CE QUE L'OX VOIT ET CE QUE L'ON ENTEND
courses plutôt que la Bourse comme théâtre de leurs opérations, se sont rendu compte qu'il était plus facile de se renseigner sur la qualité des chevaux que sur la valeur réelle des différents papiers qui se négocient par l'entremise des agents de change et des coulissiers : ce sont de véritables travailleurs qui ont constitué à chaque cheval son dossier dès sa première apparition en public; ils savent ce qu'il a fait sous tel poids, sur telle distance, par quels chevaux il a été battu, ceux qu'il précédait, etc., etc.
C'est sur ces données certaines qu'ils établissent par un chiffre le degré de confiance qu'ils doivent lui accorder, et comme ils ont fait le même travail pour tous les chevaux, ils n'ont, au moment de la course, qu'à consulter leur répertoire pour savoir comment ils doivent engager leur argent.
Le procédé n'est pas infaillible, car la condition des chevaux peut et doit influer sur le résultat d'uue épreuve, mais ils ont une estimation à peu près certaine de la qualité des concurrents, et ce n'est que par des interversions de forme qu'ils peuvent être trompés en course plate, et par la chute en steeple-chase.
Ces différents accidents sont moins durs à supporter que des débâcles comme celles de l'Union, du Comptoir d'escompte ou du Panama : l'on s'en remet plus vite et l'on attend moins longtemps l'occasion d'une revanche. Ainsi comprise, la pratique du pari n'est plus un jeu, mais un travail, le plus pénible, le plus ardu et le plus méticuleux qu'on puisse imaginer : travail de bureau à domicile, besogne de commis d'ordre obligé de tenir au courant la comptabilité la plus compliquée, et travail de courtier tenu à des stations quotidiennes en plein air, exposé aux intempéries de toute nature, menacé à tour de rôle, suivant les saisons, par la fâcheuse pleurésie ou la regrettable insolation. Le parieur qui veut durer ne doit pas seulement ménager ses fonds, mais aussi ses forces; car à quoi servirait le succès de ses opérations s'il gagnait en même temps la forte somme et la maladie mortelle? De là la nécessité d'un vestiaire aussi varié qu'élégant, contenant des costumes pour toutes les circonstances, depuis le déshabillé du planteur pour les journées tropicales jusqu'aux fourrures sibériennes, en passant par le waterproof indispensable pendant la saison des pluies.
C'est un matériel plus compliqué que les manches de lustrine, qui constituent pour le bureaucrate sédentaire l'unique outillage professionnel, et c'est un chapitre important à ajouter aux frais généraux de cette industrie spéciale.
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SLR LE TURF
Les voitures, les entrées au pesage, les voyages en chemin de fer sont autant de dépenses obligatoires dont il faut tenir également un compte rigoureux, à déduire des bénéfices à obtenir.
Un pareil métier n'est certes pas une sinécure, et celui qui y réussit dépense des qualités qui, dans tout autre commerce, lui auraient à coup sûr donné des résultats équivalents : l'ordre, la persévérance, l'activité sont des forces qui restent bien rarement stériles, et, de quelque façon qu'on les emploie, on peut compter qu'elles donneront un rendement certain, et s'il est vrai, comme les moralistes l'affirment, que la récompense soit proportionnée à l'effort, il n'y a pas à s'étonner qu'un si laborieux travail parvienne à nourrir abondamment quelques-uns au moins des personnages qui le pratiquent.
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