UN MOT DE CLINIQUE
La pénétration de la plaie du genou n’est pas toujours évidente. Une erreur de diagnostic sur ce point peut conduire soit à une abstention funeste si la plaie:est pénétrante, soit à une ouverture inutile de l'articulation dans le cas contraire. Aussi la piupart des chirurgiens qui ont traité la question se sont-ils attachés à faire ressortir les caractères cliniques de cette pénétration. Les uns insistent sur la douleur avec impotence fonctionnelle, les autres sur la présence d’un épanchemernt dans l’articulation. Or, ces deux symptômes peuvent être trompeurs. La ‘douleur (qui estsurtout un:signe d’arthrite)et l’impotence peuvent manquer : le dernier genou que nous avons vu était venu assis dans un auto et avail traversé à pied etsans'boiter bien bas, tout l'HOE pour se rendre à la section des blessés assis: je lui trouvais non seulement une plaie articulaire mais une fracture du condyle ‘fémoral ‘externe. D’autre part l’épanchement'articulaire bien qu'il soitabsolument constant n’est’pas toujours facile ‘à mettre ‘en’évidence par le choc rotulien qu’ilestdifficile de rechercher parila manière classique sur une région blessée et doulou-
reuse. En outre l’épanchement peut être une hémarthrose par chute ou plus souvent une réaction de voisinage d'une blessure para-articulaire, surtout s’il y a fissure épiphysaire. Par contre, nous avons observé dans presque toutes les plaies articulaires du genou récentes que nous avons vues, un sÿymptôme de pénétration à peu près constant : il suffit de poser l'index sur la rotule du blessé pour voir s’écouler à distance par la plaie, même si elle est étroite, un filet de sang noirâtre. Nous considérons cet écoulement de sang provoqué à distance par pression sur l’articulation comme pathognomonique, même s’il n'est pas pailleté par la synovie et s’il paraît exempt de tout mélange de liquide articulaire.
En tous cas, il faut proscrire le sondage de la plaie, dangereux pour la synoviale intacte qui peut être ainsi perforée. Au surplus la radiographie ne manque plus aux armées et le siège reconnu par elle du projectile, par rapport à son orifice d'entrée, en fera conjecturer le trajet: en son absence (et peut-être même toujours) il suffira de commencer l'opération par le débridement nécessaire en tous cas de la plaie pour faire avec certitude le diagnostic de visu (Schwartz et Mocquot).
Signalons enfin l'importance de la ponction exploratrice préalable du genou (voir plus loin) qui montre non seulement l'existence, mais aussi la nature de la réaction articulaire (pus, liquide louche, liquide clair généralement sanglant).