‹ Sur le Traitement Chirurgical d'Urgence des Plaies de Guerre du GenouChapitre 9 sur 28 · ET VALEUR DE CHAQUE OPÉRATION · texte numérisé non relu

ET VALEUR DE CHAQUE OPÉRATION

Pas d'abstention opératoire

Toute plaie pénétrante du genou doit être opérée d'urgence. Restriction ne peut être faite que pour les sétons par balle sans lésion osseuse : ceux-ci ont généralement guéri sans incidents par l’abstention entre toutes les mains (MM. Mocquot et Monod, citent 10 guérisons sur 10 Cas). Mais certains ont tendance à généraliser encore, à l’heure actuelle, cette abstention. à certaines plaies par éclat d’obus non inclus ou très petits : ce serait une pratique dangereuse, déclare le professeur Quénu (Soc. Chir., 19 sept. 1916), et il ne faut pas se fier à quelques succès obtenus çà et là. Effectivement, nous croyons qu'il n’est pas de chirurgien qui n'ait eu à regretter une ou deux abstentions, soit volontaires, soit imposées par un affiux inattendu de blessés.

M. Rouvillois, dans sa communication du 24 janvier 1917 à la Société de Chirurgie, fait le procès de cette abstention : « L’abstention avait été appliquée à 4 cas d’hémarthrose où, sous les rayons, on avait

constaté à la fois que le squelette était intact et que l'articulation contenait un éclat, mais de dimensions extrêmement réduites. Or, si deux de ces blessés traités par la ponction, la compression .et l’immobilisation plâtrée pendant dix et onze jours ont été évacués, l’un le seizième jour avec quelques mouvements de flexion, l’autre le vingt-sixième jour marchant ; par contre, dans les deux autres cas, l’abstention aeu des suites déplorables : une arthrite suppurée est apparue, due incontéstablement à la présence de l'éclat dans l'articulation et il a fallu intervenir : si dans un cas, l’arthrotomie bilatérale a suffi à enrayer l'infection, chez l’autre blessé, une arthrotomie même large n’a pas pu sauver le membre et il a fallu aller jusqu’à l’amputation de cuisse. Aussi MM. Rouvillois, Guillaume-Louis et Basset, concluent-ils que la présence dans l'articulation d’un éclat, si petit soit-il, commande l'intervention immédiate. »

De même, Sencert et Legrand (Lyon chir., juillet 1916), disent (n’avoir pas vu, sauf une fois ou deux, de plaies pénétrantes, avec projectile inclus, guérir sans intervention. Dans l'immense majorité des cas, tout projectile intra-articulaire détermine l’infection du genou et cette infection qu’on n’enraye qu’exceptionnellement par l’arthrotomie et même l’arthrostomie se termine trop fréquemment encore par l'amputation de cuisse ou la mort.. Aussi sommesnous convaincu que la meilleure façon de prévenir Pinfection dans les plaies pénétrantes du genou,

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avecprojectile intra-articulaire, c'est d'aller d'emblée, immédiatement, extraire ces projectiles. »

Telle est, à notre avis, la conduite à tenir immuablement en présence d’une plaie par éclat d’obus, même s’il n’est pas inclus dans l'articulation, et les résultats de la suture primitive sont si beaux que nous ne voyons pas l’inconvénient qu'il y a, pour un chirurgien de carrière, à pratiquer systématiquement cette opération, s’il est bien entendu dans les conditions adéquates et sûr de son asepsie.

Par contre, nous insistons sur ce point que l’opération doit être faite par un chirurgien de carrière dans des conditions adéquates : la chirurgie articulaire doit être l’apanage du chirurgien de carrière, autant et plus que la chirurgie abdominale, seule une opération bien conduite pouvant donner les résultats excellents que nous publions plus loin, et éviter finalement l’amputation de cuisse dont on a tant abusé.

Pas d'amputation primitive

L’amputation n’est qu’un dernier pis aller. Elle fut cependant fréquemment pratiquée, si fréquemment même que le 9 décembre 1916 M. Marquis à la R. M. C. de la 5° armée doit encore s'élever contre l'abus fait de ces amputations de cuisse dans les plaies articulaires du genou.

En fait la plaie articulaire à elle seule ne doit

jamais commander l’amputation primitive. Schwartz et Mocquot sont très nets sur ce point. « L’indication de l’amputation d’emblée ne peut être fournie que par des complications vasculo-nerveuses entraînant la gangrène du membre: on ne doit faire d'amputation immédiate que lorsque la vitalité du membre est certainement abolie ; toutes les fois que la vitalité du membre n’est pas compromise ou qu’on peut espérer le rétablissement de la circulation quels que soient les dégâts articulaires, nous faisons des opérations conservatrices.. Les membres ainsi conservés possèdent encore une valeur fonctionnelle suffisante et les blessés les préfèrent à un pilon ou à un appareil. Si parfois les tentatives de conservation échouent, si l’on est conduit à faire une amputation plus ou moins lardive, cette amputation est faite dans des conditions meilleures, plus économiques que si elle avait été pratiquée aussitôt après le traumatisme. » L’amputation secondaire elle-même,dernierrecours contre l'infection a diminué considérablement de fréquence depuis que la méthode de l’arihrotomie

simple a disparu :

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