‹ Sur le physique du globeChapitre 44 sur 169 · ACROKKS BORÉALES · texte numérisé non relu

ACROKKS BORÉALES

A la fin de l’ouvrage sur le Climat de la Belgique, je me suis occupé des aurores boréales: j’ai jeté un eoup d'œil sur le nombre de fois que ce genre de phénomènes a été observé & Bruxelles, (tendant les vingt années de 1855 à 1 852. Ce nombre annuel est généralement faible et de beaucoup moindre que peudant les années de 1778,1 1787: il a été de deux à trois par an, tandis que, dans le dernier quart du siècle passé, il a été moyennement de dix-huit. On sait, du reste, que ces phénomènes ont une périodicité marquée et que nous venons de passer par une des époques qui en présente le plus petit nombre.

Je dois à l'obligeance de .11. llanstcen des renseignements plus complets sur les aurores boréales aperçues en Norvège: je les ai rapprochés des autres nombres recueillis dans différents pays, et peut-être sera-t-il intéressant de présenter ici le résultat des calculs. On trouvera à la suite des indications du savant physicien norvégien . celles qui ont été réunie» d'après quinze stations remarquables : elles sont déduites du grand traité de M. Kæmtz . dont nous donnons les nombres dans une dernière colonne (').

L’on pourra conclure de l’examen du tableau : 1" qu’il n’y a pas de mois de l’année où une aurore boréale ne puisse avoir lieu ; 2» que ce phénomène se produit surtout vers l'époque des équinoxes. M. Muncke trouve aussi qu’en ayant égard à l’inégale longueur des nuits , le phénomène est un peu plus fréquent en hiver qu'en été.

(') Vovcz l'Ajtrwutrt de ÏObierraluirt royal de Bruxellet, pour lamice I8il, page» îiü et suivantes.

Aurores boréales.

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(') Cuiit n« u Bruîiyo» , tir l'État dm net rm gênera t, (, U, page 44.

Cl Nat Mine dt l'Académie rayai* de IfruxelUt , I. XXI, I" partie, page* 2911 et SOU. Pour tpi, il y a laennn pour dm année» : 1757 et 17M.

fi Le» nombee* d« ceil* dernière colonne forment la Hamr des quinte nombre» précédent» cité# par H. Itomt*, daoa le iroiMèmo volume de ton l.*hrt> tu\ rfer tfefeoro- Joyie , p. 4M. Celte toenme rat donnée au»»i a la paye 457 du Court de mrieoraioyit traduit par M. Martin».

On peut juger d’après les nombres réunis par M. Kæmlz que les aurores boréales ont en effet présenté une marche périodique : les deux termes les plus grands se sont présentés aux mois de mars et d'octobre, c’est-à-dire vers les époques des équinoxes, tandis que les minima se sont placés dans les mois intermédiaires. Il y avait donc une coïncidence bien prononcée entre les saisons et leurs retours. Cette coïncidence avait été remarquée par la plupart des physiciens, comme on peut le voir dans l'article sur les aurores boréales que M. Muncke a inséré dans le VII” volume du nouveau Viclhnnaire de physique de (iehler.

M. Hansteen, qui s’est beaucoup occupé de ce genre de phénomènes, compte vingtquatre cycles des aurores boréales depuis l'année 502 avant Jcsus-Christ. D’après ce physicien , le dernier cycle aurait commencé en 1707 pour finir en 1 790.

L'existence d'une périodicité en rnp|Kirt avec le retour des saisons doit se manifester d'une manière plus facile : cependant il existe encore bien des doutes à cet égard. L’inégale longueur des nuits , et surtout l'inégale clarté des nuits d'hiver et d'été dans les régions où ces phénomènes se manifestent le plus fréquemment, forment une des difficultés les plus réelles dans les comparaisons que l'on veut établir. Mairan croyait que les aurores boréales ne se montraient pas en été. Scoresby dit que, dans les régions polaires, il s’en produit à toutes les époques de l’année, mais que la clarté des nuits d’été empêche généralement de saisir leur faible lumière. Ce savant pense, du reste, que ces phénomènes, sous les latitudes septentrionales de 62 à 70 degrés, sont surtout abondants au printemps et en automne. En Sibérie, d’après Wrangcl, les aurores boréales sont plus fréquentes en novembre, au commencement des gelées, mais elles deviennent moins nombreuses en janvier, lorsque le froid atteint sa plus grande intensité. Si l'on a égard aux avantages que présentent aux observateurs la longueur et l'obscurité des nuits d'hiver, c'est vers les époques des équinoxes, selon Hansteen, qu'on placera les apparitions lis plus fréquentes des aurores boréales.

Ce qui doit nous intéresser particulièrement dans ce travail, c’est la hauteur à laquelle l'es phénomènes se manifestent. Malheureusement les opinions sur cet élément varient encore considérablement, même cher les meilleurs observateurs. <■ Ainsi MM. Christie et Hansteen ont calculé la hauteur de l’aurore du 7 janvier 1831, dit M. Ka-mtz ('); mais, en combinant leurs observations entre elles , ils trouvent des hauteurs qui varient entre 37 et 192 kilomètres. Les anciens physiciens attribuaient aux aurores une hauteur de 730 kilomètres au moins; les observateurs modernes ont réduit celte hauteur à 130 kilomètres. Tandis que les anciens physiciens donnent à l'aurore boréale une élévation supérieure à celle de l'atmosphère, quelques observateurs modernes pensent que ecs phénomènes ne dépassent pas la région des nuages. Dans ces derniers temps, MM. Thiene-

(') Cour* corn pi et de tnetroroloyie , par L. F. koMutz, traduit et annoté par Ch. Murlins , page 438 , première édition, 1 vol.; iu-18. Paris, chez Paulin; 1843.

malin, Wrangel el Struve leur assignent une hauteur peu considérable. C'est surtout au pasteur Karqhuarson, à Alford. dans l’Aberdeenshire, que l'on doit une longue série de bonnes observations sur les aurores ; il s’est efforcé de prouver que leur hauteur était peu considérable. Ainsi , il a vu une fois une masse de nuages très-étendue sur l'horizon au nord cl au nord-est, tandis que le reste du ciel était découvert. Cette masse était éclairée pur les rayons de l'aurore qui en sortaient, comme par la lune en son plein, tandis que d'autres nuages au ciel n’étaient point illuminés. Il est impossible, dit-il, d'assigner à cette aurore un éloignement plus grand que celui des nuages, ou de douter qu'ils ne fissent tous deux partie du même phénomène. Le 40 décembre 1849, une aurore très-brillante se montra, depuis huit heures et demie jusqu'à onze heures du soir, au-dessus d'un banc de nuages fort épais, qui couvrait les cimes des montagnes situées au nord du lieu qu'il habitait. Quoique le reste du ciel fut clair, cependant l’aurore ne dépassa pas une hauteur de 40 degrés. En même temps, un autre ministre protestant, M. James Pauli, à Tullyncssle. à quatre kilomètres d'Alford, a vu que l’aurore avait une clarté inusitée dans le voisinage du zénith, de manière que sa hauteur ne dépassait peut-être pas 1300 mètres. Les observations faites par les navigateurs anglais dans le Nord semblent conduire aux mêmes résultats : Parry dit même avoir vu un rayon d’aurore boréale se précipiter vers le sol à peu de distance devant lui. Quand les aurores boréales sont visibles sur une grande partie de la terre, il s’ensuivrait que leurs rayons s’étendent sur une grande surface ('). »

Ces conclusions tendent ù prouver, par des observations régulières, que le phénomène des aurores boréales est moins élevé qu'on ne le croyait primitivement. Il se passe en effet dans notre atmosphère supérieure: et il peut être considéré, selon quelques physiciens, comme le résultat du frottement qu’exerce le courant qui vient des régions équatoriales el qui se meut au-dessus de la couche inferieure de notre atmosphère.

Ce qui a pu faire croire que les aurores boréales ont une hauteur si grande, c'est que souvent on les aperçoit en même temps sur des points très-différents du glolte. Il faut admettre alors que des habitants répandus sur des régions éloignées voient chacun une aurore boréale différente, et que la concomitance du phénomène tient à la similitude de l’état atmosphérique.

(*) M Herrick , de Newhaven (États-Unis), m'écrivait, en 1 813 : « Les observations des aurores boréales, faites à Bruxelles, (tendant les neuf premiers mois de l’année dernière, sont très-importantes. Je trouve eu effet sur mon registre que, chaque soir qu'une aurore boréale a été vue à Bruxelles, le même phénomène a été vu k Newhaven : par exemple, le 35 janvier; les 7, 8 et 33 février; 16, 18 avril; 8 mai, 17 juin; 17 et 31 juillet; 3 cl 35 août. D'après les jterlurbalions magnétiques que vous avez remarquées du 34 au 38 septembre 1811 , vous avez été porté k conjecturer une apparition d'aurore boréale pour la même époque , et vous demandez : « N'y a-t-il pas eu d'aurore boréale le 33 ou le 36? » En consultant mon registre, j’y trouve : « .Samedi, 35 septembre I8ti, très-clair. Une aurore boréale remarquable, etc. Dimanche 36 septembre, une simple gerbe de lumière d'aurore boréale k l'OXO., etc. Ceci est une véri6eation très-satisfaisante de votre conjecture. » (Bulletin* de l'Académie royale de Belgique, tome IX. I” partie, page 185.)

MAGNETISME TERRESTRE

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