‹ Sur le turfChapitre 2 sur 42 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Sur le lurf, comme autrefois sur le pout d'Avignon, « tout le monde y passe, y passe. » Tout Paris et le Monde entier! et rien ne parait s'opposer à ce qu'on y danse en rond (l'espace est généralement suffisant) ; mais les résultats les plus habituels du pari mutuel ne sont pas assez régulièrement favorables pour provoquer chez la majorité des spectateurs de semblables manifestations d'allégresse.

Si tout le monde passe à un moment donné sur le Turf, peu y retournent, et un moins grand nombre encore y séjournent.

C'est un monde spécial composé de la façon la plus hétéroclite, mi-partie ultra sclcct, grands propriétaires, oisifs opulents, véritables et demi mondaines supcrlalivement élégantes, et mi-parlie des déclassés de toutes espèces qui, sortis de leurs milieux naturels pour des motifs variés, se maintiennent miraculeusement dans le courant de la vie parisienne, grâce à une série de procédés aussi peu scrupuleux qu'aléatoires, parmi lesquels la poursuite acharnée et parfois la rencontre du Tuyau constitue une ressource très peu probable, mais possible, et à coup sur très escomptée.

L'Encyclopédie la plus volumineuse serait insuffisante à enregistrer la foule qui encombre les hippodromes, et les monographies qu'on consacre-

mit à chaque catégorie d'habitués équivaudraient à la nomenclature de toutes les professions exercées dans la capitale. La revue des spécialistes, professionnels ou amateurs, peut être passée dans un cadre moins étendu, c'est la lâche que nous avons acceptée, et que nous allons nous efforcer d'accomplir le plus exactement et le plus complètement possible.

Décembre 1898.

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