CHAPITRE III
L'observation qui vient d’être rapportée est assez difficile à classer ; les troubles présentés par ce malade se rapportent en effet à plusieurs groupes.
Il présente par intervalles de véritables troubles psychiques rappelant les équivalents comitiaux, caractérisés par une agitation brusque avec perte de conscience et amnésie consécutive. Il semble qu'au cours de ces accès non seulement la volonté soit suspendue, mais que la conscience ait également et momentanément disparu. Ces accès se produisent chez lui toujours à l’occasion d’un appoint toxique alcoolique ; cependant les manifestations cliniques ne sont pas en rapport avec la quantité d'alcool absorbé, le sujet est tellement sensible qu’une quantité d'alcool ou de vin insuffisante pour déterminer des troubles chez un sujet normal peut provoquer chez lui des accidents très graves. On ne peut donc pas parler ici de manifestations alcooliques vraies, mais d'accidents épileptoides déclenchés à l’occasion d’un appoint alcoolique chez un malade prédisposé et présentant des troubles constitutionnels. De longue date il a a été sujet à de petites absences, à des vertiges brusques et courts
La 7 Ca qui paraissent bien être des manifestations comitiales frustes.
D'autre part, ce malade présente depuis la puberté un syndrome endocrinien complexe détaillé dans le chapitre précédent qui porte à la fois sur la taille et la morphologie et sur certains caractères sexuels secondaires (développement pileux, voix). On peut penser à la probabilité d’un dysfonctionnement hypophysaire. Il s’agit bien entendu de perturbations fonctionnelles, la selle turcique restant normale, et le malade ne présentant par ailleurs aucun signe de compression. Ces troubles hypophysaires ont probablement un rapport avec l’état psychique particulier de ce malade et ses troubles de volonté qui ont donné lieu plusieurs fois à des réactions d’ordre médicolégal.
On a pu observer aussi une dysrégulation du métabolisme de l’eau : à des périodes de polydipsie et de polyurie font suite des périodes où le malade ne boit et n’urine presque pas. Ces signes peuvent être rapprochés des observations faites par Baruk et, Mlle Gévaudan à propos de dépressions périodiques accompagnées de troubles somatiques de la série hypophysaire. Constatations cliniques qui corroborent la conception de X et P. Abély sur les rapports de certaines perturbations hypophysaires avec des accès de psychoses périodiques.
Ce malade présente, malgré son apparence calme, des tendances impulsives et des difficultés d’adaptation qui se sont manifestées, non seulement dans le
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milieu familial dont il s’est complètement retranché, mais encore dans la vie militaire à laquelle il n’a pas pu s'adapter. Le déséquilibre est surtout caractériel : capable de dévouement lorsqu'il est soumis à une direction qui sait le conduire il est susceptible de réactions vives et inconsidérées en présence de personnes qu’il ne connaît pas ou qui n’ont pas sur lui l’ascendant moral nécessaire.
Malgré l’observation d’une indifférence de sentiment, d’une absence de vie sexuelle et même d’amitiés, qui sont accompagnés d’une certaine amertume, nous pensons qu'il ne s’agit pas d'un véritable autisme, car le sujet est actif, travailleur et serviable. Le trouble ne porte donc pas sur le contact avec la réalité en général, mais seulement sur les sentiments affectifs et sur le caractère.
Cette association de troubles post-pubertaires et de syndromes de la série hypophysaire a déjà été remarquée, et dans une série d'observations Baruk a noté dans des cas semblables du gigantisme, des troubles des caractères sexuels, de la diurèse, et même une fois un syndrome hypophysaire complet accompagné de signes radiologiques.
En résumé, toutes les constatations que nous venons d'indiquer montrent l'existence d’une faiblesse considérable de la volonté et des troubles dans la sphère effective en même temps qu'un syndrome endocrinien hypophysaire.
Comment donc faire concorder les données précédentes avec les manifestations psycho-somatiques si
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curieuses qui semblent indiquer chez ce malade une possibilité d'action volontaire dépassant en ce qui concerne certaines fonctions corporelles les possibilités normales ?
Nous avons vu, en effet, que ce malade a la possibilité de réaliser sur lui-même une certaine analgésie. Au cours de l'épreuve labyrinthique nous avons pu constater qu'il résistait à des intensités que l’on ne peut atteindre avec un sujet normal. Il peut inhiber . ses réactions : il n’y a eu ni nystagmus, ni inclinaison... Cette même action s’exerce dans le domaine de certains réflexes : le vélo-palatin paraît aboli, les rotuliens sont suspendus alors même que tous les muscles sont parfaitement relàchés.
Ces modifications passagères des réflexes ne doivent pas être interprétés comme le signe d’atteintes organiques au sens attribué par Babinski à ce mot. Il n’y a pas de doute qu’un facteur psychique très important intervient dans l’inhibition de ces réflexes : le sujet le signale lui-même. Il se met spontanément, instinctivement dans une attitude mentale particulière qui lui permet de résister et de freiner ses réactions. C’est ce qu'il fait au cours de toutes les explorations notamment de la recherche du vertige voltaïque. Il lui semble que la modification mentale qui se produit en lui le soustrait à la douleur. A un moment donné nous dit-il, lorsqu'on lui a dit «laissezvous aller » il s’est relâché de son attitude de défense
pendant une ou deux secondes, mais il l’a reprise