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111) De Pei Ling Miao à Wunni Wu su (Uniussu) (18 au 26 Avril 1931).
L’Auréole sub-désertique.
Pei Ling Miao, à 180 km. au nord de Pao Téou, sur la boucle que décrit le Fleuve Jaune (Hoang Ho) autour du désert des Ordos, est situé sur une rivière permanente coulant vers le Nord, et décrivant autour de la presqu'île où est bâtie la grande lamasserie (Miao) de Pei Ling un grand méandre double dans un cercle de collines de granite rose, avec des bancs de schistes noirs, fortement cassés, métamorphisés et injectés de filons de quartz. Pei Ling Miao d'autre part est un grand centre de rassemblement, au départ, ou au retour, des caravanes traversant le désert de Gobi vers les oasis du Kan Su (Lian Tchéou, Kan Tehéou, Sou Tchéou}) ou vers Barkul et Hami par les pistes de Ming Chui ou de Baï au nord des reliefs principaux des Pei Chan. La traversée des bassins centraux du désert de Gobi nécessitant un parcours d'environ 1.200 km., il était nécessaire, dans le but d’alléger les chenilles, de constituer un dépôt auxiliaire d'essence à l'entrée du désert proprement dit, au campement mongol de Wu Ni Wu Su (en mongol les eaux claires) à 280 km. plus à l'Ouest. Ce qui réduisait d'autant la distance à couvrir d’une traite sans ravitaillement de carburant. C’est pour cette raison que le parcours de Pei Ling Miao à Wu Ni Wu Su a été couvert à trois reprises par deux itinéraires, l'un au nord, l’autre au sud d’un petit massif amygdaloïde cristallin situé à l’ouest de Pei Ling Miao et allongé d’est en ouest suivant un axe d'environ 200 km. jusqu'au petit poste militaire d'Ha Sha Tu — au nord de la chaîne du Kara Narin Oula, rebord du socle mongol redressé en surplomb de la grande dépression où coule le Fleuve Jaune.
A partir de Pei Ling Miao, la route du Nord rémonte un affluent de gauche de la rivière de Pei Ling Miao (Shara Muren) entre deux chaînes de collines de quartzite de faible relief (200 m. environ) traverse un col marqué par une ligne d’'«obos » ! et descend vers la vallée de l'Ulan Bulach, coulant au Nord de la partie orientale du noyau amygdaloïde cristallin. A partir de l'Ulan Bulach la route longe les glacis polysynthétiques recouverts de blocs de cailloux de Wudd’ay, mi-roulés, mi-éclatés (Teilhard de Chardin) et traverse ainsi une série de rivières importantes coulant au Nord — Serter Gol — Hurregol, descendant le massif cristallin.
A partir de Ulan Ussu, l’hydrographie du réseau des rivières au lieu
1. Signaux de pierre en pyramide de l'aspect, des kerns, souvent surmontés de drapeaux.
de se perdre dans la plaine située au Nord, s'infléchit vers l'Ouest, convergeant au sud de Ha Sha Tu en un immense lit composé, envahi de bancs de galets et achevant de se perdre dans le grand bassin de terres rouges pléistocènes, au nord des collines de grès qui dominent immédiatement le poste d'Ha Sha Tu.
C'est à Ha Sha Tu que se rejoignent les deux itinéraires nord et sud de la Mission autour du massif amygdaloïde. A partir de Ha Sha Tu la route remonte un lit de rivière temporaire au pied de collines de grès, pendant 30° Nord, aboutissant à un col dans une série de collines granitiques et schisteuses recouvert d’un tapis d'Éphedra. Ces collines arrondies s'abaissent progressivement vers une dépression circulaire occupée par un marécage sur un fond de terre rouge d'où surgit presque sans transition un dôme de granite blanc, traversé par la vallée étroite et verte d’un ruisseau d’eau limpide (Wu Ni Wu Su), les eaux claires, dernière eau courante jusqu'à l'Etsin Gol.
Le retour de Wu Ni Su à Pei Ling Miao reprend jusqu'a Ha Sha Tu la route de l'aller, traverse à Ha Sha Tu le grand lit composé de la rivière encombré d'énormes banes de galets roulés et suit le bord sud de ce bassin jusqu’à la grande rivière coulant vers le nord de l’Ha Liao Tan Gol. Après la traversée de ce cours d’eau sur un banc de vase noire, c'est la remontée d’un versant occupé par quelques petites dunes en cours de formation, jusqu'à un col entre deux reliefs importants ; au Sud, une montagne à deux pointes relevées comme l'arçon et le pommeau d’une selle, de l’autre, accolé au massif cristallin du Nord un cône de volcan basaltique avec alternances de cendres et de coulées s’épanchant vers le Sud, et profondément disséqué par l’érosion.
À ce col fait suite la traversée d'une grande steppe étendue à perte de vue vers le Sud et que prend en écharpe au Nord-Est un contrefort de la chaîne cristalline du Nord. La route s'engage bientôt dans ce contrefort, profondément entaillé en gorges verticales dans les gneiss par les vallées à T1 méandres profondément creusés entre des falaises du Yang Cheng Tze Ho, rivière temporaire dont le fond est occupé par de nombreuses flaques. |
Après la traversée du Yang Cheng Tze Ho, la route longe par le Sud lé massif amygdaloïde cristallin à travers une grande steppe couverte à perte de vue par la mer de chaumes du Sighi (Séipa splendens) et après la traversée d'un superbe contact des schistes cristallins sur le granite (signalé par le P. Teilhard, loc. cit.) rejoint 260 km. après Wu Ni Wu Su la vallée de Pei Ling Miao.
| Toute cette région est marquée, tant au Nord qu'au Sud, par Paggravaton progressive du régime désertique. C’est une région de transition entre les steppes arrosées par la Mongolie Orientale d’une part, et les bassins désertiques du Gobi qui règnent exclusivement sur toute la région
à l'Ouest de Wu Ni Wu Su.
Dit
Cela commence d’abord par la désorganisation du tapis végétal, presque continu en Mongolie verte, ici déchiré en mottes entre de nombreuses plages nues et pelées. Dans la partie orientale de la steppe l’élément botanique dominant est le Sighi (Sfipa splendens), formant une prairie naturelle continue de Pei Ling Miao au Yang Cheng Tze Ku. Cette steppe de Sighi est la plus homogène que nous ayons rencontrée en Mongolie Orientale, Elle se prolonge presque sans variations sur près de 100 km., avec seulement, par places, le passage de quelques cuvettes lacustres plus dénudées, le sighi régnant plus volontiers sur les arides, soit couvrant le loess, soit fixant les buttes de sables.
Le faciès des mottes de Caragana. — A partir de l'Ulan Ussu au Nord, de l’'Ha Liao Tangol au sud, c’est-à-dire sur toute la surface des
Fig. 1. — Buttes du Carayana microphylla Lam. en mottes paraboloïdes, faciès développés dans les steppes subdésertiques entre Pei Ling Miao et Wu Ni Wu Lu.
bassins entourant la terminaison occidentale du massif amygdaloïde cristallin cerné par nos itinéraires, est envahie par une Papilionacée caracté-: ristique, fixant les sables en buttes paraboloïdes régulières, plus ou moins serrées les unes contre les autres, comme une immense étendue de taupinières végétales de 60 cm. à 1 m. de haut environ. Ces buttes sont dues à la croissance touffue d’une plante très caractéristique des régions subdésertiques de la Mongolie Orientale : Caragana microphylla. Lam. (Papilionacée) (v. figure 1 et photo).
C'est une plante épineuse, abondamment ramifiée en tiges ligneuses traînantes, très fortement enracinées, et qui a la propriété de retenir les sables par le lacis serré de ses rameaux et de ses feuilles. Le sable, poussé par le vent s’accumule à la base étouffant la végétation à la partie inférieure de la touffe, tandis qu’elle continue à s’accroître par le haut, et cette accumulation constitue une mer de grosses mottes paraboloïdes en forme de chaudrons renversés, qui couvre le fond des bassins, et les parties rocheuses où le sable est en circulation, sur d'énormes espaces, près de 100 km. de Hung Chu Lu aux environs de Wu Ni Wu Su, où il cesse brusquement.
Ajoutons à l'aspect très curieux présenté par ce faciès végétal, le fait que, lors de notre passage dans cette contrée, la partie fleurie de la toute était la moitié exposée au midi, épanouissant des corolles d’un jaune d'or clair, la partie septentrionale étant entièrement dépourvue de fleurs.
Ce Caragana figure dans les collections de l'abbé David en Mongolie Orientale (Herbier du laboratoire de Phänérogamie du Muséum d'Histoire Naturelle) et dans les récoltes du R.P. Licent dans les Ordos, lors de son expédition de 1922, accomplie avec le P. Teilhard.
Il est l’objet d’une note manuscrite du P. David, accompagnant l'échantillon de la collection du Muséum : « Connu par les caravaniers du nom d'épine de chameau, seuls herbivores à s’en nourrir, le Caragana couvre d'immenses étendues en Mongolie Orientale ».
Au point de vue de la faune, cette région s’est montrée une des plus fécondes de l'itinéraire, avec le bassin d’Aberhu qui lui fait suite. Cela tient, comme nous l'avons signalé, à la brièveté du printemps mongol, retardé en Mongolie verte, accéléré au contraire dans les bassins désertiques par la brièveté du passage entre l'hiver marqué Jusqu'en mai par les gelées du matin (— 5° à Ha Sha Tu le 19 mai) etla chaleur rapidement brûlante de l'été, + 30° température de l’air à midi, le 26 mai, à Wu Ni Wu Su — et atteignant 50° et plus par rayonnement sur les rocs dénudés et brûlants des granites en boule.
La deuxième moitié de mai est donc la seule qui soit favorisée par les températures optima. C’est celle du bref épanouissement des plantes à fleurs, et du pullulement des insectes parfaits- à savoir :
Cicindela tricoior Avaus. Abondante sur les dunes et les plages de sables, au bord de la rivière de Pei Ling Miao (Mongolie Orientale) où nous la rencontrons pour la dernière fois.
Carabus Krüberi Fiscu. War», dans les gorges du Yang Cheng Tze Ho.
Gymnopleurus mopsus ParLas, Pei Ling Miao et Wu Ni Wu Su, crottins de chevaux. Très commun fin mai dans cette région, près des campements mongols.
Onthophaqus marginalis Gesrer. Pei Ling Miao.
Lethrus Polanini B. Jak, espèce caractéristique de la Mongolie Orientale où elle pullule à la fin de mai, tant dans les sables au bord de ia rivière de Pei Ling Miao, que surtout dans la prairie d'Æphedra, à l'Ouest d'Ha Sha tu, où nous trouvions le mâle, courant sur l'arène couvrant les terres rouges, en plein jour, de 9h. à 15 h.et surtout abondant vers midi, aux heures les plus chaudes, coupant avec ses mandibules les bourgeons de l'Ephedra qu'il moissonne et les apportant au terrier que la femelle creuse et aménage en vue de la ponte. Ce terrier, semblable à celui du Minautaurus T'yphoeus, s'ouvre par une ouverture circulaire, et s'enfonce verticalement dans le sol en présentant une partie coudée contre l’invasion des eaux de pluie peu au-dessus de la loge de ponte. C’est par centaines que nous avons vu ces terriers, et l’insecte parfait courant fébrilement en plein soleil entre Ha Sha Tu et Wu Ni Wu Su.
Trox eximius Farvermanx. Autre espèce caractéristique de la Mongolie Orientale. Exploite les carcasses de chameaux « jetés » sur le Gobi quand la mort les atteint au cours des traversées. Bords de l'Hurragol in Sumu et par
centaines sur une carcasse et des déchets de pelage à Wu Ni Wu Su (19 mai 1931):
ND mes
Pentodon corniculatus Har. Dynastine vivant dans le terreau des plages des régions humides au bord des rares ruisseaux. Espèce très largement répandue en Asie Centrale, plus commun dans les cultures des oasis de la région occidentale (Kansu et Sin Kiang). Débris dans l'humus de la rivière à Wu Ni Wu Su (26 mai 1931).
Sphenoptera Pallasi Scnôn, à même le sol sur les cailloutis Sanmeniens à aspect de « reg », à terre entre 11 h. du matin et 15 heures (16 mai), à l'Hurragol in Sumu.
Les Ténébrionides constituent encore une fois le groupe le plus abondamment représenté et dont la rusticité et l’alimentation saprophytique s’accommode le mieux, à l'inverse des adephages, du régime désertique.
Analolica Chauveti Scuvsrer et Reymonn. Pei Ling Miao. Mongolie intérieure fin mai.
Analolica mucronata Rerrrer. Pei Ling Miao et steppes de l'Yang Cheng Tze Ho. Mongolie intérieure.
Analolica Polanini Rerrrer. Pei Ling Miao — Hurragol in Sumu — Ulan Ussu — Wu ni Wu Su — fin mai.
Microdera mongolica Rerrrer. Pei Ling Miao. Sables de la rivière. Mongolie intérieure (16 au 24 mai 1931).
Plalyope Pointi Scuüsrer et Reymonp Pei Ling Miao et steppes du Yang Cheng Tze Ho à l’'Ha Liao Tan Gol (mai 1931).
Blaps miliaria Fiscu. Pei Ling Miao. Mongolie intérieure.
Scleropatrum carinalum Grec. Sous les pierres, coteaux arides. Pei Ling Miao, Mongolie intérieure.
Lobothorax poricollis Rerrrer. Sous les pierres. Pei Ling Miao. Mongolie intérieure.
Meloe Citroent Reymono. Dans les sables au bord des rivières. Hurragol in Sumu. Ulan Ussu — Wu Ni Wu Su — fin mai 1931.