‹ Sur le peuplement entomologique de l'Asie CentraleChapitre 7 sur 74 · ITINÉRAIRE DU GROUPE CHINE DE TIEN TSIN À URUMCHI ET AKSU · texte numérisé non relu

ITINÉRAIRE DU GROUPE CHINE DE TIEN TSIN À URUMCHI ET AKSU

A TRAVERS LA MONGOLIE INTÉRIEURE, LE DÉSERT DE GOBI ET LE TURKESTAN CHINOIS OÙ SIN KIANG.

Le mode d'exposition sera celui de l'analyse de l'itinéraire par tronçons successifs, suivant les unités géographiques naturelles successivement rencontrées, telles qu’elles nous sont apparues au cours du voyage.

l) De Tien-Tsin à Kalgan (6 au 24 avril 1931), à travers la plaine alluviale du Pei Ho et les collines de l'Est, chaînes orientales de la Chine du Nord autour du Socle Mongol, région de l'itinéraire sous Pinfluence maritime du Pacifique.

Cette partie du voyage traverse essentiellement la plaine du Tchéli, de Tien Tsin à Pékin, jusqu'aux environs de la passe de Nan Kou par

Or ER

Hei lung tang, Shaho, Chang P'ing Hsien et le petit village de Lung hu taï où nous séjournons de 10 au 19 avril 1931 pour parfaire nos préparatifs avant de nous engager à l'intérieur, puis la traversée de la passe de Nan Kou à travers les collines de l’est, et celle des deux bassins de Hwalai Hsien et de Hsan Wa Fu sur le cours moyen du Pei Ho, à l'intérieur de ces montagnes jusqu'à Kalgan, gros centre d'échange aux abords immédiats de la base du Socle Mongol, où nous séjournons Jjusqu'au 12 mai avant d'entreprendre la traversée de la Mongolie herbue et du désert de Gobi vers l'Etsin-Gol et Sou Tchéou (Province de Kan su). Cette partie du trajet est une des mieux connues et des plus constamment parcourues de la Chine du Nord, il suffira donc d'en donner une vue résumée.

a) La plaine alluviale du Tchéli (Province de Pékin) : C'est le fond du Golfe du Petchili, envahi par les alluvions des cours inférieurs du Hoang Ho (fleuve Jaune) et du Pei Ho (fleuve du Nord), qui coulent sous Pékin (Pei Ping).

Cette région ne nous a retenus que peu de temps. Partis de Tien Tsin le 6 à 6 heures du matin, nous traversâmes d’une traite toute la plaine alluviale du Pei-Ho, remontant le fleuve par sa rive droite. Nous passons l’importante ville fortifiée de Tong Tchéou (à 102 km. de Tien Tsin) et par le pont de Pa li Kao, le Grand Canal Impérial. Nous arrivons alors à Pékin que nous dépassons sans nous y arrêter et notre première journée se termine après 161 km, à Hei Lung Tang (Temple du Dragon Noir) autour d’un bassin retenant les eaux d’une source d'eau chaude, au pied des collines de l’Est, formées en ce point de schistes noirs, plongeant vers l'Ouest d'environ trente degrés.

Toute cette journée a été accomplie sous le vent Jaune, vent soufflant du Nord-Ouest et du Plateau Mongol. L'importance de ce vent, dont l’origine est le régime anticyclonique des hauts plateaux intérieurs de la Mongolie, est très grande sur toute la Chine du Nord. Il a entre autre effet celui de chasser le sable provenant des régions désertiques de l’intérieur vers la côte et d'accumuler de petites dunes jusqu’en la vallée inférieure du Pei Ho où nous avons vu ce sable en mouvement, en nappes sifflantes et en tourbillons se déplaçant rapidement. Le vent Jaune est particulièrement très fort en mars, avril et en juillet dans la région de Pékin où il souffle sans arrêt pendant une dizaine de jours avant les grandes pluies et les orages venant de l'Océan Pacifique. Il crée, sur toute la région de Pékin, une tendance à l’ensablement que le déboise-

ment des collines de l'Est aggrave, insuffisamment combattu par des-

lignes de peupliers et de saules.

À partir d'Hei lung tang, nous gagnons Shaho et Chang P’ing Hsien avant d'atteindre Lung hu tai (Pagode du Tigre et du Dragon) sur un grand cône d'éboulis descendant des collines de l'Est en avant de la passe de Nankou, fermée par la Grande Muraille. La partie supérieure de ce

NA

Gps es

plateau est recouverte d'un conglomérat de galets torrentiels consolidés en poudingue, et recouverts d’une faible épaisseur de loess.

b) La traversée des collines de l'Est. Nous quittons Lung hu tai (pagode du Tigre et du Dragon), le 19 avril, traversons Nan-Kou et nous engageons dans le défilé de la rivière de Nan-Kou. Cette vallée traverse une masse importante de calcaires siniens (calcaires bleus). A ce calcaire succède le granite dans lequel s'épanouit le bassin de réception de la rivière de NanKou, creusé dans des collines que couronnent de partout les murs et les créneaux de la Muraille de Chine, fermant la passe de Nankou à l'altitude de 600 mètres derrière laquelle s'ouvre la vallée de Hwa lai Hsien.

La rivière de Hwa lai est un affluent de gauche du Pei Ho, dans la partie moyenne du cours de ce fleuve, en amont de la grande boucle qu'il décrit dans les montagnes de l'Est, avant de déboucher dans la plaine du Tchéli.

La rivière de Hwa lai se jette dans le Pei Ho, un peu au-dessous de cette ville et ce fleuve traverse, après Tsin Pao An, par des gorges étroites, une coulée d'andésite violette à la passe de Hsan Hwa Fu. D'énormes dunes de sable mobile ont été poussées de part et d’autre du Pei Ho sur les collines fermant ce passage et une grande plage de sable quartzitique à grains très fins s'étend sur plusieurs kilomètres à l'Ouest de la ville dans le bassin de Hsan Hwa Fu, déjà très ensablé.

Nous atteignons alors Kalgan, sur un affluent secondaire du Pei Ho aux pieds de collines d'un roux jaunâtre, en rhyolite fluidale (Rhyolite de Kalgan). En attendant les savants chinois accompagnant la Mission, nous demeurons à Kalgan, du 24 avril au 12 mai 1931. Cet arrêt fut favorable pour la suite de notre voyage : le printemps, l'apparition de la flore et des insectes parfaits étant bien plus tardif sur le plateau Mongol, en raison, d’une part de l'altitude plus élevée, et d'autre de la persistance des vents froids, dus au régime continental alors que dans la région de Pékin l'influence modératrice des vents chargés d'humidité du Pacifique est sensible dès le mois de mars.

Aussi, malgré qu'il ne s’agit encore que du premier printemps (ouverture des bourgeons des peupliers et des saules, arbres fruitiers : pommuers, pêchers et amandiers en fleurs), la faune entomologique avait été déjà extrêmement abondante tout le long de cette partie de notre chemin. À cette saison, cette faune est constituée principalement par :

1) des Cicindèles :

Cicindela gemmala Farnermanx, environs de Pékin, près de Chang Ping Hsien, espèce très largement répandue en Chine du Nord jusqu'au Chan Si

et en Mandchourie.

Cicindela tricolor Anaus., Lung hu taï, 18 avril, espèce au vol long et rapide, surtout répandue en Mongolie dont elle est une espèce caractéristique, et sur-

tou :

CE ph

Cicindela transhaïcalica W. Horx, espèce orientale voisine de notre Cicindela hybrida F., couvrant une aire de répartition très vaste (Sibérie orientale, région de l'Amour, Mandchourie et Chine du Nord) extrêmement abondante en mai, sur les bords sableux des rivières de Hwa lai et Kalgan, et sur les dunes de sables du bassin de Hsan Hwa Fu.

Avec elles une espèce d’une distribution encore plus étendue :

C. lunulata F. Espèce méditerranéenne commune dans le Midi de la France, que nous avons retrouvée plus loin sur les bords de l’Etsin-Gol et de la rivière. de Karachar au cœur des bassins fermés de l'Asie Centrale.

Les Cicindèles ailées, au vol puissant et rapide, ont tendance à couvrir des aires de répartition très vastes, dont les limites semblent être surtout d'ordre climatique, sur une surface continentale donnée.

9) Le deuxième élément de cette flore printanière, important par son abondance pullulante, ont été les Scarabeidae phytophages.

Tremalodes Pallasit Farermann. Gros Rhyzotrogine de la région de Pékin, rencontré aussi bien à Sha ho, Chang P'ing Hsien, Lung hu tai, qu'à Hwa lai et avec lui, dévorant les bourgeons de saules et de peupliers, Anomala lucidula Fazo et Aserica pekingensis BReNske.

3) Les Coprophages ne sont pas moins abondants sur cette partie de notre itinéraire ; essentiellement à cette époque de l’année des Onthophages.

Onthophaqus ruchichornis L., Sha ho, Hwa lai Hsien, Kalgan, espèce eurosibérienne répandue jusqu’en Chine Centrale.

Onthophaqus Olsufieffi Boucouoxr. Lung hu tai (Tché li) Kalgan (Tchahar). Sibérie, Corée, Mandchourie, Chine du Nord.

Onthophagqus marginalis Gesrer. Kalgan.

Des Aphodius : <

Aphodius recltus Morscu, le type et la variété biformis. Rerrrer, Sha ho, Lung hu tai, Tsin Pao An (Japon, Sibérie, Chine), pullulant dans iles excréments des chevaux et mulets.

Aphodius hidens Sorsky, Tsin Pao An, Kalgan, espèce de Chine Centrale.”

Eofin, d'apparitions plus tardives, un Gymnopleure, le Gymnopleurus mopsus Part, Kalgan, premiers jours de mai, espèce méditerranéenne dont la distribution s'étend jusqu'à Pékin.

BJ La LA "AE LI Les. \ 4) Enfin, comme éléments caractéristiques, de la Faune foncière, les Ténébrionides :

Analolica exlerne costala Fairmaire, pullulante au premier printemps sur le. sable et au bord des chemins de la région de Hwa lai Hsien-Hsan Hwa Fu et Kalgan (Tchahar) et caractéristique de cette région avec le Plalyope gobiensis qui abonde avec elle.

Microdera globata FAtoermanx. Sous les pierres aux environs de Hwa lai Hsien.

Plalyope gobiensis Friv. Dunes. Bassins sableux et bords des chemins à Hwa lai, Hsan Hwa Fu et Kalgan.

lo —

Cyphogenia funesta Fair. Tombeau des Ming, près Pékin (15 avril 1931), espèce caractéristique de la région nord-orientale de la Chine.

Blaps rugosa Gester, dans les détritus, les amas de feuilles mortes. Sous les pierres et les détritus au voisinage des habitations, Hsan Hwa Fu et Kalgan, largement répandu en Chine du Nord, en Mandchourie et en Sibérie Orientale, remonte sur le Plateau Mongol.

Leptomorpha chinensis Farrermanx, sous les pierres à Lung hu tai, (Tché li). Caractéristique de la faune de Pékin. Signalé du Jéhol par l'abbé David.

Platyscelis affinis Serre. Lung hu tai (Tchéli).

Pedinus strigosus Farpermaxx. Lung hu tai (Tchéli).

Gonocephalum mongolicum Rerrrer. Hwa lai (Tcha har).

Opatrum subaralum Farvermanx. Lung hu tai, Hwa lai (Tcha har).

Helops pekinensis Farrwaie. Lung hu tai (Tché li).

à) Çà et là un certain nombre d’espèces de groupes divers, caractéristiques de la faune de cette région :

Cathaïcus Brandli Faro. Lung hu tai près Pékin. Exemplaire mort sous une pierre. La saison n'était pas favorable à la récolte de cette espèce qui paraît surtout en juillet. Apparenté aux Coptolabres, insectes caractéristiques de la faune sinienne. L’aire de cette espèce couvre la Chine du Nord, Tchéli, Chan si, Chen si.

Corsyra fusula Fiscu. War. Lung hu tai. Sous les pierres au bord de la rivière de Nan Kou, région de Hwa lai. Espèce de Transbaïkalie, région de l'Amour, Province sino-mandchoue, remonte sur le Plateau Mongol.

Creophilus maxillosus L., Kalgan. Espèce répandue sur toute la région holarctique.

Necrophorus morio Gers. Kalgan. Entraîné par l’eau d'un orage, substituant oriental du Vecrophorus germanicus Linxé.

Bolbotrypes Davidi Farrmaire, Lung hu tai, sous une pierre (12 avril 1931). Pékin, Mandchourie, Corée (Tché Mulpo), Schangai. Zikaweï (R. P. Savio), Cochinchine. Espèce sino-orientale ; mycétophage.

Sphenoptera Pallasi Senôx., Kalgan (12 mai 1931). Première apparition de cette espèce commune en mai et juin en Mongolie.

Pleonomus canaliculaltus FAiRMaIRE, en éclosion massive lors de notre passage dans les régions de Pékin, Sha ho, Chang Pei Hsien, Lung hu tai et le tombeau des Ming. Le mâle vole le soir aux lumières. L'autre espèce du genre vient de Pondichéry.

Meloe patellicornis Fatrmaire, Kalgan (Tchahar), espéce de Chine du Nord.

Phaecophorus umbratus Farv., Kalgan.

Neodorcadion virgatum Morscu, un exemplaire mort sous une pierre à la passe de Nan Kou. L’adulte, caractéristique de la Mongolie Orientale n’est pas rare en mai.

Cyrlognalhus paradoæus Faur, à l'état de débris roulés, et de fragments décolorés sous les pierres à Lung hu tai. Gros prionien caractéristique de la faune de Pékin. Vit à l’état larvaire dans les peupliers qu’il ravage de galeries profondes. Vole en juillet et août, par les soirs orageux, et Jusque sous la pluie.

(P. Teilhard de Chardin).

Région d’ancienne occupation humaine, largement cultivée et déboisée, cette contrée en dehors de la faune entomologique est peu favorable à la persistance des espèces sauvages de destruction facile. Cependant, au cours de leurs migrations, les mouflons arrivent périodiquement Jusqu'à la passe de Nan Kou, où ii en est tué plusieurs chaque année et les Spermophyles, appelés par les Chinois : écureuils terrestres, se rencontrent, quoique rarement, jusqu’au pied de la Grande Muraille, comme extension extrême des peuplements abondants qu'ils constituent dans la steppe Mongole.

11) De Kalgan à Pei Ling Miao (13 au 16 mai 1931). La Mongolie Verte.

Un sol moins inégal, un trajet facile sur les pistes dures de la grande pénéplaine nous ont permis de couvrir en moins de quatre Jours les 512 km. de steppe de Mongolie Sud-Orientale, entre Kalgan et le poste caravanier situé sous les murs de la lamasserie de Pei Ling Miao.

Cette partie de l'itinéraire se décompose ainsi :

1) 35 km. de Kalgan à la passe de Wan Chuan. 1.400 ms. seuil du socle Mongol.

2) 200 km. de la passe de Wan Chuan à la bifureation de la piste sur Urga, avec celle de Pei Ling Miao, peu après le relais de Serben {Ssu li pun) après le poste militaire de Chapser.

3) Environ 277 km. de Ssu li pun à Pei Ling Miao, à travers la steppe de Mongolie sud-orientale. |

Au départ de Kalgan, la route suit d’abord vers l’amont un affluent est-ouest, de la rive droite de l'arrière de Kalgan au pied des collines formées d'énormes épanchements en nappes de rhyolite fluidale et après la traversée successive de trois lits de rivières confluant vers le Sud en direction du Pei Ho, remonte le lit de la dernière et plus occidentale des trois.

C'est alors la traversée d'un défilé entre deux murs verticaux de rhyolites, défilé d’un kilomètre de long environ et de 200 mètres de large, débouchant d’un bassin crétacé au pied des grands épanchements basaltiques répandus sur le rebord du plateau de Mongolie. La route passe sous les murs de la ville de Wan Chuan, au pied du col qui porte son nom. L'accès s'en fait par une des nombreuses vallées que l'érosion linéaire régressive creuse, disséquant en croupes triangulaires le rebord sud-oriental du plateau (v. planche).

Er p7ube

La passe elle-même, marquée d’un petit temple et des vestiges de la Grande Muraille extérieure, est un ensellement à peine encaissé entre deux buttes, et plongeant vers les plaines et les ondulations arrondies de la prairie Mongole. Dans cette partie du trajet, autour de la ville de Chang Pei Hsien, le socle granitique du plateau mongol est recouvert d'un large épanchement de basalte, sur lequel repose une faible épaisseur de loess propice aux cultures que les colons chinois ont largement développée sur cette partie du plateau. Mais, 70 km. plus loin et dès Chap Ser (où nous trouvons les premières yourtes, tentes de poils de chameaux des campements mongols), c’est sur le granite enfin à l'affleurement le règne exclusif de la prairie mongole et la vie pastorale.

A l’horizontalité des coulées de basaltes avant Chap Ser, fait suite, de Chap Ser à Serben, une pénéplaine bossuée de témoins granitiques en collines arrondies, où nous voyons en fuite les premières gazelles (Gazella (Procapra) quiturosa Parras) caractéristique de la steppe mongole humide et septentrionale répandue depuis la Dzoungarie jusqu'en Mongolie Orientale. Une tempête de neige, avec une précipitation de 50 cm., nous retient sur place à Serben, le soir du 13 mai et le jour suivant. Cette neige ayant fondu, sous le soleil brillant de ce 14 mai, à la grisaille aride d'un gazon brûlé et tondu par l'hiver, fait suite l’éclatante verdure et la germination du gazon printanier. L’hiver est fini sur le plateau mongol. Le printemps va dérouler son rythme rapide vers les ardeurs de l'été. À 22 km. au Nord de Serben, c'est la bifurcation entre la piste d'Urga, continuant au Nord-Ouest et celle de Pei Ling Miao qui s'infléchit vers l'Ouest. À partir de ce point nous quittons les levers de la Mission d’'Andrews.

Courant d’abord WNW, la piste de Pei Ling Miao contourne par le Nord un massif cristallin (au pied duquel nous récoltons pour la première fois le Meloë Citroëni caractéristique de la faune Mongole). Au pied de ce massif circule une rivière à grands méandres, coulant vers le Sud-Estet déversoir d'un grand bassin lacustre située au Sud de la principauté mongole de Hsi Ssu Ni Wang Yue Fu. Le fond, vaseux et mou, sous une croûte mal consolidée de cette cuvette lacustre où nous nous envasons à plusieurs reprises est occupé par des buttes de vases fixées par l'Ephedra.

A ce fond fait suite un bombement basaltique d’un relief de 30 mètres derrière lequel se dresse le palais du prince de Hsi Ssu Ni Wang Yue Fu, et une lamasserie boudhique noir blanc or, de style thibétain. Nous quittons alors la région des témoins et des dômes de granite pour aborder le régime des bassins (en mongol Gobi), cuvettes à fond plat, de développement très variable, quelques centaines de mètres ou des dizaines de kilomètres, étendues à perte de vue. Dans la partie orientale de notre route, où le régime Pacifique fait parvenir l'influence de ses vents humides, le fond de ses bassins, commeles buttes de granite est envahi par la végétation herbacée en un tapis végétal bien souvent continu. C'est le pays des

A. REymonoD. 2

SNS te

herbes : le Tsaï dam mongol, Le fond de ses bassins autour de Hsi Ssu Ni est occupé par des terres rouges, recouvert d’une faible épaisseur de loess, par endroit déchiré en lèvres verticales par le lit d'un torrent et criblé de terriers de rongeurs, principalement des Spermophiles et des Gerbilles. k

Après le campement mongol de Shaïn Hotock où nous passons la nuit après le court et violent passage d'un vent de sable (au coucher du soleil du 15 mai), nous traversons une région de crêtes de sables, fixées par le Sighi (Stipa splendens Trin.), et de nouveaux bassins de terres rouges.

Les points remarquables de cette partie de la route sont la traversée de quelques rivières coulant au nord (portées sur la carte) au voisinage des trois lamasseries de Bol tai Miao — Shara Muren Miao (sur la rivière jaune) et Khatingol in Sumu.

Le régime des bassins cesse peu après le passage du Khatin Gol et nous retrouvons une nouvelle zone de collines granitiques comme celles après Chapser mais plus arides, avec des pointements de schistes noirs et de quartzites roux du Wudd'ay, fortement redressés, injectés de filons de quartz, et très déchirés par l'érosion torrentielle. Ces collines sont séparées par des vallées de rivière à fond plat ou de petites cuvettes lacustres de dimensions restreintes. Elles sont suivies d’un plateau d'une vingtaine de kilomètres, qu’entaille une gorge de torrent s’encaissant très vite, et qui débouche, après une descente de 2 km. et une dénivellation de 50 m. dans la vallée d’une deuxième Shara Muren, entourant d'un double méandre le temple de Pei Ling Miao.

La traversée de cette grande étendue de steppe (280 km.), de Chang Pei Hsien à Pei Ling Miao, a été trop rapide, la saison trop précoce, pour nous perinettre la récolte de plantes à fleurs, non encore épanouies. Les quelques faciès végétaux nettement caractérisés que nous ayons rencontrés ont été : à

1) Les cultures sur le basalte autour de Chang Pei Hsien et le grand bassin avec quelques petits lacs au nord de cette ville jusqu'à Chap ser, et autour d'une colonie chinoise isolé en plein plateau Mongol, aux environs dé Katingol in Sumu.

2) Les peuplements de l'Ephedra (Ephedra equisetina Bunce), Gnétacée caractéristique particulièrement dense dans le bassin lacustre, au sud de Ssi Ssu Ni Wang Yue Fu et en buissons rampants, couchés par les vents du plateau sur les collines environnant Pei Ling Miao.

3) Les premières apparitions de la steppe à Sighis, la Graminée Stipa splendens Trin, faciès déjà sub-désertique que nous trouverons beaucoup plus développé à l'Ouest de Pei Ling Miao dans les steppes vers le Yang Cheng Tze Ku et l’'Ha Liao Tan Gol.

4) Enfin, la prairie, aux éléments encore méconnaissables dans la précocité de la saison et dont les éléments ont été rapportés en nombre par les récoltes des R. P. David et Licent lors de leurs expéditions multi-

HE L'Hrn

pliées en Mongolie Orientale. Cette prairie naturelle, occupant surtout

les vallées des rivières et le fond des bassins est le faciès propre à la Mongolie arrosée. C’est elle qui nourrit les nombreux troupeaux des pasteurs mongols (bétail à cornes, moutons, chèvres) et les immenses troupes de chevaux libres, tarpans, une des principales richesses des communautés mongoles, que nous avons vus paître et galoper librement

par centaines et par milliers de têtes, de Ssi Ssu Ni Wang Yue Fu à l'Ha Liao Tangol.

Cette prairie est constituée par un mélange de plantes herbacées de nombreuses familles dont les éléments dominants sont les graminées et les légumineuses, réduits aux premières pousses à notre passage. À la saison la plus favorable, de mai à juillet, cette prairie naturelle forme dans le fond des bassins arrosés un tapis végétal continu et dense de plusieurs décimètres à un mètre de haut. Quelques éléments signalés par les récoltes des missions précédentes sont :

Astragalus adsurgens PaLLas, fourragère (Abbé David). Mongolie Orientale (R. P. Licent), Chan Si;

chinensis Linxé, fourragère. Mongolie Orientale (Abbé David) ;

dahuricus D. C. (Abbé David). Mongolie Orientale. Chine du Nord,

et des Graminées méconnaissables à cette époque de l'année.

La steppe à sighis (Sfipa splendens Trix.) annonciatrice des faciès plus secs, occupe les régions de sables fixées aux environs de Sain Hotok. Nous la verrons largement étendue dans les steppes à l'Est de Pei Ling Miao. Le Sighi est une graminée à tige pleine, à cuticule fortement chargée en silice, constituant des touffes serrées à la base, fixées au sol par un épais lacis de racines, et formant des mottes épaisses de plantes accolées et serrées les unes aux autres. De cette motte sortent les longues hampes rigides, hautes de un à deux mètres, parfois (aux environs d'Hami) plus de deux mètres de haut. La densité de cette touffe, son adhérence au sol fixent les sables, auxquels la plante n’est d’ailleurs pas confinée. Elle forme sur les loess des peuplements plus lâches, par petites toufles d’une vingtaine de plans couvrant ainsi des kilomètres carrés d’un tapis végétal peu serré mais continu et uniforme. C’est un des aspects les plus caractéristiques de la prairie mongole.

De même que pour les plantes, cette partie de la route a été pauvre en captures d'insectes. Nous Les citons 1c1 :

Carabus Kruberi Fiscu. Wazo., sous les pierres au col de Wan Chuan (13 mai 1931). Espèce caractéristique de la partie humide de la Mongolie Orientale et de la chaîne du Grand Khingan, refuge de nombreuses espèces de Carabes. Les Carabes, en Asie Centrale, font défaut dans les bassins désertiques. Étroitement inféodés à un minimum d'humidité, nécessaire (variable d’ailleurs suivant les espèces) ils sont surtout en Chine intérieure, répandus et localisés dans les régions montagneuses humides et froides.

Corsyra fusula Fisca Wa». sous les pierres à Serben (Ssu Li Pun) (14 mai). Espèce de Transbaïkalie, de la région de l'Amour, que nous avions déjà trouvé aux bords des rivières de Nan Kou et de Hwa Lai Hsien, remonte largement sur le plateau mongol. a

Gymnopleurus mopsus Pazr., sur les crottins de chevaux, Chang Pei Hsien et Pei Ling Miao. Très commun en Mongolie Orientale. Manque dans la région désertique du Gobi. |

Onthophaqus marginalis Greuer, Kalgan, Serben, Pei Ling Miao (Mongolie intérieure), Sibérie, Mandchourie, Chine du Nord, remonte largement sur le plateau Mongol.

Trox eximius FarnermANN, caractéristique de la steppe de Mongolie Orientale. Déchets de laine de moutons près des huttes de Saïn Hotok.

Des Ténébrionides :

Analolica planala Friv. Serben et Pei Ling Miao. Mongolie intérieure.

Anatolica slernalis Rerrrer. Pei Ling Miao. Cette espèce se trouve également en Dzoungarie.

Anatolica undulala Grser. Mongolie verte. Serben, Ssi Su Ni Wang Yue Fu, Shara Muren Miao, Pei Ling Miao.

Platyope mongolica Farv., Pei ling Miao. Mongolie Intérieure. Dans les mêmes conditions que Plalyope gobiensis de la région de Kalgan.

Blaps rugosa GzsL, sous les pierres à la passe de Wan Chuan et auberge de Serben.

Blaps femoralis Fiscu., Ssi Ssu Ni Wang Yue Fu. Mongolie Orientale.

Blaps gressoria Rerrrer, Mongolie Orientale.

Platyscelis rugifrons Geru., Col de Wan Chuan au-dessus de Kalgan.

Meloë Citroënt n. sp. (décrite au builetin de décembre 1932, de la Société Entomologique de France).

Cette espèce est voisine du Meloë Centripubens (type de Reitter au Musée Zoologique National de Budapest). Elle est également voisine du Meloë auropictus Dexter (Bull. Soc. Ent. 1922) récoltée par Chaffanjon en Mongolie Septentrionale entre Urga et Tsi Tsi Khar. C'est le Meloë à point d’or, caractéristique de la steppe mongole. \

La courte période de mai, où nous avons traversé cette partie du plateau mongol, ne nous a pas permis de nous rendre compte ni de la richesse végétale en nombre d’espèces de la flore de la prairie, ni de l'abondance de sa faune d'insectes dont la saison la plus favorable est la seconde moitié de mai, et les mois de juin et juillet, période de la pleine apparition de la faune dans la région alpine du grand Khingan, situé à peine à 200 km. plus au Nord. Cette durée du printemps mongol est due aux pluies et aux orages printaniers des vents venus du Pacifique sur la zone d'appel des bassins intérieurs de Mongolie, centre de basse pression en

été, sous l’ardeur du soleil de juin, dans les longues journées du solstice.

Page 1