AVANT-PROPOS
Le traitement du pied bot congénital a déjà fait l'objet de travaux innombrables et cependant ce sujet est encore loin d’être épuisé. C’est que les exigences . des chirurgiens et des malades croissent à mesure que les méthodes se perfectionnent. Autrefois on s’estimait heureux de mettre le malade en état de reposer le pied sur la plante et de marcher d’une façon à peu près correcte. Aujourd'hui on se propose pour but d'obtenir non seulement une restauration parfaite de la forme du pied, mais encore une mobilité suffisante pour permettre son fonctionnement dans les conditions absolument normales.
Tout le monde admet aujourd’hui que pour obtenir ce résultat il faut faire la correction dans les premiers mois de la vie. À ce moment le squelette est cartilagineux et relativement malléable et les os ont une forme presque normale. Plus tard il est déformé par les pressions anormales qu’il subit pendant sa croissance, etilest fixé par l’ossification et var l'adaptation des ligaments et des muscles. Enfin en intervenant de bonne heure on utilise dans le sens de la correction la croissance du pied qui est, comme on le sait, particuliérement active dans le cours de la première année.
C’est donc dans le perfectionnement des méthodes thérapeutiques applicables aux jeunes enfants qu'il
ART faut chercher actuellement la solution du problème du pied bot.
De grands progrès ont été déjà réalisés en ce qui concerne les nouveaux-nés : la méthode de Fink- Œttingen, qui consiste à faire dès la naissance des massages que l’on répète jusqu’à la correction complète et à maintenir le pied au moyen de petits bandages simples, donne d'excellents résultats (v. Nové-Josserand et Rendu). Lorsqu'on peut appliquer convenablement cette méthode, on obtient dans beaucoup de cas une guérison parfaite avec restitution de la forme -et de tous les mouvements du pied. Il est à souhaiter que son emploi se généralise de plus en plus.
Mais cette méthode de Fink n’est applicable que dans les trois premiers mois de la vie, elle exige le concours assidu, pendant plusieurs semaines, d’un chirurgien familiarisé avec son application, et elle nécessite aussi de la part des parents des soins assez minutieux et une attention soutenue. Ces conditions limitent beaucoup ses indications : un grand nombre d'enfants sont amenés trop tard; d’autres sont mal surveillés, chez d'autres l'éloignement, l'impossibilité d’avoir des soins compétents ne permettent pas même d'entreprendre le traitement. Enfin dans certains cas de pieds bots particulièrement graves et rebelles, la méthode de Fink se montre impuissante.
Il y a donc un assez grand nombre de pieds bots qui restent justiciables des anciennes méthodes de traitement. Mais celles-ci ne donnent pas toujours les résultats parfaits que nous nous croyons en droit de désirer aujourd’hui. Sans doute elles ont guéri un très
grand nombre de pieds bots, mais nous verrons que ces guérisons sont souvent imparfaites, et, que les récidives sont fréquentes particulièrement dans certaines formes qui méritent le nom de pieds bots difficiles. Tousles chirurgiens d'enfants sont unanimes pour reconnaître les difficultés que présente alors le traitement, et certains d’entre eux sont même arrivés à conclure qu'il vaut mieux attendre que l'enfant ait grandi pour faire une correction définitive. Nous ‘croyons quil ne faut pas abandonner aussi vite les avantages du traitement précoce mais qu'il faut s'attacher à le perfectionner. Tel est l’objet de notre thèse.
Dans un premier chapitre nous étudierons le traitement classique en montrant ses imperfections et en cherchant à déterminer comment il pourrait être amélioré.
Dans un second chapitre, nous passerons en revue les perfectionnements apportés récemment au traitement du pied bot et nous verrons dans quelles mesures ils sont applicables aux cas qui nous occupent.
Dans un troisième chapitre nous étudierons l’opération proposée par M. Nové Josserand.