‹ Sur le peuplement entomologique de l'Asie CentraleChapitre 29 sur 74 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

TENEBRIONIDAE

Ce qui caractérise l'Asie Centrale, au point de vue du peuplement entomologique, c’est sa richesse en endémiques. Endémisme d'espèces et endémisme du genre manifesté très souvent par les formes ailées (Buprestides Sphénoptères ou Ancylocheira), Cérambycides (Asiates), Scarabéides (Aphodiens, Onthophagus, ete..), mais affectant évidemment surtout les espèces et les groupes aptères. C’est le cas des Dorcadions et des Lethrus, des Carabes, et aussi celui des Ténébrionides particulièrement adaptés aux conditions de vie dans les déserts. L’endémisme dans tous ces cas atteint souvent le genre, n’atteint ni la famille ni la tribu et il est curieux de voir comment se manifestent de nombreuses localisations régionales de genres dans les tribus dont, au contraire, l’aire d'extension se généralise sur d'immenses surfaces continentales.

11 ne peut être question, dans les limites de cetravail, ni de dresser un catalogue des espèces endémiques de l'Asie Centrale, non plus que d’étudier la distribution de tous les groupes qui participent au peuplement de ce carrefour. Mais, prenant parmi les tribus les plus constamment représentées dans la faune de cette région, il est intéressant de confronter, du point de vue de leur répartition et de leur endémisme, quatre tribus de Coléoptères ténébrionides qui offrent le curieux paradoxe d’avoir entre eux un caractère commun et des extensions totalement différentes.

Leur caractère commun c’est d’être toutes les quatre répandues à la fois sur l'Asie Centrale et tout le bassin méditerranéen, tandis que leurs extensions sont entièrement différentes. Les premiers, les Akidinae, offrent une distribution qui présente la singularité d’une extension exclusivement mésogéenne avec leur cinq genres et une soixantaine d'espèces, tandis’'que le genre Akis se trouve répandu sur tout le pourtour du bassin méditerranéen, y compris les îles, la Russie méridionale et l'Iran, deux genres (Sarathropus et Solskyia) restent confinés à l'Asie Centrale (Turkestan Russe, Pamir, Région Himalayenne) et une lignée continue, les Cyphogenia, s'étendent de la Russie méridionale à la région de Pékin. L’aire d'extension du Nord ne dépasse jamais les limites de la région des

steppes et ne pénètre pas dans la partie humide de la zone tempérée. Vers le Sud, elles restent confinées de même à la zone mésogéenne, s'écartant également des régions humides de la Chine proprement dite, des hauts plateaux thibétains et limitées à la partie nord des déserts de l'Ancien Monde, ne traversant ni l'Arabie ni le désert du Sahara, curieuse extension d'aspect presque linéaire limitée strictement à la zone de climat tempérée sèche, au climat de type absolument méditerranéen, suivant une distribution en écharpe linéaire, du golfe de Petchili au détroit de

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V7 ET £spèces dugenre Âkis wmm Espèces du genreCyphogenia

Fig, 12. — Distribution des Akidiinæ.

Gibraltar, à travers les déserts de l'Asie Centrale et les pourtours de la Méditerranée.

Ce même aspect de distribution géographique est présenté également par la grande tribu des Pimélines et la tribu voisine, les Platyopines, dont l’origine et le destin semblent étroitement liés. Nous assistons encore à une extension, mais d’une plus grande ampleur. La grande tribu des Pimélines couvre, en effet, avec 25 genres et environ 350 espèces d’une part, tout l’ensemble des déserts de l’Asie Centrale moins le Thibet, où elle paraît manquer, et d'autre part la région immédiate du Pékin, n’atteignant pas ainsi tout à fait la côte du Pacifique alors qu'on rencontre

les premiers représentants de ce groupe aux environs de Kalgan à 300 km. de Pékin.

Ne gagnant pas vers le Sud les régions cultivées de la Chine proprement dite, elle est représentée dans les régions plus riches du Chansi et Chensi, des Ordos, le Kansu, sans traverser la barrière des Nan Chan et maintenue au pied du massif thibétain, par quelques genres à nom-

Fig.13.— Distribution des Pimelinæ P Péero/sie 0 Mantichorule 1 PimelisUD S Séernoplsx D frzéwelskiea 0 Sternodes SESRÉEE T Zrigonoscelis

breuses espèces (P{erocoma, Sternoplax, Trigonoscelis, etc...) ou des formes spéciales et différenciées, des déserts de Mongolie, du Tarim et du Turkestan Russe, à partir de quelle région les types d'Asie centrale cèdent aux genres méditerranéens de la tribu. C’est le triple phyllum (Ocnera, Thriptera, Pimelia et leurs genres satellites) dont l’extension couvre à la fois la Russie du Sud, la Région iranienne et le pourtour méditerranéen qu'il déborde largement vers le Sud avec deux espèces du genre Pimelia, P. senegalensis de la région de Dakar et P. Hildebrandti rapporté d'Abyssinie et du Lac Rodolphe par le professeur Jeannel, extension extrême de ce genre vers le Sud tandis que,

d'autre part, il peuple d'espèces différenciées les îles de la Méditerranée orientale qui ont presque chacune quelque espèce spéciale de Pimélie, et l'archipel Canarien qui en compte 8 pour son compte. Extension remarquable d'un groupe aptère datant l’histoire de sa répartition par sa présence dans ces îles.

Présentes l’une et l'autre dans les mêmes régions les deux autres tri-

Fig. 14. — Distribution des Blaptinæ | ; Gnaptor v /agona A Asiooblaps VI Lrosaafes Ü 108 espèces D Di/a T /agonia + /agonordes 9 Blzps Elwespeees

bus, Blaptinae et Tentyriinae, vont nous montrer au contraire deux types d'extension aussi opposés qu'il est possible.

L'aire d'extension des Blaptines représentés dans la France entière par deux espèces commensales, mais particulièrement répandues dans les incultes de la zone méditerranéenne, recouvre entièrement vers le Sud et jusqu'au Sénégal, celle que nous venons de voir pour les Pimélides, à l'exclusion toutefois de l’Abyssinie, mais elle la dépasse largement vers le Nord et au Thibet. A la différence des Pimélines liées presque complètement au climat xérothermique du type méditerranéen, les Blaptines s'accommodent en effet aussi bien à la vie désertique qu’au contraire à des chmats plus humides et plus froids. Ils ne sont absents, à leurs exten-

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sions extrêmes, ni des Iles Britanniques ni de la Suède méridionale, mais couvrent également toute la Russie moyenne jusqu’au parallèle de Moscou, et toute la Sibérie du Sud jusqu'à la province de l'Amour. Ils couvrent d'autre part, à l'inverse, comme nous l'avons vu, des Pimélines, la Chine proprement dite, le Thibet où ils sont représentés par de nombreuses espèces et des genres spéciaux (Coelocnemodes, Asidoblaps), les

Fig.15.— Distribution des Tentyrinsæ H Æegeter Ÿ Ayperops I Anatolica [ID + peéits rl M MWicipsa R Æhyéinots 45 Tentyria = SFricoins

montagnes du Szetchuen et du Yunnan. C’est un groupe d’extension largement paléarctique et, par la majorité des espèces et des genres, représentatif de l'Asie Centrale à l’égal des Pimélines, mais alors que cellesci sont spécialisées aux régions de basse altitude, les Blaps et leurs congénères, les Prosodes remontent largement dans les massifs montagneux et à l'égard des Carabes, pénètrent et peuplent la zone alpine jusqu'au voisinage des régions enneigées (Prosodes rugulosa Gerr, dans les monts célestes à 2.700 m. d'altitude à Bieango). Ainsi la distribution des Blaptinae, nous montre un type d'extension couvrant à la fois la région paléarctique proprement dite au sens de Wallace et la région méditerra-

néenne.

La quatrième et dernière tribu, celle des Tentyrunae, est également caractéristique en France de la faune méditerranéenne où elle voisine avec les Blaps, les Akis et les Pimelies. De même son aire de distribution en Asie Centrale se superpose parfaitement à celle des tribus précédentes, mais par sa distribution dans l'ancien monde, elle s’en distingue absolument. A la répartition paléhoréale des Blaptinae, l'aire des Tentyrines s'oppose par une extension réunissant l'Afrique entière (région éthiopienne) et la distribution mésogéenne au sens large des Akis et des Pimélies. La tribu des Tentyriinae, en effet, avec 73 genres et 550 espèces couvre à la fois l'Afrique Australe avec un seul représentant (Perdicus anthrophilus Faim.) à Madagascar et la distribution des genres et des espèces s'établit comme suit.

Genres africains à l'exclusion de la région méditerranéenne :

17 genres et 53 espèces.

Genres d'Asie Centrale :

19 genres et 192 espèces.

Genres méditerranéens :

20 genres et 181 espèces.

Il existe en outre un certain nombre de genres représentant cette tribu dans les Indes : 5 genres et 10 espèces dont l’une, Sfenosida striatopunctata WiepE, atteint l'archipel malais, d’autres peuplant les Canaries, Madère et lesIles du Cap Vert, un genre enfin, Eusyntélia, avec 4 espèces, localisée à l’Ile Socotara. Ajoutons-y deux genres Oxycara, 14 espèces répandues d'Egypte aux Iles du Cap Vert, et Rhytinota, 46 espèces d’Abyssinie aux Indes, dont l’extension couvre la partie sud de ce peuplement mésogéen. \

Les problèmes posés par des peuplements de caractères aussi divers sont multiples et nous allons essayer de les envisager les uns après les autres en ce qui concerne l'Asie Centrale,

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DISTRIBUTION DES AKIDINAE

La tribu des Akidinae, nous l'avons vu, comprend une soixantaine d’espèces et un petit nombre de genres qui sont Morica, avec 6 espèces du pourtour méditerranéen et plus spécialement répandues dans la région occidentale de celui-ci, le genre Akis, avec 27 espèces dont l’aire d’extension s'étend de la Perse au bassin méditerranéen, qu'ils entourent complètement, et trois genres d'Asie Centrale, les genres Sarathropus, Solskyia et Cyphogenia sur lesquels nous nous étendrons plus particulièrement.

Ce qui frappe dans cet ensemble de formes c’est la grande homogénéité de cette tribu. Cette homogénéité porte sur la forme générale du corps, et plus spécialement sur la structure de la tête et du corselet. Il y a un type général de ces organes chez les Akis qui les sépare absolument des autres tribus des Ténébrionides que nous étudions d’autre part.

Tête des Akidinae. — La tête des Akidiens, très homogène dans toute la tribu, est caractérisée par un certain nombre de caractères constants.

1) Un caractère fondamental, signalé par Reiïtter dans ses « Bestimmungstabellen », et qui les distingue notamment du type des Pimelia, est le fait que le menton, peu développé, ne couvre pas l'ensemble des pièces buccales et que celles-ci rendent visibles tant par dessous que le long des mandibules.

2) Le deuxième caractère est l'aspect de la partie supérieure de la tête, aspect très constant et qui est dû notamment au très large développement des lobes jubaux en avant des yeux, lobes jubaux élargis en carène presque aliformes et enveloppant latéralement le clypeus, celui-ci en forme de trapèze échancré à la partie antérieure de la tête par lequel on aperçoit le labre, en général de petite taille et ne recouvrant pas complètement les pièces buccales. Les diverses parties de la tête sont ainsi bien visibles, souvent marquées de sillons ou de fossettes profonds entre les lobes jubaux et le clypeus, celui-ci distinct du vertex avec une nuque renflée en général encastrée dans l'échancrure antérieure du prothorax.

3) L'existence de ces lobes jubaux détermine de même un des caractères les plus marquants de la tête des Akis; l'existence d'un sillon latéral profond, en dessous de la carène aliforme latérale des joues, creusé de l'insertion des mandibules jusqu’en avant des yeux et renfermant l'in-

sertion des antennes ; Les yeux globuleux situés latéralement très en arrière de la tête en raison du grand dévelobpement de la partie antérieure de celle-ci ; les antennes moniliformes d'un type très constant définies par un premier artiele court, un deuxième long, les autres triangulaires, et de plus en plus courts jusqu’au dernier du type pyramidal très largement répandu chez l’ensemble de la famille des ténébrionides.

Pronotum. — Le Pronotum dont nous étudierons l’évolution caractéristique chez les formes asiatiques de la tribu, mais très constant chez les Akis et les Morica, se caractérise également par un très large développement aliforme des carènes latérales. Cet élargissement en ailes de côtés du prothorax imprime un caractère très visible et très particulier à l’ensemble des Akidiens à l'exception du genre Solskyia.

L'aspect propre du genre Akis Hesr est l'aspect cordiforme de ce corselet, constamment très rétréci en arrière et terminé sur les côtés par des angles aigus, fréquemment étirés en pointe et dirigés vers les élvtres.

Les Elytres. — Celles-ci, par rapport à la constance des parties antérieures, sont au contraire très variables suivant les espèces et nullement caractéristiques du genre.

Chez les Akis notamment, elles nous présentent des types fortement costés et même carénés, tels les Akis spinosa L., À. granilufera Sancs. ou A. Goryi Sor., des espèces où ces carènes en voie de disparition sont remplacées par des lignes régulières de points tuberculeux tels que les Akis reflexa Faë. et À. fingitana Luc., pour aboutir à des formes à élytres lisses tels que les Akis acuminala F., À. Sansi Sor., À. discoïdea Quens et À. algeriana SoLier.

Mais dans toutes ses formes, il subsiste au moins, par un repli ou une indication légère, une carène privilégiée, la carène latérale, de l’épaule vers l'apex et, séparant l’élytre en deux surfaces distinctes, une discale subplane dirigée vers le haut, l’autre latérale et engaînant l'abdomen, la fausse épipleure de Reitter donnant en coupe au corps de l’Akis un aspect grossièrement triangulaire. |

Par rapport au type moyen des Akis, le genre Morica se caractérise au point de vue général par une double tendance, celle à un élargissement et un épaississement de toutes les parties tendant jusqu'à des formes globuleuses telles que Morica hybrida Cuarpexr. de l'Espagne méridionale, et deuxièmement, ce qui est plus important, à un raccourcissement et à une condensation des parties antérieures.

C'est ainsi que, d’une part, la tête des Morica est constamment plus large et plus courte que celle des Akis, ce raccourcissement portant principalement sur le clypeus et les lobes jubaux (ceux-ci moins étirés vers l'avant), le sillon latéral de ce fait plus court et souvent moins profond, reste toujours large et nettement marqué sous des carènes latérales souvent moins saillantes.

Le prothorax dans ce genre n’est plus cordiforme comme chez Akis mais franchement transverse, le disque extrêmement large et renflé, les rebords latéraux toujours largement développés de façon subalaire et bordant le pronotum de deux larges gouttières.

Les élytres dans ce genre sont fortement convexes et largement ovalaires, rappelant grossièrement les corps épais des Pimélies dont, bien entendu, les distinguent absolument les caractères fondamentaux de la tribu, et notamment le corselet et la tête. Ces élytres sont costés chez Morica grossa L. de Tunisie (3 carènes sur chaque élytre plus la carène humérale), côtes remplacées par ces crêtes épineuses chez M. Jevini Lucas, trois fines côtes luisantes et planes chez M. hybrida Cnarpenr et lisses chez M. planata F. du Maroc et de l'Espagne méridionale.

Par rapport à ces types méditerranéens, voyons à présent les types d'Asie Centrale.

Ils se groupent, nous l'avons vu, en trois genres : Cyphogenia avec 8 espèces, Solskyia, avec 4 espèces de la région de Pamir, et Sarathropus, 1 espèce ; le Sarathropus depressus Zouk des Steppes du Turkestan Russe.

Par leur forme générale et leurs caractères d'ensemble, les Cyphogenia ressemblent extrêmement aux Akis, les deux autres genres, Sarathropus et surtout Solskyia s'en distinguent très sensiblement. Les formes sans doute les moins différenciées de la tribu sont les Solskyia, dont le Muséum possède deux exemplaires rapportés par l’expédition Capus Bonvalot au Turkestan Méridional, en 1881.

Le type Solskyia Ersca se différencie de tous les autres Akidinae par son corps grêle et presque linéaire, et plus encore par les caractères primitifs du prothorax. Celui-ci, nous l’avons vu, est dans l’ensemble de cette tribu un des caractères les plus constants et qui imprime une homogénéité très grande à l'aspect d'ensemble de ces formes. Chez tous les Akidiens, à part Solskyia, nous trouvons un pronotum élargi subcordiforme et d'autre part une tendance à l'extension en gouttière ou même à développement aliforme de la marge latérale du corselet. Rien de tel chez Solskyia mais, au contraire, la forme la plus curieusement simplifiée de ce type général, à savoir :

Un pronotum d'un type à la fois simple et rare chez les Ténébrionides, présentant à la face supérieure un aspect absolument quadratique, avec des angles antérieurs et surtout postérieurs bien marqués et étirés en pointe, la marge latérale du pronotum est juste indiquée sous forme d’un léger sillon précédant la crête marginale, celle-ci n’est aucunement élargie en lame mais se présente sous la forme d’une carène visible et à bord

tranchant.

Les autres parties de l’insecte présentent des caractères moins spéciaux. Les élytres, très longuement ovalaires et présentant leur plus grande largeur au deuxième tiers de leur longueur, ne sen apparentent pas moins

au type Akis par une surface supérieure discale présentant vers le haut une large surface horizontale et une tarène humérale très nette de l'épaule à l’apex, isolant les fausses épipleures incurvées et engainant l'abdomen.

La tête de Solskyia est particulièrement large, à peine moins que le prothorax, et présente le type classique des Akidiens, à savoir, le très large sillon latéral où se trouve l'insertion des antennes et bordé par la carène latérale des joues élargies en repli tranchant. Chez Solskyia, ce sillon est large et profond, mais assez court et se termine avant les yeux. Ceux-ci sont ronds, très petits, situés juste sur le bord de la surface supérieure de la tête et dirigés vers le haut et latéralement. La partie antérieure de la tête est d'autre part beaucoup moins différenciée que chez les Akis et le clypeus forme avec les joues un arc de cercle sinueux devant lequel apparaît le labre et les mandibules. Les antennes, du type Akis, sont dans l'ensemble plus grêles et plus filiformes, ceci provenant du moindre développement relatif des articles terminaux. Les pattes sont longues et grêles, les tarses hétéromères caractérisant la famille des Tenebrionidae, les tarses antérieurs avant l’article terminal formés de quatre articles triangulaires subégaux entre eux.

Si Solskyia apparaît ainsi comme une forme étirée dutype Akis, le genre voisin, Sarathropus KRAATZ, en représente au contraire une expression contractée et très déprimée. Le seul représentant jusqu'ici connu de ce genre est le Sarathropus depressus, insecte de taille moyenne (15 mm.) qui hante les steppes du Turkestan Russe. La différenciation du Sarathropus porte sur presque toutes ses parties.

La tête d'abord, beaucoup moins différenciée que chez Akis, est beaucoup moins développée que chez Solskyia, à la fois moins large et plus courte, formant dans l’ensemble un demi-cercle, profondément enfoncée à la base dans l'échancrure antérieure du prothorax. Le sillon latéral existe comme dans le type général des Akis, enfoncé sous la crête jubale peu saillante, les joues à peine distinctes du clypeus étroit et quadrangulaire, sinué vers l'avant et laissant dépasser le labre.

Si la tête se trouve ainsi moins développée que chez Solskyia, le prothorax par contre apparaît comme beaucoup plus massif et surtout plus large tant par le disque, déjà plus large que la tête du Sarathropus et légèrement bombé, que par les carènes marginales largement étalées en gouttières latérales, sinueux, subrétrécis à la partie postérieure, étirés en avant en lobes angulaires pointus encastrant latéralement la tête, et vers l'arrière en angles très aigus dirigés vers l'angle huméral de l'élytre et le dépassant latéralement.

L'élytre, de même, contribue à l'aspect déprimé et contracté de l’insecte, Une carène humérale nettement marquée isole une face supérieure absolument plane et même subdéprimée par rapport à la saillie de la

carène latérale, tandis que le repli latéral des fausses épipleures s'incurve vers le bas et l'intérieur en engainant fortement l'abdomen, la hauteur relative de ce repli épipleural de l'élytre n'étant que de la moitié de la hauteur qu'il atteint chez Cyphogenia aurita, par exemple, et opposant nettement l'aspect déprimé du Sarathropus par rapport à l'aspect élevé des grandes espèces de Cyphogenia. La condensation des pièces du Sara- {hropus n’affecte pas seulement les parties principales, mais porte également sur les membres, les pattes étant toutes plus courtes et plus robustes chez le Sarathropus que chez Solskyia, raccourcissement manifesté notamment par les tarses, et surtout les tarses moyens et antérieurs plus de moitié plus courts chez Sarathropus que chez Solskyia. Les articles terminaux des antennes sont plus filiformes, moins triangulaires encore que chez Solskyir. Le dernier article est réduit à un crochet très petit.

Par rapport à ces formes si particulières dans la tribu des Akis, les Cyphogenia SOL. nous ramènent à un type général qui rappelle beaucoup plus les formes typiques des Akis méditerranéens. Ils nous présentent cependant, avec des apparences générales assez homogènes, trois tendances différentes : La première de celles-ci nous est présentée par les espèces orientales Cyphogenia funesta Farv. et C. chinensis FaLp, habitant respectivement la Mongolie orientale et la Chine du Nord où nous les avons rencontrées l’une et l’autre. Ces formes restent curieusement voisines de Solskyia par l'allure générale, l'allure grêle et subdéprimée mais les parties antérieures du corps manifestent déjà de la façon la plus nette les tendances réalisées par le type Akis. Ces tendances portent à la fois sur la tête et le prothorax. La tête d’abord, déjà tout à fait voisine de celle d’un Akis avec le large développement de la partie antérieure, le clypeus en trapèze élargi, la grande base vers l’avant et l'étalement latéral des lobes jubaux triangulaires en lames externes redressés vers le haut marquant la partie antérieure de la tête de gouttières bien visibles. Le labre seul distingue encore les Cyphogenia des Akis, cordiforme chez ces derniers, chez ceux-ci encore subearré, rétréci vers l'avant. Le prothorax du Cyphogenia funesta est, au contraire, extrêmement distinct, et de celui des Akis, et de celui des Cyphogenia du Turkestan. C'est en quelque manière un prothorax de Solskyia où se seraient développées des lames aliformes latérales. Le disque même, quoique déjà plus large que la tête, reste encore déprimé et subcarré, mais les bords latéraux ont pris une expansion très nette en lames sinueuses redressées vers le haut, les angles antérieurs prolongés en lobes subaigus entourant la partie postérieure de la tête, les angles postérieurs aigus pointant latéralement et obliquement vers l'arrière vers l’angle huméral arrondi des élytres. Ceux-ci, à part l'épaule, plus nettement marquée, singulièrement voisins de ceux de Solskyia, aplanis à la face supérieure, engainent l'abdomen par les fausses épipleures repliées vers le bas en dessous de la carène humérale bien marquée. Les pattes longues et grêles, les fémurs en lames subquadrangu-

A. REYmon». 9

laires, assez robustes, les tibias plus fins, les tarses longs et assez minces composés d'articles subtriangulaires avant le dernier article plus long portant deux crochets fins et peu recourbés.

Les Cyphogenia du Turkestan nous présentent une tendance différente. Il s’agit d'insectes épaissis et beaucoup plus robustes que les précédents, souvent de plus grande taille et qui se différencient en outre par le bombement plus ou moins prononcé du disque du corselet et au contraire par un moindre développement des expansions latérales réduites à deux lames étroites creusées de gouttières marginales sur les bords latéraux du prothorax.

De ce groupe de Cyphogenia, les missions françaises en Asie Centrale ont rapporté en cinquante ans de nombreux exemplaires appartenant à deux espèces différentes et dont les aires de répartition sont nettement distinctes, Cyphogenia aurita Paz. du Turkestan Russe, et Cyphogenia humeralis Bates. du Turkestan chinois méridional, en Kachgarie et dans le bassin du Tarim.

Le Cyphogenia aurita PaLLAS est un insecte robuste et de grande taille, très développé en toutes ses parties. La tête d'abord, plus large que longue, présente deux gouttières latérales bien marquées déterminées par le relèvement des lames jubales, celles-ci largement développées vers l'extérieur au-dessus de l'échancrure latérale, profonde et largement ouverte, contenant l'insertion des antennes et atteignant presque les yeux. Les antennes robustes, les articles intermédiaires plus longs et moins triangulaires, le dernier pyramidal très petit. Les yeux très gros, en forme de coin enfoncé de la face supérieure vers le bas sur les faces latérales de la tête. Le clypeus en forme de trapèze très élargi vers l'avant, portant une carène longitudinale très marquée traversant toute la tête, de la nuque à l’échancrure antérieure. Le prothorax, beaucoup plus large que la tête, l'enchâsse vers l'avant entre l’angle antérieur obtus des lames marginales. Le disque est globuleux, extrêmement convexe et comme gibbeux, comme chez l'espèce affine, Cyphogenia gibba Fiscu. Les lames latérales sont relativement étroites et déterminent sur les côtés du prothorax plutôt des gouttières que des ailes. Les élytres, du type Solskyia, mais plus larges, sont aplanis, à peine convexes sur la face supérieure et la carène humérale se termine au 2° tiers de l’élytre, bien avant l’apex qu'elle rejoint par une ligne élevée à peine distincte. Cette bête, rapportée par Capus, Bonvalot et Chaffanjon du Turkestan Russe, a une aire de répartition distincte d'une espèce très voisine, Cyphogenia humeralis Bates (Altaï, Mongolie, Kachmir), récoltée par la mission Pelliot Vaillant en Kachgarie et à Chatchéou près du Lob Nor et que nous avons récoltée nous-mêmes à Hami-Turfan, les Pei Chan et l’Etsin Gol. Le Cyphogenia humeralis est sensiblement plus petit et moins robuste que Cyphogenia aurila. Les pattes, entre autres, sont moins longues et moins fortes. Par contre, l’anim il est relativement plus élargi et plus contracté que son congénère, Si la tête porte encore une carène longitudinale mais

plus mousse et moins tranchante, il n’y a par contre point de gouttières latérales visibles et les crêtes jubales dirigées vers l'extérieur ne sont pas redressées. Les antennes plus courtes sont toujours robustes, les articles intermédiaires moins allongés et plus triangulaires. Le sillon latéral de la tête où elles sont insérées reste large et profond. Les yeux plus globuleux et moins cunéiformes que dans l'espèce précédente.

Le pronotum, toujours convexe, n’est plus gibbeux, l’échancrure antérieure, moins profonde, est plus largement ouverte et la tête y est moins profondément enfoncée que chez Cyphogenia aurita. Les gouttières latérales sont moins profondes encore que chez Cyphogenia aurita, le pronotum par contre plus rétréci vers l'arrière et prenant un aspect déjà cordiforme quoique moins accusé que chez les Akis. Les élytres sont plus larges, plus convexes mais moins élevés que chez Cyphoyenia aurita et par ailleurs, détail anatomique dont l'espèce tire son nom, la carène humérale, loin de se prolonger vers l’arrière, est réduite à une crête très saillante mais limitée à l’épaule et se perdant avant le premier quart dans la surface convexe du disque élytral. De ce fait, il n'y a plus de séparation nette entre le disque et les fausses épipleures, l'élytre présente latéralement un cintrage continu comme chez une T'entyria et les fausses épipleures moins développées et moins hautes déterminent une forme plus aplatie chez Cyphogenia humeralis que chez son congénère C. aurita, et l’individualité de cette espèce, avec son aire de répartition propre est ainsi nettement tranchée.

La dernière espèce de Cyphogenia que nous étudions, Cyphogenia lucifuga As. de Russie méridionale, tend vers le type Akis. Le pronotum reste un pronotura de Cyphogenia, très voisin de celui des Cyphogenia aurilta, C. humeralis et C. gibba. Il est caractérisé, entre autres, par un disque large et bombé mais nullementgibbeux cômme chez C. aurita et C. gibba de ce fait absolument distinct de la forme ultra déprimée des Cyphogenia funesta et C. chinensis des régions orientales de la Mongolie et de la Chine du Pacifique. Mais les lames marginales sont larges, très développées, déterminant sur les côtés du pronotum deux larges gouttières, les angles autérieurs étirés en lobes aigus encadrant la tête, les lobes postérieurs aigus et dirigés vers l’angle huméral des élytres. Le prothorax est de toutes façons extrêmement différent du prothorax des Akis extrêmement arrondi et cordiforme.

Les élytres, au contraire, rétrécis en avant, d'une part, et d’autre part épointés en arrière, se distinguent déjà du type quadratique réalisé chez la plupart des Cyphogenia pour se rapprocher du type ovalaire des Aus parfaitement achevé entre autres chez l'Akis bacarozzo du midi de la France ou chez À. elegans du Maroc. L’élytre du Cyphogenia lucifuga présente deux carènes, l’une partant du repli huméral qu’elle accuse en angle droit et parcourant tout le disque élytral jusqu’à l'apex d'une côte élevée, tandis que, située à l'extérieur, une seconde côte, moins saillante, sépare en deux parties les fausses épipleures en une partie supérieure peu

inclinée vers l'extérieur et une partie inférieure réfléchie vers l'abdomen qu’elle engaïne. ETS

Dans l’ensemble de la tribu homogène des Akidiinae, le groupe des Cyphogenia représente un groupe d'Asie Centrale parallèle et très voisin du groupe des Akis sensu stricto qui ont réalisé ce type, autour du bassin méditerranéen.

Les genres Morica et Sarathropus représentent, le premier dans le bassin méditerranéen, l’autre en Asie Centrale, des formes de condensation divergentes de ces types, mais il n’est pasinterdit de voir en Solskyia un représentant attardé voisin des formes les plus primitives de la souche des Akidinae. Ce primitivisme, nous l’avons vu, porte sur la tête, sur la simplicité du corselet, sur l'allure linéaire de l'espèce. Ce genre est représenté par 4 espèces des régions montagneuses du Pamiret du Kachmir, séparées et comme isolées à l’état de reliques d’où les formes plus évoluées des Cyphogenia ont couvert les steppes du Turkestan et de la Mongolie vers la Chine, les Akis sensu stricto tendant à coloniser les régions méditerranéennes où leur présence dans la plupart des îles sous formes d'espèces distinctes, en Corse, aux Baléares, à Chypre tend à dater leur phase de distribution d'avant l’ère des grandes distensions de l’âge pontien.

DISTRIBUTION DES PIMELIINAE ET PLATYOPINAE

Avec les Pimeliinae, nous étudierons en même temps la petite tribu des Platyopinae qui n’en a été distinguée que depuis peu de temps (1893) par Semenow en se basant essentiellement sur la forme des yeux, ronds et situés supérieurement chez Platyopinae, réniformes et latéraux chez les Pimeliinae. En fait, l'ensemble des Platyopinae est particulièrement homogène mais très voisin des Pimélines dont elle forme une lignée particulière, particulièrement répandue en Asie Centrale, mais qu'il est utile d'étudier avec celles-ci.

Les Pimeliinae proprement dits comprennent 25 genres et environ 350

: CC , OFRQ RC) , 2 espèces dont l'aire de répartition couvre toute la région mésogéenne de l'Ancien Monde, aussi bien les déserts de l'Asie Centrale, Turkestan,

Mongolie, Iran, que la zone méditerranéenne : deux espèces de Pimélies atteignant l'Afrique Centrale, Pimelia senegalensis OL. au Sénégal et Pimelia Hildebrandti Har au Kenya (Mission Jeannel).

Les Platyopinae y ajoutent 11 genres et une trentaine d'espèces en tenant compte de deux genres (Dietemorpha et Kawiria) nouvellement découverts au Belouchistan d’une part par les explorateurs anglais, et dans le

Fig.16.— Distribution des Platyopinæ O Monéichoruls à Frzewalskra + Apat opsis Habrobates Mabrochiton . PPlatyepe 3 Leucolæphlus (°) Homopsis E Esrophanta D Dietemorpha K Aowiris

désert de Kawir en Perse, par l'explorateur allemand Gabriel, et des deux espèces nouvelles Platyope Pointi et Platyope Victor récoltées par la mission Haardt Audouin Dubreuil, ce qui attire l'attention sur le fait que la faune de l’Asie Centrale, si elle est maintenant déjà bien dégagée dans ses lignes générales, est encore loin de l'être tout à fait dans ses détails et qu'il reste encore nombre d'espèces, de genres et de formes intéressantes à découvrir, éclairant de faits nouveaux notre connaissance des êtres vivants. Dans cet ensemble de 36 genres et près de 400 espèces, écartons pour un temps le groupe homogène des Platyopinae, et considérons d’abord l'ensemble massif des Pimeliinae au sens strict.

Nous y remarquons d'abord un certain nombre de gros genres homogènes, comptant un grand nombre d'espèces, et particulièrement les genres Trigonoscelis SoLiEr avec 22 espèces, la plupart des Turkestan Russe et Chinois, Séernoplax Friv., avec 21 espèces des mêmes régions, Lasiostola Soc., 25 espèces, presque toutes du Turkestan Russe, Pferocoma Sor., 26 espèces, des mêmes régions mais avec une extension plus

Les Î

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Fig.17.— Distribution des Pimelinaæe o Sternodes P Ptero/ssia S Sternop/ex 4 Pime/is OI

ernoplex e£ ,-=

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étendue vers l'Est, bassin du Tarim, Mongolie Occidentale, Kansu et pénétrant les chaînes du Thibet occidental jusqu'au Kachmir et, par opposition à ces genres presque exclusivement touraniens, cinq genres d'extension surtout méditerranéenne, Ocnera Fiscu., 25 espèces, Thriptera Sox, 19espèces, Pachyscelis Sor., 22 espèces, Sfalagmoptera Socsky, 11 espèces et surtout le plus gros genre de la tribu, Pimelia F., avec plus de 150 espèces en comptantentre autres les nouvelles espèces décrites par Schüster de Tripolitaine et récoltées par les Italiens. Ces derniers genres ont ceci de commun qu'ils ne dépassent pas le Pamir à l'Est, et que vers

l'Ouest, au contraire, ils se propagent plus ou moins loin sur le pourtour méditerranéen, Pimelia seul couvrant la région méditerranéenne toute entière, peuplant toutes les îles importantes de cette mer, et jusqu'aux Canaries et, comme nous l'avons vu, atteignant en Afrique les régions tropicales. C'est un des éléments les plus importants de la faune entomologique de l'Afrique du Nord, et des dunes du Sahara, tandis que Trigonoscelis, Platyope et Mantichorula les remplacent sur celles du Gobi.

De cet énorme ensemble de formes homogènes, souvent très voisines les unes des autres, et souvent difficiles à distinguer, se remarquent çà et là quelques formes hautement différenciées, spéciales, souvent caractéristiques d’une région, et éclairant cet ensemble terne et compact comme un pic neigeux dans une chaîne de schistes. Tels sont particulièrement, avec quelques genres et un petit nombre d'espèces, le Sfernodes caspicus PALL. des steppes de la Caspienne, superbe insecte de forme discoïde, remarquable par des bandes de laque d’un blanc très pur, couleur d'ivoire. Les Argyrophana aussi remarquables par la minceur de leur test roux clair, la forme discoïde de leurs élytres, et la houppe singulière de leurs tarses postérieurs. Le Prionotheca coronata OL. de l'Afrique du Nord, d'Alger au Sinaï, avec la couronne de longues épines aiguës entourant ses élytres, et Sympiezocnemis gigantea Fiscn. remarquable à la fois par sa grande taille et l'énorme bombement de ses élytres. Entre ces formes achevées, ou ces genres principaux, se situent un certain nombre de genres de moindre importance, moins différenciés, apparentés à l’une ou l’autre de ces formes et que leurs affinités placent au voisinage de tel ou tel des groupes principaux.

Par rapport à cette richesse de formes divergentes, la petite lignée isolée des Platyopinae se fait remarquer au contraire par la cohérence de ses formes. Autour du genre principal, Platyope Fiscu, et son voisin très proche, Earophanta Seuen., se groupent en effetles genres Dietemorpha, Kawiria, Homopsis et Mantichorula qui ne sont que des Plalyope différenciés et quelques genres des déserts du Turkestan Russe et Chinois, très proches les uns des autres : Apalopsis SEMEN, Habrbchiton Sem. et Habrobates Sew., dont la forme achevée est le remarquable Przewalskyia dilatata Reitr., des déserts du Lob Nor, une des formes de ce groupe les plus caractéristiques de cette région de l'Asie. Les Leucolaephus Luc d'Afrique du Nord ont été joints au Platyopinae de façon assez peu heureuse, plus par l'aspect général du corps que par les caractères anatomiques et forment plutôt une lignée divergente dans l'ensemble des Pimelinae dont ils sont très aberrants et où leur origine paraît problématique. Considérons d'abord les Platyope et les genres voisins particulièrement bien différenciés dans l'ensemble des Pimélines et dont l'étude commencera à nous faire conduire vers celle de ce groupe. Les Platyope et le genre très voisin Zarophanta, distingués par Semenow essentiellement sur la pré-

sence de poils dressés sur les bandes discales de l’élytre et sur le pronotum, constituent un ensemble d'espèce extrêmement homogène, dont le type peut être étudié sur Platyope leucogramma PaLLas de la Russie du Sud. Cette espèce nous montre en effet tous les caractères réalisés avec des variations de detail par les Platyope des déserts mongols.

La tête, d'abord, est très voisine de celle des Pimeliinae, aussi bien les Pimelia et plus proche encore de celle des Lasiostoles. Loin d’être allongée comme celle des Akis, elle est au contraire essentiellement contractée et globuleuse. Chez Platyope, en outre, elle est aplatie sur sa face supérieure et fortement déclive en avant, ce qui est le cas aussi, mais de façon moins accusée, chez les Lasiostoles. Les différentes pièces de la face supérieure sont peu distinctes entre elles, le clypeus peu distinct du vertex et celui-ci en continuité avec la nuque très abrégée et formant condyle dans l'échancrure antérieure du prothorax. La partic supérieure de la tête offre ainsi une surface aplanie et en apparence tout d'une venue à part un léger sillon entre le vertex et le clypeus. Les joues, d'autre part, parallèles, ne sont ni élargies ni relevées comme nous l’avons vu chez les Akis et les Cyphogenia et présentent seulement, ce qui est général chez les Piméliens, une légère carène au-dessus de l'insertion des antennes.

D'autre part, elles rejoignent à la face inférieure l'insertion du labium et, les pièces buccales majeures étant plus développées que chez les Akis, la bouche paraît fermée entre le labre et le labium et la base globuleuse des mandibules. Les yeux sont petits, absolument circulaires, situés à la partie supéro-externe de la tête, assez loin de l'insertion des antennes et derrière un léger sillon. Les antennes sont assez courtes et surtout très grêles, le premier article très court, le second linéaire, les suivants courts et ténus, triangulaires, le dernier article en pyramide d’ailleurs à peine plus gros que ceux qui le précèdent.

Le prothorax des Platyope est spécial à ce genre. Alors qu'il est très généralement globuleux chez les Piméliens au sens strict, chez les Platyope et les genres voisins, il est, au contraire, d'aspect quadratique à la face supérieure, de forme et de contour grossièrement irrégulier et très fortement rétréci et étiré par dessous en un long procès intercoxal portant les hanches globuleuses.

Entre les hanches, le procès intercoxal peut être plus ou moins étiré en apophyse prolongée versles mésosternes. Chez Platyope leucographa, il ne dépasse pas en arrière les articulations coxales. La face supérieure n'est pas lisse ou finement striée comme chez la plupart des Piméliens, mais couverte d’une épaisse granulation irrégulièrement distribuée, caractère qui se retrouve chez la plupart des Platyope et les genres les plus voisins. Le pronotum est d'autre part subdilaté à sa partie antérieure, et tendant à former deux lobes latéraux entourant la tête. Cette tendance est tout juste indiquée chez Platyope leucographa. Elle se montrera au contraire très accusée chez deux genres voisins, Homopsis SEMEN.

Rage

et Mantichorula Rerrr. Les élytres également ont, dans le genre Platyope et ses voisins, un dessin absolument caractéristique. Coupés carrément sur l'avant suivant une ligne presque directe et transversale et très légèrement retroussés en avant aux épaules en angle arrondi, les bords latéraux partent en arrière suivant un angle presque droit et s'atténuent vers l'apex en un arc harmonieux d’ogive. Le disque de l’élytre lui-même, horizontal sur l'avant, accompagne ce mouvement de la ligne humérale et la face supérieure des deux élytres s'atténue vers l’apex en un pan d'ogive parfaitement régulière. Le bord huméral de l'élytre forme une ligne élevée, la carène humérale. Chez les Piméliens. nous verrons se manifester deux tendances dans le dessin de l’élytre. D'une part, dans le plus grand nombre des genres et au plus haut point chez les Pimelix et les genres satellites Sfalagmoptera Sousky. et Pachyscelis Sor.., elles évolueront vers une forme globuleuse caractérisée par un bombement des parties latérales, la coupe des élytres prenant la forme d'un cintre surbaissé, ce qui est réalisé chez Ocnera et sensible chez les Sfernoplax et les Trigonoscelis. Chez Platyope et le groupe des Diesia, les fausses épipleures sont nettes, réfléchies vers la face inférieure du corps et engaînant l'abdomen, la carène humérale nettement marquée, la coupe du corps est un triangle courbe dont la base est le disque de l’élytre, le sommet étant occupé par l'abdomen. Celui-ci présente cinq articles transverses, le premier étant soudé au metasternum. Nous verrons plus loin la structure de l’armure génitale. Les pattes offrent chez Plalyope un certain nombre de caractères importants qui les distinguent des types réalisés chez d’autres genres de Piméliens où la structure de ces organes varie sensiblement. Les variations les plus caractéristiques des Platyope portent sur les pattes antérieures. Les hanches antérieures sont globuleuses, ce qui est le cas général chez tous les Piméliens, mais plus particulièrement marquées chez les Platyope où, par surcroît, elles semblent saillir à l'extérieur et présentent chez Jomopsis une espèce de saillie en carène donnant à la partie non articulaire un aspect cuboïde. Les trochanters sont à la fois visibles et très réduits, à une pièce triangulaire située dans une échancrure inférieure du fémur. Celui-ci est normal, de forme subdéprimée et présentant deux faces, une antérieure et l’autre postérieure. Les tibias sont relativement courts et triangulaires ce qui est fréquent chez les Pimelia, mais nullement général et ne se rencontre pas en particulier chez Ocnera, Thriptera et les Lasiostoles. Ce tibia est en outre denté en scie à son bord externe, ce qui se rencontre chez les Diesia, et au plus haut point chez le Meladiesia, mais qui est exceptionnel dans l’ensemble des Pimeliae. Le caractère le plus fondamental du type Platyope, tel que nous le verrons réalisé dans tous les genres de ce groupe, c’est l’abréviation des tarses antérieurs. Il est absent chez les Leucolaephus de même que la forme si caractéristique de l’élytre et du pronotum, et pour cela, entre autres, le rattachement des Leucolaephus aux Plalyopinae apparaît plus que douteux. L'extrême brièveté du tarse antérieur de Platyope est due

à l'extrême réduction des articles basaux, et du corps même de l'onychium, sa partie distale seule bien,marquée, les ongles longs, fins, robustes et régulièrement arqués. Les membres postérieurs de Platyope leucographa, comme chezles autres Platyope, sont moins caractéristiques que le membre antérieur. Les tarses entre autres sont de longueur normale, les premiers articles triangulaires de longueur moyenne, mais cela est général chez les Platyopinae (à l'exception encore des Zeucolaephus), portent de longs cils dressés latéralement. La plupart des Platyopinae sont arénicoles, et cette ciliation semble liée à ce mode d'existence en facilitant la progression de ces animaux dans le sable mobile, où ils paraissent ramer de leurs membres postérieuts allongés, ainsi que nous l'avons vu faire au Mantichorula Semenowi Rerrr. dans les dunes du Gobi et de l’'Etsin Gol.

Les fémurs et tibias sont longs, grêles, et d’égale longueur, sauf les tibias postérieurs plus allongés. Les hanches intermédiaires globuleuses, mais proéminent en pyramide en leur partie non articulaires. Les hanches postérieures triangulaires et transverses suivant le type général des Pimeliinae.

Les élytres du Platyope leucographa portent des caractères spécifiques intéressants, en ce sens qu'ils sont fréquemment réalisés chez d’autres Platyope. Les élytres de Platyope réalisent deux types. Les unes sont glabres et luisantes comme chez Platyope unicolor, P. proctoleuca et P. Victor, nouvelle espèce que la mission a rapportée des Pei Chan. Les autres portent un dessin très caractéristique, réalisé entre autres chez Platyope gobiensis, P. mongolica, P. Pointi (nouvelle espèce de Mongolie Orientale) et atteignant précisément sa forme la plus achevée te Platyope leucographa. Il s’agit de trois bandes blanches, longitudinales, partant du bord antérieur et parallèles sur la plus grande partie du disque: élytral pour confluer vers l'apex. Ces bandes blanches sont constituées par un tapis serré de courts poils couchés, de couleur blanc jaunâtre, séparé par des bandes luisantes et glabres où apparaît le tégument élytral et finement granuieux. Les te latéraux de l'élytre portent deux bandes semblables rejoignant les premières vers l’apex et dont l’externe, marginale, est particulièrement large. Ce type de ciliation, donnant à Phone un aspect extérieur très nette est très réparldu chez les Platyope de Mongolie Orientale. Parmi celles-ci, nous avons récolté, la plupart du temps en nombre, le Platyope gobiensis Friv., au Tchahar dans la région de Hwalai Hsien, de Hsan Hwa Fu et de Kalgan où il est très abondant en avril et le Platyope mongolica FaLp., très abondant en Mongolie Orientale entre le Grand Khingan et le Kara Narin Oula, de la région de Serben à Pei ling Miao. Ces deux espèces sont d’ailleurs très voisines l’une de l’autre et se caractérisent surtout par des différences dans les caractères de la pilosité, la tégumentation notamment du corselet et de la tête et la forme du corps déterminée par des rapports de dimension des élytres.

Chez Platyope gobien$is Friv, la pubescence élytrale est plus fine,

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plus courte, déterminant des bandes plus larges, mais moins distincte, la coloration de cette pilosité gris clair la rendant en outre moins visible que la pilosité blanche de son congénère. La tégumentation, d'autre pari, du pronotum est à la fois plus régulière et plus luisante, enfin l’élytre est plus allongée et l'aspect de l'insecte est plus long et plus massif que Plalyope mongolica.

Celui-ci, pour sa part, présente au pronotum une granulation serrée et rugueuse, des élytres plus larges aux épaules et moins rapidement atténuées et des bandes élytrales particulièrement bien marquées vers l'apex, mais au contraire, sur le disque élytral et vers le bord antérieur, le feutrage de pubescence est désorganisé en houppes interrompues et les bandes, interrompues par de nombreuses plages glabres, sont beaucoup moins homogènes à leur partie antérieure que celles de Platyope gobiensis et surtout Platyope leucographa.

En Mongolie Centrale, dans la région entre Peiling Miao et Wuniwusu, nous avons rencontré une troisième espèce, voisine d’ailleurs des précédentes qui, soumise au professeur Schüster à Vienne et comparée aux exemplaires de sa collection, s'est trouvée nouvelle quoique, dans l’ensemble, très voisine des Platyope gobiensis Friv. et P. mongolica Far. des régions immédiatement voisines. Elle a été dédiée à Victor Point, le Jeune chef du groupe Chine qui a dirigé la mission sur itinéraire nouveau dans ces régions du Gobi Central.

Un autre groupe de Platyope est présenté, comme il a été dit plus haut, par des Platyope à élytres glabres et luisants ne présentant pas les bandes longitudinales et parallèles de pubescence blanche. Ce sont les Platyope proctoleuca Fiscu. de Tartarie, P. unicolor Zourx., de la Mongolie Orientale et de l’Ala Chan. Au cours de la traversée du Massif des Pei Chan en Mongolie Occidentale nous avons rencontré une espèce de ce groupe, également nouvelle et qui semble caractéristique de cette région.

En souvenir de notre entrée au Sin King, au moment où la fusion avec le groupe du regretté G. M. Haardt, et le succès de la mission devenait assuré, eten mémoire de celui à qui revient le mérite du succès du voyage, nous donnerons à cette deuxième espèce de Platyope le nom de Platyope Victor n. sp. Scaüster et Reymond.

Chine, Kansu, Pei Chan, 24 juin 1931.

Apparentée au Platyope protoleuca Fiscu. et P. unicolor ZouBrov avec la tête non granuleuse mais ponctuée :

Elle est distincte du P. proctoleuca par le corselet non impressionné sur le disque, seulement peu rétréci à la base et présentant une ligne médiane, par les élytres plus coriaces et présentant un fort éclat et sur lesquels manquent les bandes ciliées.

Elle se distingue de P. unicolor par la non impression du disque du

41. La description de cette espèce a été publiée dans le Bull. de la Société Ent. de France, octobre 1937.

corselet et par les élytres présentant une plage lisse le long de la suture. ..

A côté des Platyope se trouve le genre voisin Earophanta, distingué parmi les Plalyope par Semenow en 1903 (Revue Russe d'Entomologte, p. 172), pour un certain nombre d'espèces du Turkestan et de la Transcapienne. Ces insectes ont à un point très accusé, le faciès des Platyope et Semenow les distingue essentiellement par la présence de poils dressés sur le pronotum et les élytres. Ajoutons, ce qui semble plus important, qu’ils ont le pronotum beaucoup moins large et moins transverse que les Platyope sensu stricto.

Un certain nombre d'exemplaires d'espèces de ce genre m'ont été confiés en communication par le Professeur Holdhaus, Directeur du Laboratoire d'Entomologie du Musée de Vienne que je tiens à remercier ici. Il m'a été possible ainsi de comparer des ÆEarophanta aux Platyopes du Museum d'Histoire Naturelle de Paris et des récoltes de la Mission Haardt. Ajoutons que, d’après Semenow, les Æarophanta paraissent avoir une aire de dispersion moindre que les Platyope répandues de Pékin aux Steppes de la Russie du Sud, tandis que celles-là sont spécialement aux steppes du Turkestan Russe et à la Dzoungarie chinoise.

Les Earophanta du Musée de Vienne proviennent de la collection Hauser si riche en espèces intéressantes de l'Asie Centrale. Ce sont les Platyope serrata Sem. de Transcaspienne, collarius Fiscu. de Tachkent et une espèce provenant du Borochoro en Dzoungarie et qui se trouve nouvelle. Je propose de la dédier au professeur Holdaus.

Les Platyope serrata et P. collaris sont tous deux très voisins de cette espèce et se ressemblent beaucoup. Ils s’en distinguent tous deux par un aspect plus robuste et des formes plus larges et par la présence de grosses granulations espacées sur un disque élytral plus large et plus plat. Ces granulations irrégulièrement distribuées sont assez peu élevées chez E. serrata, elles sont au contraire très grosses et disposées en lignes régulières et parallèles par trois rangées situées sur la partie latérale du disque élytral chez Platyope collaris. Celui-ci se fait remarquer en outre par les profondes fossettes triangulaires ouvertes vers l’épaule des calus latéraux du pronotum déterminant une surface élevée en losange aux angles couverts de grains rugueux sur le disque du pronotum. La pubescence foncière couchée est dans ces deux espèces beaucoup moins réguhèrement disposée que chez Earophanta Holdausi. De couleur cendrée chez Æ. serrata, blanc jaunâtre chez Æ. collaris, elle ne forme pas de bandes parallèles mais un feutrage serré sur les côtés du disque élytral, les fausses épipleures et vers l'apex. Elle est au contraire dispersée sur le disque dont la tégumentation finement granuleuse apparaît. La pubescence dressée, d'un jaune clair chez ces deux espèces, est en tout état de cause moins fournie et moins longue que chez Earophanta Holdausi.

À côté des Earophanta et des Plalyope, il nous reste à parler de

— Al —

quelques genres voisins, plus développés, réalisation plus achevée du type Platyope, espèces au demeurant fort belles et caractéristiques de provinces séparées de ces régions d'Asie. Il s'agit d'insectes de taille au moins moyenne, bien distincts de structure et aussi de distribution géographique, isolés et comme détachés du tronc commun et plus banal des Platyope et des Earophanta. Ces genres sont Mantichorula Reirrer de Mongolie Australe, Homopsis SEMENOW de la vallée de l’Ili, Dietemorpha BLair du Béloutchistan et Kawiria ScHüsrer découverte par le voyageur allemand Gabriel au désert de Kawir au Sud de Téhéran en Perse.

Voici une revue de ces diverses formes. D'abord les Mantichorula. Le genre a été créé par Reitter en 1889 {Æorae Soc. Ent., 1889, p. 695) pour les premiers exemplaires du Mantichorula Semenowi ramenés du Kansu et des Ordos par l'explorateur russe Potanin, en 1885, dans des contrées très voisines de celles où les retrouvèrent MM. Pelliot et Vaillant en 1908. Le nom de Mantichorula évoque très heureusement celui des Mantichores et les épaules carrées, la forme cubique des élytres, les longues pattes et la course rapide donnent une analogie d'aspect extérieur et de proportions entre ces deux insectes si différents par ailleurs, ne serait-ce que par la structure de la tête et les énormes faucilles mandibulaires des Mantichora d'Afrique Australe. Nous avons repris en nombre Mantichorula Semenowitant dans les dunes des bassins désertiques du Gobi Central que dans celles de l’Etsin Gol, et il nous est possible d’en donner une description.

Le Mantichorula Semenowi, très voisin des Platyope par la forme générale, s'en distingue par la taille plus grande, le port plus élargi et plus condensé et l'aspect cubique des élytres. Dans le détail de la structure des différences importantes apparaissent :

La tête est beaucoup plus large, encore plus plane et unie à sa face supérieure, profondément enfoncée dans l’échancrure antérieure du prothorax d’où elle émerge à peine, semblant faire corps avec celui-ci. L'inclinaison de la tête est presque verticale, le vertex non distinct de la nuque et à peine du clypeus sillonné et retroussé au-dessus du labre. Les antennes sont insérées tout contre la base des mandibules. Les yeux en sont ainsi séparés par toute la longueur de la tête, situés à la partie tout à fait supérieure de celle-ci, juste contre le rebord antérieur du pronotum. Ils sont ronds, petits, circulaires, ce qui est un caractère fondamental des Platyopines. La tête est glabre, luisante, finement ponctuée. La structure du prothorax est également particulière chez Mantichorula. La forme générale est quadratique, légèrement transverse. Le disque du pronotum présente une large plage lisse, plane, en forme de trapèze, la grande base vers l'avant, la petite ouverte sur l'échancrure postérieure du pronotum. Sur cette plage luisante, finement ponctuée court chez les exemplaires frais une fine bande de pubescence gris blanchâtre tranchant heureusement avec les téguments noirs brillants etglabres de la surface supérieure de ce gracieux insecte. Les parties latérales du corselet sont occupées par

deux calus convexes, fortement et régulièrement granuleux dont la base sont les angles postérieurs lobés du-pronotum. Les faces latérales du prothorax sont étirées en lobes vers l’avant comme les pointes d'un col enchâssant la tête. L'apophyse intercoxale du prosternum est très développée chez Mantichorula plus que chez aucun autre Platyopine; elle est large, fortement étirée en arrière en forme de lame quadrangulaire aux angles postérieurs globuleusement lobés et de ce fait dessinant entre eux une étroite et brève échancrüre.

Les élytres ont une structure générale très voisine de celle des Platyope mais le disque est plus bombé, les fausses épipleures plus hautes, d'autre part, les angles postérieurs du pronotum échancrent le bord antérieur de l'élytre qui n’est plus étroit comme chez les Platyope, mais profondément échancré au voisinage de l’épaule. Les pattes plus longues et plus robustes que celles des Platyope ont cependant tous les caractères généraux de ce groupe, notamment les hanches antérieures globuleuses profondément enfoncées dans le procès prosternal, les fémurs antérieurs robustes, les tibias antérieurs plus courts et arqués multidentés d’épines fines, aiguës et courtes à leur bord extérieur, l’extrémité distale élargie triangulairement et coupée droit, armée d’une épine forte et longue, les tarses antérieurs extrêmement courts par la brièveté de tous les articles, les ongles longs et robustes, les tarses moyens et postérieurs surtout son longuement ciliés et Mantichorula rame littéralement sur le sable des dunes laissant derrière lui deux sillons parallèles.

La partie supérieure du corps, à l'exception de la bande médiane du pronotum est glabre et d'un noir luisant. Mantichorula apparaît ainsi comme un Plafyope de grande taille, dilférencié, voisin des Platyope noirs et glabres. P. unicolor, P. proctoleuca et P. Victor, hantant les mêmes régions ou des régions voisines.

Le genre le plus voisin par son aspect et sa distribution, Homopsis SEMENOW s'apparente au contraire par son aspect et son système de pilosité disposé en bandes blanches longitudinales et parallèles aux groupes de Platyope leucographa et P. gobiensis. La tête est volumineuse, moins large toutefois que celle de Mantichorula, mais les joues et LÉ: disque nait sont fortement velus et ciliés de poils d’un roux jaunâtre, séparés en deux plages par une ligne glabre présentant sur le vertex une plage particulièrement luisante. Le clypeus transverse est légèrement bombé et déborde au-dessus du labre. Les yeux ronds, situés à la partie supérieure de la tête sont roux et plus gros que chez Mantichorula. Les antennes sont insérées plus près des yeux que chez les Mantichorula, à mi-distance entre l'œil et la base des mandibules. La structure du prothorax est aussi tranchée que celle des Mantichorula. Cet organe est, chez Homopsis, de forme nettement cubique, et particulièrement caractérisé par la disposition et la forme spéciale des calus latéraux. Ceux-ci plus développés et plus élevés que chez Mantichorula se rejoignent à l'arrière le long du bord postérieur du pronotum en un repli semi-circu-

laire ouvert vers l'avant, et dessinant ainsi sur le disque du corselet une fosse en demi-cercle profondément déprimée et ouverte vers le bord antérieur. Les calus latéraux sont creusés au voisnage des angles postérieurs de deux fossettes profondes et triangulaires ouvertes vers l'arrière. Les faces latérales du corselet sont étirées vers l'avant en deux lobes aigus encadrant la tête. Le procès prosternal est beaucoup plus réduit que chez Mantichorula et dépasse à peine les hanches antérieures. Les élytres, d’un dessin voisin de celui de Mantichorula, sont surtout moins bombés et la’ partie antérieure subhorizontale se rapproche plus du type Platyope. La carène humérale crénelée est plus saillante que chez Mantichorula. L'ornementation de l'élytre est très différente de celle de ce genre. Non seulement elle s’en distingue par la présence des bandes longitudinales de pubescence blanche, absente du genre voisin, mais encore par la présence de grains élevés et ronds rangés en trois lignes régulières et séparant ces bandes entre elles. Ces bandes sont au nombre de trois par élytres et sont surtout bien marquées vers l'apex où elles viennent confluer. Deux bandes de même pubescence sur les fausses épipleures, l’une le long de la carène humérale, l’autre sur le bord de l’élytre sont séparées par une partie glabre. Au point de vue des membres, les caractères les plus importants de l’Æomopsis sont, d'une part, la grosseur exceptionnelle des hanches antérieures profondément enfoncées sur les côtés du procès prosternal, tibias antérieurs plus courts et plus élargis à leur partie distale, les tarses antérieurs: aussi courts que chez Mantichorula Semenowi. Les tarses moyens et surtout postérieurs longuement ciliés de poils noirs. L’Æomopsis Grumi a été dédié par Semenow à l'explorateur Grum Grimailo, qui l'avait rapporté de la région de Kouldja, dans la haute vallée de l’Ih.

Une autre espèce curieuse de Platyopine est le Dietemorpha pardalis, décrit par M. Blair du British Museum et provenant du Béloutchistan. Le nom spécifique de ce Coléoptère indique son caractère le plus frappant, dû à la disposition et à la coloration aberrante de la pubescence qui le recouvre en entier, avec des taches brunâtres irrégulièrement disposées sur un fond de couleur blanche, à aspect pardé rappelant la robe de la panthère. Par ses caractères structuraux et sa forme d'ensemble, le Dietemorpha est un Platyopine. Il l’est par ses hanches antérieures globuleuses entre lesquelles saille vers l’arrière l’épine étroite et acérée du procès prosternal. Il l’est par la brièveté des tibias antérieurs, triangulairement élargis à l'avant et l'extrême brièveté des tarses antérieurs ainsi que par la longue ciliation blanche des tarses postérieurs allongés. Il l’est par la verticalité de la face antérieure de la tête et par les yeux en ovale, allongés, étirés vers le bas mais situés à la face supérieure du vertex.

Les antennes sont insérées à la base des mandibules. Le corselet cuboïdal est un corselet de Platyope, cependant moins nettement caréné latéralement et de coupe plus arrondie. Les élytres harmonieusement cintrés et subélargis vers l'arrière conservent la coupe ogivale des Pla-

tyopes mais légèrement bombée comme chez Mantichorula. Les fausses épipleures, moins hautes, portent en. leur milieu une ligne de points. La coloration est le caractère extérieur le plus frappant de cet insecte. Le corps est entièrement recouvert de poils courts, serrés les uns contre les autres, en forme de squamules. Sur la tête, les pattes, la face inférieure du corps, les côtés du corselet et les fausses épipleures, cette coloration est uniformément blanche. Le disque du corselet est couvert d'une pubescence de forme et de densité analogue, mais chocolat clur, interrompue latéralement par deux bandes blanches partant du bord postérieur et n'atteignant pas l’intérieur. Les angles postérieurs du pronotum sont marqués latéralement de deux taches circulaires plus foncées.

La coloration du disque élytral est plus étrange encore de par la disposition absolument irrégulière et même asymétrique des taches de pubescence brune parmi la pubescence blanche foncière, certaines taches confluent sur un élytre pouvant affectuer une autre forme ou faire défaut sur l’autre. Ceci est particulièrement apparent pour la grosse macule discale situées sur la partie antérieure de la suture et la tache en V de l'élytre gauche absente sur l'élytre droit. Tout se passe comme si la coloration du Dietemorpha pardalis était aberrante et non encore fixée, cas unique jusqu'ici chez les Pimélines. Les deux côtes humérales entourant le disque des élytres sont faiblement marquées, glabres et laissant apparaître la coloration noire du test de l'élytre. Ce magnifique exemplaire m'a été communiqué par M. Blair, du British Muséum, que je tiens à remercier ici. Il est étiqueté de Zangi Nawar du Beloutchistan.

Le voyageur allemand Dr. Gabriel a rapporté du désert de Kawir un insecte nouveau pour lequel le professeur Schüster de Vienne, qui le lui a dédié, a créé le genre Kawiria et que j'ai pu voir dans sa collection, ainsi qu'une photographie de cet insecte que je dois à l'amabilité de M Gabriel. C’est un Platyope noir, glabre, plus allongé toutefois et plus parallèle que les représentants de ce genre. L'intérêt de ces découvertes récentes de Dietemorpha et de Kawiria est de nous rappeler que l'exploration entomologique de l'Asie Centrale n’est pas achevée et nous réserve encore la capture d'espèces intéressantes et inattendues nous apportant des faits nouveaux sur l’évolution des groupes de ces régions. D'autre part, la présence de Dietemorpha et de Kawiria élargit au Béloutchistan età l'Iran la distribution des Platyopines connues jusqu'ici presque exclusivement de Mongolie, du Turkestan chinois et de la région Touranienne jusqu'aux steppes de la Russie Méridionale.

Enfin Kawiria Gabrieli Scausrer a été trouvée en abondance, groupée

dans les rameaux d’un Saxaoul où elle pendait par dizaines comme les .

baies d’un fruit noir. C’est le premier cas connu de mœurs arboricoles chez un Pimélien ou un Platyopine. Il est assez curieux pour mériter d'être signalé.

Les quatre genres dont nous allons parler à présent ont été rangés par

«alé

Semenow parmi les Platyopines, et offrent entre eux des affinités intéressantes sans présenter de beaucoup une homogénéité aussi nette que les genres que nous venons de passer en revue. Ils offrent au contraire, à première vue, de grandes différences d'aspect et c’est la structure de la partie antérieure du corps qui doit valablement faire pencher la décision pour une affinité avee les Platyopes. La tête, est en effet toujours verticale ce qui, dans l’ensemble des Piméliens, n'appartient qu'aux Platyopinae parmi lesquelles, pour cette raison jointe à quelques autres, nous ne pouvons ranger les Leucolaephus. Le pronotum annulaire chez Apatopsis, Habrochiton et Habrobates n'est jamais globuleux comme chez Pimelia, ni en disque aplati comme chez les Trigonoscelis et les Diesia. Il devient cz Przewalskia nettement cuboïdal et de nombreux caractères rapprochent Przewalskia des Habrochiton dont elle paraît être une forme de grande taille et bien différenciée. La distribution de ces genres les rapproche également : elle est circapamirienne, limitée aux déserts des Turkestan Russe et Chinois entourant le plateau du Pamir. Ces espèces sont fort mal représentées dans les collections des musées occidentaux et je suis heureux de pouvoir remercier M. Reichardt, Directeur du Musée Zoologique de Léningrad, et M. A. Semenow Tian-Chansky qui m'ont communiqué les Habrochiton, Apatopsis et Przewalskia, ainsi que le Pr. Holdaus qui m'a communiqué ces deux derniers genres provenant de la collection Hauser du Musée des Sciences naturelles de Vienne. Je n'ai pu voir en naturele genre Habrobates décrit par Semenow sur un couple unique en provenance du Turkestan Russe et que sa description rend, comme le dit cet auteur, très voisin des Æabrochiton.

Le genre le plus aberrant et le plus primitif d'aspect est Apatopsis. Il n’est en effet ni globuleux comme la plupart des Piméliens, ni subquadratique comme les Platyope, mais allongé et parallèle, ce qui, nous l'avons vu à propos des Akis, est souvent un caractère primitif. L'insecte est de petite taille : 9 à 10 mm. ; sa tégumentation mince et fragile, d’un gris noirâtre fortement soyeux. La tête est fortement enfoncée dans l’'échancrure antérieure du pronotum, globuleuse mais fortement inclinée en avant et la face antérieure de la tête aplatie apparaît subverticale. Les yeux sont ronds (caractère platyopien), insérés latéralement vers la partie supérieure de la tête. Le pronotum est annulaire. Les élytres sont allongés, subovalaires. Le corps est parallèle. [ls sont finement striés de 12 stries parallèles marquées par des lignes de soies longues et dressées, 8 sur le disque et quatre sur les parties infléchies dessinant les fausses épipleures nullement séparées du disque de l'élytre. La carène humérale manque. Nous la verrons apparaître chez Przewalskia. C'est chez les Piméliens un caractère secondaire. Elle manque chez les Lasioplax et apparaît chez les Diesta. L'élytre, outre les soies, porte une fine pubescence couchée d’un cendré doré et située latéralement sur une plage ovalaire formée d’un tapis serré de poils dressés, blonds, semblables à ceux des stries. Les hanches antérieures sont sphériques, de grande taille,

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comme celles des Platyope. L'apophyse prosternale ne dépasse pas les hanches en arrière. Les tibias antérieurs sont courts, non arqués. Les tarses antérieurs déliés et courts (caractère Platyope mais moins accusé). Les tarses moyens et postérieurs sont longs, déliés et longuement ciliés. Cette espèce vit dans les sables aux environs des oasis du Turkestan chinois méridional d'où elle a été rapportée par l'explorateur russe Grombeczewiski des oasis de Chotan, Nya et Kerva en février et mars 1890.

Nous avons figuré (planche X, figure 7) l’exemplaire commuuiqué de l'Habrobates S&MEN. vernalis venant de Transcaspienne. Si, vu dans le détail, il s'apparente beaucoup à l’Apatopsis, il s'en différencie beaucoup dans l'aspect général. L'intérêt de cet insecte c’est qu'il s’achemine vers la forme réalisée à son point achevé par Przewalskia dilatata SEM.

L'Habrobales se fait remarquer, d'une part, par la minceur de ses téguments, nullement noir mais testacé très clair, ce qui est rare aussi bien chez les Platyope que chez les Piméliens, mais par une nette tendance à la physogastrie qui sera réalisée au plus haut point par Przewalskya. La tête de l’Habrobates est globuleuse, subsaillante, ‘plus large que l’échancrure antérieure du prothorax. La face antérieure est cependant aplatie et verticalement inclinée. Les yeux sont ronds, assez gros, situés latéralement aux angles supérieurs du vertex et de couleur brun très foncé. Le pronotum est annulaire, présentant latéralement deux fines sutures descendant obliquement de l'angle huméral des élytres vers l’avant et bien marquées, isolant le pronotum et le prosternum en deux articles séparés, non soudés l’un à l’autre, caractère des plus primitifs situant l’Habrobates parmi les genres les plus archaïques des Piméliens. Les élytres sont longuement ovalaires, nettement et régulièrement bombés, formés d’un test très fin et nettement translucide laissant apercevoir un grand vide au-dessus de l'abdomen, physogastrie pouvant isoler une atmosphère humide au-dessus des trachées, adaptation très favorable à la vie aridicole de l'insecte. Les hanches antérieures sont sphériques, les pattes antérieures non différenciées, les tibias droits et minces, les tarses antérieurs déliés, non raccourcis et, à part la tête, les caractères platyopiens sont vraiment peu accusés dans cette espèce. À côté de l’'Habrobates vernalis du Turkestan Russe, nous devons ranger les Habrochiton, genre créé par Semenow pour deux espèces, H. primae veris Sem. et /. vernus SEM.

Selon Semenow, ce genre est absolument voisin du genre Habrochiton. Il en diffère cependant d'abord par les yeux beaucoup plus petits et plats et par les élytres recouverts de poils roux dorés couchés mais moins enflés et moins visiblement diaphanes, caractères qui placeraient les Habrochiton entre les Apatopsis et les Habrobates.

Nous en arrivons à l'étude du genre Przewalskia dilatata, une des formes les plus caractéristiques des déserts du Turkestan chinois méridional, aux environs du lac Lob Nor. Il est juste qu'avec le seul des chevaux sauvages qui porte son nom, l’un des insectes les plus particu-

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