UES AÉROI.ITIIES. DES BOI.1DRS ET DES CHUTES DR POUSSIÈRE
Le phénomène des aérolithes, disons-nous, a des rapports marqués avec celui des étoiles filantes; nous croyons ccpendunl devoir l’en séparer entièrement. Personne, je IH-nse. n’a jamais été daDS le cas de pouvoir toueher une étoile filante, tandis qu'il n'en est pas de même d'un aérolithe, et cependant ce dernier genre de phénomènes est infiniment plus rare que le premier : on voit des milliers d’étoiles filantes, tandis qu'il n'est guère donné à l'homme d'apercevoir un aérolithe. Je ne pense pas en avoir observé plus de trois ou quatre dans une longue carrière, dévouée en partie à l'étude des phénomènes que présente notre atmosphère.
Laérolilhe est très-probablement étranger à notre globe; il y pénètre avec une vitesse excessive, porte en tombant les traces du feu qui ont marqué son passage dans l'atmosphère. et quelquefois on entend des décrépitations assez vives au montent de sa chute. Les aérolithes aujourd'hui sont très-connus, pour l'aspect et pour la composition chimique, qui sont généralement les mêmes dans les différentes parties du globe où l'on est parvenu à en recueillir. On y compte, d'après de liumboldt, de dix-huit à vingt substances simples différentes, dont quelques-unes se trouvent rarement à la surface de la terre; mais qui entrent généralement en parties à peu près symétriques dans son organisation chimique. Sous ce rapport, les aérolithes révèlent une organisation uniforme, qu’ils se soient formés sur notre globe ou qu'ils lui soient étrangers. C'est même par ce motif que quelques auteurs ont cru devoir les reconnaître comme formés sur le globe de la lune, dnù ils
r,i(» SUR LA PHYSIQUE DU GLOBE.
-ont lancés par des volcans et arrivent ensuite jusque sur notre terre par un effet trèssimple de l’attraction.
On connaît, avons-nous dit, les formes habituelles et la substance des aérolithes.on sait que leur nature est généralement identique; d'après leur caractère le plus distinctif, ce sont des masses pyrileuses qui présentent extérieurement une surface noirâtre, comme ayant subi l'action du feu. Dans leur cassure, elles sont d’un blanc jaunâtre où l’on voit briller quelques points métalliques : leur pesanteur spécifique est communément la même, et on peulYestimer à ,>.(>11 en prenant pour unité le poids de l’eau. Par l'analyse chimique on obtient à peu près toujours les mêmes principes composants, répartis dans les mêmes proportions: ce sont la silice, le soufre, lu magnésie, le fera l’état métallique, le nickel et quelques parties de chrême. Ce qui peut paraître singulier, c’est que le fer non oxydé ne se rencontre guère dans les corps métalliques, et que le chrême et le nickel sont des substances extrêmement rares à la surface de la terre. Ces substances éclatent généralement avec bruit à des hauteurs assez grandes, que I on peut supposer de dix à quinze lieues ou même davantage. On varie sur leur origine : faut-il, avec Maskelyne et llévélius, considérer les aérolithes comme de petits corps planétaires , qui circulent dans l’espace et qui , sc trouvant engagés dans l’atmosphère terrestre , s’y enflamment par le frottement , y |>erdent leur vitesse et tombent vers la terre par l’effet de leur pesanteur? Ou bien faut-il supposer, avec Laplaec et de nombreux physiciens ('), que les aérolithes sc forment originairement sur la lune, sont projetés par les volcans de cet astre et arrivent, par suite de l'attraction, sur notre globe, où ils révèlent par leur composition une origine commune?
Les aérolithes s’observent rarement, avons-nous dit : les anciens les connaissaient déjà; mais ils ne commencèrent à fixer l’attention sur leur structure que dans les temps modernes. Lhladni en publia un excellent catalogue, qui fut ensuite amplifié par Arago et publié dans le Traité d/tstrnnomie de ce dernier savant.
Il ne peut entrer dans mes idées de chercher à recommencer ce vaste travail ; je me bornerai à dire quels sont les aérolithes et les bolides qui ont été plus particulièrement observés dans notre royaume et dans les temps les plus récents :
I 186, 8 juillet. Chute de pierre à Mous. [Mémoire» île l'A Itulnn ir itr Bnuellt*, t. Vit.)
1561. I" mars. Pluie de pierres entre Mutines rt Bruxelles, (dan. de Gilbert.)
(7111, 50 mars. Grand bolide dans les Pays-Bas. {Arago.)
1750, 15 avril. Bolide à Mous, en Belgique. (A.)
1810, 44 octobre. Bolide a Anvers et dans le nord de l'Angleterre. (A.)
1844, Il août. Bolide 4 Liège et à Coblence. (A.)
1845, 6 décembre. Bolide entre Maestrirhl et Aix-la-Chapelle, se dirigeant du nord au sud. (A.)
(') Voyez le 4*' volume de VAttrunomir poputairt d'Arago, page 416.
DES ÉTOILES FILAMES.
1832, 22 novembre. Vers 6 i * heures du soir, j’ai vu un brillant météore tombant à peu près verticalement vers l’ouest; il s'est étciut près de l'horizon. M. Plateau en a vu un autre, vers 7 ht heures du même soir. (Q.)
1834, 10 août. Bolide à Bruxelles. (Q.)
1839, 10 au H septembre. De 10 à 11 heures du soir, bolide, à Gand : il a éclaté à une faible hauteur au-dessus du sol. {Bulletins de i Académie de Bruxelles.)
1840 , 6 et 7 février. Bolides à Bruxelles cl à Louvain. (Q.)
1841 , 13 mai. Bolides à Bruxelles, vus par MM. Quelelet et Forster.
1844, 24 juillet. Vers 9 heures du soir, MM. Aniici, de Florence, et Quctelet aperçurent uu météore éclatant de 12 à 13 minutes de diamètre; la direction était NO., et il 10 degrés environ au-dessus de l'horizon.
1844, 10 septembre. Bolide à Bcnfcld (Bus-Rhin); à Uasxrlt et à Bruges. (A.)
1852, 3 octobre , vers 7 heures 40 minutes du soir. Bolide vu à Namur, par M. Moutigiiy ; il était suivi d'une traînée lumineuse.
1853, 7 juin. M. Duprcz a donné, dans le tome XXII , 2** partie, des Bulletins de l'Académie royale de Belgique, la description d'un aérolilhe tombé vers 7 heures 2 4 du soir dans la plaine de Sainl-l)cni* VVestrem, à une lieue de Gand, en présence d'un laboureur et de lu femme du gardien de la plaine. Lu pierre était encore chaude quand elle fut retirée du sol; su chute avait été accompagnée d’un bruit comparable à celui d’un convoi en mouvement : elle pesait 700,5 grammes. D’un noir brun '* l'extérieur, elle était, à 1 intérieur, d’un blanc grisâtre, dans lequel on distinguait des grains métalliques. Son poids était de 3,293, à la température de 14* centigrades, la densité de l'eau distillée à 4* étant prise pour unité, t u fragment de re météore a été déposé, par les soins de M. ilaidinger, au cabinet de Vienne.
On peut juger par ce faible nombre de citations que le phénomène des aérolitlies el des bolides est assez rare en Belgique, comme il Tes! d'ailleurs dans les autres pays.
On n'a pas jugé nécessaire de séparer ici ces deux genres de phénomènes qui présenteni tant de similitude entre eux. Dans son .Islronomie populaire, Arago a cru devoir établir leur distinction de la manière suivante. « Les globes de feu ou bolides apparaissent subitement et disparaissent tout à coup, après avoir répandu une brillante lumière pendant quelques secondes. Leur forme est circulaire et ils présentent un diamètre apparent sensible. Ils illuminent l'horizon d’une lumière un peu plus faible en général que celle de la lune. Souvent ils laissent derrière eux une sorte de traînée visible pendant un temps plus ou moins long. Quelquefois ils éclatent en fragments qui continuent leur course el s éteignent bientôt. Ainsi que nous Pavons dit dans le chapitre précédent, certains fragments forment des aérolitlies que l’on trouve à lu surface de la terre. »
Pour cc qui concerne les poussières atmosphériques , nous rapportons, avec Arago, ee phénomène aux deux autres dont il vient d’élrc parlé; car souvent ils se présentent en même temps, et ils ne diffère ni guère que pur la grandeur des corps mis en circulation. « L'observation attentive des chutes de poussières fait présumer qu’elles
ne diffèrent pas essentiellement des chule5 daérolithes ordinaires, dit cet astronome distingué (‘). Quelquefois elles ont été aeeompagnées de chutes de pierres, comme aussi d'un météore de feu. Les poussières paraissent contenir à peu près les mêmes substances que les pierres météoriques. Il semble qu'il n'y ait d'autre différence que dans la rapidité avec laquelle ecs amas de matière chaotique dispersés dans l’univers arrivent dans notre atmosphère. »
On aurait peine en effet d'établir une distinction , si ce n'est que les chutes de poussière sont plus rares encore que celles des aérolithes et des bolides. Parmi celles que cite Arago. nous n’en trouvons que trois pour la Belgique : cc sont les suivantes :
1038. l'Iuie rouge à Tournay.
1 640 , 0 octobre. Pluie rouge à Bruxelles ( Kronlaml et Wcndelin ).
18 i*J, 5 novembre. Pluie rouge en Flandre et en Hollande {Annulfx gènéraU/t det ncicHces phy/tii/urs . On u trouvé, dans cette pluie, du cobalt et de l'acide chlorhydrique.
Il est, du reste, bien difficile de se prononcer sur l'origine probable tld ces différents corps, et de soutenir qu'ils appartiennent à notre globe. L'espace doit contenir, en quantités plus ou moins grandes, des substances, même à l'élut de poussière , qui se rencontrent sur le chemin de notre planète et qui descendent jusque sur sa surface.
Les étoiles niantes présentent un tout autre spectacle : on voit que ecs météores appartiennent à la partie stable du notre atmosphère, qu'ils y prennent naissance et qu'ils s'y éteignent. Ils ne peuvent subsister dans le milieu où nous sommes : nos yeux nous révèlent de loin leur existence; mais nous ne saurions les loucher ni les soumettre à nos observations immédiates, quel que soit d’ailleurs leur nombre dans les grandes apparitions. Cc sont des phénomènes qui appartiennent à un autre milieu que celui dans lequel nous vivons, et qui cependant ne peuvent être étrangers à notre terre, car ils sont soumis à la fois aux période» diurne et annuelle; ils semblent plus nombreux vers la lin de la nuit que vers le commencement, et ils sont plus fréquents dans tels lieux du globe que dans tels autres.
(*) Quatrième volume de l'Atlmiwinie ftoputairt, page 208.
DES PLANTES ET DES ANIMAUX