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pendues des Monts Célestes, les jardins d’Eden, les paradis fermés de la montagne, là, paissent le mouflon et la chèvre sauvage. Nous les voyons et nous ne les atteindrons jamais. Nous les avons touchés pourtant, à la gorge aux chèvres.
Nos incursions, limitées par l'interdiction de tout travail par les autorités chinoises, dans les massifs avoisinants Urumchi, se sont limitées à deux directions. La première a été la pénétration dans les vallées du versant septentrional du Bogdo, excursions effectuées toujours à pied et dans l'intervalle d'une seule journée, ce qui a limité à l'extrême le champ de recherche. Nous n'avons jamais dépassé ainsi les parties les plus inférieures de la puissante chaîne où nous avons trouvé un rappel allant presque à l'identité avec la flore et la faune de Dawanchi, Epilobium angushfiolium L., énormes champs d’Urtica cannabina L., marquées cependant en hauteur par une reprise partielle des régimes désertiques. Atraphaxis pungens Jaus. Er Spacu. et Cotyledon leucantha Leperev., récoltés par le lieutenant de vaisseau Victor Point et le second maître radiotélégraphiste Roger Kervizic, au cours de la seule excursion à cheval qui put avoir lieu dans cette région (4 août 1931). Aucune de nos courses ne put, malheureusement, atteindre la grande zone alpine de la forêt d’Abies, abondamment explorée par Swen Hedin.
Mais, une compensation heureuse nous fut apportée au contraire par la possibilité, répétée en trois occasions, d’accéder à la zone alpine du Tian Chan, autour du campement mongol de Bie Ango, utilisée pour le lieu de repos d'été par la colonie européenne d'Urumchi.
Les Monts Célestes à Bie Ango.
La description succincte de l’excursion de Bie Ango ne sera pas déplacée dans ce travail, et son intérêt provient de ce qu’elle nous met en rapport avec les étages de végétation des Monts Célestes.
Quittant Urumchi, la route de Bie Ango franchit d’abord la rivière au grand pont situé sous l’angle nord-ouest des murs de la ville; grand pont dont l’existence mérite d’être signalée au Sin Kiang, où la plupart des rivières importantes doivent être franchies à gué, ce qui, dans l'état assez primaire de la voirie en Chine, est commandé autant par leur largeur que par l'importance des crues dues aux orages et à la fonte des neiges.
Passé ce pont, la route remonte le cours de la rivière d'Urumchi par sa rive gauche, traversant la partie de l’oasis située entre elles et les flancs desséchés de la montagne d’Urumchi, et, à l'aplomb de l'extrémité
es ; g septentrionale de cette croupe, escalade les pentes d’une première grande terrasse, parfaitement raccordée avec la terrasse principale de la rive droite. Alors se déroule vers le Sud un très grand glacis, faiblement
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incliné, et dont l'élément principal est le Sophora alopecuroïdes L., Deuplements assez maigres, séparés par des plaques de cailloutis à végétation plus désertique. 4 te traverse ce glacis en ligne droite, Re une direction NNE-SSW, jusqu'à la rencontre de nouveaux glacis beaucoup plus raides, témoin d un autre cycle d'érosion des Tian Clans : glacis couverts d’une prairie à Graminées en tapis vert continu. À ce niveau, la route entre dans la vallée de la rivière d'Urumchi creusée en gorge entre trois étages de falaises abruptes, disséquant les terrasses successives. La route suit le replat de la deuxième de ces terrasses, une deuxième couverte de peupliers, se trouvant d'une trentaine de mètres en contrebas, elle se raccorde avec la terrasse inférieure de l’oasis d'Urumchi ; la troisième, au-dessus de nous, se raccordant absolument avec les pentes très inclinées de la prairie alpine du Tian Chan.
Notre route serpente donc au-dessus de la rivière par des passages rendus scabreux en plusieurs points par les lits de torrents érodant activement les trois falaises. Elle se poursuit jusqu'à la rencontre de la première chaîne des Monts Célestes, barrant soudain la voie d’un mur de schistes noirs pendant au Nord de 60 à 70°. À 200 m. au-dessous de nous, la rivière s’encaisse en gorges entre les murailles rocheuses de la première chaîne, et notre route vient à droite, en direction WSW, remontant le cours incliné de l’affluent qui coule à Bie Ango. Nous avons couvert, depuis Urumchi, 65 km., dont 10 pour ia traversée de l’oasis, 30 pour celle du glacis de la deuxième terrasse, 15 km. sur cette deuxième terrasse suspendue au-dessus des gorges de la grande rivière et 10 km. en remontant la rivière de Bie Ango jusqu à ce point.
Les altitudes approximatives étant 900 m. à Urumchi, 1.100 m. à l'arrivée sur la terrasse, 1.600 m. à l'entrée des gorges de la grande rivière, 2.100 m. à l’arrivée de la rivière Bie Ango et 2.700 m. à Bie Ango même, ce qui donne des pentes de 6 °/, dans la vallée inférieure de la vallée de Bie Ango et d'environ 2°/, sur le grand glacis de la deuxième terrasse. Cet exemple donne d'ailleurs une très bonne image de l’abord des grandes chaînes en Asie Centrale caractérisée par ces immenses glacis dont l'inclinaison est bien souvent très faible, mais la largeur très grande, et qui aborde les plissements proprement dits à une altitude déjà très importante sans qu'on ait vraiment eu la sensation de s'élever. L’allure est exactement opposée dans les régions de pluviosité plus forte, que les rivières entaillent profondément en gorges souvent verticales et où les dénivellations sont rendues dans toute bee puissance par la brutalité des abrupts.
Nos excursions à Bie Ango se sont produites à trois reprises dilférentes, à la suite desquelles elles ont été interrompues par l'interdiction des autorités chinoises. Le P. Teilhard de Chardin accomplit le premier cette course, les 27 et 28 juillet 1931, dans des buts d'exploration géolo-
gique et parcourut la vallée de la rivière au-dessus de Bie Ango, d'où il revint, avec des observations géologiques et, en outre, avec une abondance de plantes alpines telles que la magnifique campanule Codonopsis ovata Benru. et de nombreuses composées de l'étage alpin (Arnica, Doronicum). L'enthousiasme suscité par cette flore et l'attrait de la faune de montagne, décida des voyages suivants, dont le premier eut lieu les 3, k et 5 août, le deuxième, moins favorisé par les conditions atmosphériques,
du 8 au 11 août 1931.
Bénéficiant de circonstances climatiques exceptionnelles, l'excursion des 3 et 4 août fut de beaucoup la plus féconde, et ce fut la seule où le temps favorable permit l’accès des crêtes, interdites la fois suivante par l'accumulation des nuages ajoutant aux inconvénients d'une pluie battante l'absence de toute visibilité et d'orientation dans le brouillard, les nuages noyant toutes les crêtes peu au-dessus de Bie Ango.
Traversant devant les yourts du campement mongol, la rivière qui arrose cette clairière, la seule route facile vers les sommets emprunte une large croupe couverte de prairies, rejoignant un alpage accroché aux flancs de la montagne, entre deux vallées occupées par la forêt à Abies Schrenckiana Linpz. Er Gorp. Picea obovata Lepes. Cette forêt commence très peu au-dessous de Bie Ango, à l'altitude de 2.500 m. environ ; mais, en d'autres points du Tian Chan, elle descend jusqu'aux environs de 2.000 m. pour cesser à l'altitude de 3.000, où elle fait place à une zone étroite peuplée par le Juniperus Pseudo-Sabina Fiscu. et MEy, genévrier rampant auquel succède la flore de haute montagne au-dessus de la limite de la végétation arborescente. Cette altitude limite est atteinte dès la traversée de la crête rocheuse dominant d’une falaise abrupte la vallée de Bie Ango et, suivant cette crête, l'itinéraire contourne le cirque collecteur d’un torrent parallèle à la vallée de la rivière de Bie Ango pour parvenir à une première cime à laquelle succède une deuxième, derrière laquelle émerge, mur continu de glaciers et de neige, l’épine centrale du Tian Chan. Vue unique de notre route entière et que le jeu des occasions ne nous a ouverte qu'un seul jour. Le retour, plus direct que l'aller, a évité le plus possible la traversée du cirque torrentiel, pour se tenir sur la ligne de crête, contournant par leur base une série de gendarmes, par la traversée d’alpages suspendus au-dessus des abrupts plongeant vers la vallée de la rivière de Bie Ango. Rejoignant à la deuxième cime le chemin de l'aller, celui du retour ne la quitte que par une courte et très difficile descente à travers des pentes très inclinées, fixées par la forêt d’Abies jusqu'à la croupe du départ et le campement de Bie Ango.
La dernière excursion dans les mêmes lieux, ne pouvant, en raison des conditions de climat, atteindre les hauteurs, les deux journées du 9 et du 10 août ont été employées à remonter la vallée de Bie Ango en direction
A. Reymonv. 5
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du col aperçu lors de l'ascension du. 3 août. Cette route comporte un itinéraire nord-sud d'une heure environ, tronçon au bout duquel on atteint un point remarquable, signalé par la rencontre, à droite du chemin, d'une cascade de 100 m. coupant un affluent du cours principal. La rivière, à partir de ce point, commence à décrire dans la montagne une série de courbes compliquées, coupées de petites cascades et de rapides à travers de grands amas de blocs roulés. Il faut compter trois de ces courbes avant d'aboutir à un fond de vallée en auge, de quelques kilomètres de long, à partir duquel la rivière traverse, entre deux murs à pic de 2 à 300 m. de haut, une gorge particulièrement sauvage et dont la traversée est agrémentée par des chutes de pierre continues, défilé d'un kilomètre de longueur environ, pour déboucher dans la partie haute du cours, auge largement ouverte et dont le caractère glaciaire est encore plus accusé. Malheureusement, nos deux excursions, tant celle du 9 accomplie à pied, que celle du 10, à cheval, ne purent, faute de temps, dépasser cette région et les abords du col ne furent même pas en vue à ces deux occasions.
Telles furent nos routes dans la région alpine de Bie Ango, insuffisantes pour se faire une idée de quelque largeur de la géographie de Ja chaîne du Tian Chan, suffisantes, au contraire, pour une vue élémentaire des caractères de la flore et la capture de quelques insectes que nous allons tenter de résumer ci-dessous.
Les faits principaux sont l'existence, sur le versant septentrional du Tian Chan, de deux zones forestières superposées, une à la base, dont l'élément principal est une futaie de Peuplier, l'autre au-dessus d'elle, dont l'élément caractéristique est l’Abies Schrenckiana Line. Er GorD — Picea obovata LEDEB. ou sapin des Tian Chan, étroitement localisé à ces montagnes. Ces deux éléments forestiers se mélangent évidemment dans leur zone de rencontre, où abondent les prairies (utilisées par l'homme à la pâture de ses troupeaux), et par un sous-bois peuplé d’une flore extrémement dense dont l'élément principal est le sorbier, Sorbus communis L., commun au cours moyen de toute la rivière de Bie Ango, aussi bien dans la région des peupliers que dans celle de l'Abies. Avec le Sorbier et dans la même région abonde un Berberis très épineux à fleur jaune, en arbuste d'environ 2 m. de haut, le Berberis integerrima BGr — vulgaris L., caractéristique à la fois des Tian Chan, et de la partie supérieure de la zone des peupliers, ainsi que la partie inférieure de la zone de l’Abies de 2.000 à 3.000 mètres.
Au-dessus de l’Abies, et au delà de l'étroite frange des buissons du Juniperus Pseudo-Sabina Fiscn rr MEy, s'étend la prairie de hauteur qui ne cesse qu'à la rocaille aux abords des neiges persistantes.
Donc, en résumé, trois flores successives : flore de la zone des peupliers, flore de l'étage des sapins, flore de l'étage alpin au-dessus des arbres.
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Voyons rapidement les éléments principaux de ces différentes zones :
1) Etage des peupliers. — Profondément pénétré à sa partie inférieure . par des éléments steppiques, caractérisques de l'Asie intérieure, notamment les prairies du Sophora alopecuroïdes L., qui ne cèdent que vers 1.500 m., associé à la même altitude à la Clématite à fleurs blanches des Pei Chan Clematis songorica BunGe, dont c'est ici l'aire principale de présence. À la clématite à fleurs blanches fait suite le Sorbier et avec lui d'immenses champs d'Epilobe (Epilobium angustifolium L.) constant dans toute cette partie des Monts Célestes, aussi bien du Tian Chan proprement dit que du Bogdo Ola. Cette flore de la partie froide de l'étage du peuplier passe intégralement dans la zone inférieure de l'étage du sapin où elle mêle ses éléments avec ceux d'une flore infiniment plus riche.
2) Étage de l'Abies. — Plus froid, mais surtout beaucoup plus humide que l'étage précédent, il est caractérisé, surtout à sa partie inférieure, par l'extraordinaire richesse du sous-bois, envahi partout et notamment dans la vallée de la rivière, par un véritable fourré d'arbustes (Sorbus communis L., Berberis integerrima BGe) et de plantes herbacées, parmi lesquelles nous pouvons citer, entre autres :
L’Ancolie (Aquileqia vulgaris Tauns.), une pivoine {Paeonia albiflora PacLas), l’Arnica, des Doronicum, une grande rhubarbe (Rheum Emodi Wazz.), l'Epilobe (ÆEpilobium angustifolium L.) et surtout une campanulacée (Codonopsis ovata BENTH) remarquable par la beauté de sa fleur en large coupe d’un bleu violet taché de blanc, et particulièrement abondante dans la vallée de la rivière de Bie Ango à la cascade et dans les gorges boisées qui lui font suite, pour cesser avec les bois.
Cette végétation n'a pas gagné les versants, déjà beaucoup plus secs, et qui, au voisinage immédiat de Bie Ango, sont couverts d'une végétation différente, plus franchement alpine : avec l'Aconit de Napel, une grande Gentiane à grandes fleurs jaunes (Gentiana frigida HAExkE.) et un tapis d'Edelweiss (Leontopodium alpinum Cass.).
3) Étage de la prairie alpine. — Elle commence au-dessus des arbres et s'étend jusqu'aux rocailles arides précédant les neiges avec des alternances de prés secs ou de zones marécageuses tendant à la tourbière. Nous y trouvons d'autres plantes :
Gentiana falcata Turok, Swerlia marginala Scurenk (Gentianée), Pyrola
media Sw. (Ericacée), Pedicularis rhynantloïdes Scurexk. (Scrophularinée), Trollius asiaticus L., Leontopodium alpinum Cass.
C’est également la région du coquelicot à fleur orange, Papaver nudicaule L., couvrant des prés immenses dans la zone de l’Abies, aux environs de 3.000 mètres.
Une autre plante, tout à fait caractéristique du Tian Chan est une composée, Saussurea biacteata Decne-JAcQuEMOND. Son port et sa taille sont ceux d'un gros chou pommé. Elle peuple en abondance le sommet culminant de l'itinéraire du # juin. Plus ou moins comestible, elle est l’objet d'un commerce pour les habitants de cette région qui lui attribuent des verlus médicales. C’est la raison de sa localisation dans les parties élevées de la montagne, car nous l'avons revue, accrochée à des hauteurs inaccessibles dans les murs verticaux de la gorge aux chutes de pierre, dans le cours supérieur de la vallée de Bie Ango, vers 2.950 mètres.
Là se termine le contact avec la zone alpine des Monts Célestes que devaient nous interdire désormais la saison plus tardive et l'inclémence des autorités.