OBSERVATION III
(Tétanos à évolution lente d'abord, puis rapide et aigqué ; Guérison)
C.…. Pierre, 34 ans, soldat au 24° rég. d'infanterie. Entre à l'Hôpital N° 1 de Foix pour blessure large par éclat d’obus de la cuisse gauche face interne, reçue le 18 septembre 1914, et panaris du médius de la main gauche par piqûre à un buisson le 15 ou le 16 septembre. À reçu du sérum antitétanique.
Le 29 septembre le blessé accuse un peu de trismus et de raideur du cou. On lui fait aussitôt 20 ce. de sérum et on le place dans notre service spécial. ;
Le lendemain rien de nouveau. Le diagnostic est encore hésitant : on fait cependant 3 centigr. d'acide phénique (6 cc. de la solut. à 4 p. 200) et on donne 3 gr. de chloral.
La nuit suivante la raideur s'accentue et le jeudi 1* octobre le trismus est complet. Le cœur devient instable; un peu de suffocation. Le maiade a eu 4 centigr. de phénol et 2U cc. de sérum intraveineux.
Le 2, raideur musculaire plus prononcée ; pas de crises. 9 centigr. de phénol et 20 cc. de sérum.
Le 3 au soir, surviennent les crises, précédées depuis quelques heures par un pouls très irrégulier. Crampes très douloureuses, tétanisation des pectoraux qui gênent la respiration au point que le malade suffoque. Le facies est pleurard. À 17 h°, le phénol semble calmer les crises et les crampes : elles reviennent vers 19 h.: le malade est absolument raidi, il étouffe, son cœur est affolé. Doses de la journée : 15 centigr. d’acide phénique, 8 gr. de chloral (lavements).
Le 4, même état. Le trismus est complet, le cœur fléchit, le pouls est des plus irréguliers, les sueurs sont profuses.
et
‘comme toujours en lavement.
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Crises abondantes. 16 centigr. d'acide phénique et 4 gr. de chloral.
Lé lundi 5, la tétanisation est générale, les bras eux-mêmes sont raidis. Le malade souffre atrocément de crampes, il étouffe, et tout le jour les crises se succèdent sans beaucoup de rémissions. Le pouls est désordonné. Les sueurs inondent le lit. Le soir on redoute une issue fatale, A 23 h., la respiration est hoqueteuse, Doses de la journée : 16 centigr. de phénol et 8 gr. de chloral. .
Etat toujours très grave le 6; le pouls varie en quelques minutes de 90 à 135. Suffocation extrême; les crampes et les
-crises laissent peu de répit au malade. Les sterno-mastoidiens
se distinguent sous la peau avec une étonnante netteté. Dysphagie, mâchoires bloquées d'une contre l’autre, tous les muscles sont « de bois ». Le malade a eu 20 centigr. d'acide phé-
nique, 20 cc. de sérum, 4 gr. de chloral. ë
Le 7, on abandonne tout espoir de le sauver. Nuit mauvaise, pouls filiforme très rapide, suffocation, crampes violentes, crises paroxystiques. Le malade est incurvé sur son Côté gauche et raidi dans cette position. Le cœur, dans la journée, reste mauvais; prostration; dysphagie absolue. Le soir, les crampes sont si douloureuses que le malade geint sans cesser. Le rictus de la face est affreux. Urines rares chargées d'urates. Ce jour-là on a fait 24 centigr. de phénol, 20 cc. de sérum, 4 gr. de chloral
La nuit est relativement meilleure, mais la matinée du 8
est aussi mauvaise que la journée précédente. La réaction
se fait vers 14 heures, et à partir de ce moment, sauf le soir, l'état est plus satisfaisant. Crampes moins fortes et plus
“espacées. A noter que depuis l’avant-veille les doses d'acide
phénique ont été plus fortes de béaucoup : le 8, le malade
‘a eu 24 centigr., avec 20 cc. de sérum et du chloral.
Mêmes doses le 9, qui est une journée passable; pouls
meilleur, cœur plus calme, respiration et déglutition plus faciles. Le rictus est moins accentué, mais la raideur des
muscles subsiste. Ce mieux se maintient le samedi 10 (12 centigr. de phénol, 10 ce. de sérum, 4 gr. de chloral). Maïs le 11
les crampes reprennent, agitant beaucoup le malade qui respire moins bien. On augmente la dose d'acide phénique abaissée
AVS
la veille et on la porte à 16 centigr. De plus, .20 cc. de sérum et du chloral.
Le 12, même état d’agitation, pouls irrégulier, prostration, sueurs profuses. Nouvelles crises. Doses : 20 centigr. d'acide phénique, 5 gr. de chloral, pas de sérum.
Le 13, le mieux reparaît. Urines normales, moins de crampes, mais la raideur subsiste. Respiration plus facile, pouls moins irrégulier. Le rictus sardonique existe toujours. Le malade a reçu 20 centigr. de vhénol, 20 ce. de sérum, 7 gr. de chloral. , ‘
Le 14: 16 centigr. d'acide phénique, 7 gr. de chloral, pas de sérum, que l’on supprime d’ailleurs. Le mieux s’accentue, le trismus cède. Pouls bon.
Le 15, une forte crise vers le soir : Sueurs abondantes auxquelles font suite des crampes qui tordent le malade ou le raidissent comme aux plus mauvais jours : il suffoque. Grâce au chloral, la soirée est meilleure; on a donné 4 centigr. de phénol.
Le 16 et le 17, il en a eu 8 centigr. avec du chloral. Courtes crises.
Le 18 la bouche est ouverte d'environ 3 centimètres, la jambe blessée s’assouplit, la tétanisation s’atténue partout. Ce jour-là, 4 centigr. d'acide phénique; le lendemain 19, même état, mêmes doses. Le 20, l'amélioration s'accentue : on fait cependant 16 centigr. de phénol, 8 le lendemain, et 4 le 22 octobre, puis on cesse. Le malade eut cependant encore de 2 à 9 gr. de chloral jusqu'au mercredi 28. 2
Le 21, exanthème, couvrant le corps de plaques roses, lisses, confluentes; un peu de fièvre et d'agitation du pouls. Dans les premiers jours de novembre, après s'être généralisée, l'éruption disparaît. Entre temps les derniers symptômes tétaniques ont disparu.
En résumé, incubation de 11 à 13 jours. Début lent du 29 septembre au 3 octobre, mais ensuite les symptômes s'aggravent, et dès le 5, l’état est désespéré, demeurant tel jusqu'au 8 avec de rares rémissions. La réaction favorable se fait alors, “mais jusqu'au 22 des soins sont encore nécessaires contre quelques retours offensifs de la toxine tétanique. La guérison pratique fut obtenue en 25 jours avec 2 gr. 95 d'acide phé-
RE pee
nique, 490 cc. de sérum, 126 gr. de chloral. Les doses d'acide phénique ont sans cesse suivi la marche des symptômes.
Les deux observations suivantes se rapportent à deux cas dans lesquels les accidents, sérieux dès le début, tournèrent court rapidement à la suite d’une médication intensive d'emblée par l'acide phénique.
Les deux malades ont eu après leur blessure une injection de sérum antitétanique.