livre a 274 vers qui forment douze pages dans la même édition
< Tacite, Dialogue des Orateurs, chap. ix.
que dans les temps modernes, des plaintes énergiques et généreuses, telles entre autres sont celles de Théocrite dans sa belle idylle intitulée les Orâces, où, par leur interœssion et celle des Muses, ce grand poète, tout en promettant une gloire immortelle à Hiéron, sollicite un bienveillant appui de son pouvoir royal.
Quoique vous connaissiez aussi bien que moi, dans l'original, cette noble supplique, permettez-moi de vous en rappeler quelques passages que mon père a traduits avec une rigoureuse fidélité, d'autres diront avec talent :
Les Poètes sacrés, les filles de Mémoire, Des Héros et des Dieux éternisent la gloire.
' Noos chantons sur la terre, ainsi que vous aux cieux» Nous, mortels, les mortels; vous, déesses, les dieux.
Mais est-il un seul homme éclairé par l'aurore, Un seul qui sous son toit daigne accueillir encore, Que dis-je? ne s'empresse à renvoyer, sans don. Les Grâces, que je vois dans ma triste maison Rentrer, me reprochant leur stérile requête?
Alors le poète s'écrie :
Ah! dans ce siècle étrange.
Quel. mortel sait priser les beaux vers, la louange? Partout l'amour du beau cède à l'amour du gain.
Voici la réponse qu'on faisait alors aux auteurs pour motiver un refus :
• • ... Le ciel assiste les poètes !
Qu'importe des neuf sœurs les nouveaux interprètes ? • Homère seul suffît , c'est lui qui chante bien I
C'est le plus grand poète ! il ne demande rien.
Dans son indignation, Théocrite adresse ces reproches aux avares et aux riches sans générosité :
Insensés! à quoi bon cet amas d'or? Le sage Sait d'un noble trésor faire un plus digne usage ; Les dons qu'il fait aux siens accroissent son bonheur Il sait jouir, il sait offrir avec honneur, Aux enfants d'Apollon de généreux services.
S'adressant aux âmes nobles, sensibles à l'idée de ne laisser aucun nom^ et mourir tout entiers^ il leur dit ce qu'Horace répétera plus tard en vers dignes de Théocrite :
Vous, honorez surtout, honorez les poètes ; Eux seuls feront au Styx révérer votre nom :
Ou sans gloire, inconnus sur le triste Acheron,
Vous ir«z tous gémir, oomme oe merceaaire»
Pleurant sa pauvreté fotale, héréditaire^ Et regardant ses mains que durcit en toui temps Le bois dur et noueux de ses boyaux pesants.
En vain d* Antiochus le luxe asiatique , Et du prince iJevas le palais magnifique»
Nourrissaient cbaque mois des esclaves nombreux; En vain Scôpas a pu, sans fin, voir sous ses yeux Ses troupeaux mugissants rétouhieir aux étables ; En vain près de Granon des brebis innombrables Couvraient de Gréondas les cban^ hospitaliers; Tous à leurs successeurs laissant leurs biens entiers^ Pouvaient-ils en jouir^ quand la barque fatale Les portait tour à tour à la rive infernale?
Dans la foule des moHq sans gleire enseveli»
Chacun d'eux eût complé de km^ sièokHi d'cmbU, Si le chanUre de Cos^ énm uà ëlvin délire»
N'avait su^ variuit les cordes de st lyre^ Les élever âU rM|g des mortels ilHiattés ; De leurs coursiers, vainqueurs dans les combats sacrés, Le nom même fameux vivra dans la mémoire.
DeK$ chefs des Lyciehs, qui 66nnidtrait lé gîoirè? Les fils dHécubé, au frofit de fônsâ cBeyëtix ortie? Qui colhiàftrâit dydùtis ail (eint enêiâîhé.
Si la Muse» honorant les héros du vieil âge»
f)ans des ver6 immoriels n'eût chanté leur coiirage.
Ulysse, qui dix àiis érrà dans funivétë.
Qui, descendu vivant dans le fond des enfers. Sut fuir l'antre sanglant de l'affreux Polyphèroé, D'une gloire étemelle éût-il joui lui-même r Ah! le pasteur Eumée, avec Philétius»
Et Laërte au grand cœur seraient tous inconnus^ Si le diantre divin dès rives d'Ienie, N'eût prodigué pour eux sa poilnpeiÉse hartoenie.
Oui, les ÊIs d'Apollon, seuls, honorant les morts* Dont l'avide héritier consume les trésors , Savent les rappeler des gouffres du Tartare^ Mais que dis-je? Vouloir attendrir un aivare. C'est espérer blaDchir l'ardoise au fond des eaux. C'est prétendre compter le nombre de ces flots Qui, poussés par les vents, se brisent sur le sable. Ah ! qu'il couve son or ! puisse le misérable. De ses immenses biens se gorgeant à loisir, Voir sa richesse même accroître son désir!
A ses coursiers nombreux, à ses ôbars magnifiques.
Je préfère et Testime et la faveur publiques. Mais quel homme à yos chants trouvera des douceurs. Muses, où le chercher ? Oh ! combi^, doctes sœurs, Le chemin du poète est rude, impraticable!....
Le poète, après avoir prédit et célébré la gloire d'Hiéron, termine ainsi noblement sa requête en s'adressant aux Grâces :
Oui, si quelqu'un m'invite et sait m'apprécier,
Sa maison des neuf sœurs sera le docte asile!
Mais il faut qu'on m'appelle, ou je reste immobile !
Ne me quittez jamais, Grâces, aimables sœurs!
Sans vous, quels biens à l'homme offriraient des douceurs? »
La fable de Simonide, préservé par les dieux, nous fournit la preuve que l'ingratitude du métier d'auteur remonte à une haute antiquité, et qu'aux dieux était laissé le soin de rémunérer les disciples des Muses.
Toutefois, il ne serait pas impossible que des écrivains de grand renom tels qu'Horace et Virgile aient reçu quelque rétribution des libraires pour leurs poésies, dont le débit était rapide et considérable, et qui bientôt passèrent au rang de livres classiques, comme le prouvent ces vers de Juvénal, où il les représente usés et effacés sous les doigts des écoliers et tout noircis par la fumée de leurs lampes :
. . . Quum totus decolor esset Flacons, et hœreret nigro fuligo Maroni.
Mais si aucune loi ne paraît s'être opposée à la libre reproduction des écrits par les scribes et les libraires, du moins l'avantage d'être le premier à les publier devait être fort recherché des éditeurs, et cette préférence a pu être acquise par quelque rémunération pécuniaire. Il est présumable que les frères Sosie, ces grands libraires, qui faisaient aussi le commerce d'exportation , avaient obtenu d'Horace la préférence pour la publication de ses œuvres, dont ils auraient eu l'honneur d'être les premiers éditeurs; c'est du moins d'eux seuls que parle Horace en deux endroits de ses écrits.
J'appelle donc, Monsieur et ami, toute votre attention sur cette question dont je sais que vous vous occupez.
Mais, pour revenir à ce qui concerne le papier, une preuve évidente de son usage général et toujours croissant résulte de cette longue énumération des dons de tout genre que fit Constantin le Grand à la basilique de Saint- Pierre et à celle de Saint-Paul, où l'on voit figurer le papier de papyrus dans une proportion très notable, tandis qu'il n'est fait aucune mention de dons semblables soit en vélin ^ soit en j!>arcAemtn. C'est par mains, et si je ne me trompe, c'est même aussi par rames que chacune de ces offrandes en papier figure dans l'état dressa par Anastase le Bibliothécaire ; état curieux
par le nombre et la variété des dons qui y sont énumérés^. On y voit aussi que la main de papier, scapus, qui du temps de Pline était de vingt feuilles, n'était plus, 326 ans après Jésus-Christ, que de dix feuilles, ainsi que Tindique le mot cartadecadas, répété cinq fois dans cet inventaire ^.
Quant au tnot racana^ indiquant la réunion d'un certain nombre de feuilles de papier, j'y crois voir l'origine du mot rame de papier. Mais de combien de feuilles se composait alors le paquet nommé racana, c'est ce que j'ignore. Dans cet inventaire, on voit cependant que les rcbcanœ étaient formées soit de cinq cents, soit de mille feuilles, et c'est aussi de cinq cents feuilles que sont composées nos rames; il n'y a d'exception que pour ce papier si fin et si léger, fabriqué dans l'Auvergne et connu sous le nom de papier serpente ^ dont les rames sont composées de mille feuilles.
La fabrication et l'exportation d'Egypte du papier de papyrus se soutint jusqu'à l'introduction par les Arabes du papier de coton, fabriqué d'abord à Damas, ainsi que l'indique son nom de charta Damascena, bambacina ou bombydna et cuttaneâ. Alors s'établit une lutte entre le papier fabriqué avec le coton et le papier fait avec le papyrus; cette lutte cessa par l'anéantissement de l'un et de l'autre lorsqu'au XII* siècle* on découvrit le moyen de fabriquer le papier avec les rebuts de chanvre et de lin broyés et réduits en pâte. Le prix de ce nouveau papier si supérieur aux précédents fut d'abord très élevé, puisque nous voyons les premières impressions (de 1457 à 1470) exécutées plutôt sur vélin que sur papier. Mais
' On y voit figurer des dons en amiante.
* VUœ porUificwn, pages 15 et. 16, deuxième partie , édition Fabroti. Paris, Impr. roy., 1649.
Voici, à divers endroits de cet inventaire, Ténumération des mains de papier et des rames :
A l'église Saint-Pierre: 1» Cartadecadas 150; — 2» Cartadecadas 300; — 30 Cartadecadas 400; — 4^ Papiri aACANAS mundas 1^000; — Cartadecadas 200.
A relise Saint-Paul : Papiri mundi raganas 500.
C'est par erreur que Fabroti, d'après Muratori, a dans ce passage écrit rucanas. Tous les manuscrits d'Anastase, que j'ai consaltés à la Bibliothèque du roi, portent racanas. Ces manuscrits sont d'une naute antiquité ; sept d'entre e^xx contiennent la vie du pape saint Silvestre qui obtint ces dons de Constantin.
' Du Cange, dans son Glossariummediœ et infimœ latinitatis, après avoir expliqué le mot raecma par haiUofis, et le mot cartadecadas par un paquet de dix feuilles de papier, cite ailleurs le passage d'Anastase le Bimiothécaire, racanas papiri mundt mille et celui de racanas papiri mundi 500, mais sans donner aucune explication ; peut-être suppose-t-il qu'on doit entendre par le mot de ragana des rebuts ou fraamewts de beau papier mis en rame de mille et de cinq cents feuilles.
Dès l'introduction du papier en France, les rames furent divisées en vingt mains de vingt-cinq feuilles chacune.
« Eustathe, qui vivait à cette époque, dit, dans son Commentaire sur Homère, ou'on avait renoncé tout récemment à la fabrication du papier avec le papyrus d'Egypte. «. vs. 391.