CHAPITRE V
PtlKNOMElSES PERIODIQUES DES HAUTES ET DES AMU AUX.
On ne peut contempler les phénomènes de la nature, sans être frappé de la diversité que font nailre les variations des saisons ou même les alternatives de la période diurne. Quelques-uns de ees phénomènes , dans le règne des êtres vivants, sont assez remarquables pour avoir fixé l’attention des philosophes et avoir fait l’objet de recherches spéciales. C’est ainsi que la mortalité de notre espèce a clé étudiée avec le plus grand soin : on a reconnu qu'elle ne dépend pas seulement des localités et des circonstances plus ou moins faciles dans lesquelles peut se trouver l’homme, mais que les saisons et jusqu'aux heures du jour y introduisent des différences notables; c'est ainsi que les époques de lu floraison et de la maturité des fruits, que les instants du repos ou du réveil des plantes, que les principaux caractères qui les distinguent ont été observés avec une attention particulière; mais oq n'avait peut-être pas étudié avec assez de détails les diverses causes qui agissent sur ces résultats et les époques précises de leur manifestation. L'immortel Linné s’est occupé, l’un des premiers, de ces sortes de phénomènes, mais il a cru devoir y renoncer après quelques années d'observation. Peut-être les collaborateurs de ce célèbre naturaliste, malgré ses recommandations (*), ne s’élaienl-ils pas attachés à reconnaître suffisamment la nécessité qu'il y a d'observer d’une manière uniforme et de tenir compte des différentes causes influentes. La théorie et les applications des moyennes n'étaient du reste pas suffisamment connues, et leurs usages étaient trop limités pour qu’on pût les appliquer aux espèces vivantes.
(*) Dans scs Aménités académiques , Linné rend compte des premiers essais faits en 1 7X0, 1751 et I75i pour obtenir des observations comparatives sur la floraison; et il explique très-bien les précautions à prendre pour arriver à de bons résultats, page 571. Dans la première partie de mon travail Sur U climat de la Belgique , j’ai niellé d'esquisser rapidement ce qui a été fait sur les phénomènes périodiques des plantes, je crois donc pouvoir me dispenser de revenir sur le même sujet; il est des parties cependant que je devrai rappeler rapidement pour ne pas nuire i l'ensemble de ce nouveau travail.
3it
L’élude de la fdante d'ailleurs donne mieux que (oui instrument, quelque ingénieux qu’il puisse être, la mesure de la force végétative qui l'anime et la somme des effets produits aux différents instants de sa croissance. La formule qui renferme la loi de son développement doit pouvoir exprimer son étal successif, depuis que, échappant aux rigueurs de l'hiver, la plante semble sortir de son sommeil et renaître à la vie. Un thermomètre indique la température de l'instant présent ; un baromètre accuse la pressiou actuelle de l'air; mais l'état de croissance de la piaule, pour un instant donné, marque à la fois la somme des effets continus qui ont pu agir sur elle cl produire son développement. L’inconnue n'est pas fonction d'une seule variable, telle que la température ou la pression de l'air dans un instant donné, muis de différentes variables qui produisent chacune leur effet dans des limites qui n'ont pas encore été assignées, mais que la science reconnaîtra probablement un jour. Il faudrait, pour répondre à notre attente, pouvoir juger de l'instant où une plante produira, par exemple, ses feuilles ou ses fleurs ou ses fruits, par la connaissance des principales circonstances physiques qui ont pu agir sur elle.
O n’est guère que depuis vingt-cinq ans environ que l'on a senti la nécessité de revenir ••ur la même difficulté et de profiter des moyens de perfectionnement acquis à la science: l'étude de ce problème difficile et intéressant s’est réveillée, presque à la même époque, dans plusieurs pays et chez des savants qui n’avaient aucune relation entre eux. Une pareille simultanéité annonce que l’instant d'aborder la question est enfin arrivé. Au moment où j'entreprenais en Belgique ces recherches délicates et jusqu'à un certain point étrangères à mes travaux habituels, d'autres recherches semblables s'établissaient aux Etats-Unis d'Amérique et dans différentes parties de l’Allemagne.
Cependant ce n’est que dans ees derniers temps, et au congrès de statistique tenu à Vienne, pendant l’automne de. 1837 , que le comité des sciences sentit la nécessité d'adopter un programme général et d'observer de la même manière sur les différents points du globe. A ce congrès assistaient des représentants des peuples les plus éclairés; il fut possible d’arrêter des mesures uniformes qui étaient de la plus grande utilité pour des phénomènes aussi difficiles à apprécier dune manière comparable. Je fus désigné, avec M. Fri Isoh pour déposer au congrès de Londres le programme dont on avait arrêté les bases et qui sera désormais distribué aux différentes nations; il y a lieu doue d'espérer que les résultats, recueillis d une manière uniforme, pourront être étudiés et comparés, sans qu'on ail à craindre désormais des méprises trop communes dans ee genre d'études.
Je présenterai . dans ee qui va suivre, quelques-uns des résultats auxquels on est parvenu jusqu'à ee jour. Je parierai d'abord d’une manière générale des principales causes qui influent sur les phénomènes de la végétation; j’en ferai ensuite l’application aux plantes qui croissent à Bruxelles, et j’examinerai enfin la végétation sur quelques points du globe.
DES PLANTES ET DES ANIMAUX
Je donnerai, cil dernier lieu, les résultats déduits des observations faites sur le règne animal (').