‹ Sur le physique du globeChapitre 106 sur 169 · S PERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

S PERÇU HISTORIQUE

De tout temps les étoiles filantes ont attiré l'attention des hommes; de tout temps on a mentionné ces météores, et quelquefois avec les expressions de l'admiration la plus vive ; il peut paraître étonnant alors que ce phénomène ait occupé aussi tardivement la science.

Nous ne rappellerons point ici les opinions des anciens, ni meme les observations de plusieurs physiciens distingués du siècle dernier ('): notre objet est plutôt de chercher les principes qui ont été admis sur leur marche, leur hauteur, leur nombre et sur tout ce qui peut se rattacher à leur connaissance.

C'est à deux jeunes étudiants de l'université de Uœllinguc que l'on doit les premières études régulières qui ont été faites sur les étoiles filantes. Brandès et Benzcnbcrg, en 1798, avaient tourné leur attention vers ce genre de phénomènes avec le désir de l'observer utilement. Ils crurent avec raison devoir consulter leurs professeurs : l'ingénieux et spirituel Lichtenberg avoua qu'il manquait comme eux de lumière sur l'objet de leurs préoccupations; mais il leur donna de sages conseils pour observer le phénomène avec des chances de succès.

Les deux néophytes s'occupèrent spécialement de déterminer la hauteur, la vitesse et les trajectoires des étoiles filantes, et publièrent leurs premières recherches à Hambourg en 1800 (*).

(*) Mussrhenbroel et quelques autres physiciens avaient parlé des études filantes et les avaient présentées sous un jour intéressant, niais sans jamais en faire cependant une étude particulière.

{*) VersueAe die Enifernvnq , die 6'earAimidfqAeif und die bahtten der Sterneehmippen zu beelimmen. I vol. in-8°; Hambourg, chez Pcrthes.

DES ÉTOILES FILAMES.

Le vénérable docteur Olbers, qui, bientôt apres, devait enrichir la science par les découvertes de Pallas et de Vesta, encouragea les deux jeunes observateurs de Gœttingue. et leur donna des formules pour faciliter leurs calculs. D'une autre part, l'ingénieux auteur du traité d'acoustique et des belles expériences sur les vibrations des corps sonores, Chladni. porta également son attention sur le nouveau champ de découvertes qui s'ouvrait devant les physiciens.

Vers la même époque, une brillante apparition d'étoiles filantes avait lieu en Amérique (le 15 novembre 1799): elle avait été observe* par le célèbre de llumholdt et son ami Bompland. L’élonncmcnl général qu’elle excita fut favorable à l'étude du phénomène: mais la curiosité qui avait été éveillée pendant quelques instants se calma bientôt après, et l'on perdit encore de vue les observations et les résultats des deux jeunes physiciens allemands.

Vers 1824. sans conuai Ire les nouvelles recherches auxquelles venait de se livrer le savant professeur Brandès, j’avais commencé moi-méme en Belgique, avec le concours de plusieurs personnes, une série nouvelle d'observations; j'avais surtout en vue de déterminer quelques éléments sur lesquels Brandès et Benzcnberg avaient moins porté leur attention ('): mais les travaux de notre nouvel Observatoire ne me laissaient pas le loisir nécessaire pour rédiger et publier tous les documents que j'avais pu rassembler. Je fis connaître cependant mes principaux résultats, par l'intermédiaire de 1a Correspondance mathématique et physique que je publiais alors (*). Ce fut dans ces circonstances que je fis la connaissance de Benzcnberg: je reçus de lui la lettre suivante, que je transcris ici comme

t 1 ) ie pus me convaincre du peu de progrès que cette élude avait faits, même parmi les hommes tes plus éminents. J'étais à Paris vers 1824, et je me trouvais à l'Observatoire. M. Bouvard, qui m'aimait comme un fils, me fit appeler nu Bureau des longitudes et m'invita à donner quelques explications sur les résultats de nos nisservatinns concernant les étoiles fitnnlrs. Je n'oublierai jamais la bienveillance avec laquelle on voulut bien écouler les renseignements qui m'étaient demandés. • Ainsi nous pouvons assigner, dit J’illustre auteur de la Mécanique cri nie, le mouvement des planètes dans l'espace; nous calculons les orbites des comètes, nous déterminons, après une courte apparition , leurs retours, qui souvent ne doivent avoir lieu qu'à des époques très-reculées, et nous n'avons encore aucune notion exacte sur ta nature de ces météores qui se produisent à tout instant sous nos yeux et seulement à quelques lieues de distance. ■ (Correspondance mathématique et physique, tome VIII, page 6.)

(*) Arago, dans le quatrième volume de son Astronomie populaire , page 2811, exprime en quelques mots ce qui avait été fait pour la théorie des étoiles filantes avant 1 a noie 1854, époque où leur étude prit enfin place dans la science. ..... Dès I7‘J8, Brandès et Benzcnberg opérèrent ainsi aux environs de Gtet*

lingue. Cette même tentative fut renouvelée, en 1800 et 1801, en Angleterre, par John Farcy et Benjamin Bevan; en Allemagne, par Brandès, Benzcnberg, Harding et Poltgiesser, entre Hambourg et Brême. En 1817, puis en 1823, Brandès, qui s'est attaché avec une persévérance digne d éloges au perfectionnement de l’étude de cette question , s'adjoignit quelques autres associés pour observer de nouveau à Brcslau , à

renfermant à peu près tout ce qui concerne les premiers essais sur ce genre d'observations (').

« Le chevalier Olbers m'écrivait de Brème ce qui suit, sous la date du 30 mars ; ■< Ce » n’est que dernièrement que j'appris que le directeur de l’Observatoire de Bruxelles, >• M. Quetelet, a formé et mis en activité , en 1 824, une société de quinze personnes pour » observer les étoiles filantes. Les observations entreprises alors ne sont pas encore en- » fièrement calculées, mais elles confirment pleinement les résultats auxquels vous et » Brandès vous étiez parvenus. Les observateurs étaient répartis dans la Belgique. »

a Voudriez-vous avoir la bonté de m’envoyer les résultats de vos calculs? Vous verrez tout à l’heure ce que moi-méme et Brandès, nous avons fait dans celle partie des sciences.

•i Jusqu’en 1798, il n'existait encore aucune observation sur Ira étoiles filantes. Cela peut être surprenant, mais c'est vrai; il n'est même rien dit de ces météores, ni dans l’Annuaire astronomique de Berlin, ni dans les Éphémérides géographiques du baron de Zach.

» Il n’y a que Bridone {Tour through Sicily, vol. I, lia. 10) qui affirme les avoir observées aussi bien sur la cime du mont Saint-Bernard en Suisse et de l’Etna en Sicile que sur le rivage de la mer. Le mont Saint-Bernard s’élève de 8,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, et l'Etna de 10, 000 pieds. On peut donc attribuer une hauteur considérable aux étoiles filantes.

u Brandès et moi nous faisions nos études à Giettingue eu 1798. Dans nos promenades du soir, en été, nous nous occupions beaucoup des étoiles filantes. .Nous nous demandions quelles étaient leur hauteur, leurs trajectoires et la vitesse avec laquelle elles les parcourent.

» Nous le demandâmes à Lichtenberg, mais il ne le savait pas. Alors nous résolûmes d’observer nous-mêmes . et cela sur une ligne d’observation de 27.000 pieds de Paris. Or. comme nous trouvions que plusieurs étoiles filantes n’avaient pas de parallaxe, qu'on les regardât de l'une ou de l’autre station, nous étendîmes notre ligne jusqu’à ili.200 pieds, savoir de Claiisberg jusqu’à Dransfeld.

« Nous nous servions de la carte céleste de Bode, sur laquelle 3,000 étoiles sont dénotées. Nous avions de plus une montre qui indiquait le temps de Gœllingue , et une lanterne

Dresde, à Leipc, à ttfirg, » Giewitz , k Merlin . à Cracovie, etc. En 1821, >1. Quetelet institue en Belgique une série d'observations analogues. M. Erinau fit, & Berlin et à Polsdam, en 1825, avec le concours de plusieurs physiciens, une nouvelle série d’observations simultanées. Enfin, un an avant de mourir, eu 1853, Brandès exécuta, avec quelques collaborateurs , une dernière rampegne à Leipzig, à Weimar, à Géra et à Brrslau. •

( f ) La lettre de Benzeubrrg, qui est datée de Dusseldorf, te 6 avril 1857, se trouve dans le tome IX*', page 152 de la Corregtondance niuthènmtiijuc et physique, dont il a paru onze volumes in-8° dans l’intervalle de 1823 à 1830.

DES ÉTOILES FILANTES

pour noter les observations et les inscrire sur la carte céleste. Les calculs sont très-aisés et n'exigent que la trigonométrie (').

“ Pendant six belles nuits de l’année 1798, nous observâmes 402 étoiles (liantes , dont 22 simultanées. La plus rapprochée était à 1 ,4 lieue de la terre; la plus éloignée , à plus de 30 lieues. La distance des autres variait de 3 à 30 lieues.

» La table suivante indique les résultats (*) :

I inarrhait » une distance de i & 3 lieues germaniques.

Page 1