C. — Antiseptiques
Ils peuvent être employés soit comme médicament unique, soit comme adjuvant, dans l'intervalle d’une autre médication. Nous ne saurions les citer tous car leur nombre est infini.
Le tartrate ferrico potassique en solution au 1/15 (Ricord) ou au 1/100 (Dubreuilh).
La teinture d’iode (Petges) après le nettoyage du chancre par l’éther.
Pâte argenticu-zincée (Balzer).
Arséniate de soude (Goubeau).
Iodoforme. II doit être, de préférence, employé en poudre, car, en pommade, son action parait parfois infidèle et en tout cas, moins rapide. Fournier, Ricord n'ont ils pas proclamé que le chancre mou détestait les corps gras ! On l’emploiera en pommade à 1/5, lorsquela localisation du PE mou, rend difficile l'application de la poudre.
Le néosalvarsan, europhène, solut d’argyrol, de permanganate, etc.
D. — Chaleur
La virulence du chancre étant détruite à la température de 41-45 degrés différents modes de traitement ont été préconisés, sous forme soit d’eau chaude, soit d’air chaud.
a) Eau chaude. — Bains généraux. Méthodes de Aubert, Martineaud et le Normand. — Application très difficile et dangereuse.
Bains locaux. — Procédés de M. le Professeur Arnozan et Vigneron, de Welander, d’Arning.
Si les résultats peuvent être excellents, leur application est limitée à certains malades et ilest difficile de maintenir la température constante.
b) Air chaud. — À basse température : soit par rayonnement au moyen d’un thermocautère (Audry) ou d’une lampe à incandescence (Scholtz, Auguste Bier-Ruggler : soit par projection au moyen d’un thermocautère coiïffé d’un manchon muni d'un orifice en communication avec une poire de caoutchouc ou au moyen d'appareils comme ceux de Dolmont, Hollander, Unna.
A haule lempérature 500 à 700 degrés. Son emploi n’est pas pratique.
Quant aux autres médications, telles que réfrigération, vaccinothérapie. Rayons >*< etc., nous n’en parlerons pas, car, leur mise au point n’est pas encore faite, et surtout leur application demande une instrumentation trop spéciale.
Enfumage iodé
Nous insisterons plus longuement sur ce mode de traitement, parce que, si cette méthode est déjà ancienne, sa bibliographie au point de vue de son application à la vénéréologie, est très restreinte.
Parce que, grâce à son matériel si simple et son mode d’application à la portée de tous, grâce à ses excellents résultats, elle est susceptible de rendre de grands services ; parce que nous l’avons expérimenté, soit au dispensaire antivénérien de Bordeaux sous la direction de M. le Professeur agrégé Petges, soit à l'hôpital maritime de Port Louis.
Nous sommes heureux d’adresser à M. le Médecin principal Bartet, qui se montra à notre égard un chef et un professeur bienveillant, l’expression de nos sentiments respectueux et reconnaissants.
ge LÉ
ENFUMAGE IODÉ
« C'est le badigeonnage ou l'injection d’iode à l’état de vapeurs en thérapeutique locale » (Louge).
Nous n’aurons en vue dans ce travail que l’enfumage iodé d’origine iodoformique ou l’emploi de vapeurs d’iode à l’état naissant produites par le simple chauffage de l'iodoforme. (procédé de Louge). — Les expériences de Verdollin ont prouvé sa supériorité sur celui d’origine métalloidique, produit par la décomposition par la chaleur de l’iode luimême (procédé de Jüngengel).
Historique
L'emploi de fumées d’iode en thérapeutique a été préconisé depuis longtemps par Bouchet, Bauclair, Bonnot (1855), Charrière, Duplay, Miot, Hanmonic Gesli, Destanche, mais on doit reconnaître qu'il était ignoré de la pluspart des médecins, malgré quelques communications de Délie (d’Ypres) de Kônig et surtout de Jüngengel.
C’est en 1911, grâce aux publications de M. le Professeur Louge (de Marseille), que l’enfumage iodé, principalement celui d’origine iodoformique, est entré dans sa période active. Cette méthode, confirmant la confiance de son promoteur, a acquis une place importante dans {a thérapeutique. — Nous ne ferons que signaler ses différentes applications :
Reynés, Buges, Nordin, Baruch en gynécologie. — Konig, Laurens, Raïllard, Chapelier en oto-rhino-laryngologie. — Farnarier-Serna, Legueu en urologie. — Louge en ophtalmalogie. — Louge, Reynés dans le cancer. — Virnichi, Louge, Riosalido dans les tuberculoses locales. —- Poucet dans les mycoses. — Petges dans les ulcères variqueux. — Daniel et Coste en obstétrique. — Grasset dans l’art dentaire. — Lépinay dans l’art vétérinaire.
L’ENFUMAGE IODÉ EN VÉNÉRÉOLOGIE
Dans la littérature médicale, on trouve un article de Moiroud sur son application au traitement du chancre mou, et une observation de Guillaume Louis (de Tours) dans la thèse de Chavaillon. En 1912-1913, M. le Professeur agrégé Petges avait expérimenté cette méthode, avec M. le Professeur Dubreuilh, et obtenu d’excellents résultats comme le signalent Bargues et Verdolilin, mais la rareté du chancre à cette époque avait empêché de généraliser ce mode de traitement. Depuis la guerre, de nombreux cas ont eté traités et c’ést ainsi qu’au centre de vénéréologie d’armée dirigé par notre Maître, 236 cas de chancres mous (dont 156 simples et 8o compliqués de bubon) ont été soignés de novembre 1917 à mai 1918 (1). Ici, nous trouvons les conditions requises pour juger de la valeur d’une méthode : 1) elle a été employée dans les cas graves, puisque 80 compliqués de bubon ; 2) les malades ont été traités en séries sans distinction des cas, bons ou mauvais ; 3) elle a porté sur un nombre suffisant de chancres.
Au dispensaire de la ville de Bordeaux, où on se trouve dans des conditions très défavorables, puisque la clientèleest impossible à surveiller, l’enfumage iodé est journellement employé avec le même succès que nous avons obtenu à l'hôpital maritime de Port-Louis. id
Ses indications
« Tous les chancres mous, y compris ceux du méat urinaire etsous préputiaux. Les bubons chancrelleux largement ouverts par incision classique. Le chancre mou compliquant
(1) MM. Petges, Gratiot, Cottu. Traitement du chancre mou et du bubon ouvert par l’enfumage iodé. Journal de médecine de Bordeaux, septembre 1918, n° 9 page 263.
EEE
le chancre induré sous forme de chancre mixte. (M. Petges).
Son instrumentation
Nous ne décrirons que 2 appareils très simples, en signalant toutefois l'appareil de Stoeker qui est très pratique pour un cabinet de consultation.
1. Appareil. — Voici l’appareil le plus récemment préee nisé par M. Louge (1).
© Il consiste, dans son ensemble, en 2 tubes de verre de même diamètre, mais de longueur inégale, reliés à 3 centimètres de distance par un tube de caoutchouc épais.
Les deux extrémités libres sont effilées et celle du tube court est reliée à une simple poire soufflante par un intermédiaire de caoutchouc.
Le tube le plus long constitue l'enfumoir ; le plus court, muni du tube de caoutchouc, le manche ; la poire raccordée par l’intermédiaire, la sou/fflerie.
Voici, pour la construction, les dimensions les plus courantes : ;
Longueur des tubes de verre, d’épaisseur moyenne ; le plus long 14 centimètres ; le plus court, 6 centimètres. Diamètre intérieur des tubes, de 7 à 9 millimètres. Diamètre interne de l’extrémité effilée du long tube, de 3 à 5 millimètres. Longueur du raccord de caoutchouc épais, de 6 à 7 centimètres. Longueur du raccord de la poire, 20 centimètres.
Cet appareil se tient comme une plume à écrire, avec les 3 premiers doigts de la main, placés autour de la partie postérieure de l’enfumoir, le médius au-dessous.
La poire placée dans le creux de la main est facilement actionnée par l’annulaire et l’auriculaire. Il a donc l’avantage d’être manœuvré par une seule main.
(1) Carnet médical français, 1919. Note 110. — Louge. — Un nouvel appareil élémentaire pour enfumage iodé. Marseille médical, 1919, page 376.