AVANT- PROPOS
Dès la naissance de l’Observatoire, il fallut chercher à remplir les vides nombreux que les sciences d'observation présentaient dans ce royaume. Avant de songer à prendre part aux travaux généraux de lastronomie, je crus nécessaire de diriger mon attention vers deux branches de connaissances qui nous manquaient pour ainsi dire complètement : je veux parler de la météorologie (') et de la physique du globe. L’astronomie appartient à tous les pays, tandis que les particularités de notre sol eide notre atmosphère ne peuvent être étudiées que dans les limites de nos provinces.
La longue carrière que j’avais à parcourir dans le champ de l’observation et la crainte de ne pouvoir atteindre le but proposé me déterminèrent à donner la météorologie de la Belgique, par parties séparées , dans les Annales de l’Observatoire (*). J’ai tâché de rendre ce travail aussi complet que possible : non-seulement mon attention s’est porlér sur ee qui concerne Bruxelles, mais j’ai obtenu de plusieurs savants qu’ils voulussent bien m'aider de leurs observations et joindre leurs efforts aux miens pour reconnaître notre état climatologique. La plupart même ont consenti à observer avec, des instruments du Gouvernement, qui avaient été préalablement comparés à ceux de l'Observatoire. J’ai
(*) Voyez, dans le tome l rr des Aksu.es de e 'Observatoire, 1.1 jH'riu historique des utiservalious faites en Belgique jusqu’à ee jour (1832). Voyez aussi tome VIII des .Voui'rauj Mémoires de t'Aeailèmie royale de Bruxelles, in-4*, 1834.
(*) A partir du tome I V, qui parut en 1845, jusqu’au tome XI, qui n’a été publié qu'en 1857. Ces différentes parties ont été réunies ensuite en deux volumes in-quarto sous le litre : Sur leClimat de la Belgique.
donc pu. par ce généreux concours, entreprendre l'étude de lu météorologie pour le royaume entier.
La physique du globe, excepté pour quelques points, offrait des difficultés plus grandes : c'est la science dont je veux tracer ici les premiers essais. Je ne pense pas qu’on ait entrepris encore d'en poser les éléments pour aucun pays. Les variations diurnes et annuelles des températures de la terre, à différentes profondeurs, n’ont guère été évaluées avec précision que dans cinq ou six lieux du globe; les observations actinométriques, qui donnent directement la mesure du rayonnement de la chaleur solaire, sont peut-être moins nombreuses encore, car je ne connais pas de séries d'observations de ce genre qui aient été continuées dans un même lieu, pendant plusieurs années consécutives et toutes les fois que l’état du ciel l’a permis. Les mesures de l'électricité de la terre et de l’air, dans l’état statique et dynamique, ne présentent pas moins de difficultés. On trouve plus d’observations pour le magnétisme terrestre, qui même a été étudié chez nous de 1842 à 1847, sous le rapport de la déclinaison et de l’intensité, aux différents instants du jour et de la nuit. Pour ce qui concerne les étoiles filantes, ainsi que la feuillaison, la floraison, la fructification et la défcuillaison des plantes, de même que les migrations des oiseaux et l'engourdissement de certains animaux, peut-être ai-je pu contribuer, depuis prés d'un quart de siècle, à fixer l’attention des savants sur l'intérêt que doivent inspirer ces phénomènes et les porter à unir leurs efforts aux miens pour en déduire des résultats utiles. Enfin , tout ce qui tient à la vie de notre globe, tout ce qui se meut et se renouvelle sous l'influence des jours et des années, a été particulièrement l'objet de mes recherches. J'ai essayé d'en étudier les effets et les causes : il y a plus de vingt ans, un physicien habile signalait ces tendances, et je lui ai su gré de voir le but que je m'efforcais d'atteindre, quoique je consultasse mes goûts bien plus que mes forces.
Comme introduction à l’ouvrage que je publie aujourd’hui sur la physique du globe, je présenterai un résumé succinct de mes recherches sur la météorologie ('). Je lécherai de les compléter en assignant la place que l'atmosphère me semble occuper autour de notre terre. Je m'écarterai, sous plusieurs rap|>orts, des idées généralement admises relativement il l’unité de forme et au mouvement de cette enveloppe gazeuse. Peut-être est-ce aux idées inexactes que l'on a de sa hauteur et de sa composition qu’il faut attribuer l'ignoranee où nous restons sur la plupart des phénomènes qu'on y observe et qu'on n'a pu jusqu’ici expliquer d'une manière satisfaisante.
f 1 ) Tous les nombres ont été corrigés des erreurs des instruments; et j’ai réuni, ce que je n’avais pu faire dans le Traité de météorologie, les tableaux des vingt-einq années qui précèdent 1858.
INTRODUCTION