IV, V
DES PLANTES ET DES ANIMAUX
M. Alph. de Candolle a fait observer qu'il s'agirait surtout d'avoir la température utile qui s’applique à la plante sous l'influence même du soleil, plutôt que la température d'un thermomètre placé à l’ombre et dans des circonstances tout autres que celles dont on voudrait estimer les valeurs ('). Il cite. d'une autre part, avec raison les objections de M. Charles Martins. qui fait remarquer que toutes les plantes n’entrent pas en végétation à la même température : ainsi, chez les unes, la sève commence à monter lorsque le thermomètre est à quelques degrés seulement au-dessus de zéro; d'autres ont besoin d'une chaleur de 40° à 42°; celles des pays chauds exigent une température de I à 20». En un mot, chaque plante a son thermomètre, dont le zéro correspond au minimum de température où sa végétation est encore possible {*). Cependant les plantes boréales et alpines font exception, et leur végétation commence à peu près avec la température de 0°, dès que la neige passe à l’état liquide.
Il est une autre remarque importante : c’est qu’un thermomètre, placé à l’ombre et à
La naissance du feuillage et la floraison du Syringa ont été marquées, pendant dix anuées, dans trente-deux stations principales, mais, à la vérité, dans la plupart d’entre elles, pendant une, deux ou trois années seulement. Nous avons pris deux des principales stations du midi et une du nord, que nous avons comparées, pour la feuillaison et la floraison, à ce qui s'observait en même temps a Bruxelles, nous en avons déduit le tableau qui précède. (Nous ferons remarquer que les conditions pour les observations étaient les mêmes.)
Ainsi, le Syringa vulgaris, ou lilas, prenait son feuillage, à Bruxelles, dès le 22 mars, tandis qu'à llelsingfors et à Abo, en Finlande, situés À 10 degrés plus au nord, la feuillaison n’avait lieu que le 15 et le 17 mai, et? qui fait cinquante-six jours de différence , ou bien environ cinq à six jours pour 1 degré. La floraison offrait une différence moins grande : le Syringa donnait ses feuilles à Bruxelles le 3 mai. et à Abo et flelsingfors le 8 du mois suivant; ce qui ne donne en tout qu'un retard de trente-six jour-' pour 10 degrés, ou de 3,6 jours pour I degré.
WUtasaari, qui esta peu près de 3 degrés plus au nord que Helsingfors , donne ses feuilles neuf jour* plus tant, et ses fleurs sept jours plus tard; c'est-à-dire que la différence est à peu près de trois jours pour 1 degré de différence vers le nord ; ce qui concorde assez bien avec ce qu’on a trouvé précédemment pour la floraison. On voit, du reste, qu'en se rapprochant des pôles, les distances en temps, pour la floraison, deviennent moindres.
Ces résultats s’accordent très-bien avec ceux qu’on a obtenus en Belgique : nous avons vu qu’Oslende et Anvers, villes maritimes, comme flelsingfors et Abo, perdaient, pour la feuillaison, dix-huit à dix-neuf jours, et, pour la floraison, six à sept jours seulement. Nous reconnaissons ici la même influence.
D’après le tableau de la page précédendc, I \Etcuiu* hippocastanum a fleuri, à Abo, le 2 juin 1848; pendant la même année, il fleurissait à Bruxelles le 23 avril; ce qui donne trente-huit jours de différence, ou environ trois jours et demi pour I degré de différence vers le nord. La même plante, à Karis, dans le voisinage de flelsingfors, avait pris son feuillage, en 1847, le 24 mai, et, à Bruxelles le 20 avril : ee qui fait une différence de trente-quatre jours. Celte détermination s’accorde avec la précédente.
(•) Géographie botanique rationnée, l* r vol., pages 31 cl suiv. Cette même opinion a été soutenue également par MM. de llumboldt, de Gasparin, Lindlev, Sehouw, etc., comme je l'ai fait voir, dans mon mémoire sur les Phénomène* périodiques des plantes, à la page 16, tome I du Clinit de la Belgique, 1849.
(*) Voyage en Scandinavie, etc., page 89.
quelques pieds au-dessus du sol , marque mai la température qu'une plante éprouve à l'intérieur de la terre et sous l’action directe du soleil. Eu général , l’expérience montre que la température du tronc ne correspond point avec celle de l’air ambiant. « Les lignes tsof/termiques , dit M. Alph. de Candolie ('), introduites si heureusement dans la science par M. de liumboldt, ne peuvent pas servir à indiquer ces éléments, car elles se rapportent à des mois, à des saisonsouàd’aulres espaces de temps particuliers, et de plus, elles englobent souvent des températures très-inférieures à la limite qu'on veut envisager. Il faut recourir si d'autres moyens, et j’ai déjà dit que le seul abordable dans l étal actuel des observations et des tableaux météorologiques, consiste à chercher le jour de l'année où commence et celui où finit une température considérée comme limite, puis à faire la somme des températures journalières entre ces deux dates, c'est-à-dire à multiplier le nombre de jours par la température moyenne pendant ces jours. » Or un premier travail à faire, dans un pareil calcul, serait donc de déterminer avant tout quelle est, pour chaque plante, la température à laquelle elle commence son réveil végétatif.
Celte manière de calculer serait sans doute beaucoup plus rationnelle, mais elle deviendrait dinicilemenl praticable : il faudrait une table particulière pour chaque espèce, et même pour chaque variation importante de la plante, par exemple pour la feuillaison, la fructification, la maturité des fruits, etc. Je doute que jamais la théorie parvienne a rendre fidèlement la nature; il faut nécessairement s’en tenir, comme pour tous les phénomènes de la physique du globe, à observer les causes d'action les plus influentes. Or ce que nous avons à faire, avant de nous jeler dans des calculs qui pourraient nous égarer, c’cst d’avoir des observations parfaitement comparables : il faut éearler cette puissante difficulté qu'avait très-bien aperçue le célèbre Linné, pendant scs expériences instituées dans le même but.
Faisons remarquer d'ailleurs, d'après les observations que nous avons rapportées, combien est influente la différence d'nn climat maritime et d’un climat continental. Il est. croyons-nous, impossible de se rendre bien compte des anomalies que présentent les plantes dans leur développement, sans avoir égard au voisinage des mers.
Un sol plus ou moins riche exerce également son action sur la végétation des plantes: et influe tout autant sur l'époque de leur fécondité que sur l’abondance des fruits.
Par un thermomètre placé à l’ombre et au nord, on lient généralement compte de la température d’une plante qui croit dans toute son activité , sous l’influence du soleil et des divers agents atmosphériques; mais les températures de la plante et du thermomètre sont parfois totalement différentes; comment pourrait-on prendre les degrés de l’un pour mesurer les effets produits chez l'autre? Ensuite, la manière de calculer la distance de
f) Mttyraphir bvtaniqvr ruitotiitèe, tome i** , page 60.
DES PLANTES ET DES ANIMAUX
deux phénomènes, dr la feuillaison à la floraison par exemple , peut-elle s'estimer scientifiquement par le nombre de jours qui les séparent, sans tenir compte de la température et de la manière dont elle se répand?
La floraison. d’ailleurs, n'admet pas identiquement les mêmes corrections quand elles sont estimées en jours; parce que les journées ne sont pas comparables , si on les estime au commencement ou à la fin du printemps , ou bien encore sous un eiel chaud ou sous un ciel tempéré. Un jour d’une température élevée produit beaucoup plus d'effet que deux jours qui se partageraient par moitié la valeur des températures. La \ igné , par exemple, ne mûrira jamais si, comme M. de Humboldt l’a fait observer, la température ne dépasse pas 18, b’ degrés centigrades {‘). Ainsi, un degré de température n'a pas la même valeur A une hauteur plus ou moins grande de l’échelle.
Il ne peut sans doute être question de rejeter l'estimation des températures, mais il faut les estimer plus convenablement qu’on ne l’a fait jusqu’à présent. La température, dans le développement d'une plante, est l'élément le plus influent, mais il faut savoir comment elle se répand, et quelles en sont les véritables limites (*). J'insisterai moins sur ce sujet, parce que déjà j’en ai parlé dans mon travail précédent sur les Phénomine» périodique* des plante » (*). Personne non plus ne contestera la correction pour les hauteurs , mais il y a loin entre rejeter les calculs d’une cause efficiente quelconque et chercher à rendre ses effets produits plus perceptihles qu'ils ne l'étaient.
Jetons maintenant un coup d'œil sur ce qui concerne la maturité des fruits et la chute des feuilles. Nous suivrons à peu prés la même marche que celle qui a été adoptée pour la
( f ) * Pour produire en grand du vin potable, il faut {dit fauteur) noreseulcmcnt une température moyenne de l’année qui s’éiète au-dessus de 9* ou 9", 8, et, en hiver, qui ne soit su-dessous de 1* ou
-t- !',5 ; mois surtout un été qui excède pour le moins 18*, S. • Atle centrale , tome lit, pige 55.
(V) M. Alph.de Condolle fait observer avee raison que l’influence de la lumière, voua les latitudes élevées, produit également des effets sensibles ; « La longueur des jours devient uue force nouvelle, dont la plante se ressent, même avec la lumière diffuse, & cause des rayons chimiques du soleil. * GXocatpaii botxxiqi-e «Aisosaés, tome I", page 95.
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