VINCENNES
C'est l'hippodrome de la Société d'encouragement pour l'amélioration du cheval frauçais de demi-sang, et l'on y pratique tous les genres de courses : plat, steeple-chase et trot.
Le but que la Société s'est proposé permettrait de s'étonner d'un pareil éclectisme, d'autant plus que la majorité des épreuves de steeple-chase et la totalité de celles de plat sont disputées par les chevaux de pur sang : il a cependant sa raison d'être.
Toutes les fois qu'on a voulu organiser des courses exclusivement réservées aux trotteurs, le public s'est abstenu : sans public pas de recettes, et sans recettes pas d'encouragement.
De là l'institution des réunions mixtes.
Les courses au galop attirent le public, et les courses de trot profitent de sa présence.
C'est une combinaison ingénieuse qui favorise les uns et les autres, et, du
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moment que le but est atteint, la nature des moyens employés n'a qu'une importance secondaire.
Le terrain du plateau de Gravelle, très étendu et assez mouvementé, est cependant assez découvert pour qu'il soit facile d'y suivre les incidents des courses variées qui s'y disputent.
La piste des steeplc-chases, souvent profonde, exige de la part des chevaux
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une sérieuse endurance, et son parcours est celui qui, à l'heure actuelle, rappelle le plus celui de feu la Croix de Berny.
Les épreuves militaires y sont nombreuses, principalement les courses de sous-officiers, qui sont montés précisément sur les chevaux dont la Société encourage la production, et le train dont elles sont menées montre que, malgré tout ce que l'on a pu dire, sur la direction donnée à l'élevage du demi-sang, il produit encore des galopeurs.
La préoccupation que les éleveurs peuvent avoir de fabriquer des animaux capables d'atteindre les plus grandes vitesses au trot ne les empêche pas de donner à leurs poulinières des étalons de pur sang et de pratiquer également le croisement à l'envers.
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Daus les deux cas, les produits s'affluent de plus en plus, et leur modèle prend chaque jour une plus grande distinction.
S'il est vrai, comme l'affirme un groupe très sérieux d'hommes très compétents, que les courses de trot influent sur la conformation des animaux qu'on y consacre et que la préparation spéciale à laquelle on les soumet développe à l'excès certaines particularités de construction, augmentent des points de force au détriment de l'harmonie générale et tendent à spécialiser une grande quantité d'animaux, un nombre tout aussi considérable de spécialistes conteste les affirmations des premiers et soutient que les défauts constatés chez les premiers sujets des hippodromes de trot ne sont que des apparences qui résultent non pas de leur conformation primitive, de leur construction vraie, mais du développement artificiel produit par l'entraînement , qui modifie l'aspect des membres et trompe l'observation en altérant momentanément les proportions primitives.
A l'appui de cette opinion, ils citent l'exemple de chevaux qui, successive-
ment préparés pour le trotting et les courses au galop, ont fait preuve dans ces deux spécialités de qualités supérieures et se sont montrés complètement métamorphosés par l'application d'entraînements différents.
Les deux théories ont leurs partisans également convaincus, cl les polé-
iniques auxquelles elles donnent lieu ne sont certainement pas sur le point de se terminer.
Chaque parti fait tous les jours de nouvelles recrues aussi passionnées que leurs aînés et non moins ardentes à la lutte.
Les apôtres des courses au galop ont, dès à présent, constitué une société nouvelle qui se propose d'instituer des courses d'obstacles réservées au demi-sang, dans lesquelles nous reverrons les gros obstacles, les gros poids et les longs parcours de l'ancien steeple-cbasing. Malheureusement, ses ressources sont encore trop modestes pour qu'il lui soit possible de réaliser ses projets : cependant les adhésions affluent, les cotisations abondent et, dès
aujourd'hui, bien que la nouvelle société ait à peine deux ans d'existence, son comité a pu distribuer un certain nombre de primes aux éleveurs dont les produits lui ont paru mériter d'être encouragés, leur modèle se rapprochant du desideratum qu'elle recherche.
Elle est loin de posséder des revenus aussi importants que ceux dont la société du demi-sang et même le trolting-club peuvent disposer pour offrir les allocations qui sont disputées à Viucennes et à Levallois-Perret ; mais, comme le but qu'elle se propose répond à un besoin sérieux, que les partisans de ses doctrines sont nombreux et que les hommes placés à sa tète ont toutes les qualités nécessaires pour faire aboutir leurs projets, il est probable que nous n'attendrons pas longtemps les résultats de leur propagande.
Nous assisterons donc prochainement, pourvu que Dieu nous prête vie, à
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l'ouverture d'un hippodrome où l'on verra des obstaelcs analogues sinon identiques à l'ancienne banquette de Vinccnnes, de véritables contre-bas, des murs de plus de soixante centimètres et des rivières assez larges pour qu'il ne suffise pas de sauter dans le train la baie qui les précède pour avoir les plus grandes chances d'arriver de l'autre côté.
L'élévation des poids permettra aux gens dont la (aille dépasse celle en honneur à Lilliput de continuer à monter eu course après qu'ils auront atteint l'âge oii les tours de taille s'élargissent et où les efforts de l'entraînement ne parviennent plus à limiter le nombre des kilogrammes.
Quand ces temps seront arrivés, et nous souhaitons qu'ils ne se fassent pas trop attendre, nous assisterons souvent, je l'espère, à un spectacle intéressant qui nous permettra d'admirer le sang-froid et l'habileté de véritables cavaliers et l'adresse de chevaux dont le dressage sera complet.
La vitesse sera certainement diminuée, et l'on ne verra vraisemblablement pas ces nouveaux steeple-chasers abandonner momentanément leur spécialité pour venir gagnera Longchamps ou h Maisons-Laffilte quelque course de plat.
A cela nous ne voyons aucun inconvénient.
Si l'on obtient une nouvelle catégorie de bons chevaux, je ne vois pas qui pourrait s'en plaindre?
Ils ne feraient concurrence à personne : les chevaux de pur sang conserveront leur supériorité de vitesse, les demi-sang trotteurs atteindront des records inconnus jusqu'à présent, pendant que les nouveaux venus franchiront des obstacles de plus en plus élevés sur des parcours interminables.
Ce ne sera qu'un nouveau sport dont le succès ne diminuera en rien celui
des autres sports déjà en faveur : la difficulté sera peut-être de lui réserver des journées sur le calendrier des courses, mais on y parviendra, et, pourvu que sur le champ de courses encore inconnu qui sera monopolisé par le demi-sang galopeur le pari mutuel fonctionne régulièrement, nous n'hésitons pas à prophétiser que le puhlic ne manquera pas.