsung Chan et un relief moins élevé qui le prolonge vers l'Ouest.
Au delà de cette passe s'étend un immense plateau recouvert de cailloux noirs, peuplé par les Nitraires et qui fait place à une pénéplaine de buttes de granite et de sédiments extrêmement granitisés, couverts par le Sighi et hantés, selon les caravaniers, par de nombreuses troupes du cheval sauvage. Au Nord de cette région, nous traversons une petite cuvette lacustre dans un bassin de sables à buttes fixées par le Zygophyllum brachypterum Kar. er Kir. où courent quelques gazelles (Gazella subqutturosa Gucoensr), auquel fait suite la région marécageuse où se dressent
Me
les ruines du petit fort de Mingshui entourées par le cours d'une rivière à eau courante. F
A partir de ce point, et pour ne plus les quitter de longtemps, nous retrouvons des traces classiques, pistes d’Aurel Stein, de Sven Hedin, pistes parcourues aux environs d'Hami par nos prédécesseurs français Pelliot et Vaillant.
Nous remontons, dans des gorges entaillées profondément dans du granite en boule, les eaux torrentielles de la rivière de Ming shui jusqu'au col de Ming Shui Dawan, largement ouvert à 2.200 m. dans un large ensellement de la chaîne la plus septentrionale des Pei Chan. À partir de ce col un immense glacis descend vers le Nord-Ouest. Du pied du Karlyk Tag un glacis analogue, encore plus développé, descend à sa rencontre et leurs bases se rejoignent créant un grand sillon dans lequel le lit desséché de Wu Tung Chuan Ze descend en longs méandres vers le bassin d'Hami.
Nous traversons cette rivière au puits de Wu Tung Chuan Ze, longeant à partir de ce point les glacis du Karlyk Tag tandis qu’à l'Est, comme desîles dans la mer, les pointes occidentales des chaînes de Ming Shui et du Ma Tsung Chan s'ennoyent dans le bassin d'Hami.
Forcés d'éviter, au soir du 27 juin, le poste fortifié de Miaou Kou (Khotun Tam) occupé par les avant-gardes de l’armée Ma Jong Hin, nous rejoignons en longeant un ruisseau descendant du Karlyk Tag la grande dépression marécageuse remplie de grands roseaux qui occupe le fond du bassin. Nous y retrouvons, avec l’armée chinoise en pleine retraite, la piste charretière du Sud, celle de Sou Tchéou à Hami.
Au cours de cette traversée, le massif des Pei Chan nous est apparu comme une région d’obstacle et de transition entre le désert de Gobi à l'Est de l’Etsin Gol, et les bassins du Sin Kiang. Les Pei Chan se caractérisent, par rapport à ces deux régions comme un ensemble montagneux d'altitude notablement plus élevée que les bassins qui l'entourent : 900 m. d'altitude dans la dépression des Gashun et Sogo Nor, 1.000 m. d’altitude moyenne des bassins du Gobi autour de l'Ergu Kara, 600 m. d'altitude à Hami et au Lob Nor, contre 2.200 m. au col de Ming Shui, 3.000 m. au Ma Tsung Chan, 2.000 m. d'altitude moyenne pour les plateaux méridionaux des Pei Chan.
Enire les dépressions d'Hami, de Baï, du Su Lo Ho et de l'Etsin Gol, les Pei Chan apparaissent comme un môle montagneux isolé des régions voisines. Ce caractère est accusé par la présence des espèces endémiques et végétales que nous y avons rencontré. Au point de vue physique, il faut distinguer les Pei Chan en deux régions : l’une au Sud et à l'Est du Ma Tsung Chan, plateaux arides où se retrouvent les conditions désertiques du Gobi, grands glacis d'érosion et bassins de terres rouges envahis par les Nitraires, l’autre comprenant la partie la plus élevée du socle des
DD
Pei Chan, c'est-à-dire la région comprenant les chaînes de Ming Shui et du Ma Tsung Chan, et la région élevée comprise entre elles ou nous assistons, sous l’influence de l'altitude et des pluies plus abondantes, à un curieux rappel de la steppe à Sighis et à la diffusion d'espèces caractéristiques de la Dzoungarie et du front nord des Tian Chan qu'elles tournent par l'Est du Karlyk Tag telles que la Clematis songorica Boxe.
Deux influences se croisent donc sur les Pei Chan : des influences désertiques E-W, parallèles à l’orographie ainsi orientée, et des influences de Dzoungarie venant du Nord et gagnant par les régions arrosées du Ma Tsung Chan aussi loin que les conditions d'humidité les favorisent.
Au point de vue des récoltes entomologiques, la saison s'est montrée infiniment moins favorable que pour la traversée des bassins du Gobi, L'évolution de la flore et de la faune est accélérée par le régime désertique et la végétation avait dépassée le stade de la floraison pour entrer dans celui de la fructification et de la maturation des graînes. Au mois de mai, saison des fleurs, juin succède comme le mois des fruits. La faune entomologique est décimée par les premières chaleurs et ce n’est que par un très petit nombre d’espèces et d'exemplaires que se sont bornées nos récoltes dans la traversée des Pei Chan. Il s’agit presque exclusivement de Ténébrionides,
Analolica suturalis Rerrrer. Région de Ming Chui et de Mutton Chuan Tze (juin 1931).
Plalyope Victor Scnüsrer et Reymonn. Pei Chan dans les bassins de terre rouge autour de Hun Chu Lu (24 juin 1631).
Trigonoscelis sublaevigala Rerrrer. Pei Chan Méridional, bassins de terre rouge de Hou Hung Chuan; espèce commune aux bassins orientaux du Sin Kiang et à la vallée de l'Etsin Gol.
Sternoplax Kricheldorfi Rerrrer. Pei Chan, bassins d'Hung Liu Ko Ta et d'Hou
Hung Chuan.
Slernoplax Kraalzi Friv. Désert au Sud des Pei Chan, dans les dunes de
sables fixées par les Tamarix.
Plerocoma Reilteri Friv. Espèce carectéristique des Pei Chan, bassin de Hou
Hung Chuan,
et deux espèces de Curculionides :
Deracanthus pulchellus Friv. et Deracanthus lacovleffi Suv. var. Kozlo/ji Sem. Au pied des Nitraires sur le grand glacis méridional de la chaîne des Pei Chan descendant dans le grand bassin désertique au Nord de Sou Tchéou.
Il est intéressant de signaler que les Pei Chan sont hantés par les chevaux sauvages (Equus Przewalskyi) que nous y avons rencontrés à deux reprises et qui, d’après les caravaniers mongols, y sont communs. C'est une deuxième constatation de la large extension du cheval de Przewalsky vers le Sud à travers les bassins désertiques de la Mongolie Centrale, nantant volontiers les régions montagneuses : Pei Chan et collines gneis-
siques de Cho Lun Hurre Gol (Gobi Central).